Toute chose a une fin, même les bonnes. Ainsi arriva à son terme la belle saison de l'été, annonçant par la même occasion la fin des vacances et le retour aux études. Mais ce n'était pas quelque chose de triste au fond, car pour les élèves de Poudlard, cela signifiait des retrouvailles, ainsi qu'une nouvelle année riche en études, mais aussi en évènements plus ou moins intéressants. Enfin, retourner à Poudlard était un moyen de s'émanciper de ses parents, d'être libre de ses mouvements comme de ses choix, et de se rapprocher un peu plus du monde des adultes.

Il en fut un qui exultait plus que les autres, car il considérait l'école comme sa seule véritable famille, un lieu où il se sentait comme chez lui. Depuis la mort de sa mère, Severus Rogue avait renié plus que jamais son ancienne vie, morne, détestable et faite de nombreux mauvais choix. Le jeune homme se sentait plus serein, et pouvait dès à présent se concentrer sur ses toutes nouvelles préoccupations : qui de Lily Evans ou de Lilith Rivers allait faire chavirer définitivement son cœur ? Et pour quel avenir ?

Il avait fuit les deux filles le premier jour de la rentrée, les évitant même soigneusement dans le train qui les ramenait au château, non pas par lâcheté, mais plutôt parce qu'il ne se sentait pas encore prêt à entamer une relation plus poussée avec chacune d'elle. Il avait encore besoin de réflexion, de temps pour laisser murir ses sentiments. Cependant, il ne faisait que repousser l'inévitable. Il y aurait forcément un instant où l'une d'entre elles le coincerait pour lui parler.

Ce jour là il tombait du ciel une pluie fine qui vint chasser le brouillard nocturne. Mais même si le ciel ne prêtait pas à sourire, le cœur des élèves restait léger et joyeux. Les discutions tournaient encore autour des activités de l'été passé, et des projets de cette nouvelle année scolaire. Les couloirs bourdonnaient de chuchotement et les rires des élèves se répercutaient en échos sur les murs.

Severus passa la porte des cachots, pénétrant dans la salle de potion où le professeur Slughorn attendait ses élèves de sixième année pour le premier cours de la journée. L'entrée du jeune homme fut gratifiée du sourire bienveillant et chaleureux de son professeur, tandis que le serpentard se dirigeait tout naturellement vers une des tables de travail de la pièce. Les potions étant une des matières préférées de Severus, il choisit évidemment une table qui se trouvait proche du professeur.

Severus soupira. Evidemment, il était encore une fois le premier élève à arriver en cours, sans doute parce que contrairement aux autres, il n'avait pas d'ami avec qui bavarder avant que la cloche sonne. Enfin… il y aurait bien eu Lily, mais sérieusement, elle avait des amies gryffondors avec qui passer du temps, et qui étaient de bien meilleure compagnie que la sienne. Elles devaient avoir tellement de choses à se dire à propos des vacances que le jeune homme ne s'attendait à la voir arriver de sitôt.

Sa solitude fut brisée assez rapidement avec l'arrivée d'une nouvelle élève. Severus leva la tête, et fut surpris de croiser le regard émeraude de Lily. La jeune fille le salua d'un sourire timide, baissant une seconde le regard avant de s'élancer vers lui, désireuse à tout prix de l'avoir comme partenaire de travail. Le serpentard réfréna un sourire de plaisir, bien content de revoir sa meilleure amie en si bonne forme. Mais il fut également surpris de la voir préférer sa compagnie que celle de ses bonnes amies de gryffondor. Ce petit détail le conforta dans le fait qu'il était parvenu à sauver et consolider leur amitié.

"- Alors ?"

Severus souleva un sourcil, un peu prit de court. Quoi « alors » ? Qu'entendait-elle par cette question des plus vagues ? Il était un peu désarçonné. Lily contempla son visage perplexe et laissa échapper un rire amusé et cristallin qui chanta agréablement aux oreilles du serpentard.

"- Euh … quoi alors ?"

"- Tu t'es amusé chez les Londubat, non ? Tu sais que tu as un peu bronzé ? Que tu as les joues légèrement rouges ?"

Machinalement, le jeune homme porta une main à ses joues, comme si les toucher pouvait confirmer les dires de sa précieuse amie. Il blêmit un peu, laissé au dépourvu par la remarque de sa camarade. Avait-il donc prit à ce points des couleurs durant la belle saison de l'été ? Il ne s'en était pas rendu compte. A vrai dire, il était de ces personnes qui détestaient tant leur physique qu'ils fuyaient le plus souvent possible les miroirs ou tous autres supports pouvant refléter son image.

"- Tu es … sûre ?"

Il était hésitant, et sur le coup, il se disait qu'avoir un peu de bronzage devait le rendre plus laid que d'habitude. Lui qui n'avait pas un teint très frais, la couleur de sa peau devait être encore plus horrible à voir à présent. Lily lui lança un regard plein de douceur, presque perplexe devant la surprise du serpentard. La jeune fille termina de poser ses affaires sur la table de travail et s'assit dans un grincement de chaise. Elle soupira, et lui répondit :

"- Certaine, et en plus, tu as laissé tes cheveux pousser un peu plus. Tu n'es pas allé chez le coiffeur de l'été ou quoi ?"

"- Euh… et bien non… je n'ai pas eu le temps et je n'y ai pas non plus pensé. "

Il se renfrogna soudainement, peu amusé par les changements physiques qui s'étaient effectués sur son corps durant l'été. Il réalisa combien il avait mal vécu son adolescence à cause de cela, devenant chaque année plus triste et laid. Machinalement, il passa une main tremblante dans ses cheveux.

"- Ah ? oui, c'est vrai… ta mère."

Le sourire de Lily s'effaça tandis que son ton devint plus bas. Elle semblait soudainement mal à l'aise, réalisant peut être qu'elle avait été indélicate aux yeux de son ami. Mais Severus chassa toutes ses craintes d'un revers de main.

"- Oui, et bien ne t'inquiète pas, je me suis remis de sa mort", fit-il sereinement.

"- Vraiment ? Dans ce cas je me sens soulagée. J'ai pensé à un moment que tu devais déprimer dans ton coin, que c'était pour cela que tu ne voulais pas me voir."

Severus ne répondit pas, se contentant d'opiner du chef pour approuver en silence les paroles de Lily. Il ne pouvait pas lui dire la vraie raison de son soudain éloignement. Il avait passé tout l'été à lui cacher qu'il avait fait la rencontre d'une jeune fille, et qu'elle ne l'avait pas laissé indifférent. Qu'à présent, il n'était plus du tout certain de l'exactitude de ses sentiments.

"- Bref, ne t'en fais pas, ça te va bien mieux…"

"- Hein ? Quoi ?"

Severus sembla comme réveillé en sursaut, ramené à la réalité. Il fixa Lily avec étonnement, ne comprenant pas pourquoi elle venait soudainement de s'écrouler de rire.

"- Tu es dans la lune !" Exultait la jeune fille. "Tu ne serais pas amoureux dis moi ?"

Severus fit tout son possible pour ne pas rougir, chose qui semblait impossible, tandis que Lily le fixait avec une suspicion toute malicieuse. Elle s'abstint de ricaner, ne voulant pas froisser son camarade dès la rentrée.

"- Non, pas du tout", répondit Severus si rapidement que s'en parut douteux.

"- Ouais, ouais", rétorqua Lily qui ne le croyait pas." Donc pour revenir à notre discussion première, je disais que ton bronzage et tes cheveux plus long, ça t'allais mieux. C'est vrai… d'un teint pâle et maladif, tu passe à teint plus doré et respirant la bonne santé."

"- Ah oui ?"

L'intérêt éveillé chez Severus arracha un sourire taquin à Lily. Dans le cœur du jeune homme, peu habitué aux compliments, s'opéra un léger changement. Sur le moment, il eut une irrépressible envie de plaire, peu importe à qui, mais plaire. Le rouge lui monta aux joues, et un mince sourire s'esquissa sur son visage. La gryffondor lui tapota amicalement l'épaule, l'encourageant sans doute.

La porte s'ouvrit une nouvelle fois, et un groupe d'élèves entra dans un boucan remarquable. S'en était fini de la discussion intimiste des deux camarades. Malheureusement, l'arrivée des Maraudeurs, à la suite de ce premier groupe, signifia également que Severus n'aurait plus l'occasion durant le cours de papoter sereinement avec Lily. Le serpentard s'attendait désormais à subir les farces et moqueries cruelles de James Potter et de Sirius Black jusqu'à la fin de la journée.

L'ambiance dans la classe fut assez pénible, et si le jeune homme s'y était attendu, il avait bien du mal à le supporter. Pour une fois, la menace ne venait pas des Maraudeurs, car les quatre copains discutaient tout à loisir dans leur coin et vu la tête des mauvais jours de Lupin, la pleine lune n'était pas loin. Du coup, ils en avaient oublié le serpentard.

La réelle menace venait de sa propre maison, et durant tout le cours, il croisa le regard méprisant et lourd de sens de ses camarades vert et argent. Si les filles ne lui témoignaient que de l'indifférence, les garçons, presque tous destinés à devenir bientôt de redoutables mangemorts, le fusillaient du regard et le surveillaient si étroitement que le jeune homme se demandait comment faisait Slughorn pour ne rien voir. Il jeta un coup d'œil discret en direction de Lily mais sa jolie voisine était trop concentrée sur sa potion pour remarquer quoi que ce soit. Severus se refusa de l'embêter à cause de ses soucis personnels. D'autant plus qu'il savait pertinemment pourquoi il provoquait la répulsion et la haine chez les siens : il avait renoncé à devenir mangemort après les BUSE et avait osé admettre qu'il appréciait la compagnie de Lily Evans, une sang-de-bourbe. Autant se tatouer sur le front qu'il était l'ami des moldus.

Tentant de ne pas céder à la paranoïa, le jeune homme se recentra sur sa potion de félicité demandé par le professeur. Ses mains tremblaient légèrement, et quand il prit la fiole contenant un ingrédient vital pour son philtre, le liquide manqua de se déverser d'un coup dans le chaudron. Une telle erreur aurait pu faire exploser son poste de travail. Severus soupira et se reprit, se vidant l'esprit, puis il continua ses travaux plus librement. Après tout, tant qu'il était dans la salle de classe, sous le nez de Slughorn, il ne pouvait rien lui arriver. Mais il avait si peur qu'un de ses anciens amis l'attaque…

La cloche de fin de cours sonna, offrant la délivrance tant attendue à Severus. Deux heures de potions interminables sous le regard meurtrier des autres serpentards l'avait épuisé mentalement. Ne supportant plus la pression, il s'était empressé de fuir la salle de cours, alors que d'habitude il faisait tout pour trainer. Il laissa même une Lily déboussolée à sa table.

Dans le couloir, il marchait si rapidement qu'on pourrait croire qu'il était à deux doigts de courir. Son cœur s'affolait dangereusement, ses mains tremblaient, et une douleur lancinante frappait son crâne. La migraine montait doucement, et le jeune homme sentait qu'il avait besoin de solitude. Instinctivement, ses pas menèrent vers le hangar à bateau, un lieu isolé et où personne n'allait jamais, et où il pouvait s'y enfermer tout à loisir.

Il s'assit dans un coin, se prit la tête entre ses mains et commença à ruminer ses actions depuis sa résurrection. Il en vint à se demander s'il avait eu raison de faire cela. Certes, il avait réussi à changer son passé, à garder l'amitié de Lily et à rester quelqu'un de bien, mais il n'avait guère réussi à gagner l'amour de son amie et les élèves de sa maison le détestaient. Et où que son regard se tourne chez les serpentards, il ne lisait que dégout et menace de mort. Il y en aurait bien un pour essayer de le tuer.

"- Je ne crois pas, non."

Severus sursauta, et croisa mon regard rieur. Sur le moment, son cœur avait fait un tel bond dans sa poitrine qu'il crut qu'il était en train de mourir.

"- Ah ! Ce n'est que vous ?"

Ma tête se pencha pour exprimer mon désappointement quant à sa réflexion « ce n'est que vous ». Il se massa le poitrail et baissa la tête. J'avais beau être là, il restait désespérément perdu dans ses pensées. Je devinais alors que sa peur était si grande que le reste n'avait plus d'importance. Ou alors était-ce plus grave ?

Je m'assis à côté de lui et mon regard se perdit sur l'eau du lac tout en focalisant mon ouïe sur le clapotis relaxant des vaguelettes contre le quai du hangar à bateau. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas laissé aller à la mélancolie et à la paresse. Pensive, je restais silencieuse aux côtés de mon filleul tout aussi calme en apparence. Mais cela ne faisait pas avancer les choses, alors je crus bon de rompre à nouveau le silence :

"- Quelque chose vous tracasse à ce point Severus ? Serait-ce le comportement venimeux de vos condisciples à votre égard ?"

"- Je…"

Il leva légèrement la tête et je discernais sur son visage un renoncement qui me déplu beaucoup. Puis, il baissa à nouveau la tête et retrouva un air fermé. Je soupirais, un peu agacée et je revins à la charge :

"- Expliquez-moi, car ce comportement défaitiste ne vous ressemble pas du tout. Vous avez tant de possibilités à explorer concernant ce nouveau futur que vous vous construisez, et je dois avouer que je le trouve de plus en plus intéressant…"

"- Oh ! Taisez-vous, je vous en supplie."

Je fus complètement interloquée d'être ainsi coupée, surtout sur un ton aussi désespéré. Il laissa échapper un râle rauque avant de se replonger dans une tristesse étrange. Je l'observais, presque ahurie, mais je restais convaincue que le laisser se murer dans son silence n'étais pas une bonne chose.

"- Non, je n'en ai pas très envie", rétorquais-je. "C'est bien de se remettre en question, mais pas au point d'en arriver à jeter l'éponge. Severus… qu'est-ce qui ne va pas ?"

Severus haussa les épaules, pas tellement convaincu par mes propos. Mais peu à peu, je sentais qu'il désirait se confier. Il semblait trépigner, et les mots restaient coincés sur le bout de sa langue.

"- Vous savez que cela restera entre nous," lui fis-je pour l'encourager.

Il porta à mon attention un nouveau regard, mais cette fois, il parut désolé. Mais je le poussais, dans mon attitude, à parler, à me confier ses états d'âme et à lui faire comprendre que je ne lâcherais pas le morceau tant qu'il n'aurait pas tout déballé.

"- D'accord, c'est bon, vous avez gagné."

J'affichais à cette réponse un sourire conquérant et satisfait. Le jeune homme soupira, laissa ses yeux se balader sur la surface du lac sur laquelle une fine pluie tombait depuis le petit matin.

"- J'ai peur, en effet. Mais pas seulement de mes anciens camarades. J'ai peur de m'être trompé, de ne pas arriver à sauver Lily, de la voir s'éloigner malgré mes efforts. Je… Vous m'avez déjà averti qu'elle ne sera jamais amoureuse de moi, et j'ai beau le savoir, je n'arrive pas à me fourrer ce fait dans un coin de mon crâne. Je l'aime toujours autant, et j'essaye toujours de la garder près de moi. Est-ce que cela vaut-il la peine que je continue sur cette voie ?"

Je remarquais que ses mains tremblaient de plus belle, et l'énoncé de ses regrets grandissait à mesure qu'il se confiait à moi. Il voyait enfin dans quelle galère il s'était mis en revivant son passé pour le changer. Il s'était noyé dans l'inconnue la plus totale. Il n'avait d'emprise sur rien, et le moindre de ses actes changeait son futur sans qu'il puisse savoir ce qui allait se produire par la suite.

"- Ai-je bien fait de faire cela ? De croire que j'avais droit à une seconde chance ?"

Il passa une main lasse sur son visage, il avait la tête plein de questions, et il termina sur celle qui le tracassait tout autant que les autres :

"- Et Lilith Rivers ? Je fais quoi avec elle ? Elle me tombe comme ça dans les bras et moi… moi… je culpabilise par ce qu'il y a Lily. Tout cela… ça me tue. Lentement, mais surement."

"- Vous vous posez trop de questions Severus, vous observez ce monde d'adolescent avec un regard trop adulte. A l'âge que vous êtes censé avoir actuellement, vous devriez vivre votre vie sans toutes ces questions. Vous devriez songer plutôt à vos cours, vos devoirs, quand vous allez vous amuser avec vos amis. Et d'autres choses encore. Mais il est bon de voir que vous réalisez enfin les conséquences de votre retour dans le passé."

Je lui souris, me sentant tellement plus utile que quand je vais chercher les âmes mortes. J'avais l'impression de sauver quelqu'un, d'avoir un semblant de pouvoir sur ces pauvres humains. L'espace d'un instant, Severus se perdit en une longue réflexion personnelle, ressassant mes paroles. Il faisait le pour et le contre, et finalement, une seule conclusion vint à son esprit :

"- En sommes, je suis condamné à continuer de vivre cette vie que je suis en train de me construire… et aucune de mes lamentations ne me sauvera de mes soucis. Je dois assumer. Assumer et aller jusqu'au bout."

Mon sourire s'élargit encore, et j'hochais la tête pour le conforter dans son opinion. Je ne pouvais rien faire de plus pour lui, en dehors d'être une oreille attentive à ses besoins, et de me montrer de bon conseil.

"- Il n'empêche que mes doutes sont légitimes…"

"- Effectivement, ils le sont", répondis-je. "Mais je crains que vous seul ayez la réponse à toutes vos craintes. Je ne puis agir ou réfléchir à votre place, c'est à vous de tout faire pour que cette vie se passe mieux que la précédente. Vous avez une chance que les autres n'ont pas."

"- A part moi, vous n'avez jamais offert une seconde vie à quelqu'un ?"

"- Hum… j'ai ressuscité des gens déjà, mais un retour dans le passé pour le changer, non. Ce n'est pas dans mes aptitudes habituelles. En fait, je n'ai pas tellement le droit de le faire, mais pour votre cas, ce fut une exception."

Severus fronça les sourcils, sentant tout à coup que cette exception cachait quelque chose de plus important. Pourquoi lui et pas un autre ? Cela le tracassait encore plus. Il voulut éclaircir ce point mais je levais une main pour le faire taire aussitôt.

"- Vous saurez peut être tout… un jour."

"- Ah oui ? Quand ? Une fois que je serais à nouveau mort ?"

Je ne répondis pas, et évitais de le regarder droit dans les yeux. Pour lui, ce fut une réponse satisfaisante, devinant, je suppose, que je ne lui révèlerais rien de son vivant, mais que tout ce qui lui arrivait masquait une vérité plus grande. J'eus un moment d'hésitation où je m'imaginais que cela serait plus simple pour tout le monde de lui effacer de la mémoire cette dernière bride de notre discussion. Seulement… un jour, la vérité éclaterait fatalement. D'une manière ou d'une autre, il aurait sans doute été amené à découvrir tout ce que je lui aurais caché. Hors, mes plans nécessités l'entière confiance de mon protégé envers moi.

"- Vous devriez retourner en cours", lui suggérais-je. "Vos amis, comme vos professeurs, vont s'inquiéter de votre absence injustifiée."

Il se tourna vers moi, le regard las, et m'offrit un sourire assez étrange, comme s'il était résolu à faire quelque chose d'inhabituel et de désespéré.

"- Ma foi non," expliqua le jeune homme. "Je n'ai qu'à aller à l'infirmerie et prétendre que je ne me sens pas très bien. Ce ne serait pas très mensonger, vu que ma migraine semble empirer encore. J'ai besoin de calme et de repos. Je regrette juste que cela va inquiéter Lily."

Il se leva, prit son sac et me fit un regard d'adieu très éloquent. Au fond de lui, il espérait avoir de moins en moins besoin de moi pour gérer sa vie. Mais d'un autre côté, je devais être la première personne censée et responsable auprès de qui se confier, et trouver du réconfort. Et qu'il le voulait ou non, cela le changeait peu à peu.

Quelques heures plus tard, Lily était assise au bord du lit dans lequel Severus était allongé. L'infirmière lui avait permis de dormir un peu, juste après l'ingestion d'une potion destinée à calmer ses maux de tête. Finalement, Lily se retrouva toute rassurée de savoir que son précieux camarade n'avait juste eu qu'un coup de fatigue et de stress, et qu'il n'y avait rien de plus grave. Le départ précipité de Severus, sans un mot ni même un regard, après le cours de potion, l'avait alarmée comme jamais, et bien qu'elle avait tenté de le suivre et de le rattraper, il était parvenu à la semer au détour d'un couloir.

A présent, elle se chargeait de le sermonner, lui hurlant presque aux oreilles.

"- Non mais tu te rends compte de la frayeur que tu m'as faite ? Débouler ainsi hors du cours… pas même un mot d'excuse pour me dire que tu fonçais à l'infirmerie ! Mais il te passe quoi par la tête en ce moment ?"

Devant la crise de Lily, Severus ne sut s'il devait se sentir coupable, ou s'il devait rire. Son cœur était rempli de joie à la simple idée que sa disparition avait faillit la faire mourir de peur, qu'elle tenait plus à lui qu'elle ne le montrait en réalité.

"- Je ne sais pas," fit Severus. "Peut être que mes hormones me jouent des tours ? Nous sommes en pleine crise d'adolescence, ne l'oublie pas…"

Un oreiller vint s'abattre cruellement contre son visage, l'étouffant à moitié, avant qu'un rire sonore ne vienne lui indiquer que son amie consentait enfin à enterrer la hache de guerre. Il retira l'oreiller de sa tête, et le lança sur le lit à côté. Ses cheveux étaient tout ébouriffés, lui donnant un air absolument ridicule. Il s'attela à les aplatir aussi vite que possible, peu désireux qu'on le surprenne ainsi coiffé. Il était assez sujet à moqueries comme ça, pas la peine de donner matière à en rajouter.

"- J'espère que tu n'auras pas d'autres migraines", fit Lily sur une voix plus douce. "Cela ne t'avais jamais pris d'en avoir avant. J'imagine que les vacances ont du être terribles pour toi, si tu rentre à Poudlard dans un tel état d'épuisement…"

"- Je vais mieux", grinçait Severus." Je n'aime pas beaucoup que tu t'inquiète pour moi. Alors fourres-toi dans la tête que ce n'est rien, et que je ne suis pas prêt à revenir à l'infirmerie pour si peu."

Lily lui tira la langue, mais une légère inquiétude se lisait toujours dans ses beaux yeux verts. Puis, il fixa la porte avant d'avouer quelque chose à son ami :

"- Tout à l'heure, alors que tu dormais, j'étais venue pour te voir. Mais l'infirmière m'a interdit de te rendre visite, pour que tu te repose dans le calme. Mais… il y avait une autre fille avec moi. Une serpentard. Elle venait aussi pour te voir, et elle avait l'air encore plus inquiète de ton état que moi. Tu sais qui c'est ? Parce qu'à moi, elle ne m'a rien dit et m'a juste lancé un regard méchant."

Severus blêmit, ayant toutes les difficultés à déglutir. Evidemment, il savait qui était cette fille, mais il ne tenait toujours pas à dire quel était leur lien. Pas à Lily du moins. Pourtant, il avait de plus en plus l'impression d'avoir été indélicat avec la pauvre Lilith. Elle devait se faire du souci pour lui, et si, lui, se posait beaucoup de questions sur sa vie, surtout d'un point de vue sentimentale, qu'est-ce que cela devait être pour elle ?

"- C'est… ta petite amie ?"

Tout d'abord, Severus ne comprit pas un traitre mot de ce que lui disait Lily, trop absorbé par ses pensées, et la manière dont il allait aborder Lilith. Il ne fallait surtout pas qu'elle se jette à son cou, ou la gryffondor pourrait croire qu'il se passe quelque chose entre eux. Puis, il réalisa soudainement que Lily le soupçonnait déjà.

"- Hein ? Oh non ! C'est… euh… une fille de ma maison. Je l'ai croisée cet été… au cimetière… quand j'ai enterré ma mère. Je… Nous avons longuement discuté, parce qu'elle-même connaissait le deuil et… et du coup, nous avons fait connaissance. Mais je ne l'ai pas vue plus que cela."

"- Oh mais Severus ! C'est magnifique ! Si elle est venue, c'est qu'elle s'inquiétait vraiment pour toi. Je crois que tu es enfin parvenu à te faire une autre amie que moi. Tu vois que quand tu veux, tu n'es pas aussi asociale que tu veux bien le faire croire."

Et Lily se jeta dans ses bras, dans un geste qu'elle pensait innocemment affectif et amical, destiné à encourager son ami dans sa démarche. Mais pour Severus, ce contact physique des plus étroits le rendit extrêmement mal à l'aise. Il l'aimait… de tout son être il l'aimait. Chaque manifestation de tendresse de la part de Lily à son égard le tuait à petit feu. Et il en avait assez. Il avait peur également.

"- Lily ?"

La jeune fille s'éloigna de Severus, et le fixa d'un regard jovial, comme si elle s'attendait à tout moment qu'il lui avoue qu'en fait, cette fille de serpentard lui plaisait beaucoup, et qu'il s'en suivrait entre un long moment complice où ils échafauderaient des plans pour qu'il puisse la séduire. Mais le regard grave du serpentard évapora cet espoir et la belle rousse sentit une boule d'angoisse poindre dans sa gorge. Elle reconnaissait dans cette attitude coincée et sérieuse chez Severus le moment où il allait lui avouer quelque chose de grave, sinon même problématique. Elle savait tout de lui, elle le connaissait comme si elle l'avait mis au monde.

" Je… oui ?"

Elle était mortifiée d'angoisse à présent, fixant les lèvres de Severus qui remuaient à peine, qui tremblaient, hésitant à prononcer ce qui était si difficile à dire. Le jeune homme ferma deux secondes les yeux, et quand il les rouvrit, il se jeta à l'eau et décida de vider d'un coup son sac :

"- Je t'aime."

Les yeux de Lily s'écarquillèrent. Nerveuse, elle se mit à glousser, avant de détourner le regard à la recherche d'un quelconque secours. Mais ils étaient seuls.

"- Je… moi aussi, je t'aime beaucoup Sev'…"

Severus grimaça face à cette réponse. Elle avait balbutié, mal à l'aise, et sans doute avait-elle espéré se faire de fausses idées sur cette déclaration. Mais son ami s'empressa de la détromper :

"- Non, non… ce n'est pas cela, Lily. Je ne peux plus renier mes sentiments… mes VRAIS sentiments. Je… je suis amoureux de toi. Et d'aussi loin que je m'en rappelle, je pense avoir toujours été amoureux de toi. J'ai renié mon amour pour le transformer en amitié, mais je… je ne peux plus me mentir à moi-même. Il s'est passé trop de choses cet été pour que je continue à… à me persuader que mon mensonge est vrai. Lily… c'est terrible comme la mort peut briser la vie de quelqu'un. Quand ma mère est morte… j'ai regretté de ne pas lui avoir assez dit combien je l'aimais. Et j'ai réalisé… si quelque chose de terrible devait arriver à l'un d'entre nous… Lily… je ne veux pas vivre dans le regret."

Les joues de Lily prirent une teinte pourpre, très violente, jurant désagréablement avec ses cheveux. Mais eu lieu de se sentir flattée, elle paraissait souffrir. Severus sut aussitôt que jamais son amour ne serait partagé. Jamais elle ne serait à lui, rien que pour lui. Il baissa la tête et sourit, presque malgré lui.

"- Ne dit rien", murmura le garçon. "Je devine ce que tu vas me dire. Je sais ce que ton cœur désire vraiment. J'ai toujours été à tes yeux un bon ami, mais, celui que tu aime, c'est Potter n'est-ce pas ?"

"- Je… je suis désolée Sev'…"

Elle avait les larmes aux yeux, pétrie de honte et d'effroi. C'était affreux pour elle de devoir rejeter la déclaration d'amour de quelqu'un qu'elle chérissait beaucoup, et ce parce que leur manière de s'aimer divergeait. Mais Severus, au lieu de s'en offusquer, lui posa tendrement une main sur son épaule, et tel un grand frère, lui dit :

"- Il ne faut pas, c'est moi qui ai été trop bête de tomber amoureux de toi comme ça, et de ne jamais te l'avoir dit plus tôt. Maintenant, c'est toi qui est la plus embêtée de nous deux. Bon… au moins tu es au courant. Je vais moins me sentir coupable. Et si Potter te fait du mal, je t'assure que je serais le premier à lui exploser sa sale tête de crâneur."

Il tenta de rire, mais peine perdu. Cela fit sangloter d'avantage Lily. Il se sentait si bête ! Après toutes ces années à enseigner à Poudlard, et à croiser des collègues féminines tout au long de sa carrière, il était toujours incapable de comprendre comment fonctionnait une fille.

"- Je ne suis pas doué," conclut-il. "Non, vraiment pas doué."

"- Et… et on fait quoi maintenant ?"

Au moins, elle ne l'avait pas durement rejeté. Elle lui demandait même conseil pour la suite. C'était bien plus que ce qu'avait espéré le serpentard.

"- Je voudrais que l'on soit toujours amis", fit-il. "Je tiens trop à toi pour souffrir d'un éloignement entre nous. Mais… je ne tenterais rien pour te séduire, promis. Mais… toi… tu n'en parle à personne ?"

"- Non… à personne…"

Comme pour lui montrer qu'elle ne lui en voulait pas et que cette situation lui convenait, Lily le serra dans ses bras, essayant dans le même temps de sécher ses larmes. Un sourire de victoire naquit sur les lèvres de Severus.

Le bruit d'une porcelaine fracassée contre le sol les fit se décoller l'un de l'autre et leurs regards convergèrent vers la porte de l'infirmerie laissée entrebâillée. Là, au sol, une coupe de fruits et de sucreries s'était répandue en miettes suite à un choc violent contre les dalles de la pièce. Quelqu'un venait de faire tomber la coupe avant de s'enfuir.

"- Oh non", souffla Severus. "Pourvu que ce ne soit pas elle !"