L'idée de l'improbable quatuor était d'aller fouiller en douce dans les affaires de Lucinda dans l'espoir d'y trouver un indice sur son lien avec Balor (ils avaient renoncé à parler de lui sous son autre nom, trop compliqué à retenir). Leur espoir principal se résumait à l'existence du journal intime de la Serdaigle qui, d'après Lilith, consignait tout ce qui se passait dans sa vie, de l'anecdote la plus insignifiante à l'évènement le plus marquant. La jeune fille était persuadée que sa cousine n'avait pas pu résister à la tentation de tout déballer à son "ami de papier" dans l'espoir de soulager sa conscience.

Le plan s'avérait brillant sur la théorie, mais la pratique révéla une faille de taille : les affaires de Lucinda avaient été consignée par les professeurs et étaient sous bonne garde jusqu'à ce que les enquêteurs du Ministère les fouillent avant de les remettre aux parents de la victime.

Un instant, ils se laissèrent aller au découragement, mais le désarroi de Lilith leur rappela qu'ils n'avaient pas le droit d'abandonner. Pas après ce qui était arrivé justement à Lucinda. Pas non plus après ce que la Serdaigle avait fait à Lily Evans par désespoir.

Grâce à ses relations, Heather parvint à découvrir où avaient été mises sous clé les affaires de Lucinda, tandis que Sirius mettait ce temps à profit pour aller quémander la cape d'invisibilité à son meilleur ami, James Potter. Il promit à ce dernier de tout lui raconter dès que possible et il l'avertit même de prévoir une sacré réserve de sucreries tant cela en valait le détour. Il lui tut cependant que ses affaires pouvaient s'avérer mortellement dangereuses. James s'inquiétait déjà assez pour Lily, il ne tenait pas à assombrir son humeur. Cette escapade lui permit également de constater que la mort de Lucinda n'était pas encore parvenue aux oreilles des élèves. Avec un peu de chance, ils auraient réussi à arranger les choses avant que tout le monde en vienne à suspecter Lilith ou Severus... Ou même Heather et lui. Après tout, c'était eux deux qui avaient trouvé le corps de la victime.

Severus s'était planqué avec Lilith dans une salle de classe désaffectée. Jouant très sérieusement son rôle de garde du corps, il l'avait mise à l'écart et, l'espérait-il du moins, cachée de son poursuivant. Ensembles, ils avaient discutés de leurs pouvoirs acquis par le biais de Morrigan, et de la manière dont leur lien fonctionnait avec elle. Ils en étaient arrivés à la conclusion la plus logique qui s'imposaient à eux : elle ne pouvait leur répondre. Et si c'était le cas, certainement qu'il lui était arrivé quelque chose qui la mettait dans l'impossibilité de les aider, voir de les contacter.

"- Est-il possible que Balor ai d'abord maitrisé Morrigan avant de s'attaquer à nous ? " supposa Lilith.

"- Ce serait logique. Intelligent même", admit Severus d'un air sombre. "Quoi de mieux pour atteindre son but que d'éliminer au préalable toute source de gêne ? Il doit être au courant de notre lien à tous les deux avec Morrigan, et par conséquent, sait parfaitement que sans elle, nous nous retrouvons très vulnérable. Vulnérable face à des Entités Immortelles."

Ils se turent tous les deux, méditant sur la question. Ils ne savaient rien sur cette Entité là, encore moins ce qu'il fallait faire pour la combattre. Severus prit les mains de sa camarade et les serra très fort. Il avait besoin d'une grande force morale. Il ne devait pas craquer.

Heather entra dans la classe, suivie presque aussitôt par Sirius qui sortit la merveilleuse cape d'invisibilité de son ami. Heather la détailla longuement, caressant la délicate étoffe du vêtement magique, et s'étonnant de son incroyable texture.

"- On dirait de l'eau tellement c'est soyeux".

Elle lui prit la cape des mains, la contempla sous toutes les coutures avant de l'essayer et de s'étonner de son invisibilité parfaite. A dire vrai, c'était la première fois qu'elle voyait une cape d'invisibilité, et elle ne se privait pas pour s'amuser avec.

Lilith fronça les sourcils en voyant faire Heather. Plus elle observait la cape, plus elle avait l'impression de connaître cette magie qui avait enchanté cet objet. Elle toucha à son tour la cape, s'en enveloppa, et l'étoffe avait quelque chose de tellement familier qu'elle lui rendit sa sérénité.

Seul Severus refusa de s'en approcher. Il connaissait assez cette cape, il ne tenait pas plus que cela de se donner en spectacle avec. L'effet de la nouveauté s'estompant, Sirius fut autorisé à récupérer la cape, non sans esquisser un petit sourire charmeur à l'adresse de Heather, parfaitement conscient d'être parvenu à la séduire avec ce bout de tissu magique.

"- Bien, avec ça, nous pourrons rester hors de vue et ne pas s'inquiéter outre mesure d'être aperçu dans notre fouille, " concéda la préfète en feignant de ne rien avoir vu du sourire de Sirius.

Elle exposa ensuite ses propres trouvailles, leur informant que tout ce qui appartenait à Lucinda avait été consigné dans les appartements de Flitwick. En cela, la cape d'invisibilité leur serait d'une grande aide, car Heather se voyait mal en train de pénétrer en douce chez un professeur au risque de se faire surprendre. Severus fit alors remarquer qu'ils ne pourraient pas se tenir à quatre sous la cape, celle-ci n'étant pas conçue pour abriter un si grand nombre de personne.

"- Je vais y aller avec Sirius, " décida Heather. "Lilith ne doit pas être prise en train de fouiller les affaires de sa cousine, cela ferait trop suspect et tout le monde remettrait aussitôt son innocence en question. Il faut qu'elle demeure à l'écart. Severus, en toute logique, tu continues ton travail de surveillance et de protection à ses côtés. Je penses qu'au vu de ton passif, si j'en crois les dire de Sirius, tu es le plus expérimenté pour tenter un combat contre quelqu'un de puissant. Contre qui que ce soit d'ailleurs".

Elle avait prononcé la dernière phrase en se remémorant Mrs Dantes, qu'elle suspectait de vouloir obtenir justice par elle-même. Elle avait trouvé qu'elle avait reprit son calme un peu trop vite. Mais pour ne pas blesser Lilith, elle gardait ses suspicions pour elle-même.

Severus accepta le rôle qu'on lui attribuait avec plaisir. Il n'aimait pas l'idée de perdre sa petite-amie de vue, et l'idée de se retrouver seul avec Sirius Black l'horripilait. Sans aucun doute, ils en seraient venus à se disputer en chemin et adieu leur discrétion !

"- Aucune objection", firent les deux Serpentards.

Ils affinèrent leur plan, se répétèrent ce qui était prévu, et se donnèrent deux heures pour mener à bien leur mission. Passé ce délai, Lilith et Severus devaient trouver le professeur Dumbledore pour lui expliquer les détails de l'affaire. Ils ne pouvaient se permettre aucun risque supplémentaire.

Sirius invita Heather à se glisser sous la cape, avant de l'imiter. Avec la plus grande discrétion, ils quittèrent la salle de classe abandonnée sous le regard anxieux de Lilith qui priait pour leur réussite. Quant à Severus, connaissant Black jusqu'au bout des ongles, il ne doutait pas de leur réussite. Cet imbécile avait une chance insolente. Le Serpentard se contenta de vérifier si tout allait bien dans le couloir, avant de refermer la porte de la classe et d'y appliquer autant de sortilèges de protection que possible. Cela fait, il se posta à côté de Lilith et entreprit de ne jamais quitter la porte des yeux et de rester alerte.

Dans les couloirs, les deux compères invisibles s'appliquaient à avancer sans se marcher dessus et en évitant autant que possible de faire du bruit. Sirius avait l'habitude de cet exercice, il avait assez trainé avec James sous cette cape, mais pour Heather, c'était une véritable torture. Elle ne s'était pas imaginée devoir faire attention à tout, et pour s'éviter bien des tracas, elle se tenait fermement collée à Sirius. L'adolescent luttait pour ne pas fixer son esprit sur ce contact agréable tandis que la jeune fille rougissait. Il leur sembla avoir mit un temps interminable avant de rejoindre les appartements du professeur Flitwick, et une fois postés devant la porte, ils s'interrogèrent du regard. Le minuscule professeur était-il à l'intérieur ? Sirius se mordit la lèvre, se rendant compte que ne pas avoir la carte du Maraudeur sur soi était une grave erreur. Heather sortit sa baguette et jeta quelques sortilèges sur la porte.

"- Qu'est-ce que tu fais ?" demandait-il nerveusement à sa camarade.

"- Oh tais-toi !" invectiva-t-elle sèchement. "J'ai jeté quelques sortilèges de détection sur la porte. Je pense qu'il n'y a personne à l'intérieur."

Elle le pensait. Donc, elle n'était pas certaine, nota Sirius avec une grimace. Mais ils n'avaient pas d'autre choix que de se fier aux sorts de Heather pour pénétrer en douce chez Flitwick. Quelques tours de magie plus tard, les deux adolescents avaient pénétré à l'intérieur des appartements et s'étaient aussitôt mit à la recherche des effets personnels de Lucinda Dantes. Malgré la décoration raffinée et la superbe collection de livres anciens du professeur, aucun des deux ne voulut se risquer à prendre le temps de faire le tour des lieux. Ils se ruèrent sur le sac de classe de la Serdaigle, ainsi que sur sa malle. Lorsque Sirius tomba sur la lingerie en dentelle de la défunte, Heather l'envoya prestement chercher ailleurs, arguant que même morte, Lucinda avait le droit que les garçons respectent son intimité.

Sirius obtempéra, sentant bien que sa camarade serait bien capable de le mordre si besoin pour se faire obéir. De toute évidence, les filles devenaient de vraies tigresses dès que les garçons touchaient aux questions de leur intimité. Sourire en coin, il se demanda quelle genre de lingerie la préfète-en-chef affectionnait et à quoi elle pouvait bien ressembler en petite tenue.

"- Je l'ai !" s'exclama Heather en brandissant triomphalement l'objet de leur quête.

Sirius la rejoignit et ensemble, ils vérifièrent bien qu'il s'agissait du journal intime. Puis, Heather cacha le journal sous son uniforme et les deux adolescents entreprirent de faire demi-tour, se glissant sous la cape d'invisibilité avant de se diriger vers la porte. Mais avant que l'un d'eux ne parvienne à poser sa main sur la poignée de la porte, celle-ci se tourna, annonçant l'arrivée de quelqu'un. Sirius plaqua une main sur la bouche de sa camarade tout en l'écartant du chemin.

La porte s'ouvrit légèrement, et une femme se glissa à l'intérieur de la pièce, ses yeux balayant les alentours avec méfiance. Sirius et Heather reconnurent Mrs Dantes. Ils retinrent leur souffle, et comprirent à ses manières de conspiratrice qu'elle n'était pas ici sur l'invitation de Flitwick. Lorsqu'elle fut certaine que les lieux étaient déserts, Mrs Dantes se glissa jusqu'aux affaires de sa fille et farfouilla dedans. Cela ne dura pas longtemps, et quand elle eut terminée, la mère de Lucinda se retira de la pièce avec un sourire aussi mauvais que satisfait et claqua la porte derrière elle.

Sirius et Heather se regardèrent un instant duquel leurs esprits convergèrent vers une seule pensée : cette femme venait certainement de trafiquer en douce les effets personnels de la défunte Lucinda. Connaissant cette traitresse et sa haine pour sa nièce, ils pressentirent qu'elle venait de faire quelque chose qui allait mettre la malheureuse Serpentard dans les ennuis.

Heather se glissa hors de la cape d'invisibilité sans que Sirius ne parvienne à la retenir. Elle se rua sur les affaires que Mrs Dantes avait touché et surtout sur celles où elle s'était le plus longtemps attardées. Au début, Heather se demanda ce que cette harpie avait bien pu faire, car elle ne trouvait rien. Puis, elle trouva un petit paquet de lettres qu'elle n'avait pas remarqué auparavant. Par acquit de conscience, elle s'attarda dans sa recherche, mais ce fut tout ce qu'elle trouva, avant de se faire violemment empoigner par Sirius qui la ramena de force sous la cape d'invisibilité et la traina hors de la pièce. Pendant que le jeune homme s'appliquait à remettre les sortilèges qui protégeaient les appartements de Flitwick, la jeune fille entendit ce qui avait tant alarmé son compagnon et l'avait décidé à la sortir à la hâte et sans ménagement de ses recherches : un groupe d'adultes approchait.

Elle reconnut la voix du professeur Dumbledore, ainsi que la voix très fluette du professeur d'enchantement, et elle supposait que les autres étaient celles du Ministre de la magie et de son escorte. Ils étaient certainement là pour initier l'enquête sur le meurtre de Lucinda Dantes. Tout à coup, Heather eut l'impression que le temps leur manquait et que le monde s'écroulait, au point d'en avoir le vertige. Ou alors, était-ce tout simplement le fait de ne pas avoir mangé et prit de repos depuis un certain temps. Elle sentit Sirius la prendre par la taille et l'attirer vers d'autres couloirs du château. Machinalement, sa main glissa sur les plis de son uniforme pour soupirer d'aise en sentant le cuir du journal intime de Lucinda sous ses doigts. Son autre main restait crispée sur le paquet de lettres qu'elle avait tout juste eu le temps de soustraire, la preuve même de la félonie de Mrs Dantes.

Heather retrouva ses esprits une fois la porte passée et que Sirius retira la cape d'invisibilité en annonçant leur retour au jeune couple caché dans la salle de classe désaffectée. Severus levait vers eux sa baguette, et interrogeait Sirius sur des choses assez intimes pour vérifier qu'ils étaient bien ceux qu'ils prétendaient être. Passé cet interrogatoire, tout le monde se permit de souffler et de se sentir rassuré et en sécurité.

Sirius entreprit de narrer leurs péripéties, alors qu'Heather s'affala sur une chaise et songea à son estomac qui commençait à couiner de faim. Un bruit que tout le monde avait du entendre car les regards se tournèrent légèrement vers elle, lui arrachant un rougissement violent. Sirius lui jeta nonchalamment un paquet de biscuit sur ses genoux sans jamais se détourner de son récit, et Heather le remercia mentalement tout en se jetant sur ce petit en-cas bienvenu.

Elle sortit le journal intime, mais préféra au préalable vérifier le contenu des lettres mystérieuses. A chaque bouchée, elle manquait de s'étrangler. Sa lecture révéla bientôt toute la fourberie de Mrs Dantes. Elle avait créée de fausses lettres de menace signées au nom de Lilith. Et à mesure qu'elle avançait dans sa lecture, les lettres se faisaient plus menaçantes et violentes, au point d'affirmer vouloir attenter à la vie de Lucinda dans les deux dernières.

Deux grandes mains vinrent alors lui arracher ces missives grotesques, et l'instant d'après, Severus Rogue les lisait attentivement, le visage fermé. A la fin, il tremblait d'une fureur qu'il tentait visiblement de contenir, et tendit les lettres à Sirius et Lilith pour qu'ils lisent à leur tour.

"- C'est à vomir", fit-il remarquer sombrement à sa consœur Serpentard. "Voici toute la bassesse dont est capable une dynastie de Serdaigle. Dire qu'il y a encore des gens pour croire que le monopole de la ruse et de la méchanceté appartient exclusivement à la maison Serpentard."

Il lança un regard en coin en direction de Sirius Black qui comprit aussitôt le sous-entendu et lui renvoya une moue haineuse qui rappela qu'une fois cette histoire terminée, ils n'en seraient pas amis pour autant. Ils reprendraient leur petite guerre là où ils l'avaient laissée.

"- Il faut se dépêcher", lança Lilith en rendant les lettres à Heather. "Ceci est la preuve que ma tante est résolue à faire de moi une parfaite coupable et qu'elle ne reculera devant rien pour y parvenir. Nous avons eu de la chance cette fois-ci en parvenant à intercepter ces fausses preuves, mais ce ne sera pas toujours le cas. Nous avons juste gagné un peu de temps. "

Tous acquiescèrent, parfaitement conscient de la justesse de ses propos. Lilith prit le journal intime de sa cousine, l'ouvrit et en déchira quelques pages, qu'elle tendit à Severus, avant de recommencer pour faire de même avec Sirius, Heather, et elle-même. Ainsi, la lecture serait partagée tout en leur faisant gagner un peu de temps.

Chacun des enquêteurs en herbe lut sa partie, où tour à tour ils découvrir l'obsession de Lucinda pour le grand héro de Gryffondor, James Potter, au point de tenter d'entrer dans l'équipe de Quidditch de Serdaigle dans l'espoir de l'impressionner, avant que l'échec de sa tentative ne la submerge d'une profonde frustration ; puis, plus tard sa colère et sa détresse lorsqu'elle s'est rendue compte de l'intérêt que son "grand amour" portait pour la belle Lily Evans, ses tentatives aussi puériles et lamentables pour détourner son regard de la belle rousse, où elle essaya tout, des lettres d'amour anonymes, aux chocolats fourrés au philtre d'amour, en passant par le polynectar pour prendre l'apparence de Lily Evans et la discréditer aux yeux de James. Tout échoua.

Et puis vint ce jour où un curieux bonhomme vint lui proposer son aide. Il se disait plus puissant que n'importe quel sorcier au monde et qu'il avait entendu ses souhaits, qu'il était là pour l'aider. En échange, elle devait lui rendre quelques services, comme surveiller sa cousine Lilith, et la séparer à tout prix de Severus Rogue. Lucinda avait souligné le fait qu'elle ne comprenait pas pourquoi Lilith intéressait à ce point cet étranger, ni en quoi empêcher sa cousine et Rogue de nouer des liens lui rendait service. Mais la promesse de voir James Potter enfin l'aimer follement la motivait au delà de tout doute.

Elle coucha sur le papier le moindre de ses plans. D'abord confiante, elle semblait exulter, puis à mesure de ses échecs, elle doutait, se montrait moins enthousiaste. Et puis, son bienfaiteur se mettait à se montrer plus menaçant. Ses yeux brillaient d'un éclat mortel, sa voix sifflait, froide et assassine, mais pas autant que ses mots qui la blessaient. Lorsqu'il manqua de la tuer, elle sut alors qu'il s'était servie d'elle et que rien ne lui garantissait qu'il tiendrait sa promesse à propos de James. Les pages qui suivaient trahirent une profonde inquiétude, la peur de l'échec, ses vexation successives en voyant sa cousine et Rogue se rapprocher de plus en plus malgré ses efforts. Elle avait tout fait ! Même séduire ce cancrelat nauséabond !

L'écriture de Lucinda changeait aussi. D'abord appliquée, elle commençait à devenir plus brouillonne, et à la fin, elle tremblait tellement qu'il fallait deviner certains mots. Elle sentait sa vie lui échapper, et pensait voir son bourreau surgir à tout moment pour la tuer, sa terreur devint folie, et ses divagations la menèrent à se dire que tout était de la faute de Lily Evans. Si elle n'était pas là, James l'aimerait elle. Alors germa la terrible idée de la tuer, avant de décider que Lilith devait mourir aussi, car c'était pour elle aussi que tout le monde s'écharpait.

La longue descente aux Enfers de Lucinda mit tout le monde mal à l'aise. Ils ne surent quoi ressentir : tristesse, frustration, pitié, ou encore colère.

"- Quoi d'autre d'intéressant ?" se hasarda Heather.

"- J'ai en main un curieux passage", fit Sirius qui fronçait les sourcils, songeur. "Je me demande ce que ça signifie."

"-Lis-le !"

Sirius se racla la gorge et lut d'un ton grave :

"- Ce matin, ma mère m'a envoyée une longue lettre, au contenu très inhabituel. Elle m'y parlait d'une grande mission pour moi, pour nous, qui amènerait la gloire et la prospérité sur notre famille. Elle m'y averti la venue prochaine d'un homme aux grands pouvoirs magiques et que je reconnaitrai grâce à la chevalière de notre famille qu'il portera à son doigt, un cadeau de Mère. Je dois lui obéir, m'assure-t-elle. Notre avenir, MON avenir, dépend de ma réussite. Lorsqu'il se présentera à moi, au sein même de Poudlard, il m'expliquera alors plus en détail de quoi il retourne. J'avoue être perplexe, mais puisque c'est une requête de ma mère et qu'elle semble prendre cela à cœur, je n'ai aucune envie de lui désobéir. "

Lilith resta un instant interdite, puis se reprit tout aussi vite. Son regard se posa instinctivement sur les lettres avant de se plonger dans une intense méditation.

"- C'est Mrs Dantes qui a envoyé ce Balor à Poudlard ?" s'inquiéta Heather. "Mais... pourquoi ? Est-ce qu'elle savait au moins qui il était ?"

"- Je ne sais pas," intervint Severus. "Mais cela veut dire que Balor avait jeté son dévolu sur Lilith depuis très longtemps et que Mrs Dantes était au courant de cela depuis un moment. En bonne complice, elle n'a pas hésité à impliquer sa fille dans la machination, quitte à ce qu'elle soit sacrifiée. Cette femme est un monstre !"

Il était très en colère, et se retenait à grand peine de quitter la salle et de trouver cette horrible femme pour la torturer avec le sortilège doloris jusqu'à ce qu'elle en perde la raison, à supposer qu'elle ne l'ai pas déjà perdue. Lorsque l'on voyait tout ce qu'elle avait déjà fait, la question était légitime.

"- Je suis d'accord avec Severus", fit Lilith. "Et cela expliquerait le comportement de ma tante lorsque j'étais chez elle pendant les vacances. Je pensais que sa propension à me garder à l'écart des gens venait du fait que ma famille a été massacré par un inconnu des années auparavant et qu'elle voulait me protéger. Mais on dirait bien qu'elle tenait surtout à me garder à l'écart de toute aide, prête à être jetée en pâture à ce Balor le moment venu. "

"- Tu crois qu'elle aurait justement pu s'arranger pour faire assassiner toute ta famille ?" s'interrogea Severus dont cette nouvelle perspective se faisait plus présente à son esprit.

"- Je l'ignore", avoua la jeune fille. "En fait, je ne veux pas savoir. Le simple fait de le supposer me fait souffrir".

Elle porta à sa poitrine sa main, comme si elle avait mal là. Severus la comprenait un peu : lui aussi se sentait être le jouet de Puissances Supérieures dont il ne pouvait se défaire. Il désirait tellement s'en libérer. Peut être que s'il arrivait à sauver Lilith et Morrigan, il pouvait remédier à sa misérable condition.

"- Assez de suppositions," les coupa Heather. "Moi, j'ai trouvé autre chose, on dirait."

Son doigt tapotait une page noircie des sombres pensées de Lucinda, une page assez récente, avec des notes dans sa marge. Heather en montrait justement une, plus curieuse que les autres, qui ne semblait rien vouloir dire.

"- Cela ressemble d'abord aux divagations d'un esprit malade, avant que je ne me rende compte qu'il s'agit d'une formule d'invocation. "

"- Depuis quand tu es experte en invocation ?" demanda Sirius à la fois surprit et suspicieux.

"- J'ai fais des recherches dessus pour un devoir" répondit-elle sèchement, la question la mettant visiblement mal à l'aise. "Si tout va bien, cela me sera utile pour ma future carrière."

Avant que Sirius n'eut le temps de répliquer une fois encore, Lilith et Severus lui mirent en même temps un bon coup de coude dans les côtes. Sirius se retrouva plié en deux, se massant les flancs douloureux tout en maugréant quelques remarques acerbes.

Heather en profita pour poser la page sous leurs yeux et leur montrer correctement la formule. Comme elle l'avait souligné, la phrase d'invocation ne semblait pas posséder de sens, un peu comme si Lucinda avait noté cela pendant une terrible poussée de fièvre.

"- Et vous pensez donc que cela sert à invoquer Balor ?" s'inquiéta Severus.

"- Cela y ressemble beaucoup en tout cas", marmonna Lilith qui se rappela les nombreuses fois où elle avait invoqué sa marraine Morrigan.

Elle savait que chaque Entité avait sa phrase clé qui l'invoquait, et qu'hormis en de rares circonstances, elles devaient obligatoirement y répondre. Mais rares étaient les mortels qui les connaissaient. La jeune fille et Severus se lancèrent un regard éloquent. Balor avait dû confier la sienne à Lucinda au cas où elle aurait besoin de son concours en urgence et que pour ne pas l'oublier, elle avait dû négligemment le noter dans un coin de son journal.

Ils y étaient donc, à ce moment de leur entreprise où ils avaient la possibilité de piéger cette démoniaque Entité du chaos. Les quatre en tremblaient, autant de peur que d'excitation, et ils n'osèrent rien dire pendant un certain temps.

"- Nous n'avons pas le choix" décréta Heather. " Pour résumer, nous avons une jeune fille en détresse, la Mort en personne portée disparue et certainement en danger, un mort ressuscité perdu au milieu de tout ce bordel, et deux apprentis enquêteurs qui tentent désespérément de stopper un complot qui les dépasse."

"- Magnifique résumé," la taquina Sirius. "Et tu suggères quoi pour régler le problème ?"

Heather s'accorda une minute de réflexion sur la question. Leur situation était difficile et compliquée, mais pas insurmontable. La chance leur avait permit d'avoir entre les mains de bonnes cartes pour abattre leur jeu, même si d'un autre côté, ils ignoraient tout de l'ampleur du plan de leur ennemi.

"- Il faut le piéger," annonça-t-a. " Nous avons la formule d'invocation, il viendra, il n'a pas le choix. Mais nous devons l'attraper et savoir ce qu'il a fait à Morrigan. Quoiqu'il ce soit passé, nous devons la secourir. Sans elle, impossible de le vaincre."

Ils discutèrent ainsi du plan d'action, mais aucun n'était d'accord sur ce qu'il convenait de faire. Le temps s'écoulait, trop rapide, et ils se rendirent compte que quoiqu'ils décident, n'importe lequel de leur plan était bancal.

"- Oh et puis zut !" lâcha Sirius en tapant dans un vieux bureau. "Faisons cela à l'improviste ! De toute façon, je sais par expérience que les plans foirent toujours à un moment donné."

"- Vu le nombre de tes retenues, Black, je ne peux que te croire sur parole" le railla Severus.

"- Très spirituel Servilus. En attendant, tu n'as rien de mieux à proposer. On ne sait même pas comment va se comporter ce type quand on l'aura invoqué."

"- On devrait faire en sorte d'éloigner Lilith, la cacher des yeux de ce monstre," suggéra Heather. "S'il la voit, il aura certainement envie de l'attraper."

"- Non !" s'insurgea l'intéressée. " De toute manière, s'il avait voulu m'attraper, il l'aurait fait depuis longtemps, sans avoir nécessairement recours à Lucinda ou à ma tante. Je suppose qu'il cherche... autre chose. Et je veux savoir quoi. Je veux le voir et lui parler. Je ne veux pas fuir ! Ne me regardez pas comme cela, vous êtes avec moi, et en votre compagnie je suis beaucoup moins vulnérable. Je suis le meilleur appât qu'il soit."

Ils durent le reconnaître et cela leur arracha une horrible grimace. Comment ne pas se sentir impuissant quand on se disait qu'il fallait affronter une Entité Immortelle sans plan et sans certitude. Lilith ne leur laissa pas l'opportunité de ruminer cette affreuse pensée, car elle attrapa la page, se posta au centre de la pièce et se mit à invoquer Balor.

C'était donc l'instant de vérité. Soit ils allaient réussir leur pari, soit tout était perdu. Ils étaient pâles comme la mort, encore que Morrigan aurait eu à redire sur cette expression, et la baguette brandit, ils attendirent la venue redouté de leur adversaire. Ils n'étaient pas prêts, et bien plus tard, ils avoueraient qu'ils ne l'auraient jamais été.