Le ciel d'automne s'était paré de son voile gris, et des perles transparentes tombaient du ciel avec un clapotement régulier et monotone. C'était ainsi que Lilith venait de lui présenter les premiers vrais jours de pluie, sur un ton presque mélancolique. Severus, lui, n'aurait pas présenté les choses sous cet angle, bien au contraire, il se serait montré plus terre à terre et bien moins enthousiaste par rapport à l'arrivée d'une saison aussi fraiche et humide. D'un autre côté, il ne disait rien non plus, et pour cause, vu qu'il ne sortait pas beaucoup et préférait s'esquinter les yeux sur un bon vieux grimoire, en quoi cela l'aurait avancé de rouspéter contre la pluie ?

Ces derniers temps, cependant, le serpentard se montrait moins casanier et passait presque autant de temps à fréquenter la bibliothèque que ses deux grands amours, Lily et Lilith. Les deux jeunes filles étaient assez différentes, ne serait-ce que par leur physique, mais elles partageaient certains points communs, à commencer par avoir un bon fond et d'apprécier Severus tel qu'il était. Invariablement, il passait du temps soit avec l'une, soit avec l'autre, et sans qu'il ne s'en rende compte, il commençait à sourire. Un sourire sincère, innocent, presque naïf. Il goutait enfin au bonheur derrière lequel il avait courut en vain dans sa précédente vie, et pour la première fois de sa misérable existence, il n'avait rien à regretter. Il n'avait pas triché, pas mentit, ne s'était même pas montré jaloux, même de James Potter. Et en parlant de ce dernier et de ses amis Maraudeurs, le serpentard se félicita d'être parvenu à les esquiver jusqu'ici avec succès. Oh, évidemment, les remarques désobligeantes fusaient encore en classe, et ils s'observaient toujours avec dégout, mais cela faisait un certain temps qu'ils n'avaient levé leur baguette pour se défier en douce, et Severus songea que finalement, il apprécié cette tranquillité. Mais combien de temps cela durerait-il ? Sa vie était devenue trop belle, c'en était devenu presque angoissant.

Severus Rogue y songeait, le dos appuyé contre la grande porte qui donnait sur la cours de métamorphose. Il observait vaguement la pluie tomber tout en s'enivrant de l'odeur de terre mouillée qui se dégageait de la pelouse. Il aimait bien ce parfum, cela avait tendance à le détendre. Lilith, qui venait de le rejoindre, ne cessait de le couver du regard, presque en adoration. C'était rare qu'elle puisse le voir si serein et apprécia pleinement ce moment, non sans un regret hélas. Depuis leur entrevue dans les vestiaires, il ne s'était rien passé de notable entre eux, il ne lui avait même pas demandé de devenir sa petite amie, et plus le temps passait plus cela la frustrait.

"- A quoi tu penses ?"

Lilith le fixait à présent d'une étrange manière, et Severus, encore perdu dans ses songes, ne comprit pas immédiatement l'impatience de sa camarade. De toutes les manières qu'elle pouvait, la pauvre fille essayait d'attirer l'attention de son amoureux, et malheureusement, ses résultats ne se révélaient pas être à la hauteur de ses espérances. Elle savait que Severus était quelqu'un d'un peu froid et distant, qu'il était compliqué de l'atteindre dans ses sentiments, mais elle avait supposé s'être suffisamment rapprochée de lui pour provoquer quelque chose chez lui. Et puis il l'avait embrassé quand même ! Ce n'était pas rien ! Pas pour elle en tout cas.

"- Je ne sais pas trop", confia le serpentard. "C'est emmêlé dans mon esprit, et j'essaye de faire le ménage là dedans. Mais je crois que je ne suis pas assez concentré pour y parvenir."

"- Ah ? Et pourquoi tu n'arrive pas à te concentrer ? Qu'est-ce qui te perturbe ?"

Le ton de Lilith était à peine taquin, et plein d'espoir. Elle s'attendait à ce que le garçon lui réponde « c'est de ta faute, tu es si jolie que j'en perds la tête », ou quelque chose du même style. Mais au lieu de cela, il lui répondit :

"- Je ne sais pas, j'ai un drôle de pressentiment et ça fait quelques jours que ça me tourmente."

Un peu boudeuse, Lilith se colla à son tour le dos contre la porte et fixa la pluie sans réellement y faire attention. Encore un échec, Severus avait décidément érigé de solides fortifications autour de son esprit et de son cœur. Et bien temps pis, elle userait désormais d'armes encore plus efficaces et dangereuses. Puisque son « talent » pour orienter les sentiments des gens ne fonctionnait pas sur lui, elle allait redoubler d'effort pour paraître plus jolie, plus séduisante, mais surtout, plus tentante aux yeux du jeune homme. Il n'était pas dit qu'elle baisserait les bras.

Finalement, la pluie cessa, sans pour autant rendre l'atmosphère moins humide et triste. Severus poussa un long soupir d'ennui, et se demanda s'il ne serait pas mieux à terminer un devoir à la bibliothèque. Il se tourna vers Lilith pour lui demander si ça l'intéressait de l'accompagner, mais faillit s'étrangler en la voyant.

En effet, la jeune fille avait mit ces longues minutes silencieuses à profit en défaisant sa cravate et en déboutonnant sa chemise suffisamment pour laisser place à un avantageux décolleté. Elle avait également détaché ses cheveux et avait positionné les mèches de telle manière que cela mettait en valeur non seulement son visage, mais également le décolleté créé. Et que dire de son regard désespéré et langoureux ? A moins d'être un imbécile fini ou être aveugle pour ne pas le remarquer, elle avait l'attitude exemplaire de la fille qui voulait se faire au moins embrasser.

N'étant ni imbécile ni aveugle, Severus détourna la tête, rouge pivoine et réfléchit intensément à la manière de se tirer de cette situation. Soudain, il sentit Lilith se lover tout contre lui, lui serrant le bras si fort qu'il savait à présent impossible toute tentative de fuite. Et plus il se taisait et restait immobile, plus la jeune fille se serrait dangereusement contre lui.

"- Lilith, je ne suis pas certain que cela soit une bonne idée, ce que tu es en train de faire."

"- De quoi as-tu peur ? Qu'on nous voit ensemble ?"

Il sentait le reproche dans la voix de son « amie », et à bien y réfléchir, il ne savait pas de quoi il avait peur exactement. Les voir ? Deux serpentards ensembles n'avait rien d'extraordinaire ou de troublant. Qu'on le voit avec une fille ? Oui, d'accord, c'était surprenant, mais plus sérieusement, ce devrait être à elle de se sentir gênée d'être attirée par le type le plus répugnant de l'école. Non… le type le plus répugnant, c'était Pettigrow. Mais Severus le talonnait de près, il ne se faisait pas d'idée.

Ce qui devait chiffonner le plus le jeune homme, c'était peut être d'aimer et de le montrer au grand jour. Laisser voir aux autres ses sentiments, ses faiblesses, que l'on puisse servir de cette douce et fragile jeune fille pour l'atteindre.

"- Ce n'est pas une bonne idée de m'aimer", lâcha doucement Severus. "Je suis un sale type tu sais."

Il était si triste de dire cela tout en baissant la tête, penaud. Il avait honte de ce qu'il était, si au moins il pouvait ressembler un peu aux frères Black, si beaux garçons, si surs d'eux, et possédant chacun un certain charisme. Même Regulus, le plus discret des deux frères, jouissait d'une certaine notoriété.

"- Un sale type ne serait pas aussi sensible que toi, tu sais."

Décidément, la voix de Lilith était délicieuse à entendre, du miel à ses oreilles. Elle avait une manière de parler, dans ce genre de moment, qui faisait agréablement frissonner le serpentard. Il ne la méritait pas. Mais cela ne l'empêchait pas de la désirer.

Il sentit la main chaude de sa camarade sur sa joue, essuyant une larme qui coulait malgré lui. Il se sentait prit au dépourvu, un peu honteux, confus, mais heureux d'avoir Lilith près de lui et si attentionnée. Il accepta avec plaisir le baiser qu'elle lui offrit, et la serra dans ses bras, le cœur bouillonnant.

"- Hey ! Mais c'est Rogue non ?"

"- Oui, on dirait."

"- Avec une fille ?"

"-Oui, on dirait aussi."

"- Mais ils font quoi là ?"

"- Bah… à vue de nez, je dirais qu'ils s'embrassent."

"- Terrible. La pauvre fille, elle ne doit pas avoir toute sa tête."

Le duo d'élèves qui venait de passer en se moquant d'eux s'éloigna en s'esclaffant, mais leurs remarques désobligeantes n'atteignit pas les deux amants. Ils continuaient de s'embrasser amoureusement, occultant tout ce qu'il se passait autour. Rien ne pouvait atteindre leur bonheur. Ils savaient que maintenant qu'ils avaient été vus, il ne faudrait pas longtemps pour que l'information fasse le tour de l'école. Ils n'eurent pas besoin de mots pour se mettre d'accord que désormais, ils étaient officiellement en couple. Ce fut pour eux une bouffée d'air frais, car ainsi, ils enlevaient toute ambiguïté dans leur relation.

"- Que fait-on ?" demanda Lilith dont les joues restaient encore bien roses.

"- Déjà, tu te rhabille", grommela Severus qui fusillait du regard la chemise bien ouverte de sa petite amie." Je n'ai pas envie que toute l'école profite du spectacle."

Devenue encore plus rouge, Lilith s'exécuta et s'empressa de reboutonner sa chemise et de renouer sa cravate. Severus lui permit de laisser ses beaux et longs cheveux ébène détachés, et si cela dérangeait quelqu'un, il se ferait plaisir à donner une petite correction. Puis, il prit la main de sa petite amie et ensemble, ils prirent la direction des dortoirs pour aller chercher leurs affaires, Severus ayant proposé Lilith de l'aider dans ses devoirs.

Mais en s'éloignant, le jeune homme sentit qu'on les observait avec insistance, un regard qui n'avait rien de bienveillant et qui l'alarma au point de le faire retourner brusquement. Mais il ne vit rien dans son dos, et la sensation désagréable qu'il avait éprouvé s'était aussitôt envolée. Etrange. Ce n'était pas la première fois qu'il se sentait épié, il commençait à en avoir assez.


Le Tout Puissant Tribunal des Dieux était un lieu vide et froid dont le sol lisse et brillant était aussi blanc et pur que la neige, contrastant terriblement avec le ciel noir et oppressant qui ne semblait pas connaître de limite. Il n'y avait pas de mur, pas de meubles, un vide complet où le regard se perdait volontiers dans l'horizon.

Quand les Entités Supérieurs, qui se nommaient souvent eux même « Dieux », avaient besoin de régler un important différent entre eux, ils se réunissaient là et en discutaient entre eux, les autres Entités ayant pour rôle de trancher et donner une décision de justice. Ce qui était alors décidée ne pouvait être révoqué à moins qu'une nouvelle assemblée ne décide d'annuler la décision en question.

Aujourd'hui, tous mes semblables avaient été convoqués à une nouvelle assemblée, et ils se tenaient droits, en cercle, autour du plaignant du jour et de ceux qu'il accusait. Le seul qui était assis sur un siège d'or et d'ivoire était le Roi des Dieux, celui qui possédait le plus de noms et de formes parmi nous et dont la puissance était presque impossible à rivaliser. Lui qui d'habitude s'ennuyait ferme lors des assemblés fixa avec surprise l'Entité plaignante, puis les Entités accusées. Il n'en croyait pas ses yeux, car il n'avait jamais vu ces trois là requérir l'assemblée pour leurs différents, d'autant plus en sachant que deux d'entre eux étaient des Neutres.

"- Et bien, voilà qui est singulier," soulignait-il.

Un léger murmure s'éleva du cercle sans que cela ne dérange le trio qui leur faisait face. L'accusateur était un homme aux traits jeunes, fins et harmonieux, dont le physique rappelait volontiers ceux des éphèbes grecs. Mais ce visage séduisant ne dupait personne dans l'assemblée car tous connaissaient son véritable faciès, celui d'un géant borgne et à la corpulence musculeuse et difforme et tous ici le surnommaient Balor. Il s'était autoproclamé Dieu du Chaos et Mal et menait les partisans du retour dans le monde des humains, pour les dominer à nouveau.

Derrière l'apparence séduisante du très laid Balor, Chronos, Entité du temps, le visage toujours caché sous une capuche, faisait un peu la grimace. Être ainsi trainé comme un criminel par une créature aussi vile que Balor lui déplaisait au plus haut point. Cependant, il acceptait de jouer le jeu en se présentant à la convocation du Dieu chaotique, faisant aveuglément confiance au jugement sage de ses comparses. Balor était peu apprécié, ses requêtes étaient souvent déboutées, il n'avait aucune raison d'avoir peur.

Hélas, je ne partageais les mêmes convictions que Chronos. Même si le capital sympathie de Balor était au plus bas, ses accusations étaient fondées et bien légitimes. Il m'avait trainée devant ce tribunal pour me faire juger, et il avait choisi son visage le plus agréable pour cela, en sachant pertinemment qu'une sanction serait certainement prise. Son seul souci serait de convaincre l'assemblée de me faire subir la sentence la plus lourde. Pour contraster avec les ambitions malhonnêtes de mon comparse, je pris ma réelle apparence pour me défendre face à mes pairs, celui d'une femme à l'apparence froide, décharnée, le squelette visible sous un manteau noir. A ma ceinture, une clepsydre sinistre qui symbolise le temps qui passe et qui rapproche tout être de la mort. Dans mes mains, la terrible Faux qui moissonne les vies. Si je me présentais ainsi aux humains, la peur s'emparerait d'eux et ils me chasseraient, à raison, de leurs maisons.

"- Je suis ici," commença Balor sur un ton solennel, "pour réclamer réparation, non seulement pour moi, mais également pour chacun de vous tous. Car ces deux personnes nous ont tous déçus et trompés."

Une vague de murmure s'éleva, entre curiosité et indignation. Jamais l'on avait convoqué à comparaitre comme accusés le Temps et la Mort. Et parler d'eux en des termes si peu flatteurs sonnait comme une insulte vis-à-vis de leur haut rang dans la société des Dieux.

Balor sourit, il savait qu'il avait à présent l'attention de tous. Il reprit donc :

"- J'ai la preuve que la Mort, ici présente, a enfreint nos règles élémentaires pour assouvir ses seules ambitions personnelles, rompant ainsi son serment de neutralité qu'elle prononcé il y a des millénaires de cela à présent."

"- Rompre ce serment ne réclame pas de sanction," coupa le Roi dans un soupir las. "Tu le sais Balor. Cela ne fait que changer l'alignement de l'Entité et son rayon d'action, c'est tout."

"- Certes, je le sais," continua Balor nullement démonté." Et le fait d'agir directement chez les humains n'est pas condamnable non plus, tant que nous n'abusons pas de nos pouvoirs et prérogatives. Je suis au courant de tout cela, comme vous tous."

Balor usait de la patience de notre bon Roi, et ce dernier était prêt à suspendre dès à présent l'audience réclamée par le dieu fielleux. Mais Balor s'avança, l'air outragé et s'exclama :

"- Mais que dire du fait que la Mort elle-même a surpassé ses propres prérogatives ? Si encore elle n'avait que fait qu'octroyer certains dons à une poignée d'humains, mais non… elle a ramené à la vie l'un d'entre eux."

"- Elle a le droit," coupa encore le Roi de plus en plus agacé. "Elle a déjà reçu un blâme à ce sujet, car si nous avons toléré cet écart, nous espérons qu'il reste isolé."

"- J'entends bien, mon Roi", répondit Balor en s'inclinant respectueusement. "Mais elle a outrepassé nos règles délibérément en demandant la faveur à Chronos de remonter le Temps pour permettre à ce même humain, à qui elle a accordé une nouvelle vie, à qui elle octroyé des pouvoirs supplémentaires, de changer le cours de son destin. Nous savons tous qu'il est interdit de le faire, sans quoi nous passerions notre temps à changer l'avenir selon notre bon vouloir et perturberait l'équilibre de l'Univers. Déjà qu'en autorisant un être à ressusciter la Mort a fait déjà fait vaciller ce fragile équilibre, mais en modifiant le Temps, elle l'a quasiment rompu. Fortuna pourra vous le confirmer, les modifications engendrées par ce bouleversement sont trop importants pour que l'Equilibre reste intact. Et moi qui suis l'Entité du Chaos, je ressens le danger que cela représente."

Le Roi n'avait rien ajouté d'autre. Balor avait malheureusement raison, j'avais joué avec le feu, j'avais faillit détruire l'Equilibre Universel, faillit provoquer la fin du monde chez les humains, faillit provoquer une nouvelle guerre chez les Dieux, tout cela pour un simple humain. Le Roi me dévisagea, sans rien déceler toutefois puisque je restais imperturbable et neutre.

"- Je ne peux fermer les yeux une nouvelle fois Morrigan," m'avertit-il. "Et comme quelqu'un a lancé l'accusation contre toi, ta faute devra souffrir d'une sanction. Tu savais ce que tu risquais à agir ainsi."

Je hochais la tête pour approuver, et attendis. Le regard de Balor s'éclaira car il avait gagné cette première main. Certaines Entités désapprouvaient ouvertement des actes, et aveuglées par leur amour pour les règles établies, ne désiraient point entendre d'arguments de défense. Le Roi ordonna le silence et me somma de m'expliquer, ainsi que Chronos, qui avait permis cette infamie et s'en était donc rendu complice.

"- C'est simple," fis-je. "Mes actes prennent leurs sources dans les prédictions de Chronos et Fortuna sur le devenir de notre monde et de celui des humains. Tous savent que Balor a agit pour que le destin de mes deux actuels protégés ne puisse s'accomplir convenablement et qu'il puisse se servir de l'un d'eux pour mener à bien ses propres projets. Je songe notamment à la prédiction de la naissance de cet enfant, qui, plus puissant que Lord Voldemort, actuelle menace chez les humains, pourrait à l'avenir engendrer l'Apocalypse chez les humains et menacer nos propres existences. Seuls les demi-dieux peuvent accéder à nos domaines et nous combattre physiquement, imaginez donc le fléau annoncé par Chronos et Fortuna."

Je fis une pause pour laisser un moment de réflexion à mes comparses. Chacun avait en tête la prédiction des deux seuls Entités capables de lire l'avenir et de dénouer les fils du destin. Il n'y en avait pas un seul dont cet avenir là ne les faisait pas frémir. La peur saisit leur cœur, ils fixèrent Balor avec répugnance et j'ajoutais :

"- J'ai préféré agir directement plutôt que de subir notre disgrâce. J'ai eu le courage que vous n'avez pas eu. J'ai contrains Chronos, il n'a rien pu faire pour m'empêcher de me servir de lui. Il n'y est donc pour rien. C'est en connaissance de cause que j'ai désobéis, et j'assume ma faute. J'espère avoir réussi à nous sauver de ce monstre là."

Je désignais alors Balor qui me lança un regard haineux. Il hurla, m'injuria, mais ses blasphèmes ne m'atteignirent pas. Je me savais dans mon bon droit et maintenant que la perfidie de Balor était rendue publique, je pouvais le toiser avec fierté.

Le Roi se leva, et réclama le silence. Il convint que Chronos était innocent, qu'il pouvait donc se retirer du banc des accusés, mais qu'il ne pouvait voter la sanction au vue de son implication dans l'affaire. Puis, Sa Majesté questionna les autres Entités sur leur décision. J'écoutais les miens annoncer leur point de vue et ce qu'ils considéraient convenable de me faire subir en punition. Balor avait exigé la plus lourde peine, mais devant la menace que j'avais évoqué et que j'étais parvenue à empêcher, ils se montrèrent dans l'ensemble conciliants. Ils me punirent avec légèreté, m'obligeant à ne plus sortir de mon royaume pendant un certain temps et à ne plus avoir momentanément ma place au sein de l'assemblée. Je souris, ravie d'avoir au final gagné, et je me permis de me délecter de la haine de mon ennemi. La peur était un puissant allié, il fallait savoir en jouer.

L'assemblée se dissolue un peu dans le chaos, les uns et les autres dissertant de vive voix sur ce qu'il venait de se passer. Moi, je n'avais guère d'autre choix que de repartir dans mon domaine, où désormais j'étais consignée pour une durée indéterminée. Au lieu de me démonter le moral, je me montrais patiente et sereine, car mes plans se déroulaient encore comme je l'avais prévu, même si pour cela, je devais souffrir de quelques sacrifices.

Ma maison, si je peux appeler cet endroit ainsi, était un charmant palais de marbre noir à l'apparence sinistre vue de l'extérieur, férocement gardé par de sinistres gargouilles grimaçantes. L'intérieur était tout autre, et n'était rien d'autre qu'un immense jardin lumineux et odorant, image délicieuse de ce que pourrait être le paradis. C'était agréable de se promener là, et de ne plus penser. Mais de toutes les merveilles qui je gardais entre ces murs, cachés dans ce jardin surnaturel, une âme se promenait, silencieuse. Quand je n'allais pas bien, c'était vers cet être que j'allais, lui réclamant toute son affection.

Et là, j'avais terriblement besoin de son réconfort. Parcourant mon Eden souterrain, je cherchais ce que mon âme désirait par-dessus tout, en vain. J'avais beau appeler, encore et encore, sonder les lieux de ma magie, l'âme de Salazar Serpentard ne se trouvait plus en ces lieux.

"- Tu cherches quelqu'un ?"

La voix persifflant Balor était parfaitement reconnaissable et j'eus un frisson en le voyant s'appuyer nonchalamment contre mon magnifique pommier des Hespérides, goutant un des ses fruits et me narguant avec son sourire faux.

"- Je crains que ton amant mort ne soit mon prisonnier maintenant. Si tu aime me mettre des bâtons dans les roues, alors on va être deux à jouer."

"- Rends-moi Salazar, il n'a rien à voir avec cette histoire."

"- Tu plaisantes ? Sans lui, ton isolement sera un enfer, je ne vais quand même pas me défaire de ce simple plaisir."

C'était un coup bas, mais le filou avait visé juste. Balor ricana et jeta la pomme à peine entamée. Je serrais les poings et cherchait un moyen de le virer efficacement de mon domaine.

"- Je vais retourner chez les humains", m'informa le fourbe. "Je n'ai fait jusqu'ici que surveiller tes deux petits chéris, mais vu ce qui vient de se passer, et puisque je n'aurais pas gain de cause, je vais me dédommager autrement, et crois moi, ton petit tour avec Chronos n'aura strictement servit à rien. Cette petite humaine, quoiqu'il arrive, va quand même me le donner, cet héritier. Et avec lui, je vais tous vous exterminer et construire enfin ce monde à mon image."

"- Je t'en empêcherais. Je vais t'emprisonner ici, avec moi et tu ne pourras rien faire pour les nuire."

Je levais un doigt pour immobiliser Balor avec la magie, mais il disparut. Il avait parfaitement prévu le coup, mais cela ne me posa pas de souci, car dans mon domaine, j'étais invincible. Du moins, le croyais-je car j'avais sous-estimé l'intelligence et la haine de Balor. Il avait disposé un enchantement autour de mon palais pour m'y emprisonner, et incapable de sortir, je ne pouvais lui donner la chasse.

"- N'inverse pas les rôles, douce amie, c'est toi que je vais enfermer dans mon domaine. Ainsi, j'aurais un total contrôle sur toi et je pourrais te faire souffrir tout à loisir."

Peu décidée à me laisser faire, j'esquivais l'attaque de Balor destinée à m'immobiliser et à m'emprisonner dans un filet magique. S'engagea alors un duel épique que je n'étais hélas pas certaine de remporter.