La chouette rayée s'était réfugiée au sommet de la volière, complètement réfractaire à l'idée de jouer les facteurs aujourd'hui. Elle avait son petit caractère, et si parfois elle était une fidèle amie, d'autres fois elle jouait les capricieuses.
Son paquet en main, Lily Evans fulminait en silence, lançant des regards assassins à sa chouette. Elle voulait envoyer un cadeau pour sa mère, mais visiblement, ses plans se voyaient compromis à cause des humeurs du volatile. Elle avait déjà fait plusieurs tentatives pour l'attirer, mais à chaque fois, la chouette s'envolait un peu plus haut dans la volière. Mais elle ne pouvait aller plus loin, aussi, Lily décida d'utiliser son joker. Elle sortit de sa poche des biscuits "miamhibou", les friandises préférées du capricieux animal et les agita sous son bec.
D'abord, la chouette les snoba superbement, agaçant un peu plus la jeune fille. Puis, ses yeux ne purent ignorer d'avantage les savoureux biscuits, jusqu'à ce que son ventre prenne le pas sur sa raison et décide de céder à la gourmandise.
Le rapace quitta la poutre sur laquelle il se tenait hors de portée pour rejoindre le perchoir le plus proche. La chouette poussa un cri impatient et Lily lui offrit un des biscuits. La Gryffondor se rua sur la patte de l'animal pour y attacher le colis. La chouette rayée tentait de se défaire de la prise de sa propriétaire, jusqu'à ce que Lily la menace de lui lancer un sort pour la contraindre à l'immobilité. A contrecœur, l'animal céda et tendit sa patte. Enfin, quand le paquet fut soigneusement attaché, Lily la remercia pour sa coopération forcée avec un autre biscuit.
L'oiseau s'envola d'un puissant battement d'aile, ébouriffant au passage les cheveux auburn de Lily. Cette dernière s'approcha du rebord de la fenêtre pour observer la chouette prendre la direction du sud, vers sa maison, vers ses parents. Sa mère aurait son cadeau d'anniversaire à temps, elle regrettait simplement de ne pas pouvoir être là pour le lui souhaiter en direct. Ferait-elle encore cette année son délicieux entremet au chocolat ? Lily soupira en salivant au souvenir du gout de ce merveilleux dessert... avant de se sentir poussée, projetée en avant, ses jambes soulevées avec une force extraordinaire. Sans pouvoir l'empêcher, Lily tomba dans le vide, depuis le sommet de la volière.
Le vent fouettait son visage terrorisé, et son estomac faisait un bond vertigineux dans son ventre. En un éclair, elle comprit que quelqu'un venait de la défenestrer et qu'à présent, elle tombait... tombait... le sol n'avait jamais paru aussi menaçant. Sa main attrapa, elle ne savait comment, sa baguette magique. Un réflexe, sûrement, mais qui fut salvateur. Elle usa du premier sortilège qui lui vint en tête. Une corde apparut, qui se noua autour du meneau d'une fenêtre de la volière. Lily l'attrapa à la volée, avant de manquer de la lâcher. Dans l'action, la corde avait écorché et brulé la paume de sa main, et Lily observa la trainée de sang qui maculait à présent la corde. La douleur lançait cruellement sa main, et elle ne put s'empêcher de sangloter.
"- Evans ! C'est toi ?" hurlait un élève en contrebas de la volière.
Lily se sentit prise d'un violent vertige en jetant un coup d'œil vers le bas et préféra porter son regard sur le mur vers lequel le vent la poussait. Entre la douleur, le vertige, la fatigue et le vent qui l'envoyait taper contre le mur, elle ne tiendrait pas longtemps. Et avec sa main blessée, elle ne pouvait se hisser.
"- Au secours !" criait-elle désespérément. " Je vais tomber ! Venez me sauver ! Viiiiiite !"
Les larmes coulaient d'elles-mêmes, et de toute manière, elle n'avait pas très envie de réprimer ses sanglots. Quelqu'un l'avait sciemment poussée dans le vide, elle avait faillit mourir, et elle souffrait beaucoup. On avait essayé de la tuer ! Que quelqu'un en veuille à sa vie la bouleversait énormément.
Une bourrasque plus violente que les autres la fracassa contre le mur, martyrisant son flanc. Sa main glissa de la corde de quelques centimètres, lui arrachant un nouveau cri de douleur.
Courage.
Des élèves l'avaient vue, quelqu'un était certainement allé prévenir les professeurs. Elle serait très bientôt secourue, mais il fallait tenir bon jusque là. Elle allait se montrer forte, déterminée, courageuse. Il lui fallait occulter cette douleur qui assassinait sa main, en évitant scrupuleusement d'imaginer l'état dans laquelle elle allait se trouver après cette mésaventure. L'infirmière était réputée pour être capable de soigner n'importe quelle blessure, évitant les disgracieuses cicatrices. Elle soignerait sa main, il ne resterait plus rien de sa blessure dans quelques jours.
Elle ne pensait pas que sa détresse rendrait les minutes si longues et traumatisantes. Le sang rendait la corde glissante et chaque fois que sa main glissait le long de celle-ci, il lui semblait qu'elle perdait un peu plus de peau et de sang, ainsi que de courage et de volonté. Mais elle ne voulait pas non plus mourir. Elle comptait les secondes, tentait d'ignorer le vent qui sifflait à ses oreilles et qui l'agitait dans tous les sens.
Soudain, elle sentit la corde être tirée vers le haut. Son sang battait violemment ses tempes, ses larmes brouillaient sa vue, mais elle reconnut le visage barbu de Hagrid, le garde-chasse. Il la remonta avec une aisance déconcertante, mais sa présence était rassurante. Lorsqu'il la récupéra, Lily laissa exploser son désespoir. Elle gémit, pleura, se blottit contre le torse massif et chaud du demi-géant. Hagrid la gratifia de mots réconfortants, avec une chaleur paternelle dans sa voix. Derrière lui, le professeur MacGonagall s'exclamait, et il sembla à Lily que des élèves s'étaient rassemblés autour d'eux.
Certaine d'être sauve, Lily s'évanouie, vaincue par la douleur et l'épuisement.
Severus avait choisi un coin très à l'écart derrière les serres, là où il était certain qu'aucune oreille indiscrète ne viendrait surprendre leur conversation. Ce qu'il avait à confier à Lilith était de nature très délicate, et il ignorait encore comment une adolescente de 15 ans très entichée de lui prendrait la chose. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'il avait l'impression qu'il tentait de percer sa cage thoracique pour s'enfuir.
"- Tes mains sont affreusement moites," fit remarquer Lilith qui ne masquait pas son inquiétude. "C'est désagréable."
Severus bredouilla quelques excuses, mais il n'avait pas la tête à ce genre de déconvenue. Sa vie prenait une tournure bien trop obscure pour ignorer le danger qui guettait, et il entendait bien mettre de l'ordre partout où il pouvait dans l'espoir de voir se profiler une solution. Seulement, ce qu'il s'apprêtait à faire était très pénible et il pouvait perdre beaucoup. Mais il pouvait aussi gagner énormément. Et en cet instant, la confiance de Lilith lui serait très précieuse. Mais pour la mériter, il savait qu'il lui faudrait se montrer sincère jusqu'au bout.
Lorsqu'il fut certain d'être à un bon endroit pour une discussion privée, il fixa Lilith d'un air très grave. Comment aborder la chose ? Comprendrait-elle ? Ses sentiments changeraient-ils ? Il tremblait de peur, et pendant un instant, son courage vacilla.
Non... il devait se lancer, le reste viendrait tout seul.
Du moins, il l'espérait...
"- Ce que je veux te dire est très compliqué", s'entendit-il dire.
Il eut l'impression que sa voix était celle d'un autre, et qu'il agissait malgré lui. Son estomac était au bord des lèvres. Lilith, quant à elle, semblait prendre conscience du degré d'importance des propos de Severus. Elle le fixait d'une rare intensité, et attendait, comme le ferait un condamné à l'énoncé de sa sentence.
"- Il faut que je t'explique toute mon histoire avec Morrigan," souffla le jeune homme.
Cette voix... c'était celle de l'homme, pas de l'adolescent. Il était à nouveau dans cette boucle temporelle, cet instant précis où il venait de mourir et où il suppliait la Mort de changer son destin. Il n'était décidément pas évident de concilier cet homme qu'il avait été et le jeune homme qu'il était redevenu. Changer était plus facile à dire qu'à faire.
Reprenant son souffle, et rassemblant le maigre courage qu'il possédait, il se voulut plus sûr de lui, plus mûr, à l'image de celui qu'il avait toujours voulut être : un homme qui avait quelque chose du grand Dumbledore et dont la seule parole apaisait et résolvait tous les problèmes.
Sa langue se délia. Il avoua qu'il était en fait mort, et qu'avant cela, il avait vécu une vie bien différente de celle-ci, bien plus méprisable aussi. Alors qu'il expliquait ce qu'avait été réellement son passé, il n'osait affronter le regard de celle qui lui vouait une admiration sans borne. Il savait qu'elle serait déçue, peut être le trouverait-elle même horrible et méprisable. Pourtant, il lui fallait être honnête. Lilith devait savoir ce qui se passait autour d'elle, et si elle désirait réellement lui vouer sa vie, elle devait connaître le genre d'homme qu'elle aimait.
Il n'omit rien, de la réalité de sa famille, à la vie de mangemort et d'espion, en passant par son amour immodéré pour Lily Evans. Il se mit à nu, raconta les faits, même les moins glorieux, parlant de ses sentiments, de ses contradictions, et au final de ses regrets. Tout ce qui l'avait conduit au mal, puis à la recherche de sa rédemption, jusqu'à finalement sa mort.
Il s'octroya une pause, blême au possible. Il prit conscience du poids douloureux de son passé, et se rappela la raison pour laquelle il fuyait... pourquoi il avait refusé de mourir, du moins, à ce moment là. Comment avait-il fait pour supporter une telle existence ?
Son regard se pose timidement sur le visage de Lilith, et cette dernière semblait aussi pâle que lui, complètement assommée par ces révélations. Il eut le sentiment qu'elle était en pleine indigestion et qu'elle allait bientôt partir en larmes, réalisant avec horreur qu'elle s'était compromise avec un affreux individu.
"- Je... je suis un être... particulièrement... méprisable," lâcha Severus dont le dégoût de lui-même manqua de le faire pleurer. " Et le pire..."
Sa voix venait de trembler. Son courage le quittait. Et pourtant, il fallait aller jusqu'au bout. Severus serra les poings, inspira profondément, se flagellant mentalement pour se remotiver, et continua :
"- Le pire, c'est que j'ai eu l'audace de demander à Morrigan de m'octroyer une seconde chance au moment de ma mort. Comme si je méritais un tel honneur !"
Il réprima un sanglot, se rendant compte à quel point il avait agit comme un crétin à ce moment-là. Quelle preuve de maturité ! Le Seigneur des Ténèbres craignait à ce point la Mort qu'il avait passé sa vie à briser celle des autres pour satisfaire sa quête de puissance et d'immortalité. Et lui, n'avait finalement pas fait mieux en suppliant Morrigan de le rendre à la vie et de lui permettre de changer son destin. Quel sot ! Lui ? Changer ? Quelle plaisanterie !
Puisque Severus venait de plonger dans le bain, autant couler dignement en allant jusqu'au bout de sa démarche. Il narra ce qu'il advint après que Morrigan eut accepté leur marché, du point de chute, à son désir ardent de conquérir le cœur de Lily, avant de prendre conscience de son erreur. Il ne pouvait changer l'immuable. Il évoqua le deuil de cet amour à sens unique, rendu possible et plus doux dès sa rencontre avec elle, Lilith. Il évoqua également ses discussions avec Morrigan, et ses difficultés à changer les choses, ainsi que lui-même, ses espoirs mais également ses désillusions. Mais ses sentiments avaient changés. Lilith était là, et elle le rendait meilleur. Ou plutôt, elle parvenait à faire remonter en lui ce qu'il y avait de bon. Comme Lily l'avait fait des années plus tôt.
A présent, ce n'était plus pour lui qu'il se faisait du soucis. Mais pour Lilith. Des choses étranges se produisaient autour d'elle, à commencer par le comportement agressif de Lucinda, sa cousine. Et visiblement, Morrigan avait disparue, les laissant seuls et dans une situation inquiétante. Il voulait la protéger, mais il voulait qu'elle lui fasse pleinement confiance.
"- Et je sais qu'après ce que je viens de te raconter, ce sera dur," conclut un Severus assez désespéré.
Lilith ne parvint pas à prononcer le moindre mot ,car elle était de toute évidence en état de choc. Pendant une bonne minute de ce silence angoissant, il songea à sortir sa baguette et à utiliser sur elle le sortilège d'oubli. L'idée était si séduisante et si facile, que ses doigts caressèrent machinalement sa baguette dans sa poche.
"- Je..." commença Lilith, mais les mots se perdirent aussitôt dans sa gorge.
Et puis elle s'effondra, en proie à une violente crise de larmes. Comme il s'y attendait, elle avait enfin digéré toute l'histoire, comprit tout ce que cela signifiait, et à présent, elle était certainement déçue et écœurée. Il était désolé.
Il ne savait pas comment se comporter avec elle. D'un point de vue extérieur, il aurait passé pour froid, insensible, détaché, mais au fond de lui, il fait un saut de l'ange dans les abîmes du désespoir.
"- Ne t'inquiète pas, ce type passe son temps à faire pleurer les filles," assura une voix familière entre toutes.
Sirius Black sortit de sa cachette. Sa présence interloqua Severus, qui était pourtant certain que l'endroit était désert. Il ravala sa rage, conscient de sa propre stupidité. Pourquoi diable n'avait-il pas jeté un sortilège pour détecter la moindre présence humaine autour d'eux. Pourquoi n'avait-il pas lancé de charmes visant à les protéger de toutes oreilles indiscrètes ?
Une petite voix dans la tête de Severus, et qui ressemblait beaucoup à celle de Morrigan, répétait inlassablement "parce que tu redeviens l'adolescent d'autrefois, un gros nigaud pataud, une cible de choix pour Potter et compagnie".
"- Qu'est-ce que tu fais là ?" demanda Severus qui ne desserrait pas les mâchoires.
Puis, le jeune homme réalisa quelque chose d'horrible qui le glaça d'effroi : et si Black était là depuis suffisamment longtemps pour avoir tout entendu et tout comprit ? Le Serpentard dévisagea son rival, essayant de masquer sa soudaine panique. Hélas, Sirius Black avait remarqué cette peur affreuse dans le regard de Severus, et lâcha un sourire goguenard.
"- Un vrai crétin", murmura le Gryffondor. "Enfin, même si c'est difficile à croire, cela explique certaines choses."
Ce fut au tour de Sirius de dévisager le Serpentard. Il essayait certainement de voir l'adulte derrière l'adolescent, mais l'exercice lui était ardue, si Severus en croyait le pli entre les deux yeux de Sirius. Le jeune homme tenta de calmer sa panique. Bien, la solution la plus pratique était de jeter un sortilège d'oubli à Black, puis de le pétrifier pour lui permettre de fuir, avec Lilith sous le bras.
Il jeta un coup d'œil à la jeune fille, mais elle était toujours à terre, le visage enfui entre ses mains, son frêle corps secoué par les sanglots. Severus sentait son cœur se briser en la voyant ainsi, mais il ne pouvait pas se permettre de se morfondre.
Il sortit sa baguette et la pointa sur la poitrine de Sirius... avant de valser dans le décor.
"- Tsss... Prévisible, quoiqu'il arrive", railla Sirius. "Et ça veut changer..."
Le sourire suffisant de Sirius Black faisait bouillonner Severus de rage. Malheureusement, sa baguette était à présent à quelques mètres de lui, et il savait par expérience qu'il n'aurait jamais assez de temps pour bondir, et la brandir à nouveau pour pétrifier son ennemi avant de finir en pâtée pour loup-garou. Sirius le savait aussi, et cela le rendait arrogant. S'il y avait bien une chose que le Serpentard ne chercherait jamais à changer, c'était bien ses sentiments pour ce sale type. Il le haïssait, et il adorait lui vomir sa haine autant de fois que possible. Sauf qu'il était en position de faiblesse.
"- Bah !" lança soudainement Sirius qui rangea sa baguette dans un haussement d'épaule. "Je ne suis pas là pour ça, et si Heather venait à savoir que je t'ai encore maltraité, elle me hacherait menu. A la base, j'étais venu vous demander si vous n'aviez pas vu Lucinda, car elle a disparu et si vous n'aviez pas remarqué quelque chose d'étrange, autre que sa disparition. Mais sur ce dernier point, écouter en douce a été très productif..."
Sirius ne put s'empêcher de sourire, sa malice naturelle reprenant le dessus. Severus fulminait. Un jour, il tiendrait sa revanche. Ce n'était qu'une question de patience.
"- Allez, Servilus, ramasses ta baguette."On a autre chose à faire que de se battre... pour le moment. Ta princesse est en danger. Si tu es un homme, adulte de surcroit, c'est ton devoir de la protéger."
Alors qu'il ramassait docilement sa baguette, Severus se demandait ce que pouvait bien entendre ce crétin par "princesse en danger". Lucinda prévoyait-elle de s'attaquer plus concrètement à sa cousine ? Il avait du mal à croire qu'il pouvait être réellement au centre des préoccupations d'une adolescente arrogante qui ne lui avait jamais octroyé le moindre regard jusqu'à l'année dernière.
"- Que veux-tu dire, Black ?"
"- Oui, expliques donc," invectiva Lilith qui avait calmé ses pleurs. "Je ne suis plus à une révélation près."
Elle toisait Sirius d'un regard à la fois plein de reproches et plein de méfiance. Sirius se sentit vexé d'être ainsi visé, et songea à garder pour lui toutes ses découvertes. Ce n'était pas son problème après tout. Mais Heather lui en voudrait terriblement...
D'ailleurs, depuis quand se souciait-il du jugement de ce tyran en jupon ? Visiblement, le caprice de Rogue avait détraqué le monde. Sirius soupira en levant les yeux au ciel, exaspéré. Puis, il se rendit.
"- Soit. Vous me gonflez tous les deux, alors autant faire en sorte de me débarrasser de vous aussi vite que possible."
Sirius expliqua sans détour l'étrange scène qu'il avait clandestinement assisté avec Lucinda et un inconnu. Comment, avec l'aide d'Heather la préfète-en-chef, ils avaient mené leur petite enquête, tout en les surveillant, jusqu'à en arriver à cet instant précis.
Severus Rogue comprit alors l'étrange comportement de Lucinda, mais également qu'il existait une énorme inconnue dans ce retour dans le passé. Severus n'avait pas changé seulement son destin. Il avait maintenant conscience qu'il avait chamboulé celui de très nombreuses personnes. Si cela se trouvait, en entrant dans la vie de Lilith, il avait anéanti les plans d'un obscur personnage qui en avait après elle. Comme il ne savait absolument rien de Lilith -jusqu'à très récemment- il ne se doutait pas à quel point le temps avait prit un tournant différent. Ce qui avait sans doute passé inaperçu autrefois était à présent très visible.
"- Et qui est cet... Ysp... Yspa... truc ?" questionna Severus dont le cerveau se liquéfiait à mesure qu'il cherchait à mettre toutes les pièces du puzzle en place.
"- Je ne sais pas exactement," avoua Sirius. "C'est peut être un nom d'emprunt, mais Heather n'écarte pas la possibilité qu'il s'agisse d'un des noms d'un antique dieu. Soit disant que son autre nom, c'est Balor. Je trouvais l'idée intéressante, quoique tirée par les cheveux, mais si ton charabia avec cette Morrigan est vrai, alors elle devient beaucoup plus crédible."
Severus ne put qu'acquiescer. Il lui semblait se rappeler que Morrigan lui avait un jour révélé qu'il existait de nombreuses entités comme elle, et que toutes n'étaient pas bienveillantes. Peut être s'agissait-il d'un de ces êtres là. Dans ce cas-là, comment combattre une créature si puissante ?
"- Je ne sais pas qui est ce type, ni ce qu'il me veut, mais je refuse qu'il me mette la main dessus," pesta Lilith qui essuyait le reste de ses larmes d'un revers de manche. "J'en ai assez d'être un jouet, d'être manipulée."
Sirius leva les mains, prêt à applaudir, quand il croisa le regard furieux de la jeune Serpentard. Une rage que Severus ne lui connaissait pas brûlait dans ses yeux. Contre cette fureur était-elle dirigée ? Le jeune homme préféra ne pas le savoir.
Pendant un instant, il n'eut que le silence et la respiration saccadée de Lilith qui tentait de retrouver son calme. Sirius et Severus avaient le regard baissé, et n'osaient émettre aucune suggestion.
"- Bon... allons trouver Lucinda. J'en ai marre de ses délires, je vais la calmer une bonne fois pour toute."
Lilith se leva d'un bond, sorti sa baguette magique et se dirigea d'un pas volontaire en direction de l'école. Son élan vengeur fut coupé par l'arrivée précipitée de Heather qui avait pour ainsi dire enfoncée la porte menant aux serres et qui peinait à retrouver sa respiration. Son si beau visage avait pris une horrible teinte violacée et son front perlait de sueur. De toute évidence, elle avait couru comme une folle dans tout le château.
Sirius se précipita sur elle. Severus réprima une furieuse envie de se moquer de "ce joli couple", avant de se rappeler que ce n'était absolument pas le moment de se montrer sarcastique.
"- Enfin... vous... trouve..."
Heather peinait à sortir une phrase cohérente. Sirius la soutenait tout en lui prodiguant des conseils pour récupérer. L'instant d'après, le jeune homme se massait le sommet du crâne après un coup joliment asséné par la préfète.
"- Je sais... quoi... faire... abruti !" grogna-t-elle à l'adresse de Sirius.
Elle s'autorisa une minute de repos supplémentaire avant d'expliquer au groupe pourquoi elle les cherchait :
"- Lily Evans est tombée du sommet de la volière. Heureusement, elle a été assez intelligente pour stopper sa chute, mais ça va lui laisser quelques séquelles à mon avis. Quand Hagrid l'a récupérée, elle avait les mains en sang et elle s'est évanouie."
Sirius et Severus manquèrent de s'étrangler. Lilith demeura quelque peu sonnée, comme si c'était la nouvelle de trop pour son esprit déjà bien malmené. Puis, son regard se porta sur Severus, et ce fut comme si on l'emmenait au supplice. Elle fit quelques pas en arrière, les mots mourant avant de passer ses lèvres, et finalement, elle s'enfuit dans la direction opposée.
"- Mais... que..."
Severus mit un moment avant de comprendre ce qu'il venait de se passer. Sans doute que dans la tête de l'adolescente, son sort passerait au second plan, alors que Lily aurait à nouveau toute l'attention de Severus. Tiraillé entre sa profonde amitié pour Lily et son amour pour Lilith, Severus ne sut se défaire de son choix cornélien.
"- Mais cours après elle, imbécile !" lui hurla Heather. " Ne la laisses surtout pas seule !"
Il crut recevoir une gifle. En tout cas, Heather venait de le réveiller, et elle avait cent fois raison. Sachant les dangers qui guettaient Lilith, c'était une très mauvaise idée de la laisser seule et vulnérable. Severus se lança donc à sa poursuite.
Heather lâcha un long râle. Qu'avait-elle donc fait pour mériter de trainer avec une bande d'andouilles comme eux ?
"- J'imagines que James a accouru à l'infirmerie," dit pragmatiquement Sirius.
"- Oui."
"- Du coup, ça ne sert pas vraiment à grand chose d'aller la voir dans l'immédiat."
"- Effectivement."
"- Et que penses-tu de cet accident ?"
Heather planta son regard dans celui de Sirius. Pour une fois, le jeune homme avait quitté sa malice habituelle et arborait un visage grave et mature qui séduisait la préfète. Elle voyait très bien où il voulait en venir.
"- Ce n'était pas un accident," lâcha-t-elle sur un ton très catégorique. J'ai entendu l'infirmière dire à Dumbledore que Lily Evans avait des marques dans le dos, comme si quelqu'un l'avait poussé de toutes ses forces. Ce qui est fort probablement le cas. Et un élève de troisième année a entendu quelqu'un dévaler précipitamment les escaliers au même moment, mais sans parvenir à savoir qui."
"- Lucinda ?" se hasarda Sirius.
"- Je le crains. Tandis que je vous cherchais, à aucun moment je ne l'ai croisée."
"- Alors, le mieux, c'est de la chercher."
Heather l'approuva. Lily était entre les mains salvatrices de l'infirmière et James était à ses côtés, avec peut être également Remus et Peter, et les copines de Lily. Severus Rogue s'occupait de Lilith. Il ne leur restait plus que la piste de Lucinda à couvrir.
Mais où la chercher ? La question taraudait les deux élèves, jusqu'à ce que Sirius eut une idée.
"- Bon, commençons les recherches à partir de la volière. Si c'était bien elle, la piste débute là-bas."
Sans expliquer à Heather ce qu'il entendait par là, il prit le chemin pour la volière, parfaitement sûr de son coup. La préfète le talonnait de près et le harcelait pour qu'il développe son idée. Mais le Gryffondor avait décidé d'en profiter pour jouer avec elle à ses dépends.
