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Chapitre X : Le fin mot de l'histoire.

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Hange avait appelé Erwin toute seule : Livaï n'avait pas osé. Ecouter les cassettes d'un ado de son âge sans pouvoir y répondre était différent que de parler avec un adulte, un inconnu, au téléphone. C'est donc après avoir trouvé le numéro de téléphone de l'homme dans l'annuaire que Hange l'avait appelé. Et oui, ce Erwin Smith était bien leur Erwin Smith, le gamin épanouis qui avait fui la RDA avec son père. Et l'adolescente et l'homme avaient décidé d'un commun accord de se rencontrer, afin qu'ils puissent parler et lui rendre son walkman.

« Qui a idée d'habiter aussi loin, aussi…

-Il voulait peut-être partir le plus loin possible de la RDA ? » proposa Hange, haussant les épaules.

Si Livaï était grognon, c'était sans doute car il avait horreur de l'avion. Leur homme habitait à l'autre bout de l'Allemagne dans une ville appelée Lüdenscheid, près de Dortmund. Plus de cinq heures de voiture. Il était donc évident que Hange avait opté pour quarante minutes d'avion, ce qui avait fortement déplu au noiraud qui avait presque fait une crise pour payer un taxi, ce qui serait également revenu beaucoup trop chère.

« Il y a plus d'accident de voiture que d'avion, tu sais !

-Peut-être, mais en voiture tu tombes pas de plusieurs kilomètres ! » rétorqua ce dernier d'un air irrité en veillant à ce que sa ceinture soit bien attachée, jetant un regard anxieux au hublot.

La brune leva les yeux au ciel en serrant son sac à dos contre sa poitrine. Elle était toujours un peu anxieuse avant que l'avion décolle, mais elle savait que le reste du voyage serait tranquille et que bientôt ils seraient à destination. Erwin n'était plus le gamin qu'il avait été, était-ce prudent d'aller le voir sans que personne ne soit au courant ? Non, ce n'était décidément pas prudent, mais Hange n'était pas de nature prudente, et Livaï, insouciant, se croyait hors de danger où qu'il aille.

Les deux adolescents avaient réservé deux nuits dans un hôtel : ce n'était vraiment pas donné, ils avaient tous les deux du économiser et faire des petits job. Pendant deux semaines, ils avaient bossé au tabac du coin, mais évidemment n'avaient pas pu récolter grand-chose. Livaï avait donc subtilisé la carte bleue de Kenny, et Hange qui avait déjà sa propre carte bancaire, avait prélevé de l'argent sur son compte. Heureusement pour eux, Erwin c'était engagé à payer la moitié des frais de leur voyage. Livaï avait dû dormir chez Hange, et la brune inversement : ils espéraient maintenant ne pas se faire griller.

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La peur au ventre, ses doigts se tortillant nerveusement entre eux, le noiraud observait autours de lui. Ils venaient de sortir tous les deux du bus et après avoir arpentés les rues quelques minutes, avaient trouvé la maison d'Erwin. Enfin, il allait le voir. Livaï ne connaissait que l'adolescent, là il allait se retrouver face à un adulte avec qui il n'avait rien à voir. Hange lui avait jeté un regard encourageant, sa main enserrant fermement son poignet, sans doute pour éviter qu'il ne s'enfuie, et sans attendre plus longtemps elle avait toqué à la porte. Le cœur battant, le petit noiraud avait froncé les sourcils et baissé la tête en entendant des pas se rapprocher, suivit du bruit du verrou de la porte.

« Ah, je me demandais quand vous alliez arriver ! Entrez, entrez, j'espère que le voyage n'a pas été trop long ! »

La voix qui venait de s'adresser à eux était grave et joviale : ce n'était pas la voix d'un adolescent en train de muer, c'était la voix d'un homme adulte. Pas la voix d'Erwin, du moins pas la voix du Erwin qu'il connaissait. L'adulte qu'il se refusait toujours à regarder s'était écarté pour les laisser entrer, et tiré par son amie, Livaï se retrouva sans qu'il ne puisse dire quoi que ce soit dans l'habitation de l'inconnu.

« Faites comme chez vous, installez-vous au salon, je vais vous chercher de quoi boire et manger. Hange et Livaï, c'est ça ?

-Oui c'est ça ! » s'était exclamée la brune, l'air enjoué.

Livaï s'était retrouvé assis au salon avant de comprendre ce qu'il se passait. Hange s'était laissée tomber près de lui sur les coussins du canapé alors qu'il releva la tête pour observer les environs. L'endroit était sympa, assez moderne. Mais ce n'était pas la décoration qui intéressait Livaï ici, et quand enfin Erwin revint dans la pièce avec un plateau chargé de biscuit et de trois verres de limonade, le noiraud s'osa enfin à le regarder. Il était grand, très grand, du moins comparé à lui. Il était comme le jeune Erwin s'était lui-même décrit dans sa première cassette, yeux bleus, cheveux blond, figure joviale et bienveillante bien que sérieuse.

« Alors comme ça, vous avez trouvé mon vieux walkman ?

-Pas moi, Livaï ! » avait précisé Hange, tout sourire, donnant un coup de coude à son ami pour que ce dernier participe à la conversation.

En sentant le regard perçant sur lui, couplé aux coups de coude de la jeune fille, l'adolescent avait relevé la tête vers lui, déglutissant avant de prendre son sac pour fouiller dedans et tendre brusquement et sans plus de cérémonie le petit boitier rose pâle à son propriétaire. Erwin, haussant les sourcils d'un air surpris, sourit ensuite en prenant en main l'appareil. Ce gamin face à lui semblait timide, il avait à peine osé lever les yeux sur lui depuis qu'il était là, et jamais encore il ne l'avait entendu parler, mais c'est alors que cette pensée lui traversa l'esprit que le jeune homme ouvrit la bouche pour expliquer :

« J'ai emménagé dans une vieille maison avec mon oncle. Le grenier est ma chambre, j'y ai trouvé votre walkman sous le plancher.

-Merci. Avec le temps j'avais totalement oublié ces cassettes. » répondit le grand blond avec un sourire en prenant entre ses mains calleuses l'appareil qui lui rappelait bien des souvenirs.

Alors voilà, il y était. Erwin était bien vivant et se trouvait devant lui. Livaï s'était senti si proche de lui, avait pensé lui poser tant de question, mais désormais rien ne lui venait à l'esprit. Erwin ne le connaissait pas. Leur relation, si tenté qu'elle existe, était une relation à sens unique. Et le noiraud se sentait à la fois soulagé et stupide d'être ici, devant lui. Mais ils n'avaient pas fait tout ce chemin pour rien, ils n'avaient pas menti à leurs parents pour repartir bredouille sans qu'il n'ait osé ouvrir la bouche une seule fois. Alors, se raclant la gorge, il avait demandé à l'adulte attentif :

« Comment ça s'est passé... ? Ensuite ? Quand vous avez traversé ?

-Oh tu sais, rien de vraiment passionnant. Certains ont trouvé des stratagèmes très inventifs pour passer en RFA. Deux familles ont par exemple utilisé une montgolfière. »

Oui, cette histoire était plutôt connue, un film avait même été fait dessus. Mais actuellement Livaï n'avait que faire de tous ces évènements pour le moins impressionnant, il voulait simplement la fin de l'histoire du grand blond, aussi banale pouvait-elle être. Et encore, banal, était-ce vraiment le mot à employer ? Non, bien sûr que non : Erwin avait traversé le mur de Berlin, ça n'avait rien de banal. Voyant que les deux adolescents étaient pendus à ses lèvres, le blond eu un léger sourire attendri et commença donc son récit :

« Nous sommes partis en pleine nuit. A cette époque il y avait un couvre-feu en RDA, alors on devait faire vite, une voiture qui roulait à cette heure-là sans justificatif, c'était très louche ! Mon père n'arrêtait pas de me dire ce que je devais faire… »

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« Erwin, quoi qu'il arrive, tu cours. Tu cours et tu ne t'arrêtes pas. Même si je ne suis plus avec toi, même si on te dis de t'arrêter, quoi qu'il arrive tu cours sans te retourner. Et ne cours pas en ligne droite, ça serait plus facile pour eux de te viser. »

Était-ce censé le rassurer ? Non, évidement, depuis le début son père ne cherchait pas à l'apaiser mais bien à le préparer, à lui donner des instructions pour qu'il soit au maximum sur ses gardes. Assis sur le siège arrière de la voiture, les lèvres pincées et le cœur battant la chamade, l'adolescent observait le paysage, tentant de deviner à travers l'obscurité de la nuit où ils étaient. Son père avait emprunté des routes peu fréquentées, mais la destination, il la connaissait. Et il avait encore du mal à y croire. C'était une évidence, ce soir, ils allaient mourir. Et rien ne semblait pouvoir résonner son seul parent encore en vie.

Une fois arrivé, ils avaient tous les deux rejoint un autre groupe : il y avait plusieurs adultes, mais le blond était trop inquiet pour compter le nombre de personne exacte ou faire attention à eux. Ils étaient tous pressés, tous équipés.

« -Tu veux faire passer ton gosse avec nous ? T'es sur ?

-Erwin est très bon en sport, il court très vite. Je pense qu'il est capable de nous suivre sans problème. Il est sous ma responsabilité, il ne sera pas un fardeau. »

Qu'il laisse son fils ici, en RDA, dans cette dictature ? Hors de question. Erwin méritait de connaitre la liberté, de ne pas être bridé dans ses idées. Son enfant avait tant à offrir au monde, tant à vivre aussi. Il l'emmènerait avec lui de l'autre côté pour une existence meilleure, même s'ils devaient tous les deux y laisser la vie. Mais tout ça était compliqué à comprendre pour l'adolescent qui n'avait jamais connu rien d'autre que l'oppression.

Des sueurs froides coulant dans son dos, Erwin avait observé en silence son père s'approcher de lui. Ce dernier avait posé ses mains sur ses épaules fermement, plongeant son regard dans le sien, captivant son attention avec son air sérieux.

« Erwin, on va te donner du matériel. On va d'abord escalader un mur de béton, puis une clôture électrique. Tu vas devoir essayer de ne pas te faire voir par les gardes, et dès que tu es dans le no man's land, tu cours et tu ne te retournes pas quoi qu'il arrive. Ensuite normalement tu devras traverser un fossé et encore un mur. Je serais derrière toi. »

Les paroles étaient claires et concises : mais plus facile à dire qu'à faire. Traverser deux murs de béton ? Des clôtures électriques ? Passer devant des hommes armées et des chiens enragés ? Son père le prenait-il pour un surhomme ? Croyait-il vraiment qu'ils pourraient s'en sortir ? Il n'eut pas le temps de tenter une énième fois de le résonner : on lui donna des gants isolant ainsi que des crochets en métal et une corde. Un matériel bien inutile et insignifiant pour la tâche qu'ils allaient devoir accomplir.

Pourtant, les rouages du destin étaient déjà en marche : deux des adultes avec qui ils étaient l'aidèrent à monter le premier mur, leur montrant comment s'y prendre, mais une fois dans le no man's land, ce serait chacun pour soi et le blond l'avait bien compris : il ne pouvait compter sur personne, personne à par son père qui, comme il lui avait dit, se trouvait derrière lui, avançant dans son sillage. Une fois le premier mur en béton franchi, Erwin à l'aide des crochets, et armé de ses gants isolants, dû escalader la clôture : mais malgré toute la discrétion dont le petit groupe faisait preuve, la bonne volonté ne pouvait pas suffire à faire disparaitre le bruit métallique de la clôture s'entrechoquant avec leur matériel et bougeant sous leur poids : à peine le blond eut-il atterrit dans le no man's land que des cris se firent entendre :

« Là ! Des fugitifs ! »

Les balles fusèrent, puis les cris des bêtes enragées lâché sur eux. Erwin, dans cet instant de panique, avait pensé un instant être pétrifié par la peur : mais non, à son grand étonnement, son instinct de survie fut plus fort et il se souvint alors des paroles de son pères : " Erwin, quoi qu'il arrive, tu cours. Tu cours et tu ne t'arrêtes pas." Et c'est ce qu'il fit : courant comme un dératé, en zigzag, pas en ligne droite, les balles l'atteindraient plus facilement autrement. C'était ce que papa lui avait dit. Cependant ça ne faisait que le ralentir dans sa course contre les chiens. Parmi tout ce bruit, les cris, les aboiements, les coups de feu, Erwin n'entendait pas ce qu'il se passait autours de lui, ne faisait pas attention à ce petit groupe ou à son père. S'élançant, il s'était jeté dans le fossé pour le traverser, mais sa course fut arrêtée par l'énorme mur en béton de plus de trois mètres. Lisse, aucun point d'appui, où accrocher cette corde qu'on lui avait donné ? L'aventure s'arrêtait là pour lui, impossible de franchir le dernier obstacle qui le séparait de la liberté. C'était ce qu'il croyait, en tout cas : soudainement, il fut soulevé de terre sans qu'il ne comprenne pourquoi, mais son corps agissait sans qu'il n'ait à réfléchir, et usant de ses dernières forces, l'adolescent s'accrocha au haut du mur et se hissa dessus, avant de glisser et de tomber de l'autre côté : ce fut le trou noir.

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« Visiblement, je suis tombé la tête la première contre le trottoir et je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital, à l'Ouest. C'est mon père qui m'a soulevé pour que je puisse franchir le dernier mur. Il n'a pas réussi à traverser et est mort juste après m'avoir aidé. Nous étions un groupe de Six, et nous sommes deux à avoir réussi à nous rendre de l'autre côté. Trois sont morts, et l'autre a été condamné à l'exile. La deuxième personne était un garçon qui à l'époque devait avoir un peu plus de la vingtaine, selon lui mon père n'avait pas prévu de réussir à passer le mur, son seul but était de me faire passer moi. »

Alors c'était ça, la triste fin de l'histoire du grand blond. Il avait réussi à se rendre de l'autre côté, mais ce n'était pas une fin heureuse. Ou du moins qu'à moitié. Livaï, mains croisées sur ses genoux, fixait le sol en silence. Kenny et sa mère avait participé à la destruction du mur. Peut-être que si le père d'Erwin avait attendu quelques années, il aurait pu faire la même chose avec son fils.

« C'était stupide de la part de votre père de faire ça. De décider de partir.

-Ah oui, tu crois ? »

La voix d'Erwin n'avait rien de menaçante, il n'était pas en colère. Hange, sourcils froncés, avait jeté un regard noir à son ami qui avait relevé la tête pour soutenir le regard bienveillant de l'adulte. Ce dernier l'incitait silencieusement à développer le fond de sa pensée.

« Si vous étiez restés en RDA, il serait encore vivant.

-Peut-être, mais peut-être pas. Mon père ne pouvait pas prédire l'avenir. Et nous ne pouvons pas réécrire le passé. Mon père aurait très bien pu mourir en RDA, de bien des façons, comme nous tous. Le mur a tenu pendant presque trente ans. Si les choses avaient été différentes, peut-être qu'il aurait tenu plus longtemps, peut-être moins. Ce ne sont que des « si ». J'ai toujours respecté sa décision, il voulait le meilleur pour moi. J'ai pu grandir en RFA chez une vieille tante à lui, faire mes études là-bas et devenir médecin. Si j'étais resté en RDA, peut-être que les choses auraient été différentes pour moi. »

Les paroles de Erwin étaient sages, très sages. Et juste : Livaï ne savait plus vraiment quoi penser de tout ça, mais comme le disait si bien Erwin, aucun d'eux ne pouvaient réécrire le passé. La brune qui jusqu'à là avait été silencieuse, dit doucement au blond face à eux :

« Je suis désolé pour votre père. »

Elle ne savait pas quoi dire d'autre : Erwin avait traversé le mur de Berlin, son père était mort. C'était une histoire incroyable, mais aussi une histoire triste. Observant les deux adolescents en prenant une gorgée de limonade, le blond avait balayé les excuses de la brune d'un signe de main évasif.

« Si vous habitiez à Berlin, pourquoi le walkman était sous le plancher de mon grenier… ?

-Avant de partir, j'ai donné l'appareil à Nile. Il vivait aussi à Berlin, mais est partit vivre peu de temps après à Großharthau. Je sais que sa famille a été arrêtée peu de temps après, je pense qu'il a voulu cacher ces cassettes pour ne pas être accusé d'être contre le gouvernement. » expliqua le grand blond en s'adossant un peu plus contre le dossier du canapé.

A la chute du mur, Erwin avait tenté de reprendre contact avec ses anciens amis : les parents de Nile avait été déportés, et ce dernier avait mis fin à ses jours une fois l'âge adulte atteint. Jamais il n'avait su pourquoi, mais après avoir retrouvé Mike, les deux hommes avaient rendu hommage à leur ami teigneux disparu.

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Livaï était heureux de cette entrevue, heureux d'avoir rencontré Erwin qu'il avait pendant de longues semaines considéré comme l'un de ses plus proches amis, heureux qu'il aille bien, heureux d'avoir pu l'écouter en vrai et surtout heureux que cette histoire incroyable se soit bien finie. Mais il en gardait également un gout amer. L'adulte qu'était Erwin n'avait plus grand-chose à voir avec l'adolescent qu'il s'était imaginé, ils étaient bel et bien de parfaits inconnus, et Livaï avait été incapable de dire à Erwin tout ce qu'il avait tant voulu lui dire. Ce n'était pas étonnant, il y était habitué : il était incapable de dire aux gens ce qu'il ressentait, à quel point ils comptaient, que ce soit à sa mère, à son oncle, ou à Hange.

La brune était restée avec lui tout du long, elle l'avait accompagné et soutenu : et ça, ce n'était pas rien. Peu de gens auraient fait ça, elle avait tout de même menti à sa mère pour l'accompagner en avion. Avançant dans les rues pavées et silencieuses, la binoclarde avait d'ailleurs attrapé sa main, le faisant froncer les sourcils. Puis, souriante et l'air de rien, elle avait demandé :

« Alors, comment tu te sens ?

-Un peu bizarre. Et toi ? »

Livaï, à son grand étonnement et à l'étonnement de son amie, avait serré sa main en retour en continuant d'avancer en silence en direction de leur hôtel. Le soleil commençait doucement à se coucher, teintant le ciel de rose, et l'air se faisait frais. De sa main libre, Hange avait pris son portable dans sa poche pour y jeter un œil avant de le tendre au jeune homme avec un sourire amusé pour lui désigner l'écran. Elle avait plusieurs notifications d'appels manqués, des messages aussi. Et le noiraud y mettrait sa main à couper : sans doute verrait-il la même chose s'il décidait d'allumer son portable.

« Bizarre aussi. Mais au vu du nombre d'appel manqué de ma mère, je pense qu'on va devoir mettre nos états d'âme à plus tard. »

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