Lorsque Severus Rogue sortit de la salle commune des Serpentards ce matin-là, il ne s'attendait pas à ce que Lucinda Dante lui saute à la gorge avec bonne humeur. Dans la mesure où il connaissait clairement le mépris qu'elle éprouvait pour lui ordinairement, ce soudain changement de comportement à son égard l'alerta. Il était au courant que la jeune fille avait fait une déclaration auprès de sa classe comme quoi elle était secrètement amoureuse de lui et qu'elle ne pouvait plus faire semblant, mais il n'y croyait pas une seconde. Lucinda avait un faible pour James Potter, et Severus le savait très bien. A quel jeu pouvait-elle bien jouer ? Il l'ignorait, mais cela ne lui disait rien qui vaille.

"- Laisses-moi tranquille !" cracha Severus qui ne supportait plus la présence de la Serdaigle.

"- Mais qu'est-ce que tu lui trouves, à Lilith ? Je suis cent fois mieux qu'elle !" assura Lucinda qui trottinait à ses côtés.

Severus s'arrêta en plein milieu du couloir des cachots, non loin de la classe de potions. Il gratifia la jeune fille d'un regard noir, la faisant reculer d'un pas.

"- Soyons clairs tous les deux : Tu n'es pas amoureuse de moi, et moi, je n'en ai rien à faire de toi. Tu es une groupie de Potter et si tu continues à m'ennuyer ou à faire des misères à Lilith, je vais le voir pour lui expliquer à quel point tu es une personne "formidable"."

Le ton employé était ironique et Lucinda en saisit tout le sens. Severus venait de la menacer de révéler à son grand amour ses malsaines petites affaires. Elle blêmit, sans pour autant abandonner la partie. Elle avait trop à perdre dans cette histoire. Mais Severus ignorait encore qu'elle avait pactisé avec le diable.

"- Maintenant, déguerpis !" ordonna Severus qui reprit son chemin en la bousculant avec dédain.

"- Tu vas le regretter, Rogue..." marmonna Lucinda en serrant les poings.

Mais Severus était déjà trop loin pour entendre la menace. Il quitta les cachots préoccupé, se demandant quelle nouvelle tuile allait bien pouvoir lui tomber dessus aujourd'hui. Qui plus est, il avait remarqué que Morrigan ne trainait plus dans les parages, et bien que ravi de ne plus être le centre de ses taquineries insupportables, son absence lui paraissait anormale, sinon inquiétante. Le changement de comportement de Lucinda n'arrangeait pas ce sentiment de malaise, et arrivant dans le Grand Escalier, il en arriva à la conclusion qu'il devait essayer d'invoquer la Mort pour tirer tout cela au clair.

Il fit sa première tentative après le petit-déjeuner, dans la tour d'astronomie. Hormis constater que la vue était décidément magnifique depuis cet endroit et que l'on pouvait y observer l'ensemble de l'école, il ne se passa rien de particulier. Il n'avait pourtant eu de cesse de prononcer son nom, le hurlant presque à la fin, essayant de l'attirer par la flatterie, puis par la menace, avant de la supplier. Retournant en cours, son état de préoccupation s'aggrava. Etait-elle en colère contre lui ? L'avait-elle soudainement abandonnée, déçue ou s'ennuyant par sa faute ? L'éventualité qu'il lui était arrivé quelque chose de grave lui titilla l'esprit en cours de métamorphose, alors qu'il observait son binôme transformer leur table en un être humain. L'effet n'était pas des plus réussis et son camarade se mit à paniquer lorsque sa créature grossière commença à fondre, inondant le sol devant eux d'une matière cireuse. Il ne put s'expliquer pourquoi la masse dégoulinante à ses pieds lui avait fait penser cela, mais il s'interrogeait de plus en plus sur les activités de la Mort lorsqu'elle n'était pas avec lui. Avec son caractère à la fois bien trempé et facétieux, elle avait très bien pu s'attirer des ennuis. Finalement, Severus ramena de lui-même la table à sa forme initiale, avant de s'essayer à son tour à l'exercice. Non seulement le professeur McGonagall avait le plaisir de constater qu'il y arrivait parfaitement bien, mais force était de constater qu'il avait poussé le vice de la perfection en créant à partir de cette table un sosie saisissant de réalisme de lui-même.

"- Remarquable !" s'extasia une McGonagall tout à fait impressionnée. " 10 points pour votre réussite, Monsieur Rogue, et 10 supplémentaires pour votre petit tour de force."

Severus esquissa malgré lui un petit sourire satisfait qui s'élargit en voyant les Maraudeurs afficher une grimace offusquée. Et oui... aucun d'eux ne le savait, mais derrière ce visage adolescent se cachait en vérité un sorcier adulte qui avait derrière lui des années de pratique de la magie. Depuis son "retour", il s'était offert le luxe d'user et d'abuser de son expérience pour en mettre plein la vue aux professeurs, cherchant à humilier les quatre Maraudeurs en leur démontrant sa supériorité. Potter n'en pouvait plus, mais c'était pire avec Black. Et Severus supposait que dernièrement Black le suivait pour tenter de percer les secrets de sa réussite.

Après la pause déjeuner du midi, Severus s'éclipsa pour tenter une nouvelle fois d'invoquer Morrigan. Il choisit de se cacher derrière les serres, faisant semblant de réaliser des croquis des plantes les plus rares que le professeur de botanique avait fait pousser. Il eut beau appeler, supplier, il n'y eut aucun effet. C'était à désespérer.

Un craquement retentit derrière lui, et Severus virevolta aussitôt, baguette en main et prêt à lancer ses sortilèges. Lilith sursauta, levant les mains en l'air pour lui montrer qu'elle venait en amie. Le Serpentard soupira, rassuré, et baissa sa baguette. Lilith en profita pour le rejoindre en quelques bonds joyeux et l'enlacer.

"- Qu'est-ce que tu fais ?" lui demanda-t-elle.

"- Mmmm... je dessines les plantes", lui répondit évasivement le jeune homme.

Lilith lui prit son cahier des mains et constata qu'il griffonnait sans sérieux tout ce qu'il voyait dans la serre. Elle fronça les sourcils et insista :

"- Et en vrai ?"

Severus se mordit la lèvre, percutant enfin que s'il était un adulte dans un corps d'adolescent, et que Lilith était encore une enfant comparée à lui, cela ne signifiait en rien qu'elle était idiote et dénuée d'un grand sens logique. Il se sentit étrangement mal. Contrairement aux apparences, il n'était pas un adolescent, et ce décalage se faisait de plus en plus ressentir. Il mourait d'envie de se confier à Lilith, tout lui dire, lui expliquer, en priant qu'elle comprenne et l'accepte ainsi. Et puis, la jeune fille était également la protégée de Morrigan.

Que faire ?

Il ferma un instant les yeux, se vida l'esprit. Il avait passé des années au service de Dumbledore, jouant les espions pour lui, agissant sur ses ordres. Il n'avait eu de cesse de ruser, d'affiner son analyse pour mener à bien ses missions et survivre. Mais au final, rien ne l'avait préparé à cette présente situation. Il devait reconnaitre que changer son passé était certes plaisant et lui donnait de l'espoir, mais redevenir un adolescent alors qu'il avait déjà vécu une vie, c'était d'une complexité troublante.

"- J'essaye de résoudre une énigme particulièrement tordue", se contenta-t-il de répondre évasivement.

Le voilà qu'il parlait à la manière de Dumbledore. Passer toutes ces années avec lui, à être son homme de main à l'insu de tous, semblait avoir laissé quelques séquelles. Il ne sut s'il devait trouver la chose amusante ou s'en désoler.

Sa compagne (il avait un mal fou à parler d'elle comme d'une petite amie) le fixa étrangement et d'une intensité qui n'était pas sans rappeler les manières de Dumbledore. Il y avait quelque chose de Morrigan également en elle. Il décida que la laisser dans l'ignorance la desservirait. Après tout, Lucinda Dante lui courait après, mais c'était clairement dans le but de nuire à leur couple et de blesser Lilith. Le but de ceci n'était pas clair, et l'absence prolongée de la Mort alertait l'esprit en ébullition du Serpentard.

"- Sais-tu comment contacter Morrigan ?"

Lilith fit non de la tête. Ses joues avaient rosies, et son visage s'était soudainement assombri. Severus comprit qu'elle aussi avait remarqué l'absence de sa marraine, et avait certainement cherché à l'invoquer.

"- Cela fait des jours que je n'arrives plus à communiquer avec elle", admit-elle. "Ce n'était jamais arrivé auparavant. Même quand elle ne pouvait pas venir me voir, elle trouvait toujours un moyen de me le faire savoir, de me rassurer, de me donner de ses nouvelles. Mais là... rien."

Lilith se ratatina, montrant enfin son inquiétude à celui qu'elle aimait. Combien de temps avait-elle gardé ses sentiments en elle ? Pourquoi l'avait-elle fait d'ailleurs ? Pour ne pas l'inquiéter ? Severus soupira. Il posa une main compatissante sur son épaule, se rappelant que la Mort était la seule parente qui avait de l'affection pour cette jeune fille.

"- Je trouves qu'il se passe bien des choses étranges en ce moment."

Lilith leva un regard effrayé vers Severus. Il avait les sourcils froncés et sa voix sonnait étrangement rauque. Il avait profité du bonheur que lui avait procuré Lilith, sans se soucier que cela avait certainement un prix. Revenir à la vie pour changer le passé, faire prendre au destin un tournant plus favorable, tout ceci était bien beau, mais pour la première fois depuis la signature de son contrat, Severus s'inquiéta de ce que cela pouvait bien lui coûter. Morrigan ne lui avait certainement pas tout dit. Il eut le sentiment désagréable qu'elle s'était servie de lui.

Il fixa Lilith avec un regard nouveau et bien plus critique qu'auparavant. Il ne doutait pas un instant des sentiments qu'elle éprouvait pour lui, ou bien que Lily ne pouvait être à lui. De toute manière, il vouait pour la Serpentard une affection inconditionnelle, et Lily Evans resterait celle qui avait changé son cœur à jamais. Il serait fidèle à l'une comme à l'autre. Par contre, Morrigan n'avait-elle pas fait exprès de le jeter dans les pattes de sa filleule pour qu'il voit enfin son amour et lui réponde favorablement ? Severus était-il le seul dont elle voulait changer le destin ? Depuis son retour chez les vivants, la Mort n'avait eu de cesse de le guider vers Lilith Rivers et de manipuler habilement ses sentiments.

"- Lilith..."

La voix de Severus était calme, neutre, ne laissait rien paraître de ses interrogations silencieuses. Il ne voulait pas la brusquer. Il avait apprit que brusquer Lilith était contre-productif.

"- Nous devons avoir une conversation très sérieuse toi et moi."

Il avait enfin prit la bonne décision, celle qui s'imposait et qu'il aurait fallut prendre bien plus tôt. Sous sa main, il sentait sa petite amie trembler. Dans son regard, il vit qu'elle craignait de le perdre. Le traumatisme de son passé était tel qu'elle doutait de tout, qu'elle s'imaginait que demain, elle pouvait tout perdre.


"- Elle a disparue !"

Heather fulminait, faisant les cents pas aux abords du terrain de Quidditch. Sirius venait de lui dire qu'il avait perdu la trace de Lucinda une heure plus tôt. Mais elle ne pouvait pas lui en vouloir, il fallait bien que parfois il suspende sa surveillance pour se sustenter et aller aux toilettes. Il n'était d'ailleurs pas très heureux d'avoir perdu tout contact avec la Serdaigle. Assis sur un rocher, il avait le visage fermé et parlait peu.

"- Où peut-elle être ? Poudlard est vaste mais pas au point de perdre quelqu'un. "

Le cerveau de la préfète-en-chef bouillonnait comme un chaudron prêt à exploser. Les idées naissaient et se percutaient, se mêlaient ou se séparaient. Elle avait beau retourner la situation dans tous les sens, elle ne voyait pas de solution à son problème. Sirius en était au même point. Peut être même pire, puisqu'il avait à sa disposition d'une "arme" que Heather ne possédait pas. La carte du Maraudeur couvrait toute la zone de Poudlard et montrait où se trouvaient les gens. Impossible de se cacher de la carte, elle ne mentait jamais. Sirius ignorait néanmoins à cette époque que sa carte ne montrait pas tous les endroits de Poudlard. Il ne pouvait pas révéler à Heather son atout, ni que cet atout lui indiquait que Lucinda Dante ne semblait plus être dans l'enceinte de l'école. Où était-elle ? Comment avait-elle pu s'évaporer si vite ? Ce mystère l'obsédait.

"- Tu crois que notre gars, là, Yspaddaden, il lui a mit la main dessus et l'a enlevée ?" questionna Sirius.

C'était pour lui la seule solution plausible. A moins qu'elle n'ai réussi à se glisser dans un passage secret menant hors de l'école. Mais pour aller où ?

Heather se massait les tempes, tentait de vider son esprit et considéra l'hypothèse de son camarade.

"- Possible."

Ayant assez de marcher de long en large, la préfète-en-chef se laissa tomber sur le rocher à côté de Sirius. A force de le côtoyer, elle commençait à le trouver agréable. Parfois complètement crétin, mais dans le fond pas si méchant que ça. Et mignon avec ça.

"- J'ai fait des recherches sur ce nom," expliqua-t-elle en tentant de chasser sa petite attirance pour son camarade de son esprit. " Aucun élève ou ancien élève n'a porté ce nom. A tout hasard, j'ai demandé au professeur Slughorn, vu qu'il connait beaucoup de monde et sait pas mal de choses sur la magie. Il m'a dit que c'était un des noms d'un ancien dieu celte. Il serait plus connu sous le nom de Balor."

"- Tu penses que notre bonhomme utilise ce nom comme nom d'emprunt pour rester incognito ?"

Le mystère, le danger et les épreuves excitaient le jeune homme. L'inquiétude avait cédé sa place au plaisir de l'aventure. Il regrettait juste qu'il ne soit pas en compagnie de ses meilleurs amis. Il jeta un coup d'oeil à Heather. Au moins sa complice était jolie. Rigide, parfois agressive, mais agréable à l'oeil et visiblement tout aussi intéressée par cette histoire que lui.

"- Peut être."

Un silence gêné s'installa entre eux. Chacun réfléchissait à des théories, des plausibles, des farfelues, des impossibles. Si la situation ne semblait pas si grave, ils auraient trouvé ça drôle. Puis, Heather s'agita, soupira et finalement, elle posa la question qui la turlupinait :

"- Et si c'était son vrai nom ? Je veux dire... Tu penserais ça fou qu'un dieu se balade parmi nous et agisse à notre insu au sein du château ? "

Il devait la trouver folle, ou stupide. Aucun être sain d'esprit ne croit en des dieux anciens, encore moins des dieux qui se promèneraient parmi les mortels comme si de rien n'était et feraient leurs petites affaires sans attirer plus que ça l'attention. Heather rougit, et s'apprêtait à lui dire qu'il devait oublier cette supposition ridicule, mais Sirius semblait trouver l'idée plutôt séduisante :

"- Si ce gars est un dieu, ou quelque chose qui s'en rapproche, ça peut expliquer pourquoi il peut transplaner dans Poudlard à l'insu de Dumbledore et de toutes les sécurités de l'école. Mais..."

Sirius fit une pause dans sa phrase, fronça les sourcils. Quelque chose le turlupinait, au point qu'il ne remarqua pas que sa camarade rougissait qu'il ai trouvé son idée lumineuse.

"- Pourquoi cherche-t-il à s'en prendre à Rogue et à cette Lilith Rivers ? C'est une vengeance ? Ou quelque chose de plus terrifiant encore ?"

"- Hum... bonne question," admit Heather. " Raison de plus pour remettre la main sur Lucinda. Nous devons l'interroger."

"- Alors je retourne la chercher" décida Sirius en se levant.

Et tandis qu'il s'éloignait, Heather se demandait si une fois que cette histoire sera réglée Sirius accepterait d'être ami avec elle, voir plus.


Dans l'obscurité la plus complète de ma geôle, j'étais prisonnière et dépossédée de ma magie. Il n'y avait ni jour, ni nuit, pas de bruit, pas de lumière. J'ignorais tout du temps qui s'écoulait, ou de ce qu'il se passait dans le monde des dieux comme celui des humains. Je m'inquiétais énormément pour mes deux protégés, parfaitement consciente que si Balor m'avait enfermée ici, c'était pour pouvoir s'attaquer à eux sans que personne ne vienne lui mettre des bâtons dans les roues.

Seulement, isoler la Mort et l'empêcher d'utiliser ses pouvoirs normalement n'étaient pas sans conséquence, et bientôt le monde des humains subirait le chaos. Balor m'avait reprochée d'avoir mit en danger l'Equilibre de l'Univers, mais lui venait de le détruire. Si personne ne venait le mettre en échec et me délivrer, ce serait la fin du monde.