L'infirmerie de Poudlard était inhabituellement pleine. Il fallait dire que les évènements de ces derniers jours n'avaient pas laissé l'école de tout repos. Assis sur son lit, Severus Rogue caressait tendrement les cheveux d'une Lilith endormie près de lui, alors qu'elle était censée le veiller, et repensait silencieusement à cette aventure. Il trouva qu'ils avaient été chanceux de s'en sortir vivants et que tout ne finisse pas si mal. Il regrettait simplement le sort de Lucinda. Puis, il jeta un regard en coin à celle qui squattait le lit d'à côté.

"- Comment avez-vous fait pour faire passer tout ça pour une machination et une attaque du Seigneur des Ténèbres ? Je veux dire... vous êtes tout de même parvenue à berner Dumbledore !"

Les joues rougissantes, je ne pris même pas la peine de masquer ma fierté. De mon propre aveu, j'avais mené l'affaire d'une main experte et je me félicitais de sa bienheureuse conclusion.

"- Oh, cela n'a pas été dur", répondis-je avec une fausse modestie qui fit lever au ciel les yeux de Severus. "Avec Voldemort sous la main, j'ai fait passer Balor pour un de ses sbires qui aurait manigancé leur attaque sur Poudlard, bataille qui se serait terminée dans la Forêt Interdite où une petite bande d'élèves courageux et loyaux auraient tout fait pour protéger leurs camarades du danger. Pas de chance, ce damné mage noir a reprit connaissance à l'arrivé de Dumbledore et des Aurors, et a tout juste eu le temps de s'éclipser."

Je soupirais, assez déçue de ne pas avoir pu m'amuser davantage aux dépends de Voldemort. Il avait néanmoins bien mérité l'inconfort dans lequel il s'était retrouvé après la rude bataille menée par les quatre adolescents.

"- Concernant la mort de Lucinda, tout soupçon a été écarté de Lilith," l'informais-je. "La charmante Heather Greenwood a bien voulu me servir de complice en allant expliquer qu'elle avait désobéit aux injonctions du directeur et qu'elle avait persévéré dans son enquête, parvenant à trouver la preuve que Lucinda avait certainement découvert la terrible machination de Voldemort pour attaquer Poudlard et que son acolyte avait assassiné la pauvre petite pour s'assurer de son silence."

"- La faisant passer pratiquement pour une héroïne," grinça Severus qui n'avait pas oublié les mauvais tours de la défunte Serdaigle et de sa tentative de meurtre sur la personne de son amie Lily Evans.

"- Pas le choix," dis-je en haussant les épaules. "Il y a certaines vérités qu'il vaut mieux taire. Si la maison Serdaigle devait savoir ce que Lucinda a réellement fait, l'opprobre serait sur eux pour un certain temps. Or, ils ne sont pas responsables des actes isolés de leur camarade. De fait, nous avons fait courir le bruit que l'assassin de Lucinda était probablement et également l'agresseur de Lily. C'est plus simple, et d'une logique plus accessible pour le commun des mortels."

Severus n'émit aucun commentaire. Certainement que, fatigué par toute cette histoire, il préférait jeter l'éponge quant à la mise en lumière de la vérité.

"- En tout cas, Miss Greenwood est sacrément efficace," gloussais-je en faisant un clin d'œil en direction d'une silhouette postée au fond de l'infirmerie. Malgré son visage enfui derrière un épais livre de sortilèges, Severus et moi purent aisément remarquer que les oreilles de miss Greenwood avaient subitement viré au rouge vif. La jeune femme ne devait pas s'en remettre d'avoir non seulement fait connaissance de son vivant de la Mort en personne, mais en plus de se voir gratifier de sa part de louanges. Allongé sur le lit à côté d'elle, Sirius Black était plongé dans un profond sommeil, drogué certainement pour qu'il reste tranquille. Il avait reçu de nombreuses blessures durant la bataille, dont certaines assez sérieuses. L'infirmière avait régulièrement répété au directeur de l'école qu'il s'en était fallu de peu pour que le garçon termine en soin à Ste Mangouste. Ce n'était que depuis ce matin que l'infirmière avait autorisé les visites pour Sirius. Il y eut d'abord ses amis James, Remus et Peter qui vinrent le voir, les bras chargés de friandises, mais ils ne purent rester longtemps, vite chassés par l'infirmière qui n'aimait pas beaucoup de voir le groupe de garçons commencer à énerver son patient. Plus tard, Lily Evans lui rendit également visite, avec des chocolats et une carte de prompt rétablissement qui toucha beaucoup le jeune homme. Enfin, Heather osa à son tour rendre timidement visite au Gryffondor, avec également des chocolats et une petite carte, mais Sirius s'était déjà endormi. Elle prétexta que comme s'était un peu de sa faute s'il était dans cet état, il était tout naturel qu'elle veille un peu sur lui et avait sorti son livre de cours pour s'installer sur la chaise à côté du lit de Sirius. Cependant, nul n'était dupe : elle avait développé des sentiments profonds pour Sirius et tentait désespérément de le cacher.

"- Que va-t-il se passer avec Balor ?" me questionna Severus, encore inquiet de savoir qu'un Dieu pouvait à tout moment revenir les importuner. D'abord réticente à le plonger un peu plus dans les affaires des Entités, je finis par me persuader qu'après ce qu'il s'était passé, il avait gagné le droit de savoir.

"- Notre Conseil a été réuni en urgence et les méfaits de ce fourbe ont été dévoilé au grand jour, preuves à l'appui. Passé le moment où tout le monde s'est offusqué bruyamment, Balor a été jugé malgré son absence -impossible de lui mettre la main dessus- et une sentence à son encontre a été prononcée. Elle est assez sévère, mais ce qu'il a fait est impardonnable. Quant à moi..."

Laissant ma phrase en suspens, mon regard se perdit dans le lointain. Je songeais sans cesse à cette fameuse réunion de divinités, où les discussions avaient été interminables. Je n'osais expliquer à Severus que toutes les décisions qui avaient été prises à ce moment-là allaient fatalement changer le destin de certaines personnes, même si certains évènements restaient inéluctables. Lily et James Potter allaient mourir à cause d'une prophétie, leur fils lutterait toute sa vie pour finalement tuer Voldemort. Et Severus ne changerait pas l'heure et l'endroit de sa mort.

"- Quant à vous ? " insista Severus sur un ton neutre qui me tira de mes réflexions.

"- Oh... moi... ma punition est toujours d'actualité même si elle a été allégée. Parait-il que cela doit m'apprendre à ne pas me mêler des histoires des mortels. Mais la vérité, c'est que ça les a bien arrangés, et que maintenant ils comptent reprendre à leur compte mes efforts."

"- J'ai l'impression de vous entendre vous plaindre du Ministère de la magie" railla le jeune homme d'un ton sarcastique.

"- Il y a effectivement de regrettables similitudes" répondis-je à la fois amusée et consternée.

Mes yeux se posèrent alors sur mes deux protégés et j'eus un grand pincement au cœur. Il y avait quelque chose que je ne leur avait pas encore dit et qui me mettait bien en peine. Le regard de Severus me transperça de part en part, et comme s'il avait capté mes pensées, il ajouta :

"- Expliquez-moi la nature de votre punition. Vous allez retourner en exil, confinée dans votre domaine ?"

"- Non, je suis à nouveau libre de mes mouvements. Mais..."

"- Mais ?"

La prunelle noire de Severus m'observait, insondable et immobile, tandis qu'il attendait que je développe. C'était dans ce genre de moment qu'il rappelait à tous que son âme était celle d'un adulte ayant déjà vécu une vie. Je baissais les yeux. Je craignais que mes mots ne prennent un caractère définitif si je les prononçais. Hélas, ne rien dire ne changerait en rien ce qui allait se produire. La sentence des miens avait été sans appel et je n'avais guère le choix que de m'y plier.

"- Il va falloir nous dire adieu"

Mes yeux rencontrèrent les siens, et je ne vis qu'un visage impassible qui attendait patiemment que je termine ce que j'avais à dire. Etrangement, j'eus l'impression que mes paroles ne l'étonnaient guère. Je profitais du sommeil de Lilith pour approfondir la chose avec Severus.

"- Mes pairs ont décidé pour me punir de m'interdire tout contact avec vous deux, Lilith et toi, jusqu'à votre mort. Désormais, je ne pourrai plus intervenir dans votre vie, il faudra vous débrouiller sans moi."

"- Et pour notre marché ?" s'enquit Severus.

"- Nul ne peut revenir sur les termes du contrat et donc sur ce qui a été fait. Tu peux donc continuer de vivre tranquillement cette vie. Du moins, je l'espère."

Severus fronça aussitôt les sourcils, relevant ma dernière remarque ainsi que mes doutes.

"- Vous l'espérez ?"

"- Pour expliquer clairement les choses, Severus, puisque le contrat ne peut être ni brisé, ni modifié par aucune partie, aucune Entité ne peut te retirer ce que je t' ai offert. Ni la vie que je t'ai rendu, ni ce nouveau départ que je t'ai donné et pas non plus l'amour que tu y as trouvé. Cependant, à partir de demain, au coucher du soleil, ce ne sera plus avec moi que tu auras contracté ce contrat, mais avec une autre Entité. Le marché que j'ai passé avec toi m'a été, en quelque sorte, confisqué, et une autre Entité l'a récupéré."

"- Qui ?"

"- Cela, je l'ignore."

Je lus sur le visage de mon protégé toute l'inquiétude qui l'assaillait à cette terrible nouvelle. Non seulement il ne dépendait plus de moi, mais en plus, je ne pourrai jamais lui venir en aide. Puis, il fixa Lilith qui dormait encore du sommeil de l'innocence, et murmura :

"- Mais, et elle ?"

"- Elle n'a contracté aucune dette avec moi", le rassurais-je. "Elle est simplement ma filleule, que j'ai protégé tant bien que mal durant des années. Aujourd'hui, il va falloir lui apprendre à voler de ses propres ailes."

Cependant, le visage de Severus était encore marqué par l'anxiété. Ce dénouement n'était celui qu'il escomptait, et même si bien des épreuves étaient derrière lui, il craignait encore de servir de jouet à une Entité inconnue. Qui pouvait affirmer que cela n'aurait pas d'incidence dramatique sur sa vie, ou celle de sa compagne ? Je devais admettre que moi-même, je ne me sentais mal à l'aise. Je ne sus pourquoi, mais à ce moment-là, je pensais que la meilleure chose à faire était de le conseiller, et de lui donner quelques cartes en main.

"- Severus" lui dis-je d'une voix douce. " Tu ne le sais pas encore, mais tu as déjà remboursé une partie de ta dette. Il y a deux manières de t'acquitter du reste : soit dans la mort en cédant ton âme à l'Entité avec qui tu as contracté la dette, où elle pourra t'utiliser comme bon lui semble durant une durée qui est estimée équitable par rapport à la dette ; soit de ton vivant en servant d'instrument dans le monde des Vivants à l'Entité en question. Dans ce cas, à la fin de ta vie, lorsque je viendrai te chercher, ton âme sera libre de trouver le repos qu'elle mérite. J'ai accepté notre petit marché dans l'espoir que tu me rendes quelques services, sans compter de te voir me servir après ta mort. J'espérais que tu sauves Lilith d'un funeste destin et tu l'as fait au-delà de toutes mes espérances."

Le visage grave du jeune homme opina légèrement pour me montrer qu'il saisissait le sens de mes paroles. Normalement, ce genre d'information est à peine mentionné dans les contrats, mais les répercutions pour les contractants étaient énormes. Offrir son âme contre un miracle n'était pas quelque chose à prendre à la légère, et bien souvent les mortels essuyaient des refus.

"- La dette qui me reste est encore conséquente ?" s'enquit-il tranquillement.

"- Hélas !" soupirais-je, me rendant compte par la même occasion combien je trouvais cet humain attachant. "Pour être honnête, je soupçonne que l'Entité qui a reprit ton contrat compte bien t'utiliser intelligemment. Sans doute a-t-il besoin des services d'un humain pour atteindre un quelconque but. Aussi, je ne saurais trop te conseiller de te montrer prudent."

Sans lui laisser le temps de méditer sur la question, je lui pris le bras droit, soulevait la manche de son pyjama, et frôlais son avant-bras où des marques irisées se mirent à apparaitre sur sa peau.

"- Plus tu t'acquittes de ta dette plus la Marque s'efface," lui dis-je. "Lorsqu'elle aura totalement disparue, tu seras libre."

Severus acquiesça silencieusement, les yeux rivés sur sa Marque magique, comprenant qu'il avait devant lui un moyen de savoir où il en était exactement avec son contrat. Il avait retrouvé sa détermination et sa combativité, ce qui me rassura. Il était bien plus fort qu'il ne le pensait. Puis, il se mit à me fixer, une lueur farouche dans le regard.

"- Puis-je vous demander une faveur avant de nous dire adieu ?"

"- Oui, mais rien ne dit que je puisses te l'accorder."

"- Je penses que vous pourrez. Je voudrais, s'il vous plait, que vous repreniez les pouvoirs que vous m'avez cédé quelques temps plus tôt. J'en ai eu besoin pour Lilith, mais désormais ce sera inutile. Surtout si vous reprenez également ceux que vous lui avez offert."

Je restais interloquée, prise de court par sa demande. Il était très sérieux, et avait dû mûrement réfléchir à la question pendant tout le temps qu'il avait passé à l'infirmerie.

"- Si je fais cela, Lilith restera sans défense," opposais-je.

"- Non. Je suis là pour la protéger," me contredit-il fermement. " Et sans ses pouvoirs, elle ne risquera plus de blesser inconsciemment les gens, de les voir s'éloigner d'elle parce qu'elle serait dangereuse. Elle pourra vivre normalement. Et puis... je crois savoir qu'il n'est plus question qu'elle retourne vivre chez les Dantes. Des parents éloignés ont accepté de s'occuper d'elle. C'est un nouveau départ, alors autant que cela débute dans les meilleures dispositions possibles. Elle a le droit d'être enfin heureuse."

Je restais coite devant les sages paroles de Severus. Je faillis penser qu'il avait drôlement bien grandit avant de me raviser et de me rappeler que sous ces traits juvéniles, un adulte parlait. Il avait raison et il n'aurait pas été flatteur pour moi de tenter de négocier ce point. Probablement que retirer ses dons à Lilith allait la préserver des convoitises des miens. Peut être que cela allait également lui éviter de se faire repérer par de mauvaises personnes. Les Forces du Mal étaient attirées par le pouvoir, et Lilith était une de ces âmes sensibles qu'elles raffolaient de tourmenter et de pervertir.

"- Soit, il est peut être effectivement temps qu'elle vole de ses propres ailes", avais-je admis tandis que ma main caressait machinalement les cheveux de Lilith. Une boule d'appréhension se forma au niveau de mon estomac, même si les paroles rassurantes de Severus résonnait encore dans ma tête. Ils étaient devenu un peu mes enfants, et je compris ce que devait ressentir une mère lorsque sa progéniture se risquait à quitter le nid pour voler de ses propres ailes. Mais quelle fierté aussi ! J'esquissais un petit sourire. Severus le remarqua du coin de l'œil, mais fit semblant de rien.

A l'autre bout de l'infirmerie, Heather leva le nez de son livre. Sirius Black venait de remuer en grognant...


Dans le parc de Poudlard, nous fûmes trois à admirer le coucher du soleil. Nous avions passé les dernières heures à discuter de tout et de rien, à se faire des recommandations, ou à se taire (comme ce fut le cas pour Severus la plupart du temps). Lilith avait beaucoup de choses à me raconter avant de nous quitter définitivement, et plus elle parlait, plus nous avions l'impression qu'elle avait envie d'en dire bien davantage.

Lorsque le soleil commença à se cacher derrière l'horizon, le ciel se parait d'une magnifique teinte rougeoyante. Nous nous étions alors tût, car nos cœurs étaient devenus immensément lourds. Je devinais la tristesse derrière le silence de Severus, tandis que le visage de Lilith se tordait en une grimace qui laissait entendre qu'elle se retenait de pleurer. Sans doute voulait-elle que je garde d'elle le souvenir d'une jeune fille au visage radieux.

Juste avant que les derniers rayons du soleil ne disparaissent derrière la ligne d'horizon, je me tournais vers mes anciens protégés et les prit dans mes bras avec émotions. L'air de rien, je m'amusais bien en leur compagnie, allégeant le fardeau de mon labeur, me sentant peut être un peu humaine. Si mes pairs pouvaient entrer dans ma tête, ils réprouveraient mes pensées et mes désirs.

Lilith s'accrochait désespérément à mon cou, comme si ce simple geste pouvait me retenir un peu plus longtemps à ses côtés. La poigne de Severus était celle d'un homme avec de l'assurance qui saluait un être cher qui allait partir, mais à qui il souhaitait bonne chance. Il n'avait pas l'intention de me retenir, ni de me montrer ses faiblesses malgré son apparente assurance. Il savait en gros à quoi s'en tenir avec l'avenir, et il ferait tout pour s'y préparer et protéger celle qu'il aimait.

Enfin je me dégageais, repoussant gentiment l'étreinte de ma filleule. Des larmes perlaient le coin de ses yeux, mais je fis semblant de ne pas les voir et je leur souris à tous les deux.

"- C'est ici que nos chemins se séparent. Je suis tellement fière de vous. Mais même si je ne peux plus être physiquement présente pour vous, je ne cesserai pas pour autant de garder au loin un œil sur vous. Adieu."

Je disparus de leur regard en même temps que le dernier rayon de soleil, laissant Severus silencieux, et Lilith complètement assommée. Ils ne me reverraient plus de leur vivant. A cette pensée, le jeune homme serra la main de sa camarade, autant pour se rassurer que pour consoler la jeune fille. Lilith se jeta à son cou et se laissa bercer entre les bras de Severus.

C'était fini.

Ou alors, tout commençait...


Quelques mois plus tard, les résultats des examens étaient affichés sur les panneaux d'information de l'école. Sans grande surprise, James, Sirius et Remus avaient réussi haut la main, et se réjouissaient de pouvoir envisager leur dernière année avec un excellent niveau. Une fois n'était pas coutume, Sirius se vantait de ses bonnes notes alors qu'il avait à peine touché ses livres. Malheureusement, Peter, lui, ne se montrait pas aussi optimiste. Car bien qu'il avait réussi ses examens également, ses notes étaient passables et il se voyait déjà passer l'été à réviser ses cours sous la vindicte maternelle. Ses amis se mirent à le taquiner aussitôt.

Severus avait également brillé lors de ses examens. Sa pratique de la magie n'avait jamais été aussi excellente et il se réjouissait de voir que ses notes étaient supérieures à celles du quatuor infernal. Il avait autre chose à faire que de s'amuser, lui ! Des choses plus importantes et plus prenantes. Il suivait d'un regard hargneux ses ennemis quitter le parvis du château pour aller paresser dans le parc quand quelqu'un tira sur sa manche. Lilith s'y était agrippée de toutes ses forces, blanches comme un spectre et l'air nauséeuse.

"- Tu t'inquiètes pour les résultats de tes BUSE ?"

"- Oui, mais je ne les aurais pas avant cet été. Tu imagines si je les ai loupés ?"

La panique de sa camarade arracha un minuscule sourire au jeune homme. La vie allait être plus intéressante à présent. Surtout que...

Son regard capta une tâche rousse se diriger d'un pas rapide vers les Maraudeurs. Lily commençait dangereusement à se rapprocher de James. Bientôt, et Severus ne le savait que trop bien, elle accepterait de sortir avec lui. Mais cette fois-ci, il était parvenu à préserver leur amitié. Lilith était son âme sœur, mais Lily également, sauf qu'à défaut d'amour, c'était leur amitié qui durerait.

Pour toujours.


"- Psstttt ! Black !"

Sirius n'eut pas le temps de se retourner qu'une puissante poigne l'attrapa par le col et le tira derrière le bâtiment de la gare de Pré-au-Lard, loin du regard de ses amis. Il se retrouva face à Heather Greenwood dont les méthodes brusques et cavalières ne l'étonnaient même plus.

"- Pas évident d'avoir un tête-à-tête avec toi" grommela-t-elle en rougissant.

Sirius haussa les épaules, se demandant ce que la préfète-en-chef pouvait bien lui vouloir encore, tout juste avant leur départ dans le Poudlard Express. Les vacances l'appelaient, même si revoir sa famille lui donnait plutôt envie de faire demi-tour. Peut être irait-il trouver refuge chez son meilleur ami James, mais ce n'était encore qu'une vague idée comme ça. Honnêtement, il n'en pouvait plus de l'ambiance chez lui.

Avant qu'il n'ai pu prononcer un mot, Heather l'avait enlacé, le pressant doucement tout contre elle. Son cœur de jeune fille battait à tout rompre, et bien qu'elle eut réfléchi et répété cette scène des centaines de fois, elle demeurait assez hésitante. En même temps, c'était la première fois qu'un garçon lui faisait autant d'effet.

"- Je peux savoir ce que tu trafiques ?" s'étrangla le jeune homme dont le corps entier venait de se raidir. Son esprit tenta de se focaliser sur ses projets de vacances plutôt que sur cette étreinte embarrassante. Heather lui répondit en lui bisant la gorge, puis le menton, et avant que Sirius ne songea à se dégager, posa ses lèvres enfiévrées sur celle de son camarade.

Le baiser ne fut pas aussi long et langoureux que l'avait espéré la Serpentard, car Sirius reprit vite ses esprits et la repoussa avec gêne. Elle sentit son cœur se serrer douloureusement dans sa poitrine, mais sa détermination demeura intacte. Elle avait prévu ce cas de figure.

"- Black !" fit-elle en lui empoignant le col et en plantant bien son regard dans celui de son interlocuteur. " Soyons clairs : tu es à moi. Jamais aucune femme ne posera ne serait-ce que le petit doigt sur toi sans que je ne rapplique pour lui apprendre à rester à sa place. Peut être que tu n'es pas amoureux de moi, mais je ne cesserai jamais d'essayer de te convaincre."

Sirius resta perplexe un instant, puis pesa bien les paroles de sa camarade. Il comprit où elle voulait en venir, et se sentit encore plus gêné.

"- Tu es au courant que je suis plus jeune que toi ?" fit-il remarquer. "Et que vont dire tes parents en apprenant que leur fille fréquente le fils Black renégat ?"

"- Ne t'inquiètes pas pour mes parents, je saurais les amadouer. Et je me moque éperdument que tu sois plus jeune que moi. Il s'agit d'une toute petite, ridicule et impertinente année de différence. Oublies-la !"

"- T'es franchement tarée..." commença Sirius. Mais Heather le coupa en lui sautant dessus pour reprendre leur baiser de tout à l'heure. Cette fois-ci, le jeune homme préféra se laisser faire. La Serpentard était trop têtue pour lâcher l'affaire, et puis, c'était bien loin d'être désagréable. Il ne savait pas encore s'il l'aimait vraiment, cependant, rien ne lui interdisait d'en profiter un peu.

Enfin, Heather le relâcha, un peu à bout de souffle, les joues bien roses et le regard papillonnant. La terrifiante préfète-en-chef ressemblait à n'importe quelle adolescente amoureuse.

"- Black, je vais attendre patiemment la fin de ta scolarité. Après cela, n'espères pas m'échapper" lui promit-elle dans un gloussement inquiétant. Sirius ne sut dire si c'était une bonne chose ou s'il devait y voir un funeste avenir. Heather lui souhaita ensuite de bonnes vacances avant de rejoindre ses amis pour un ultime voyage à bord du Poudlard Express. Sirius retrouva ses propres amis, à qui il ne sut correctement expliquer pourquoi il avait du rouge à lèvre sur le cou et le menton, et qui provoqua une vague de rires chez chacun d'eux.

L'année se terminait enfin. Une page se fermait, une autre s'ouvrait, car la guerre ne faisait que commencer. Les quatre adolescents jetèrent un dernier regard sur leur école, et chacun fit un vœu. Peut être que quelqu'un serait en mesure de sonder leur cœur et qu'il aurait assez de générosité pour le réaliser ? Hélas, mon rôle s'arrêtait ici. Ou presque. Lilith ne l'avait pas dit à Severus, ni même à ses deux autres camarades, mais elle gardait précieusement dans ses affaires un livre que je lui avait offert avant de nous quitter définitivement, pour qu'elle n'oublie jamais. Qu'elle se rappelle de moi, mais également ce que d'autres ont sacrifié pour elle. Et aussi pour qu'elle découvre ce qui lui a été caché. Ce livre est autant son histoire que celle de Severus.

Ce livre, mon cher lecteur, tu le tiens entre tes mains. Peu m'importe au final si tu as encore des questions sur mon lien avec les mortels, ou avec mes protégés. Ce livre est une partie de ma mémoire et il est précieux. Qu'il t'apprenne l'existence de Créatures qui te sont bien supérieurs en pouvoirs comme en intelligence et qui errent en ce monde depuis bien plus longtemps que n'importe quel humain. Prends garde à ce que tu souhaites car l'un de nous peut t'entendre et le prendre au pied de la lettre t'enchainant traitreusement à des dettes que tu ne seras même pas certain de pouvoir t'acquitter un jour. Crains-nous, adores-nous, mais quoi que tu fasses, respectes-nous. Ton destin en dépend peut être. Toi qui lit ces lignes, ouvres ton esprit et apprends à nous "voir". Aiguises ton esprit et ruse assez pour nous échapper. Car te lier à nous n'est jamais sans conséquence.

Ne l'oublies jamais !

Morrigan, Entité de la Mort.