Je voudrai me plaindre, non pas des conditions de mon travail, mais plutôt de la manière dont les gens le voient. Comme si c'était mal ce que je fais. Comme si c'était de ma faute si les gens meurent. Comme si j'étais un démon à abattre parce que je serais le Mal Absolu. Non mais vraiment, qu'est-ce qu'il y a de si mauvais dans le concept de la mort ? Vous êtes ridicules, vous, les humains, avec votre quête perpétuelle de la vie éternelle. Mourir, ce n'est ni sale, ni horrible et encore moins maléfique. C'est na-tu-rel. Placardez cette vérité bien en évidence dans votre cerveau. Non, mais vous imaginez, un monde où personne ne meurt ? Un monde où continueraient les naissances sans que nul ne trépasse ? Bonjour la surpopulation !

Mais il faut croire que certains auront toujours beaucoup de mal à se l'imaginer… comme s'ils s'imaginaient être assez différents des autres pour « mériter » l'immortalité. Pour moi, vous n'êtes tous que des âmes mortelles. Toutes pareilles.

Mais l'homme en face de moi n'écoutait rien de ce que je lui expliquais. Il s'était mis en tête qu'il était un élu destiné à devenir un surhomme, l'égal d'un Dieu sur Terre. Ridicule. Pourtant, il insistait.

Mais comment discuter avec un être qui renonçait jusqu'à son âme même pour ne pas mourir ? Il portait sur son visage le sacrifice de son essence vitale. Il avait la peau grise, ses veines ressortaient, il était presque chauve et ses quelques rares touffes de cheveux bruns qui lui restaient demeuraient éparses sur son crâne. Son visage offrait un spectacle effrayant et dégoûtant, avec ses yeux rouges et perçants, son nez qui s'effaçait pour devenir deux fentes et ses lèvres qui paraissaient presque inexistantes. Sa voix calme mais menaçante semblait siffler désagréablement par moment, accentuant ses traits reptiliens. Il était laid, impressionnant et n'avait plus grand-chose d'humain.

Pour l'heure, cet individu, que vous devez connaître sous le nom farfelu et prétentieux de « Voldemort » (comme s'il était le vol de la Mort, tssss, typiquement humain), m'avait emprisonnée dans un cercle d'invocation. Je n'avais pas vraiment le choix que de répondre à son appel, et je me retrouvais donc dans ce cercle magique, dans une pièce nue et sans fenêtre, uniquement éclairée par quelques bougies déjà bien entamées. Voldemort se tenait debout devant moi, droit et orgueilleux, et me fixait intensément, l'œil amusé et conquérant. Il croyait quoi, ce petit bonhomme ? Que j'étais enfin dans sa poche ? Qu'il avait gagné et que j'allais lui obéir au doigt et à l'œil ? Quelle bonne blague !

Enfin, j'étais là, devant lui, je me devais de l'écouter poliment, qu'au moins je ne passe pas pour une ingrate. Je croisais les bras, silencieuse, et le toisa avec un léger dédain. Pas question que je m'abaisse à lui demander ce qu'il me voulait, qu'il parle et que l'on en finisse. Et s'il ne parlait pas, j'étais décidée de m'en aller sans demander mon reste. Le cercle d'invocation me faisait venir, mais ne m'obligeait pas à rester, contrairement aux démons.

"- Vous savez pourquoi je vous ai demandé", persiffla le Lord noir avec un sourire.

"- Evidemment, et vous connaissez déjà ma réponse", rétorquais-je sèchement. "Elle n'a jamais variée. Aussi, je ne pense pas rester auprès de vous, adieu."

"- Non, attendez !"

Je me retins de sourire, tant sa voix venait de trahir sa peur. Le présomptueux venait de comprendre qu'il n'avait pas les meilleures cartes dans son jeu. Il ne pouvait pas me forcer à rester, à lui obéir, et maintenant qu'il en était conscient, il allait faire un peu plus profil bas. Je décidais, histoire de jouer avec les nerfs de l'homme qui terrorisait le monde magique, de me montrer particulièrement discourtoise et vindicative :

"- Est-ce un ordre que vous venez de me donner ?"

J'adoptais volontairement une attitude hautaine et méprisante, m'offusquant exagérément pour lui faire sentir ma désapprobation. Le mage noir, tout puissant fut-il, sembla se ratatiner devant mon courroux, et baissa quelques secondes les yeux, avant de se reprendre et de s'excuser :

"- Pardonnez-moi", fit-il tout miel. "Mais si je vous ai demandé, ce n'est pas pour que vous repartiez si vite. J'aimerais vraiment que vous écoutiez ma requête."

"- Ah ! Laissez-moi rire", répondis-je en ricanant. "Cela doit faire la cinquième fois que vous m'exposez votre demande. J'ai été très patiente jusqu'ici, mais si c'est pour entendre la même chanson, je préfère tourner court à la conversation."

"- Mais…"

Les mots se perdirent sans sa gorge, ne sachant que dire. Il avait pourtant répété son discours, mais rien ne sortait. Pas que je l'avais mouché, je dirais juste qu'il fut prit de court un instant, et cherchait les meilleurs mots à utiliser pour me convaincre. Son trouble s'estompa aussi vite et la colère perçant derrière son regard froncé, il reprit, têtu :

"- Vous avez accordé à mon ancêtre des faveurs inestimables. Des dons que le commun des mortels ne possédait auparavant. Je réclame le droit de …"

"- CHUT ! Vous n'avez pas à vous autoriser à réclamer le droit de quelque chose que je ne donnerai jamais à qui que ce soit. Pour moi, vous n'êtes rien, juste une âme de plus en ce monde. Et encore… Pour ce qu'elle vaut…"

Un rictus moqueur s'étira sur mes lèvres. S'il savait ce qui l'attendait à sa mort. S'il savait, il n'aurait peut être jamais créé ces maudits horcruxes. Je le vis blêmir, devinant son destin peu glorieux. S'il avait peur de la Mort auparavant, ceci ne devait pas le rassurer.

"- Pour… ce qu'elle vaut ?" répéta le mage noir méfiant et craintif. "Que voulez vous dire ?"

Comme s'il ne le savait pas déjà. Mais cela me donna l'occasion de m'amuser un peu plus avec lui. Mon sourire s'étira un peu plus, me délectant de sa détresse qu'il avait de plus en plus de mal à cacher.

"- Vous n'imaginiez quand même pas qu'abimer votre âme pour augmenter votre espérance de vie était sans conséquence ? Sinon, vous êtes bien plus sot que vous n'en avez l'air."

Un rire sonore sortit de ma gorge, laissant l'homme stupéfait et apeuré. Il n'avait jamais osé y réfléchir, comme si éluder la question allait éloigner le danger. C'était tellement puéril de sa part que je ne pouvais plus m'arrêter de rire.

"- Non mais avant de faire de la magie noire d'aussi haut niveau, il faut se renseigner sur les contreparties demandées. Sans une âme entière, vous ne pouvez espérer séjourner au royaume des morts."

"- Et où irais-je ?"

"- Entre les deux mondes," fis-je en haussant les épaules. "Vous allez devenir un errant, un être ni vivant, ni mort, dont le destin est de souffrir le reste de l'éternité. Nous allons dire que c'est une punition à la mesure du crime."

Son destin m'importait peu, et il n'éveillait en moi aucune sympathie. Mais voir ce rustre se décomposer sous mes yeux en perdant de sa superbe en clin d'œil était un spectacle jouissif. Je riais, très amusée tandis que le mage noir fulminait dans son coin, le doute étreignant son cœur. Puis il se mit à vociférer :

"- Vous aviez un engagement envers ma famille, envers moi !"

"- Tsss, j'avais un engagement uniquement avec Salazar Serpentard et c'est tout. Ne croyez pas que ce que je lui ai offert est un dû que je dois également au reste de votre famille. Que je sache, il a été le seul à contracter un contrat avec moi."

Je vis Voldemort se mordre la lèvre inférieur, furieux, contre moi, contre son ancêtre, contre lui-même peut être. Je gardais mon sourire amusé, et minaudais en silence, l'œil taquin. Mon comportement le mettait en rage et il ne supportait pas être ainsi mis en échec. Il était si vulnérable face à moi, si… insignifiant. Une faiblesse et une petitesse qu'il ne supportait pas. Il se prenait pour qui ?

"- Reprenez les termes du contrat avec moi."

Je m'esclaffais de nouveau de rire, méprisante, mais surtout surprise par tant de naïveté et d'idiotie. Il émit un sifflement sonore et désagréable, qui signifiait clairement que mon attitude l'agaçait au plus haut point. Et alors ? Ce n'était pas lui qui allait me dicter ma conduite.

"- Non, désolée," répondis-je mielleusement.

Je me délectais de son visage frustré et colérique, savourant chacune de ses grimaces, et son rictus de haine. J'avais rarement détesté quelqu'un, mais ce bonhomme là me donnait des allergies.

"- Pourquoi avez-vous accordé vos faveurs à mon ancêtre ? Pourquoi je ne peux pas en bénéficier à mon tour ?"

Sa voix sifflait de plus en plus, et je grimaçais tant cela écorchais mes oreilles. J'avais très envie de partir, de le laisser là avec ses questions, sa frustration, sa colère qu'il ferait payer à ses sous-fifres. Pour lui, un de plus ou un de moins ne devait pas faire grande différence. Mais j'avais envie de lui clouer le bec une bonne fois pour toute, lui donner enfin les réponses qu'il désirait. Après, s'il osait encore m'invoquer pour ses petites manigances, je lui montrerais ce que MA colère pouvait donner. Et il pleurerait sa mère.

"- Pourquoi Salazar et pas vous ? Salazar était vraiment quelqu'un. Un homme qui a construit quelque chose qui profite à l'humanité. Mais vous… vous n'êtes qu'un petit ver qui détruit tout sur son passage. En quel honneur j'aiderais une pourriture dans votre genre qui me donne presque plus de travail que m'en a donné la peste noire ?"

Je ricanais, faisant une pause dans mon discours. Ce que je lui disais, il n'aimait pas, et m'aurait volontiers craché à la figure avant de me tuer. Mais nul ne peut tuer la Mort n'est-ce pas ? Son incompétence face à moi alimenta sa rage. Mais j'en fis fi et repris, avec plus de hargne et de détermination :

"- J'ai eu beaucoup d'estime pour Salazar. Dommage qu'il soit devenu fou à la fin de sa vie."

"- Fou ? Un génie oui ! Et ses idéaux ont traversé les temps jusqu'à moi ! Je suis son héritier, c'est moi qui rends enfin ses rêves réels. Un monde où les moldus seraient enfin à leur vraie place : au service des sorciers de sang pur. Ils seront nos esclaves."

"- Tsssss, je les connais ces idéaux foireux. Un dénommé Adolf Hitler avait aussi promu la pureté de la race Aryenne il n'y a pas si longtemps que ça et avait massacré ceux qu'il n'estimait pas digne. Ce genre d'explication ne prend pas sur moi."

Je fixais le cercle magique qui s'affaiblissait, protégeant Voldemort de ma personne, et j'exultais intérieurement de sa disparition proche. Encore un peu, et je pourrais lui faire payer son inconséquence. Mais le mage noir, aveuglé par sa colère, commença à faire les cents pas autour de moi, pestant :

"- Je suis le sorcier le plus craint de ces dernières années. Peut être suis-je même plus puissant que mon ancêtre. Vous n'avez pas le droit de me traiter ainsi. Qu'avait-il donc de plus que moi ?"

"- Mon amour, tout simplement. Nous étions amants, fut un temps."

Voldemort se figea, sa baguette glissant presque de ses longs doigts fins. Sous le coup de la surprise, la colère l'avait brièvement quitté, et il me dévisagea comme si nous nous rencontrions pour la première fois.

"- Vous… étiez… amants ?"

Il avait minutieusement articulé chaque mot, en un murmure à peine audible, les considérants avec prudence, craignant d'avoir mal saisi le sens de mes paroles. Il fronça les sourcils, plissant ses yeux rouges dans une moue déçue.

"- Vous l'aimiez ? Vraiment ?"

Le ton de sa voix indiqua qu'il n'osait y croire. Il n'admettait pas que la Mort fut capable de sentiments, encore moins que la différence entre Salazar Serpentard et lui, le grand Lord Voldemort, son descendant, résidait en ce simple sentiment d'une futilité effroyable pour lui. L'Amour, quelle idiotie à ses yeux. Il inspira profondément, se retenant de rire devant cette si ridicule découverte. L'Amour… rien que cela ! Un tel trait de l'âme ne pouvait le tenir en échec de la sorte.

"- Bah !- Fit-il dédaigneusement.

Il leva la main et la secoua devant lui comme s'il désirait chasser une mouche particulièrement agaçante ? Il grimaçait, exprimant ainsi son mépris envers ce noble et beau sentiment qu'était l'Amour.

"- Je ne vois pas en quoi cela change la donne," reprit-il comme si ce détail n'avait pas son importance. "Je pensais qu'une créature telle que vous, si puissante, si inaccessible, s'attachait d'avantage au mérite plutôt que de s'attarder sur quelques sentiments humains. Aimer est une faiblesse typiquement humaine, qui rend les gens sots et aveugles."

Je haussais les épaules, ne partageant absolument pas le même jugement que lui. Pensait-il me connaître ? Croyait-il deviner dans quel monde je vivais, et qui je fréquentais ? Il était ignorant de tout, et son imagination n'était pas suffisante pour englober l'environnement dans lequel j'évoluais. Il se croyait si intelligent, si fort, si invincible. Il n'était en vérité rien.

"- Je suis capable de sentiments, contrairement à vous, visiblement. J'imagine que je viens de vous apprendre quelque chose… que même la Mort est capable de sentiments… de faiblesses humaines."

Il grimaça, écœuré par la révélation. Il fit tournoyer nerveusement sa baguette magique entre ses doigts tout en reconsidérant mes paroles.

"- D'accord," fit-il d'une voix lente." Admettons. Vous avez aimé mon ancêtre. Mais au nom de l'Amour éprouvé pour lui, ne pouvez-vous continuer de …"

"- NON !"

Mon regard devint noir, mes dents se serrèrent. L'atmosphère autour de nous se fit plus étouffante et sombre, comme si un orage menaçait d'éclater. Mais au lieu d'un orage, ce serait plutôt ma fureur que cet homme prétentieux allait finir par goûter à force de mettre à mal ma patience. Son insistance m'agaçait de plus en plus et la perspective de quitter ces lieux au plus tôt trotta dans mon esprit.

"- Je refuse. Et je suis choquée de constater que vous n'avez aucun scrupule à invoquer un sentiment dont vous ne comprenez rien. Dans votre bouche, cela ressemble à une injure. Si j'ai concédé, jadis, des avantages à votre ancêtre, je ne le ferais plus jamais. Je me le suis promis. Oubliez-moi, et renoncez à votre absurde projet d'immortalité. Votre quête sera à jamais vaine, vous ne faites que perdre votre temps."

Lord Voldemort réprima un hurlement de rage. Ses yeux rouges brillèrent d'une lueur maléfique, et contracta ses doigts sur le bois de sa baguette, menaçant de la briser sous la pression de son étreinte. Son attitude aurait effrayé plus d'un, et s'il ne savait que me lancer un sort était parfaitement inutile, il n'aurait pas hésité à me tuer.

"- Je crois que nous n'avons plus rien à nous dire," concluais-je avec délectation. "Je vais m'en aller, et vous conjure une dernière fois de renoncer à votre plan. Il est encore temps de sauver votre existence."

Ma dernière tentative de le raisonner, de lui faire changer d'avis sur les Horcruxes se brisa devant sa froideur affichée. Il écoutait à peine mes mises en garde, il ne retenait seulement que mon refus et mes menaces. La discussion restait malheureusement stérile, même si j'avais essayé de rendre cet homme meilleur, en souvenir de son ancêtre…

"- Me sauver ?"

Lord Voldemort éclata de rire. Un rire sonore, cruel, sans âme et sans joie.

"- Si vous voulez me sauver, accordez-moi l'immortalité que je vous réclame depuis si longtemps."

"- Je parlais de votre âme, pas de votre vie," rectifiais-je. "Mais il faut croire que vous placez votre priorité ailleurs."

"- Je n'ai pas besoin de m'encombrer d'une âme" m'expliqua le mage noir d'une voix posée. "Ni d'âme, ni de bons sentiments. Je n'ai besoin que d'intelligence, de pouvoir, et du sang-froid nécessaire pour en user de la meilleure manière possible."

Il me toisa de haut, comme si ce constat pouvait le rendre supérieur à ma personne. Le cœur serré, j'en arrivais à la conclusion n'avait plus rien à sauver chez lui, et que mon jugement était erroné depuis le début : Cet être malsain n'avait jamais été humain de sa vie, ou si peu.

"- Je vois," fis-je en baissant la tête de déception. "C'est parce qu'il est déjà trop tard que vous tentez absolument de sauver les meubles. Cependant, je me refuse à devenir la complice de votre déchéance."

Le cercle n'était pas assez affaibli pour pouvoir user de ma magie sur lui. Mais la discussion m'ayant laissé un goût si amer que je n'avais pas le cœur de frapper un homme déjà si durement à terre.

"- Adieu."

"- Non, je vous interdis de …"

Je ne lui laissais pas le temps de finir son injonction. Je levais les mains et commençais à disparaître sous ses yeux. Dans une rage folle, il rompit le cercle qui le protégeait de moi, et il leva sa baguette pour frapper. Je fronçais les yeux, peu ravie qu'il eut l'audace de me menacer et de tenter de me faire du mal.

Son sortilège se dirigea sur moi, destiné à me projeter contre un mur pour me blesser le plus possible. Ma main s'interposa entre le sortilège et moi et un bouclier invisible annihila le sort. D'un revers de main, je lui rendis la monnaie de sa pièce en l'attaquant à mon tour, et Lord Voldemort se retrouva plaqué contre le mur, sa tête cognant bruyamment et violemment la pierre grise. Puis, son corps inconscient s'affala mollement contre le sol nu.

J'en profitais pour m'éclipser dans le calme et retourner à des activités qui m'intéressaient d'avantage, à mon travail, à mes protégés.

Il était presque minuit, et le ciel sans nuage offrait un spectacle nocturne délicieux. La voie lactée était visible et se laissait observer sans pudeur. Une étoile filante fila à travers ciel quand je m'assis à côté de Severus Rogue qui veillait à la fenêtre de sa chambre. Il ne m'adressa aucun regard, juste une remarque piquante :

"- Vous vous ennuyez tant que cela pour que vous veniez m'importuner à cette heure avancée de la nuit ?"

"- La routine", lui mentais-je.

Je n'étais disposée à lui avouer que je revenais de chez Voldemort où j'avais eu une discussion houleuse avec lui, et que cela s'était un peu mal fini. Je souris au jeune homme, profitant de sa présence pour trouver la sérénité et la douceur. Je sentis sa nostalgie dans son regard, et je tentais de deviner le fil de ses pensées.

"- C'est bientôt que vous revenez à Poudlard, n'est-ce pas ?"

"- Dans trois jours," marmonna Severus qui admira une nouvelle étoile filante tracer sa route dans le ciel." Mes affaires sont déjà prêtes."

"- Quelle impatience," fis-je rieuse. "Est-ce la perspective de revoir les jeunes filles de votre cœur qui vous rend si hâtif ?"

"- N'importe quoi."

Il détourna son regard de la contemplation du ciel, et se fixa sur mon visage. Je devinais à ses traits qu'il appréciait moyennement ma remarque.

"- J'ai toujours considéré Poudlard comme ma maison", se défendit le jeune homme vaillamment. "J'ai juste hâte de retrouver ma chambre, les professeurs, et mes amis. Je ne plais que là bas…"

"- Oui, mais ça ne vous a pas empêché d'envoyer un cadeau fort sympathique à Lily et Lilith."

Ma voix chantonnant et mon regard rieur l'agacèrent et il me bouda aussitôt. Il reprit son étude astrale, et fit comme s'il n'avait rien entendu. Je trouvais que c'était le meilleur moyen de m'encourager à délirer :

"- Je dois l'admettre, leur offrir une très mignonne peluche était une idée ingénieuse. C'est plus original que des fleurs."

"- Je n'avais surtout pas envie qu'elles s'imaginent des choses," rétorqua Severus d'un ton sec. "Je les aime bien toutes les deux… et plus particulièrement Lily. Mais je ne peux décemment pas lui offrir quelque chose qui lui avouerait que ce que je ressens pour elle est plus fort qu'une simple amitié."

Il soupira. Le fantôme de Lily était toujours là, bien présent et qui le tourmentait encore. Pourtant, et je m'abstenais de le lui faire remarquer, Lilith lui avait fait grande impression, et il n'était plus aussi sûr de ses véritables sentiments.

Nous aurions pu parler d'amour, j'aurais ainsi partagé mon expérience avec Salazar Serpentard, mais à bien y réfléchir, il s'agissait de mon secret, de mes plus beaux souvenirs, et ce bon vieux Salazar restait le résident le plus privilégié de mon domaine. Être Morrigan offrait le plaisir de continuer à aimer mon âme sœur, même par delà la mort. Et cette pensée me réconforta, me laissa échapper un soupir mélancolique et ravi.