Alors que Severus et Lilith se débattaient avec leurs problèmes, moi, j'étais bien incapable de leur venir en aide. Piégée dans une espèce de néant, je me posais de nombreuses questions. Dans la mesure où j'étais l'une des plus puissantes Entités, comment Balor avait-il pu me vaincre ? Où m'avait-il enfermée ? Et surtout, comment réussissait-il à me garder enfermée ? Car j'avais beau user de mes nombreux pouvoirs, rien n'y faisait, c'était comme combattre le vide : Inutile.
Cependant, je ne cédais pas au désespoir. Mes deux protégés avaient de la ressource, je ne doutais donc pas un seul instant qu'ils ne se laisseraient pas faire face à leur ennemi. Ma seule inquiétude résidait plutôt dans le fait qu'ils ne savaient justement pas contre qui ils devaient se battre et de qui ils devaient se méfier.
Mes pensées furent troublées par l'arrivée de Balor, apparu au milieu de ce néant ténébreux, protégé par une bulle de magie. Ainsi donc, même s'il avait probablement conçu cette prison, elle ne lui permettait pas de se protéger de moi. Avais-je donc une chance de percer ce bouclier, de le vaincre et de le contraindre à me libérer ?
Plus intéressant encore : il semblait assez contrarié. Ce qui était très éloquent chez lui : ses plans ne se déroulaient pas comme prévu. J'ignorais totalement ce qu'il se passait chez les mortels, mais ce devait être captivant. Nous nous toisâmes pendant quelques minutes durant lesquelles l'un et l'autre réfléchissait à ses options.
Lorsque je me décidais enfin de la manière dont je pouvais attaquer cette bulle protectrice, mon ennemi entama une petite conversation :
"- Tu as bien manœuvré, je te félicites," disait-il d'une voix grave.
Ses yeux me lançaient des éclairs, et sa bouche n'était plus qu'une fente sur sa figure. Les articulations de ses doigts avaient blanchi à force de serrer les poings et je le sentais fébrile. Il contenait tant bien que mal sa haine à mon égard. Je m'abstins de sourire, même si au fond de moi je jubilais.
Devant mon mutisme, il continua :
"- C'était un véritable tour de force que d'orienter les sentiments de ce garçon... Rogue... et l'amener à changer le destin de ta pupille. Et il fait remarquablement bien son travail : un véritable Cerbère qui protège comme la prunelle de ses yeux celle qu'il aime. Non, vraiment, tu t'es trouvé un champion à ta mesure."
Il se mit à applaudir, tel un esthète qui féliciterait un artiste particulièrement génial. Mais moi, je ne me sentais pas du tout flattée. J'étais curieuse, mais également inquiète. Qu'il vienne me voir pour me dire tout ça, c'était très curieux... et potentiellement mauvais. Je le connaissais assez pour mesurer son degré de malveillance, et un mauvais pressentiment me noua la gorge.
Les yeux de Balor se mirent à rougeoyer de manière assez inquiétante, signe chez lui que sa patience avait atteint sa limite, ce qui le rendait très méchant, odieux, cruel. Il allait certainement agir, et je n'allais pas aimer ça.
"- Et bien je vais le tuer, ton champion," reprit-il en grondant. "Il va redevenir ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un mort misérable, lamentable, qui n'a que ses yeux pour pleurer."
Sa voix était un véritable tonnerre et donnait une dimension terrible à sa rage. Comme il ne pouvait s'en prendre directement à moi, il allait s'attaquer à Severus. Il m'était impossible de m'éterniser d'avantage dans ce monde de vide.
Ma réponse à sa tirade fut une attaque magique d'une grande puissance. J'y avais mis ma propre colère, et toute ma volonté. Mon sort percuta la bulle, surprenant mon adversaire, le faisant vaciller. La bulle craquela dans un terrible bruit de verre brisé. Confiante, je réitérais mon offensive, bien décidée à lui régler son compte. Il n'était pas question qu'il touche à un cheveux de mes "disciples" et il devait également payer pour avoir eu l'affront de m'enfermer comme une créature de seconde zone.
La seconde fois fut la bonne, la bulle explosa dans un vacarme qui me vrillait les tympans, projetant Balor plus loin dans la prison. Tandis qu'il se relevait, il jura, cracha du sang et essaya de m'attaquer à son tour. Après ma précédente défaite, j'avais appris qu'il valait mieux esquiver que d'attaquer de front. J'ignorais encore comment il avait fait pour me vaincre et je voulais comprendre. Je n'étais pas déçue.
Après quelques esquives, je remarquais que sa main effleurait la pierre laiteuse d'un pendentif que je ne lui avais jamais vu jusqu'alors. Son éclat se ternit pendant une fraction de seconde, à la suite de quoi, dans ce monde de vide complet, je perçus immédiatement une nouvelle source de vie et de magie. Humaine cette fois. Alors que je me tournais légèrement, je compris ce que Balor avait fait : il avait conclu un pacte avec Voldemort, alors que moi, je m'y étais formellement refusée.
Le mage noir arborait un sourire sinistre et sans joie, caressant langoureusement sa baguette de ses longs doigts faméliques, tandis que derrière lui un portail magique se refermait.
"- Comme nous nous retrouvons", susurrait-il à mon adresse.
Furieuse, je me tournais à nouveau vers Balor. Cette fois, ce fourbe affichait une mine victorieuse, certain d'avoir l'avantage.
"- Et c'est moi qui mets en péril l'Equilibre avec mes pactes" lui rappelais-je non sans une pointe d'ironie. "Si le Conseil savait..."
"- Il y a bien des choses qui se passent et dont le Conseil ignore tout" me coupa-t-il.
Contrairement à d'habitude, j'accordais de la foi à ses paroles. Cela faisait longtemps que les membres du Conseil vivaient à l'écart de la réalité de l'Univers. Si longtemps que les Humains ne croyaient plus en nous. Et bien que je ne relevais pas sa remarque, mon ennemi vit clairement qu'il avait fait mouche.
"- Laisses-moi agir à ma guise, je construirai un monde bien meilleur où nous, les plus puissants, serions enfin à nouveau à notre place : au sommet."
Balor se fendit d'un sourire conquérant. Hélas, même s'il avait fait mouche, je n'étais pas prête à me rallier à sa cause. Je voulais croire que les miens sauraient encore se ressaisir avant qu'il ne soit trop tard. Peut être même que la mutinerie de cette tête de cochon allait enfin ouvrir les yeux de certains d'entre nous.
"- Désolée, mais non." Je vis la déception dans les yeux de Balor. "Nos idées divergent beaucoup trop, et nous ne serons jamais d'accord."
"- Hum, excepté pour cette fois-ci" fit-il. " Nous tombons d'accord sur le fait que nous ne nous entendrons jamais."
Se tournant vers Voldemort qui était étrangement calme et silencieux depuis son apparition au sein de ma prison :
"- Comme convenu, vous allez pouvoir voler les pouvoirs de la Mort. Je vous offre l'Immortalité, et la main mise sur le Domaine de l'Au-Delà."
Le sourire du mage noir se fendit jusqu'aux oreilles, rendant son visage plus laid qu'il ne l'était d'ordinaire. Il gratifia son acolyte d'une révérence polie et s'approcha de moi. Voler les pouvoirs d'un autre était un crime grave chez nous, les Entités Immortelles, cela était pire lorsque ces pouvoirs étaient offerts à un Mortel. Balor prenait d'énormes risques et je sus alors à quel point il était devenu dangereux. Il tuerait Severus, il y mettrait toute son énergie. Et il utiliserait Lilith sans aucun remord, et la jetterait dès qu'il n'aurait plus besoin d'elle, comme on jetterait un déchet sans valeur.
Voldemort s'approcha de moi, gourmand, avide. Sa bouche commença à prononcer une formule magique dans une langue ancienne qu'il ne comprenait pas, mais que Balor lui avait enseigné et fait retenir par coeur. Peu à peu, je me senties vidée de mon énergie. Où Balor avait-il pu apprendre cette formule ? Seules quelques Entités la connaissaient. Même moi, je n'y avais pas accès.
Soudain, une hypothèse affreuse germa dans mon esprit : Une des plus grandes Entités, et membre du Conseil, avait trahi et collaboré avec Balor. L'ignorance et la corruption des miens s'étendaient donc jusque là.
Je ne pouvais pas laisser faire. Je devais faire quelque chose que je ne pensais pas devoir faire un jour : Briser ma neutralité et combattre. L'Equilibre de l'Univers était trop important pour que je laisses des fous la briser pour la remodeler n'importe comment.
Mes mains se dirigèrent vers Balor et je me servis de toute ma hargne pour le combattre. Tant que ma magie était toujours là, il me faudrait lutter. Tant que Balor était là, il protégeait Voldemort de mes attaques. Il me fallait l'éliminer d'abord pour atteindre ce foutu mage.
Severus avait les poumons en feu et s'évertuait à ignorer l'affreux point de côté qui lui martyrisait le flanc. Lilith courait sacrément vite, et il lui avait fallut bien des efforts physiques pour ne pas la perdre de vue. Mais il en avait assez de lui courir après. Il fatiguait, il n'avait pas que ça à faire, et la situation lui apparaissait de plus en plus ridicule.
Il sortit sa baguette et lança un sort en direction de la jeune fille. Cela le désolait de la maltraiter pour la stopper enfin, mais elle ne lui laissait guère le choix. En un clin d'oeil, elle se retrouva entravée par des cordes et sa course se termina en une chute plutôt douloureuse et impressionnante, mais qui la laissa heureusement indemne.
Severus la rattrapa enfin, et se posta à sa hauteur, les mains sur les cuisses et essayant désespérément de reprendre son souffle. Elle lui lançait des "laisses-moi !", ou encore "vas donc retrouver ta Gryffondor adorée ! Après tout, c'est pour elle que tu as fait tout ça !", tout en se débattant violemment dans le vain espoir de se libérer de ses cordes. Elle faisait tout pour se montrer agressive, mais il était évident qu'elle luttait surtout pour ne pas croiser le regard de son camarade.
Severus prit sur lui pour ne pas la ramasser et lui coller une bonne gifle. Sûr que cela la calmerait et lui remettrait les idées en place, mais mauvaise idée lorsque l'on souhaitait établir un dialogue posé. En plus, il avait du mal à se remettre de cette cavalcade, et son corps lui rappelait que les efforts physiques n'avaient jamais été son fort. Il aurait donc été peu crédible dans sa froide colère avec des joues rouges et la respiration saccadée.
Finalement, Lilith se mit à sangloter, en proie à un incommensurable chagrin. Le jeune homme préféra la laisser pleurer un moment, songeant qu'elle avait surtout besoin d'évacuer tout ce qu'elle avait dû digérer en informations et en émotions en si peu de temps. Il y avait de quoi devenir fou. Lilith avait besoin que l'on soit patient avec elle.
Lorsque ses sanglots s'atténuèrent, Severus décida qu'il était temps de réagir :
"- Pensais-tu réellement que j'allais te laisser t'enfuir ?" demanda-t-il d'une voix d'une douceur étonnante. " C'est vrai, j'ai fait tout cela pour Lily Evans. Et je serais capable de faire encore beaucoup de choses pour elle. Je suis sincèrement et profondément attaché à elle. "
Il entendit Lilith reprendre ses pleurs. Severus passa une main compatissante dans les cheveux ébènes de la jeune fille, avant de la glisser sur sa joue et y chasser les larmes qui y coulaient.
"- Mais c'est vrai aussi que ça m'a permis d'avoir le plaisir de faire ta connaissance," reprit-il. "Dans ma vie d'avant, je ne t'ai jamais connue. Tu étais un visage que j'ai aussitôt oublié, un nom parmi d'autres. Bref, une parfaite inconnue. Te laisser entrer dans ma vie a été la meilleure chose qui me soit arrivée, et jamais je ne le regretterai."
Il eut enfin la sensation de dire vraiment les choses comme il le souhaitait. Il était si pudique avec ses propres sentiments qu'il n'en parlait jamais, au point de n'avoir jamais su comment les exprimer. A présent, les mots sortaient tout seuls, avec une sincérité qui toucherait peut être celle qu'il avait apprit à aimer.
"- Je suis également très attaché à toi, mais différemment d'elle. Je sais maintenant que je pourrai faire beaucoup de choses pour toi. Et j'ai aussi envie de faire des choses avec toi. Te connaître mieux, partager tout un tas de trucs, et qui sait, après Poudlard, pourrions-nous envisager de nous rapprocher d'avantage et vivre ensemble cette vie."
Son esprit commençait à divaguer et à imaginer un futur possible avec elle. Puis, il se rattrapa. Peut être qu'elle, elle n'en avait plus envie. Mais il ne modifierait pas sa mémoire. Il n'en avait plus envie. Elle avait le droit de savoir, et plus encore, droit de choisir.
Il pointa sa baguette sur les cordes et y appliqua un contre-sort qui libéra Lilith de ses entraves. Il ne l'entendait plus sangloter, elle se tenait même tranquille. Une ruse, qui sait, pour lui faire relâcher sa vigilance pour mieux lui filer entre les doigts ensuite.
"- Mais peut-être ne veux-tu plus de moi," supposa Severus dont le coeur se rebellait contre cette idée. "Je le comprendrai."
Il envisageait de plus en plus l'idée qu'elle se mette à le haïr. Il n'avait jamais rien fait de glorieux dans sa vie, il avait fait d'ailleurs tous les mauvais choix possibles. Pouvait-il changer réellement ? Il ne suffisait pas d'être simplement sincère, ou de croire qu'il suffisait de changer quelques trucs par-ci, par-là. Il l'avait bien comprit.
"- Pourquoi tu n'es pas allé la voir ?" gémit Lilith qui cachait son visage rougit par les larmes derrière ses mains.
"- Lily ne s'envolera pas de l'infirmerie et il doit y avoir une pléthore de gens qui doivent déjà veiller sur elle. Mais toi, tu es seule, et je n'ai pas envie de te perdre, ni qu'il t'arrives quelque chose de grave, comme elle."
Severus l'attira vers lui, et la serra dans sa bras dans une attitude paternelle... avant de se reprendre. Il n'était pas son père, ni son professeur. Il était un camarade, un ami, voir plus, si elle voulait toujours de lui. Il lui bisa donc le front, laissa une main se perdre sur sa taille tandis que l'autre essuyait les larmes de son visage chiffonné.
"- Tu m'aimes vraiment ?"
"- Oui."
"- Même si je ne suis qu'une gamine comparé à toi ?"
"- Soyons honnête, je n'ai pas brillé par ma maturité dernièrement. Cela compense."
Lilith gloussa timidement avant de noyer son visage dans l'uniforme de son camarade. Elle aurait pourtant dû s'en douter : Dans la mesure où Morrigan était à l'origine de tout cela, rien n'était simple ni sans douleur. Il y avait un prix pour le bonheur qu'elle proposait.
Le couple resta assis au milieu du couloir, se serrant mutuellement dans les bras dans un silence sacré, et profitant de ces longues minutes de solitude pour se retrouver à nouveau. Les mots n'étaient plus assez forts pour exprimer ce qu'ils ressentaient. Les gestes prenaient le relais.
Aucune protestation de Heather ne vint ébranler l'assurance et la motivation de Sirius. Il savait ce qu'il faisait. Ce ne fut qu'une fois arrivé à la volière qu'il concéda à expliquer d'avantage son plan à la préfète.
"- Bien, soyons d'accord sur un point : personne ne peut disparaitre totalement."
"- Je supposes, " admit-elle péniblement.
Elle le trouvait insupportable à cet instant. Suffisant, cachotier et bien trop sûr de son coup. Il avait intérêt à avoir une bonne idée. Déjà, elle se préparait à lui hurler dessus.
"- Allons, un peu plus de conviction," la gourmanda Sirius. " Tellement de gens comptent sur nous."
Heather faillit s'étrangler. Il se prenait visiblement très au sérieux. Avait-il réellement conscience des enjeux ? Il donnait clairement l'impression de prendre cela pour un amusement.
Sirius, de son côté, sentait bien qu'elle doutait de lui. Elle ne le percevait que comme un fauteur de trouble notoire, incapable de se montrer sérieux, et peu enclin à vouloir faire les choses convenablement. Il soupira, agacé.
"- Bon, visiblement, je dois sortir illico le grand jeu."
Heather croisa les bras et haussa les sourcils. Elle attendait de voir le "grand jeu", probablement encore une facétie ridicule du Gryffondor et qu'il croirait pourtant géniale. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle le vit se métamorphoser en un grand chien noir.
"- Un animagus ! Je le crois pas !"
Elle était partagée entre l'étonnement, l'émerveillement et une sorte d'irritabilité. Car connaissant Sirius Black, il avait du devenir animagus derrière le dos des professeurs et n'était certainement pas inscrit dans le Registre. Ses amis étaient également capables d'une telle prouesse. cela ne l'étonnerait guère.
Le chien se mit à aboyer en tournant sur lui même, comme n'importe quel chien qui ferait la fête à son maître. Mais sachant qu'il s'agissait de Sirius, Heather le trouva atrocement ridicule. Et en même temps trop mignon. Mais ridicule aussi.
"- Ce n'est pas l'heure de faire l'idiot," lui rappela-t-elle sévèrement. "Nous devons retrouver Lucinda."
Sirius se figea. Trop heureux d'avoir surprit Heather avec son petit tour, son plan lui était sorti de sa tête. Il s'élança dans la volière et se mit à renifler partout et à trier les odeurs. Il repéra l'odeur de Lily qu'il connaissait bien. Devant la fenêtre où elle avait chuté, il découvrit une autre odeur mêlée qu'il supposait être celle de Lucinda. Il s'en imprégna bien le museau et se mit à suivre la piste olfactive qui menait hors de la volière. Comme avait témoigné le troisième année, elle avait bien descendu les escaliers et avait parcouru de nombreux couloirs. Un peu au hasard d'ailleurs. Pendant un moment, l'odeur suivie prenait des chemins un peu loufoques, comme si Lucinda avait désespérément recherché une cachette quelque part dans les étages.
Le suivant de près au pas de course, Heather se servait de sa baguette pour repérer toute présence humaine. Elle ne doutait pas du flair canin de Sirius, elle estimait simplement qu'à deux, ils feraient un meilleur travail de prospection. Bien qu'en fait, elle avait juste horreur de laisser Sirius faire tout le travail de recherche.
Leurs pas les menèrent bientôt à l'extérieur du château, où le temps menaçait de tourner à la pluie. L'eau détruirait la piste olfactive. Sirius se hâta de plus belle. Dans sa tête, Heather s'imaginait le trajet de Lucinda, fait de détours, de recherches, de demi-tours, sans jamais savoir si un jour elle pourrait se débarrasser de son méfait. Sans doute que la Serdaigle s'était laissée conduire par la folie, la panique, le désespoir. La Serpentard eut pitié d'elle.
Sirius aboya tout à coup et galopa en direction du stade de Quidditch, la langue pendante. Heather courut derrière lui, l'invectivant d'aller moins vite. C'était dur de suivre un chien en pleine course. Elle perdit de vue à l'intérieur du stade. Tout était silencieux et l'air était saturé d'humidité. Il n'allait pas tarder à pleuvoir. Elle tendit l'oreille, crut percevoir du bruit près des vestiaires des joueurs. Elle ne s'était pas trompée, Sirius avait reprit forme humaine devant la porte ouverte des vestiaires des filles.
"- Je savais que t'étais un sale voyeur en vrai," plaisanta-t-elle, rassurée de l'avoir retrouvé.
Mais Sirius n'en rit pas. Il n'était même pas certain qu'il avait entendu Heather. Il fixait l'intérieur de la pièce, blême, le visage fermé. Une attitude inquiétante quand elle émanait d'un type comme lui. Heather jeta à son tour un coup d'oeil, et découvrit une scène horrible. La pièce était inondée de sang, du sol au plafond. Des bouts de chair qui pendaient ici et là, sans que l'on puisse déterminer à quelle partie du corps ils appartenaient. Les morceaux d'un corps dépecé étaient éparpillés un peu partout, mais la tête trônait sur un banc, bien en vue depuis la porte. La tête sans vie de Lucinda Dante, dont les yeux écarquillés et la bouche entrouverte trahissait une peur indescriptible dans ses derniers instants. Et cette odeur de sang mêlée à celle de la mort...
Heather fit quelques pas en arrière et vomit contre un mur. Elle n'avait jamais rien vu d'aussi atroce.
