En ce monde, il n'existe rien de plus imprévisible que l'Amour. Ou si… la mort peut être ? Impossible à prédire, l'Humain ne sait quand son cœur va battre exclusivement pour quelqu'un d'autre. Il ne sait pas non plus si cette personne va l'aimer en retour et si leur amour va durer jusqu'à la mort. Certains aiment passionnément plusieurs personnes dans leur vie, d'autres ne vouent qu'un amour exclusif à une seule et même personne. Enfin, il y a ces rares gens qui n'aiment personne. Ceux là sont sans doute le plus à plaindre, ne pouvant expérimenter ce si fort sentiment.
Aimer, c'est à la fois doux et violent, merveilleux et douloureux, mais tout le monde vous dira que cela vaut le coup d'aimer au moins une fois. Car vivre sans aimer, ce serait comme goûter à un plat sans saveur. Même moi, Morrigan, la Mort, j'ai eu le plaisir d'aimer, et d'être aimée en retour. Même si je ne compte pas m'épancher sur cet épisode de mon existence, je n'en garde pas moins un souvenir tendre et précieux. Et donc, en connaissance de cause, je puis affirmer que l'Amour est le bien le plus précieux que l'on puisse offrir à quelqu'un. Cela doit drôlement vous surprendre de savoir que j'ai un cœur, et que j'eus aimé un mortel ? Et bien je dois vous l'avouer, moi aussi je me surprends. Mais comme je puis éprouver de la colère ou de la compassion, j'imagine que tout naturellement, il peut m'arriver d'aimer.
Pour Severus, se confronter à la réalité de l'Amour fut un choc assez violent. Quand enfin il se décida à admettre ses sentiments et à les avouer à celle qu'il aimait, il fallut qu'il apprenne qu'une autre était amoureuse de lui. Sa passion allait de l'une à l'autre sans qu'il puisse déterminer laquelle il aimait le plus, et le temps passant, il arriva à la conclusion qu'il ne saurait les perdre toutes les deux. Il les aimait trop.
Cloué sur un lit à l'infirmerie, il n'avait pu rattraper Lilith –car il était certain que c'était elle qui avait fuit à la vue de son étreinte avec Lily- et s'en voulait de ne pas avoir pu discuter plus tôt avec la pauvre fille. A présent, elle devait se faire des idées sur eux, croire que Lily et lui sortaient ensemble. Elle allait lui en vouloir, le détester, et la simple idée que ses beaux yeux bleu le regardent avec haine lui glaçait les veines.
"- Lily ?"
La gryffondor se détacha enfin de la coupe de fruit brisée, et fixa Severus sans comprendre. Elle tentait de deviner ce que Severus sous-entendait par « elle ». Parlait-il de la fille qui avait voulu le voir plus tôt ?
"- Quoi, Sev' ?"
"- Peux-tu me rendre un service et me retrouver la fille qui voulait me voir ? Dis lui que je voudrais bien la voir à mon tour. Je dois lui parler."
Lily lui fit signe qu'elle voulait bien et sauta du bord du lit, pour se diriger vers la porte. Elle se retourna, scruta le visage de Severus pour essayer d'y déceler un début de réponse, mais le jeune homme s'était détourné et se cachait sous les couvertures. Elle le salua, avant de partir.
Il ferma les yeux, tremblant, effrayé à la simple idée de perdre Lily ou Lilith, et espérait pouvoir dissiper le malentendu. Oh ! Comme la perspective de ne plus jamais entendre la voix de la jolie brune le désespérait ! Pourquoi les filles étaient-elles capables de captiver comme de détruire ?
"- Aidez-moi Morrigan ! Je vous en supplie."
Il serra les draps dans ses mains, de toutes ses forces, retenant comme il pouvait ses larmes. Il avait été sincère avec Lily, se débarrassant d'un fardeau vieux de toute une vie, et si jamais son vœu de finir avec Lily ne pouvait se réaliser, il pouvait désormais vivre sans le regret de ne pas lui avoir dit à quel point il l'adorait. Peut être idéalisait-il trop la belle rousse ? Sans doute. Lui, par contre, était bien loin d'être parfait. En fait, il se rapprochait si peu de la perfection qu'il se demandait comment deux si jolies filles pouvaient l'apprécier autant. L'une le considérait comme un ami, un frère, l'autre l'aimait quasiment au point de le vénérer.
"- Morrigan… je ne veux pas la blesser. S'il vous plait… dite le lui. Dite lui qu'il ne s'est rien passé avec Lily. Qu'il n'y aura jamais rien. Jamais… jamais…"
Malheureusement pour lui, s'abstint-il d'ajouter. Son cœur se brisait, avec ce terrible sentiment d'être en train de tout perdre.
"- Je ne puis rien faire, Severus."
Il rouvrit les yeux, s'attendant, hélas, à ce genre de réponse. Je soupirais, assise sur le lit juste à côté du sien, fixant le plafond avec désinvolture.
"- Je ne suis pas votre nounou, mon rôle en tant que marraine n'est pas de vous arranger vos coups, mais de vous protéger quand votre vie est menacée. Je vous ai offert des dons, usez-en comme bon vous semble. Mais je n'ai rien d'une conseillère matrimoniale. Je suis Morrigan, la Mort… pas Cupidon. Vous implorez la mauvaise personne là."
J'eus un sourire taquin, et après un gloussement amusé, je fis un clin d'œil à Severus, qui parut flétrir à vue d'œil. Sa patience arrivait à bout, et il s'était enfoncé dans un bourbier dont il n'avait aucune idée sur la manière d'en sortir.
"- A force, je vais finir par croire que vous me confondez avec une maman."
Je disais cela pour plaisanter, et avec joie, je vis Severus me gratifier d'un regard noir. Une attitude qui lui ressemblait d'avantage, me languissant de ne plus m'amuser des excès de colère du jeune homme à mon égard. Il avait pris la fâcheuse habitude de me supplier, alors qu'avant il me disputait pour chacune de mes apparitions.
"- C'est bon, j'ai compris ! Je vais me débrouiller tout seul ! Allez ouste !"
Il me jeta son oreiller à la figure, mais avant que son tir ne parvienne jusqu'à moi, j'eus disparut dans un rire sonore. Severus grogna et vociféra à mon encontre :
"- Quelle peste ! Jamais utile quand on lui demande de l'aide, mais toujours là pour vous casser les pieds."
Le soleil s'apprêtait à être dévoré par l'horizon quand l'infirmière autorisa Severus Rogue à sortir de l'infirmerie. Si son mal devait reprendre, elle lui avait confié une petite fiole pour atténuer les maux de tête et lui avait demandé de se reposer. Cette fiole, Severus la gardait précieusement dans une de ses poches d'uniforme, une main toujours dessus pour veiller à ne jamais la perdre ou la briser, une précaution nécessaire quand on était le genre de personne à se faire attaquer volontiers pour un rien. Au moins, il avait eu le plaisir de faire une rentrée sans se faire ennuyer par les Maraudeurs.
Ah ! Ces imbéciles ! Severus sourit en revoyant Potter jeter des coups d'œil inquiets durant tout le cours de potion. Il n'aimait pas que Lily soit à côté de lui, encore moins qu'elle lui parle en riant. Potter était jaloux de lui, et cette pensée le fit frissonner de plaisir. Et puis, contrairement à Potter, lui avait tout fait pour protéger Lily de la jalousie de Lucinda.
"- Sev' ?"
Le serpentard se retourna machinalement et son regard croisa celui, émeraude, de Lily. Elle avait l'air très embêtée, et les joues rosies, elle lui confia :
"- Je ne suis pas parvenue à retrouver ta nouvelle amie. Je crois qu'elle s'est cachée dans votre salle commune… moi, ben, je ne peux pas y entrer. Je suis désolée."
"- Ce n'est pas grave, Lily," la rassura le garçon. "J'avais espéré que tu la retrouve avant, mais bon… je vais m'en occuper. Tout seul."
Il lui sourit pour la remercier, et en réponse, elle le lui rendit, non sans gêne. Puis, elle leva sa main et lui fit un signe d'au revoir. Le serpentard remarqua qu'un petit groupe de filles attendait au bout du couloir la jolie rousse. Severus se résolut à laisser partir son amie, et bien que déçu, il n'avait pas tellement le choix. Toutefois, il comprit par ces actes que Lily cherchait à s'éloigner un peu de lui, de marquer une distance entre eux. Son amie courut vers ses copines, sans même lui adresser un dernier regard encourageant.
Il soupira, et ne daigna réagir qu'une fois que Lily eut disparue de son champ de vision. Le goût amer de la mélancolie empli sa bouche et il n'eut plus envie que d'une chose : se noyer dans le lac. Si l'eau ne le tuait pas, son contact glacial lui remettrait peut être les idées en place.
"- Bon… à moi de jouer", se mit à réfléchir à voix haute le jeune homme." Je me suis trop reposé sur les autres, il est temps que je règle mes problèmes par moi-même. Morrigan m'a dit que j'avais des pouvoirs… je vais les utiliser."
A part pour dissiper l'influence mentale de Lilith, Severus n'avait jamais usé de ses autres pouvoirs, par crainte de ne pas savoir s'en servir correctement et de blesser autrui. Mais s'il voulait garder intact les sentiments de la serpentard à son égard, il n'avait d'autre choix que de recourir à des méthodes extrêmes.
Il supposait que Lilith s'était cachée dans le dortoir des filles, un lieu protégé des garçons. Bref, il lui serait impossible d'entrer dans ce maudit repère de filles, il devait donc trouver un moyen de contourner le problème. En y réfléchissant bien, il se disait avoir trouvé la solution. Il arbora un sourire ravi avant de faufiler vers un lieu plus secret et discret, histoire que personne ne le surprenne à pratiquer une magie aussi puissante et inquiétante.
Son choix se porta sur le vestiaire du terrain de Quidditch, où, à cette heure tardive, personne n'allait. A ce qu'il savait, les entrainements n'avaient pas commencés et les sélections ne débutaient que la semaine suivante, il n'y avait donc pas de raison pour que des élèves trainent par là. A moins de s'appeler Potter, Black, Lupin et Pettigrow. Ces quatre là avaient un don pour fourrer leur nez dans les endroits les plus curieux. Mais ce soir, ils ne trainaient pas près du terrain de Quidditch, et les lieux semblaient aussi déserts que silencieux. Satisfait, Severus entra dans le vestiaire et se posa à un endroit dégagé où il pourrait s'adonner à sa magie.
« J'appelle les ombres… »
Et les ombres du vestiaire frémirent, comme si la voix de Severus leur avait insufflée la vie. Le regard du jeune homme détailla les ombres avec curiosité, ne pensant pas que cela fonctionnerait réellement. Il n'avait jamais appris à faire cela, il ne pensait même pas que ce genre de chose puisse être réalisable. Même Voldemort tuerait pour acquérir un tel pouvoir. Arriver à se faire obéir des Ténèbres elle-même. Drôle de cadeau que celui de Morrigan… Mais bon, il semblait soudainement bien pratique. Séduit par ce pouvoir spécial, Severus se sentit plus puissant, plus enivré.
"- Trouvez Lilith Rivers et ramenez-la-moi. Vivante et en douceur je vous prie."
Les ombres frémirent une nouvelle fois avant de disparaître en semblant se dissoudre. Devant le phénomène, le serpentard se demanda s'il n'avait pas fait, en vérité, une bêtise. Après tout, il usait d'une magie dont il ne savait rien, et que même Dumbledore craignait au plus haut point. Une magie que rêverait de posséder Voldemort, mais dont Severus n'était pas certain d'avoir la parfaite maitrise. Même si l'usage de ces dons lui paraissait naturel, comme s'il avait fait cela toute sa vie, il ignorait quels effets cela produirait avec exactitude. Et si les ombres faisaient du mal à la jeune fille ?
Il trembla, et l'attente lui parut incroyablement longue et douloureuse. Son cœur frappait sa poitrine au point de lui faire mal, sa respiration était devenue très rapide. Il avait l'impression d'étouffer.
Puis les ombres revinrent, rendant aux vestiaires un aspect plus rassurant, moins irréel. Elles recrachèrent une fille recroquevillée sur elle-même, et très apeurée.
"- Lilith ?"
Il n'osait pas s'approcher d'elle, certain que quelque chose s'était passé de travers. Et puis, elle devait tellement lui en vouloir, elle devait se sentir trahie. Mais la voix de Severus la fit tressaillir, et il la vit bouger suffisamment la tête pour voir un œil couleur azur le fixer, avant de se refermer dans un gémissement de douleur.
"- Il faut que l'on parle", fit-il."D'abord, je tiens à m'excuser, je ne t'ai pas adressé la parole depuis notre retour à Poudlard. Je suis conscient que ça a du te rendre folle, et tu as le droit de m'en vouloir pour ce manquement de ma part."
Il passa une main moite sur sa nuque, bien embêté et ne sachant que dire ensuite. Les mots se bousculaient dans son esprit, et sa tête recommençait à être douloureuse, pour son plus grand désarroi. Il avait l'impression qu'aucune parole ne saurait dissiper le malentendu, qu'elle continuerait de douter de sa parole, qu'elle penserait qu'il préfèrerait toujours Lily Evans.
Oh… il aimait Lily, oui. Mais il l'aimait elle aussi. Et il n'arrivait pas à les départager. C'était… douloureux. Choisir n'était décidément pas quelque chose d'anodin.
"- Et il me semble que tu as voulu me voir à l'infirmerie. C'est toi, n'est-ce pas, qui est partie en courant après avoir lâché la coupelle de fruit ? Tout ça parce que tu m'as vue serrer dans mes bras Lily ? Que j'avais l'air heureux en cet instant ?"
Il la vit se recroqueviller un peu plus, et ses mains se rapprochaient de ses oreilles, dans le but de vouloir se les boucher et ne pas entendre la suite. Une suite qui la détruirait, elle en était persuadée.
"- J'ai avoué à Lily que j'étais amoureux d'elle," lâcha Severus presque en criant. "Parce que je ne pouvais plus vivre en gardant ça secret. Mais je ne lui ai pas demandé de sortir avec moi parce que…"
Sa voix s'évanouit soudainement, et il pâlit. S'il le disait, c'était admettre que tout était perdu, d'être conscient de cette horrible réalité. Pourtant, s'il ne le disait pas, c'était Lilith qu'il perdait aussi. Et il n'en était pas question. Alors, malheureux, il s'y résolut :
"- Parce que je sais bien que ce ne sera jamais réciproque. La seule chose que je lui ai demandé, c'est de rester mon amie, en échange de la promesse de ne jamais tenter de la séduire."
Une larme coula sur la joue de Severus. Son espoir s'était envolé. Il l'avait dit, à voix haute, devant témoin humain. Lily ne l'aimerait jamais, il le savait, et tenter de lui plaire était cause perdue. Il se sentait si vide qu'il avait l'impression de mourir encore. Son regard cherchait frénétiquement une présence près de lui, MA présence, qui lui était si familière désormais qu'elle le rassurait. Oui, il l'admit enfin pour lui-même, j'étais devenue une autre mère à ses yeux, qu'il m'appréciait et qu'il se sentait plus en sécurité auprès de moi.
Un sanglot le fit baisser les yeux. Je n'étais pas apparue à lui, mais à terre, recroquevillée sur elle-même en une position fœtale, Lilith pleurait et manifestait toute sa détresse. Le chagrin la tuait, elle ne savait si elle devait le croire, lui qui avait exprimé tant de bonheur à être simplement dans les bras de Lily Evans. Elle se sentait incapable de lui offrir un bonheur semblable, elle en venait à regretter d'être née. Si c'était pour subir autant de douleur et de honte, valait-il la peine de vivre ?
Severus ne sut plus comment réagir. Il avait beau dit la vérité, dissiper le malentendu, essayer de faire comprendre à sa camarade qu'entre lui et Lily, ça ne marchera jamais, Lilith semblait s'être enfermée dans un cocon de tristesse et scepticisme. Avoir une âme d'homme adulte ne lui était vraiment d'aucune utilité, sa soi disant maturité ne lui permettant pas de trouver les mots justes pour dissiper ce chagrin. Quand on n'était pas à l'aise avec les femmes ou les sentiments, ça ne changerait jamais.
"- Je… Lilith ?"
Vraiment, il était maladroit. Il ne parvenait pas à détacher son regard de ses magnifiques cheveux noirs, fins et brillants. Il fit un pas vers elle.
"- Elle et moi ne sommes que des amis… juste de très bons amis."
Il se pinça les lèvres avec les dents, conscient de son impuissance face à une telle situation. A trop s'être plongé dans une froideur perpétuelle, il en avait oublié comment se montrer doux et agréable. Il fit un pas de plus.
"- Et toi… je t'aime beaucoup. Et je ne veux pas que tu ais mal."
Bien… maintenant il parlait comme un enfant de quatre ans qui chercherait à rassurer quelqu'un sur ses sentiments, à consoler cette personne. Il se détestait lui-même. Il fit un autre pas. Il était à présent assez près d'elle pour pouvoir la prendre dans ses bras. D'ailleurs, son esprit lui dictait de le faire, et Severus s'accroupit pour poser une main tremblante sur Lilith. Ce contact soudain et imprévu arracha à la jeune fille un cri de surprise, elle leva un visage désespéré vers lui. Severus en eut le cœur brisé, il voulait réparer cela. Décidément, que c'était compliqué une fille.
"- Oui… je t'aime énormément."
Cette fois, il ne pouvait pas dire que c'était à cause du pouvoir de Lilith. Il était pleinement conscient de ses actes, son esprit était très clair. Il savait parfaitement quoi faire, ou plutôt, ce qu'il avait envie de faire.
Prit d'une inspiration soudaine et bienvenue, il prit dans ses bras Lilith, la serra très fort, comme il l'avait fait pour Lily à l'infirmerie. Et comme avec la jolie rousse, il se sentit heureux de ce contact. Seulement… avec Lilith, il avait l'impression qu'il lui était permis d'espérer.
Il frémit d'ailleurs au contact des mains de la serpentard, qui lui touchaient le dos et qui remontaient doucement le long de sa colonne vertébrale en une caresse délicieuse et langoureuse. Contre sa poitrine, il sentit la respiration rapide et profonde de sa camarade, et il se demandait si le tambourinement qu'il percevait également n'était pas les pulsations du cœur de la jeune fille. Il enfuit son visage contre sa gorge, humant au passage ce parfum de lys qui se dégageait de sa peau. Tout chez cette fille était attirant.
Inconsciemment, Severus resserra encore son étreinte. La respiration de Lilith s'accéléra encore. Un détail qui l'amusait, autant que cela lui faisait plaisir. Il avait à nouveau cette envie de séduire, de plaire et il avait dans ses bras une fille qui se laisserait volontiers tenter.
"- Lilith…"
Ce n'était qu'un murmure, mais il y avait mit toute sa passion. La jeune fille tremblait, ne s'attendant pas à entendre son nom prononcé de la sorte. Elle ne croyait pas à sa chance. Elle se retrouvait seule avec celui qu'elle adulait, ce garçon pour qui elle se tuerait volontiers. Et lui, il prononçait son nom avec tendresse et amour, il la serrait très fort dans ses bras… Comme elle voulait qu'il aille plus loin.
Elle se dégagea un peu de cette étreinte délicieuse, pour pouvoir admirer le visage de Severus. Elle plongea dans ses yeux noirs, insondables, avant d'observer avec envie ses lèvres. Elle déglutit, inquiète comme impatiente. Que faire ? Avait-elle le droit de céder à ses propres pulsions ? Mais Severus ne lui laissa pas le temps de se noyer dans ses questions et ses suppositions, il prit les choses en main, agissant presque malgré lui. Il l'embrassa, d'abord tendrement, presque timide, puis, comme Lilith se laissait faire et que le baiser se prolongeait, il devint plus passionné, plus fougueux. Plus question de romantisme, de douceur, il la voulait pour lui seul, toute entière, sans user de mot, juste lui parler avec le regard et les caresses. Il ne se contenta plus de la serrer fort dans ses bras tandis qu'il l'embrassait, il laissait ses mains se perdre sur son corps.
Je dois avouer que je ne m'attendais pas à voir un Severus si dégourdi, aguicheur et passionné. Il s'agissait pour moi d'une curiosité nouvelle et je ne pus, à l'insu de ces deux tourtereaux, me détacher du spectacle qu'ils m'offraient. Oh je vous en prie, chassez le mot « voyeurisme » de votre esprit, et cessez de froncez vos sourcils, vous n'êtes guère plus blanc que moi. Que je sache, vous continuez bien à lire non ? Vous buvez chacune de mes paroles, vous vous délectez de savoir vous aussi ce qu'il s'est passé. Alors non, je ne vois pas pourquoi je devrais avoir plus honte que vous de ma curiosité. Et puis, mon rôle est de veiller sur eux, il est donc normal que je garde un œil sur ces deux là.
Quoiqu'il en soit, il ne se passa rien de plus qu'un long baiser passionné, et quelques mains qui se perdaient innocemment sur le corps de l'autre. Lilith s'était finalement calmée, même si sa jalousie ne s'était point atténuée. Ils s'étaient quittés peu après, dans un silence gêné, mais leurs regards suggéraient qu'il y aurait un « peut être » entre eux. Severus ne se sentait pas prêt à entamer une relation, surtout si vite après avoir avoué à Lily ses sentiments secrets.
Il était compliqué d'aimer, mais Severus se disait qu'il ne s'en était pas trop mal sorti. Cela aurait pu être pire : il gardait après tout une précieuse amie, et gagnait une petite amie potentielle, alors que dans sa précédente vie, il avait tout perdu.
Ce fut avec ce sentiment de bien être absolu que Severus se coucha, et enchanté, s'endormit vite pour se plonger dans une nuit teintée de rêves sucrés.
