Note de l'auteur : Après un long moment d'absence (4 ans déjà ! bigre ! qu'ai-je donc fait durant tout ce temps ?), je retouche à ma fic. J'ai à cœur de la terminer un jour, et j'espère avoir suffisament de recul pour lui offrir une conclusion qui saura vous toucher. Vous avez certainement remarqué le problème de ponctuation dans les précédents chapitres. Lorsque j'ai édité mes textes sur le site, les ponctuations ont malheureusement -et mystérieusement !- disparues, rendant la lecture pénible. N'ayant plus ces chapitres-là dans mes archives (mon précédents ordinateurs sur lequel j'avais commencé mes fics ayant rendu l'âme entre-temps), je ne vais pas pouvoir les retoucher immédiatement. Mais n'ayez crainte, je compte rendre à mes écrits leur esthétisme originel.
Le destin est comme un sac rempli de pelotes de laine dont les fils s'emmêlent et forment des nœuds. Il n'est guère aisé de les défaire, ni de comprendre le cheminement complexe de ces fils, ni même de savoir combien de pelotes renferme le sac. Vous avez alors une vague idée de ce qu'est le fardeau des Augures, ceux dont Fortuna a pourvu du don de lire l'avenir. Et même eux n'arrivent pas toujours à démêler les fils de l'Avenir, ne percevant parfois qu'un infime instant du futur. Sont appelées "prophéties" ces visions inspirées directement de Fortuna et dont le but est de renseigner un moment charnière qui bouleversera plus d'un destin.
Jadis, Fortuna, assisté des pouvoirs de Chronos, a pu prédire un funeste destin qui menaçait de déséquilibrer l'Univers dans sa globalité. Ce fut pour eux deux une lourde charge à porter, mais pour les autres, ce savoir permettait d'espérer pouvoir changer ce futur possible... et dramatiquement proche. Mais personne ne se doutait alors que ce serait Morrigan, la Mort, qui se salirait les mains pour empêcher le désastre de se produire. Un avenir plus radieux contre sa propre liberté, est-ce un bon prix à payer ?
"- Bon, il ressemble à quoi, ton type louche ?"
Si Sirius avait pu, il se serait tapé la tête contre un mur. Il avait à peine terminé son petit-déjeuner que la terrible Heather Greenwood lui avait sauté dessus et l'avait kidnappé, le trainant de force jusqu'au hangar à bateaux pour avoir le loisir de l'interroger en toute tranquillité. Elle avait l'attitude de quelqu'un qui désirait à tout prix régler un problème de manière rapide et concise, et Sirius savait déjà qu'elle ne comptait pas le relâcher avant d'avoir obtenu satisfaction. Or, il se trouvait bien incapable de répondre à sa première question.
"- Aucune idée, " répondit Sirius sur la défensive. " Il est plus grand que Lucinda, et possède une force physique suffisante pour la soulever du bout du bras comme on le ferait avec un livre."
"- C'est peu", se plaignit Heather qui s'attendait à beaucoup mieux comme indice.
Sirius haussa les épaules. A quoi s'était-elle attendue ? Cela c'était passé dans les cachots, au soir, et l'endroit où la scène s'était produite était particulièrement sombre, certainement la raison pour laquelle la rencontre avait eu lieu là. Sirius était bien incapable d'affirmer de quelle couleur étaient les cheveux de l'individu, et à aucun moment il n'avait pu distinguer son visage.
"- Il avait l'air jeune", ajouta-t-il sans réelle conviction. "Méprisant, violent et pas très patient non plus".
Heather leva les yeux au ciel en lâchant un râle de frustration. Le manque d'indices lui tapait sur les nerfs, mais pas autant que le manque de motivation flagrant de Sirius Black. Une folle envie de l'assommer à coup de gifles la démangeait. Elle opta pour une solution moins radicale pour se calmer : réciter dans sa tête des mantras.
Soudain, le visage de Sirius s'éclaira. Qu'il était donc bête ! L'apparition de la préfète-en-chef la veille et son caprice lui avaient fait complètement oublier un détail important. Mais à présent qu'il prenait le temps de réfléchir à cet intrus, il se remémorait mieux ce qu'il avait dit à Lucinda.
"- Il a dit s'appeler... Yspadadden... quelque chose ?" fit-il dans un réel effort pour se rappeler du reste du nom. Mais celui-ci était vraiment trop étrange et il n'était même pas certain d'être parvenu à ressortir la première partie correctement.
Heather se détourna aussitôt de ses mantras, visiblement surprise par la révélation de Sirius. Elle se rua sur lui, empoignant au passage ses bras avec une force horrible pour une fille. Sirius priait pour qu'elle relâche assez vite sa poigne monstrueuse qui lui meurtrissait la chair.
"- Parce qu'il a donné son nom ? "
La jeune fille de Serpentard fixait intensément les yeux de Sirius, sans doute pour espérer y déceler le mensonge ou la vérité. L'effet mit mal à la l'aise le jeune homme qui tenta alors de se défaire de son emprise.
"- O...Oui", répondit Sirius en se débattant peu à peu. " J'imagine qu'il ne pensait pas que quelqu'un puisse écouter leur conversation. Mais franchement, je ne vois pas trop à quoi ça nous avance, ce nom ne me dit absolument rien, et je n'en ai retenu qu'une partie. "
"- Tu plaisantes ?" s'exclama Heather rendue soudainement euphorique. "Ce petit quelque chose va nous permettre de faire des recherches à la bibliothèque. Ou poser des questions aux professeurs."
Dans un réflexe curieux, elle le serra chaleureusement dans ses bras. L'étreinte anesthésia automatiquement le cerveau de Sirius, rendant dès lors impossible toute réflexion cohérente. Il ne lui fut plus question de malaise, de poigne monstrueuse, ni de se débattre pour se soustraire à sonétreinte. Il appréciait ce simple contact. Trop même.
Lorsque Heather s'éloigna de lui, ses neurones recommencèrent enfin à avoir une activité normale, et Sirius se demanda alors comment une fille pouvait lui faire un effet aussi désastreux, d'autant plus quand elle appartenait à la détestable maison Serpentard, et plus âgée que lui en prime !
Heather marmonnait ses plans d'action sans remarquer Sirius qui la fixait d'un œil étrange. Elle supposait devoir questionner Horace Slughorn qui connaissait beaucoup de monde, ou alors aller chercher un certain type de livres à la bibliothèque, animée par une énergie quasi-divine qui fascinait et amusait le Gryffondor. Il réprima un sourire, et bondit sur la porte du hangar.
"- Où vas-tu comme ça, Black ?"
Sirius grimaça, se retourna et tenta de paraître très cool, séduisant et incroyablement sûr de lui. Il fallait qu'il lui fasse croire qu'il savait parfaitement ce qu'il faisait, alors qu'en vérité, il n'avait fichtrement aucune idée de ce qu'il convenait de faire. Il ne s'était pas encore décidé s'il allait porter secours ou non à son meilleur ennemi.
"- Je vais simplement trouver et surveiller Lucinda Dante", expliqua Sirius. "N'oublie pas que ce type louche compte s'en prendre à Rogue et à sa copine, et que Lucinda est impliquée dans ses délires. "
Cela fit mouche au plus grand soulagement de Sirius. Heather trouva l'idée excellente et ajouta même que pendant qu'il s'activerait à empêcher Lucinda de nuire, elle se chargerait de faire les recherches. Elle avait une tonne d'idées pour parvenir à ses fins, et elle comptait bien entendu sur lui pour gagner du temps.
"- Nous formons une belle équipe", conclut-elle dans un sourire satisfait. " Au fait, la copine de Severus Rogue s'appelle Lilith Rivers. Ce serait bien que tu ne l'oublies pas."
Sirius quitta le hangar sans un mot. "Une belle équipe" ? Cette fille se faisait des idées. Il n'y avait rien entre eux, pas même un soupçon d'amitié. Elle s'était imposée à lui, il n'avait eu d'autre choix que de céder à ses exigences dans l'espoir de se débarrasser d'elle sans trop de casses. Sur ce dernier point, il avait tout foiré. Elle le collait, le menait du bout de sa baguette, lui faisait faire des choses impensables en temps ordinaires. Le voici à présent obligé de sauver les fesses de Rogue. Cela le rendait bougon. Revenant d'un pas rageur au château, il réfléchit longuement avant de finalement conclure qu'il ne sauvait les fesses de personne, il se contentait simplement d'empêcher une idiote de faire quelque chose d'à la fois absurde et déplaisante. Cet intrus l'intriguait beaucoup. Que cherchait-il à faire exactement ? Aucune idée, mais l'instinct de Sirius lui signalait un danger. Il ne sauverait pas Severus Rogue, il ne ferait que veiller à ce que Poudlard ne soit pas menacé par un dangereux inconnu qui travaillait peut être pour Voldemort. Voilà qui sonna de manière plus héroïque dans son esprit et qui lui offrit plus d'entrain.
Lucinda Dante n'avait pas les idées très claires. Pour être exact, elle était morte de peur. Elle se rendait enfin compte qu'elle avait sans doute fait une grossière erreur en pactisant avec ce garçon étrange qui répondait au nom d'Yspadadden Penkawr. Il s'était présenté à elle comme un ami qui l'aiderait à éloigner Lili Evans et à séduire James Potter, en contrepartie d'un service. Elle ne s'était pas imaginée que le Diable se cachait derrière cet "ami". Malheureusement, elle s'en était rendue compte trop tard et elle se retrouvait piégée, contrainte d'obéir jusqu'au terme de leur arrangement.
Comment détourner Rogue de Lilith ? Comment convaincre Lilith que Rogue n'est qu'une crevure à mille lieues de l'homme de sa vie ? Lilith en pinçait gravement pour lui. Elle ne voyait que lui, ne vivait que pour lui. Leur histoire d'amour la comblait pleinement. Et cet idiot de Rogue semblait s'en satisfaire également. Dans sa poche, Lucinda gardait une fiole d'amortentia, le plus puissant filtre d'amour au monde, son dernier recours si sa méthode de séduction venait à échouer. Elle n'avait pas le choix : Yspadadden lui avait promit la mort si elle refusait ou échouait.
Tremblante, elle repéra le couple qui arpentait les couloirs en discutant. C'était surtout Lilith qui parlait et Rogue qui répondait par monosyllabe de temps à autre. Lucinda détestait sa cousine. Les raisons étaient aussi nombreuses que puériles. Lui faire du mal ne la dérangeait pas. Elle craignait plutôt Rogue qui avait la sinistre réputation d'en connaitre un large rayon en matière de magie noire et savoir manier sa baguette avec une dangereuse dextérité. Il n'hésiterait pas à se montrer cruel avec elle. Mais Yspadadden était bien pire.
Elle inspira profondément et se lança.
"- Sev' !"
Severus sentit un poids lui peser dans le dos. Lucinda Dante venait de lui sauter dessus et le tirait à elle dans une étreinte embarrassante. Voilà que la folle furieuse de Serdaigle venait gâcher son agréable moment d'intimité avec sa petite amie.
"-Dégage !" siffla Lilith dont la rage était particulièrement soudaine et palpable.
Mais Lucinda resserra son étreinte et lança à sa cousine un regard victorieux. La faire enrager lui procurait un plaisir inégalable, qui compensait son contact dégoutant et imposé avec Rogue.
"- Il y a un problème ?"
Lilith sortit sa baguette. Visiblement, sa cousine prenait un malin plaisir à la faire enrager exprès. Jamais elle n'avait supposé entrer en rivalité ouverte avec Lucinda, mais elle tenait trop à Severus pour la laisser jouer avec lui. La serpentard ne croyait pas du tout à ce soudain attrait pour son petit ami, elle ne se rappelait que de trop le dégout qu'elle affichait ordinairement en sa présence. Même parler de lui était quelque chose de répugnant pour Lucinda. Alors cet amour caché qu'elle ne supporterait plus de tenir secret, elle n'y croyait pas une seconde.
Severus non plus d'ailleurs. Lui aussi avait sortit sa baguette et tentait de se défaire des bras de Lucinda par la force avant d'employer la magie.
"- Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?" maugréa le jeune homme en lui tordant le bras.
" - Je t'aime" lui rétorqua Lucinda avec aplomb. " Je ne peux plus faire semblant. Je ne supportes plus de te voir avec elle. "
Elle lança à Lilith un regard plein de haine que cette dernière lui rendit au centuple. La jeune élève de Serpentard tentait de lui faire lâcher prise en enfonçant ses ongles dans les bras de Lucinda. La Serdaigle en aurait hurlé de douleur. Elle espérait qu'elle n'en garderait aucune marque.
"- Cesses de dire des bêtises et lâches-le !" invectiva Lilith.
Mais Lucinda décida qu'il était temps de passer à la phase deux de son plan. Elle agrippa le garçon par son col et plaqua ses lèvres contre les siennes. Un acte qui lui donnait envie de vomir.
Le baiser fut aussitôt rompu, et Lucinda se retrouva tirée en arrière avec beaucoup de force, et à la surprise de Rogue comme de Lilith. Qui avait osé s'en mêler ? Lucinda était quelque peu affolée, mais ce n'était rien face à l'effroi de se retrouver nez à nez avec Sirius Black. Ce dernier arborait une mine contrariée, teintée de dégout.
"- Quelle horreur !" grogna-t-il. " Déjà que c'est répugnant de voir une jolie fille embrasser ce crasseux, mais alors un tel vautrage... "
Il mima remarquablement bien le fait de vomir. Les joues de Lucinda s'empourprèrent violemment. James Potter était-il dans le coin ? Avait-il vu cette disgrâce ? Lui et Black étaient toujours fourrés ensemble. Lucinda scruta le moindre recoin du couloir.
"- Que fais-tu là, Black ?" interrogea Severus.
Des années à le supporter l'amenaient à s'interroger tout naturellement sur sa présence dans les parages. A l'instar de Lucinda, il épia le couloir à la recherche de Potter ou d'un autre membre de sa clique. Mais Black était seul. Rien que ce détail l'intriguait.
Le Gryffondor haussa les épaules, puis poussa Lucinda un peu plus loin.
"- Je me promènes", répondit-il simplement. "Et je suis tombé sur ce bien triste spectacle. "
Son regard ne quittait pas une seconde le visage de Lucinda dont les joues refusaient toujours de revenir à une coloration normale. Elle se sentait sale, honteuse, confuse. Et elle savait que son plan tombait à l'eau. A quoi bon séparer Rogue et Lilith si Sirius Black racontait à James Potter que le Serpentard flirtait à présent avec elle ? James Potter ne la regarderait certainement plus jamais et rirait d'elle. Cette possibilité la fit frémir d'horreur.
"- Tu te promènes ?" Les yeux de Severus n'étaient plus que deux fentes nourries par la suspicion. "Seul ? Sans même ton copain Potter ? Curieux. "
Lucinda était pétrifiée de terreur, Lilith observait la scène sans savoir vraiment quoi faire, et Sirius et Severus se toisaient avec une méfiance réciproque. L'ambiance était électrique.
"- Tu trouves ?" finit par rétorquer Sirius Black.
Il empoigna le bras de Lucinda qui lâcha un petit cri de surprise. Il dépassa alors le couple, tirant la Serdaigle dans son sillage. Lucinda se plaignit, puis le supplia de la lâcher, mais en vain. Sirius Black comptait bien l'éloigner du petit couple. Avait-il vu clair dans son jeu ? Savait-il quelle personne abjecte elle était en réalité ? Allait-il tout raconter à son meilleur ami ? Lucinda avait envie de pleurer. Mais dans son esprit, son plan initial avait échoué. Elle n'avait dupé personne et séduire Rogue était au-dessus de ses forces. Elle pouvait toujours recommencer, Rogue était sur ses gardes et Lilith ne la laisserait pas approcher facilement de son amoureux.
Il fallait réfléchir à un autre moyen de les séparer.
Et ce moyen pesait dans la poche de son uniforme...
"- Tu pensais que tout le monde goberait tes mensonges ?"
Lucinda se ratatina sur place. Confuse, honteuse, elle gardait les épaules voutées, prête à sangloter, et sursautant à la moindre parole de Sirius, comme s'il s'agissait d'autant de coups de fouet. Les bras croisés, le Gryffondor fixait Lucinda d'une intensité glaçante.
"- Quel jeu joues-tu ? " insista Sirius qui perdait patience.
La bouche de Lucinda demeurait scellée. Elle ne voulait rien avouer. Sirius savait qu'il aurait beau la questionner, prendre son ton le plus menaçant, lui faire planer le risque de la torturer un peu, rien n'y ferait. Elle était déterminée à garder ses secrets. Sirius mourait d'envie de passer ses nerfs sur elle, lui hurler dessus, la secouer. Mais ce serait inutile.
"- Ne t'avises pas de recommencer, " la prévint-il sur un ton sans équivoque. " Je sais que ton amour pour Rogue c'est du vent. Mais ton petit jeu ne me plait pas. Si tu refais ça, tu vas passer un sale quart d'heure."
Lucinda gémit. Elle avait parfaitement comprit. Mais cette menace suffisait-elle à la convaincre d'en rester là ? Un inconnu la menaçait de la tuer. Si elle pensait qu'il ne bluffait pas, elle serait tentée de recommencer quelque chose. Sirius savait qu'il devrait la surveiller encore. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne retrouve assez de courage et de motivation pour repasser à l'action.
Il laissa Lucinda s'enfuir. Il ne pouvait rien faire de plus. Si seulement il avait cet Yspadadden sous la main...
