Urgh, je sais qu'il est tard, j'ai vraiment le temps pour rien en ce moment. Voilà le chapitre 4, suite à la review d'une lectrice j'ai rajouté le nom de l'AU avant chaque passage, si cela facilite la compréhension.
Donc petit rappel : les trois filles viennent d'emménager dans les Ruines, mais elles souhaitent se revoir...
Sur ce, bonne lecture !
Chanson : Home, paroles par Adrisaurus
Come my child, stay with me
I'll protect you and your dreams
Rest my child, 'neath the tree
Likes its branches, reach for me
So let me keep you safe and warm, here in my arms
Think of the life that we could live
The joy that it could give
Even if we're worlds apart, stay in my heart
Someday when you've a choice to make
I hope you'll think of me
Think of me, think of me
O*O*O*O*O
FELL
- Donc il y a un moyen de se revoir ?
Toriel sursauta en entendant la voix de Soru. Elle tourna la tête dans tous les sens, pour finalement apercevoir l'adolescente, perché en haut d'un muret délabré, Flowey dans ses bras, parlant à quelqu'un d'invisible. Elle n'avait pas dû remarquer la femme monstre revenir des courses. Celle-ci se tassa un peu, désireuse d'en entendre un peu plus.
- Oui, j'ai failli avoir un arrêt cardiaque pendant cette nuit… Heureusement que ta Toriel était là !
« Sa » Toriel ? Que voulait-elle dire ?
- C'est tout de même gentil de sa part de te laisser quitter les Ruines, je ne pense pas que la mienne ait très envie que je parte.
Perspicace, la petite…
- Bien dit, Nilac ! Raconte ton cauchemar, Mimi, peut-être qu'il ne réalisera pas, qui sait ? ... D'accord je retire ce que j'ai dit, ne fais pas cette tête. Allez, raconte s'il te plaît…
…C'est vraiment effrayant.
Mais de quoi parlait-elle, bon sang ? se demandait Toriel.
- Minute… Tu peux répéter à quoi ce gars ressemblait ? Tu es sûre ? Parce que moi aussi, je rêve de lui. Comme pour toi, Nilac ?
Il y eut un silence.
- Donc… Cette… personne bizarre nous conseille d'aller toutes les trois chez ce scientifique, si on n'est pas ensemble ça marchera pas (nouveau silence). Et Toriel te disait que cette personne était peut-être la solution… Ça ne peut pas être une simple coïncidence. Vous y croyez, vous ? Mais ça signifie que je dois m'en aller… Mimi, je tiens à ma Goat Mom, contrairement à toi.
Quelques secondes passèrent, et un air paniqué apparut sur son visage.
- Pardon, pardon ! Je ne voulais pas te blesser, excuse-moi ! Oui, je sais que tu l'apprécies, mais tu n'as pas vraiment montré d'affection à son égard, non ? Enfin je n'en sais rien, je ne suis pas à ta place. S'il te plaît, est-ce qu'on peut revenir au sujet initial ? Comme Nilac, je pense que cet endroit est plus dangereux que les vôtres. Tu as dit que tu avais un plan, non ?
La femme monstre aurait aimé entendre de quoi il était question, tandis que Soru restait immobile, le temps que son locuteur invisible finisse de s'expliquer.
- Oui… Je pense qu'on va faire comme ça. Allez, à bientôt, ma Goat Mom va sûrement bientôt rentrer.
Elle sauta avec agilité du muret.
- Qu'est-ce que tu en penses, Flowey ?
- C'est risqué… Pas sûr que Toriel t'autorise à partir…
Avant qu'elle n'ait pu répliquer quoi que ce soit, un glapissement de colère les fit sursauter.
- Tu veux me quitter, c'est ça ?!
Toriel sortit de l'ombre, les yeux brûlants de fureur.
- J'avais espéré, mais au final, tu n'es pas différente des autres enfants !
Une boule de feu jaillit de ses mains et manqua de peu d'embraser la jeune fille.
- Cours ! hurla Flowey.
Elle aurait aimé s'expliquer avec Toriel, mais il était facile de voir, à la lueur dans ses yeux, qu'elle ne l'écouterait plus. Ses muscles se mirent en marche, et, instinctivement, elle se dirigea vers la maison. Flowey lui avait dit, un jour, que la sortie des Ruines se trouvait au sous-sol. Le plan de Mheetacce était qu'elle parte en dernier, pour que ses sœurs la préviennent des événements à venir, mais maintenant elle n'avait plus le choix.
Dans le long couloir, en voulant esquiver une énième boule de feu, elle se cogna contre le mur et s'étala au sol. Elle ne se releva pas assez vite, elle se sentit prise par son T-shirt et soulevée de terre sans ménagement. Le visage de Toriel, tout près du sien, était toujours empli de colère, mais des larmes coulaient sur ses joues.
- Tu ne comprends pas ? Ils te tueront dès que tu sortiras et arracheront ton âme de ton corps encore vivant. Je veux juste te donner une mort paisible.
- Wow, je savais pas que vous m'aimiez autant !
Son ton sarcastique choqua la chèvre et la fleur tombée au sol.
- C'est la mode, dans ce monde ? Tuer son gosse quand il est en danger ? Vous devez vraiment m'adorer pour penser que l'immolation est une mort « paisible » !
- Tais-toi…
- Quoi, on n'a plus le droit d'être ironique ? Il faut que je sois franche ? Très bien ! J'ai deux sœurs coincées dans d'autres dimensions, et un inconnu qui me dit en rêve d'aller voir une certaine Alphys pour les retrouver. Traitez-moi de folle si vous voulez, mais c'est la vérité ! Pourquoi je parle toute seule à votre avis ?
Toriel ne répondit rien, et c'était peut-être ce silence qui mit Soru à bout.
- Mais bon sang, vous ne comprenez pas ?! Je veux juste les retrouver ! Après sept ans à survivre ensemble, est-ce que vous pensez que je saute de joie à l'idée de ne plus les revoir ? Vous n'avez jamais eu de famille, pour ne pas comprendre ce sentiment ?!
- Tu ne sais rien de moi, RIEN ! hurla t-elle en la jetant au sol. Apparemment elle avait touché un point sensible.
- Oui, je ne sais rien de votre histoire, Toriel ! J'ai jamais cherché à savoir, jamais cherché à vous blesser si je vous parlais de votre passé ! Parce que vous étiez une nouvelle mère, parce que je ne voulais pas perdre le bonheur que je vivais !
Elle se prit le visage entre les mains, et cette fois sa voix ressemblait au gémissement d'un animal.
- Mais pourquoi ? Pourquoi sans elles ? Pour une fois, je suis heureuse, pour une fois on me donne le droit de vivre, et tout ça sans le partager avec ce qui reste de ma famille ?
Avec un petit ricanement amer, elle se releva et fit face à Toriel.
- Qu'allez-vous faire, maintenant ? Me tuer ? Allez-y, faites-vous plaisir ; mais je vous préviens, je me battrai jusqu'au bout. Ça ne sert à rien de discuter apparemment, alors si j'ai gâché mon bonheur, terminons ce qu'on a commencé.
- « Survivre ensemble » ? « Le droit de vivre » ? « Ce qui reste de ma famille » ? Qu'est-ce que tu voulais dire ?
Elle se mordit la lèvre. Aïe, elle en avait trop dit… Au moins la femme monstre s'était calmée. Avec un soupir, elle avança ses bras en avant.
- Vous avez dû deviner que je n'avais pas eu la vie rose, avec toutes mes cicatrices… Mes sœurs en ont aussi. On est orphelines, on a voyagé sur les routes pendant plusieurs années. On dit que l'humanité est civilisée… Tu parles ! On était des « délinquantes », des « déchets » aux yeux des bonnes gens, parce qu'on ne voulait pas se plier à leurs lois. Le monde est une jungle, et les forts dévorent les faibles. Au final, c'est peut-être moins dangereux ici… Au moins, les règles sont clairement définies.
Toriel la toisa pendant un instant, avant de se pencher vers elle.
- Bats-toi.
- Hein ?
- Bats-toi contre moi. Si tu es assez forte pour survivre suffisamment longtemps, je te laisserai partir. Sinon, tu resteras ici, parce que tu n'auras aucune chance dehors.
Elle la regarda un instant, surprise. Puis elle sourit et acquiesça. L'instant d'après, elle évita de justesse une boule de feu.
- N'oublies pas, ils ne te laisseront pas le temps de te préparer.
Mais elle souriait, en réponse à celui de sa fille. L'âme de celle-ci brillait, couleur terre, flottant devant elle. Elle lança d'autres boules de feu que Soru esquivait de mieux en mieux, avec une agilité digne d'un chat. Flowey observait le début du combat avec crainte, mais peu à peu il prit confiance en l'humaine. Elle savait bien se débrouiller.
Toriel lançait des attaques de plus en plus puissantes, Soru suait et bougeait de plus en plus vite, jusqu'à ce qu'une boule de feu atteigne son bras et fasse flamber la manche de son tee-shirt.
- Soru ! hurlèrent en même temps Toriel et Flowey.
Mais à la stupéfaction générale, pas un point d'HP ne manquait. Soru en fut la première étonnée, en voyant son bras intact. Interloquée, Toriel jeta un coup d'œil au panneau d'action… et faillit tomber à la renverse.
Soru LV 1
7ATK 121DEF
Seule sa pugnacité lui permet de survivre
- Cent vingt-et-un… Pas étonnant que mes attaques ne lui fassent rien, dit-elle en arrêtant le combat.
- Toriel ? demanda Soru avec une pointe d'inquiétude.
- Tu as gagné. Tu peux… partir.
Elle avait murmuré le dernier mot, si douloureux à prononcer. Elle avait détourné le regard, c'est pour ça qu'elle ne vit pas l'humaine l'entourer de ses bras et enfouir sa tête dans sa robe.
- Est-ce que… Est-ce que quand j'aurai trouvé une solution, j'aurai le droit de revenir ?
L'âme de Toriel s'emballa. Les humains qui s'étaient battus contre elle et avaient survécu, ils étaient toujours partis sans un mot. Et n'étaient jamais revenus. Elle savait pourquoi et cette pensée l'attristait. Et pourtant cette jeune fille voulait rester auprès d'elle. Elle espérait de tout cœur que cette dernière âme puisse survivre, même si elle avait mis son orgueil de côté pour laisser cette humaine s'en aller. L'attachement qu'elle ressentait pour elle, elle pensait l'avoir perdu avec ses deux enfants…
Elle lui rendit son étreinte, savourant ce contact rassurant. Au-delà de l'odeur de cendres, l'humaine dégageait un parfum de mousse et d'aiguilles, venu du cœur d'une forêt de résineux.
- Par contre… dit Soru au bout d'un moment. Ce serait gentil de me passer un habit en bon état, parce qu'avec ça, je ne risque pas d'aller très loin…
Elle montra son vêtement en lambeaux. Toriel remonta rapidement et revint avec un blouson cousu de différents morceaux de tissus colorés, rembourré d'un peu de laine à l'intérieur. Dans l'autre main, elle tenait un morceau de tarte aux escargots que Soru enfonça dans sa poche. Au moment où elle allait ouvrir la porte, elle se figea.
- Un problème, mon enfant ?
- Non, ce… ça va. Au revoir, Maman.
Au moment où les doubles battants se refermaient dans un grincement, Soru se retourna pour lancer un dernier coup d'œil. Toriel lui tournait le dos, sans un regard en arrière. Mais elle tremblait. Légèrement.
Soru marchait à pas rapides dans le corridor sombre. Flowey remarqua qu'elle serrait son pot un peu trop fort.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Elle l'a tué…
- Pardon ?
Soru avait le regard vide, comme si le monde autour d'elle n'existait plus. Elle semblait parler à elle-même.
- L'enfant… Elle l'a tué… Et pourtant il est revenu, et il a refusé de se battre. Il est mort. Encore, encore et encore. Il est toujours revenu, et il lui a pardonné. Comment a t-il…
- Soru, tu… tu as vu Frisk ?!
La jeune fille sursauta, comme si elle venait d'être brutalement tirée d'un rêve. Pourquoi Flowey la regardait comme ça ?
- Soru… murmura Flowey tandis que l'humaine ouvrait la porte menant à Snowdin. Explique-moi, comment se fait-il que tu connaisses Frisk ?
- Ah, ça me rassure de savoir que ce n'était pas une hallucination. Ouh, ça caille… dit-elle en resserrant son blouson. Pour faire court, je vois un fantôme, en tout cas quelque chose qui y ressemble. Je sais qu'il s'appelle Frisk, j'arrive à voir ce qu'il a vécu, comme sa rencontre avec toi ou son combat contre Toriel. Mais comment a t-il… Je veux dire, on dirait que cet enfant a pu… revenir d'entre les morts ? Je l'ai bien vu, Toriel l'a tué plusieurs fois. Alors si tu le connais… Est-ce que tu étais au courant de ça ?
- Ça va être long à expliquer, mais je…
L'humaine bondit brutalement en avant et se mit à courir. Avant que Flowey n'ait pu dire quoi que ce soit, elle sortit son couteau, et poussa un cri qui lui glaça le sang.
O*O*O*O*O
SWAP
- Asgore, comment peut-on sortir des Ruines ?
Le bouc s'étrangla avec son thé et fit mine d'avoir mal compris.
- Je voudrais savoir comment rejoindre le reste de l'Underground.
Bien que la requête soit légèrement différente de celles des autres enfants, le monstre ne put s'empêcher d'être triste. Le même schéma, la même répétition…
- Il n'y en a pas.
- Pourquoi vous êtes aussi mal à l'aise ?
Cette gamine lisait dans les pensées…
- Asgore, je n'ai pas envie de vous gêner ou qu'on se dispute. J'ai trouvé un moyen de rejoindre mes sœurs, ou au moins de les revoir en chair et en os.
- Est-il fiable, au moins ?
- Je ne sais pas. C'est pour ça qu'il faut essayer.
- Si l'issue est à ce point aléatoire, je ne peux pas te laisser partir.
- Pourquoi ?
Voyant qu'elle n'allait pas lâcher l'affaire, il se leva.
- Attends-moi une minute, j'ai quelque chose à faire.
- Est-ce que vous iriez au sous-sol, par hasard ?
Il se figea dans son élan. Elle répondit à sa question avant qu'il ne la pose.
- Dans les dimensions où se trouvent mes sœurs, c'est en-dessous que se situe la sortie des Ruines. C'est le cas ici également, pas vrai ?
Malgré le choc, le monstre décida de ne pas changer ses plans. Tant pis si elle le haïrait pour toujours, il préférait ça plutôt que d'avoir son meurtre sur la conscience.
Nonchalamment, elle le suivit. Il s'arrêta au milieu du couloir, et sans se retourner, il lui parla.
- Retourne en haut. Si tu quittes cet endroit… Eux… Toriel… Ils te tueront.
Elle ne répondit rien, et continua de le suivre. Arrivé au croisement, il s'arrêta de nouveau. Il ne savait pas que pouvait être l'expression de l'humaine. Etait-elle triste ? Déçue ? En colère ? Aucune parole ne franchissait ses lèvres, et il n'avait pas le courage de se retourner. Mais il devait finir ce qu'il avait commencé, il n'avait pas le choix.
- À chaque fois, tous les enfants qui tombent suivent le même chemin. Ils viennent. Ils partent. Ils meurent. Je ne veux pas qu'il t'arrive la même chose. S'il te plaît, remonte. C'est mon dernier avertissement.
Il aurait aimé que l'humaine lui réponde, il aurait préféré entendre des supplications plutôt que ce silence. Mais l'humaine ne disait rien, elle n'ouvrit pas la bouche quand, devant la porte, il se retourna enfin. Aucune expression sur le visage de l'humaine, rien qui puisse donner un indice sur ses sentiments. Elle qui savait tout du monde, elle était tellement indéchiffrable.
- Tu tiens vraiment à me quitter dans ces conditions ? Tu ne me laisses pas le choix. Prouve-moi, prouve-moi que tu es assez forte pour survivre !
Le monde devint noir, et l'âme de Nilac s'éleva. Asgore remarqua que celle-ci était craquelée sur l'oreillette gauche, comme si elle s'était cassée puis recollée. Il se demanda s'il n'était pas la cause de cette craque. Il chassa cette pensée et commença le combat.
La première vague d'attaques, Nilac les évita facilement. Elle les esquivait du mieux qu'elle le pouvait, sans croiser le regard d'Asgore.
Elle l'épargna.
La seconde vague d'attaques était plus violente ; une boule de feu atteignit le visage de l'humaine et la propulsa en arrière. Elle se releva presque aussitôt, une main sur sa joue intacte. Le monstre ne put s'empêcher de soupirer de soulagement en constatant qu'elle avait pu esquiver à temps.
Elle l'épargna encore.
Puis vint la troisième vague d'attaques. Mais cette fois, les boules de feu s'écartaient de l'humaine. Elle leva les yeux vers Asgore ; celui-ci tremblait. Finalement il laissa tomber ses bras, et des larmes roulèrent sur son pelage.
- Pourquoi tu ne fais rien ? Pourquoi tu ne dis rien ? Pourquoi tu ne craches pas ta haine, ta colère ? Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit, je veux simplement te protéger.
- Une protection excessive peut nuire. Tu es si inquiet pour moi, Papa ?
Il ne sut dire s'il était ébranlé au point de trembler comme une feuille ou si au contraire son corps resta parfaitement immobile.
- Cela m'étonne qu'on veuille ma mort. Ce que j'ai vu est un monde en paix, peu de monstres ont cherché à de faire du mal. Peut-être que ce sera différent, dehors, qui sait ? Je saurais me défendre, Asgore, je sais me battre, et résister. Regarde-moi et tu comprendras.
Avec appréhension, il leva les yeux pour toiser celui de la grande humaine. En tremblant un peu, elle souleva doucement la mèche qui lui cachait le visage ; le monstre retint une grimace de dégoût. Peut-être que l'humaine le remarqua, parce que sa voix était un peu moins assurée quand elle reprit :
- Je porte la marque de mon combat, celui pour la survie, celui du désir de rester vivant. La mort m'a frôlée et j'en ai réchappé. Cette marque m'a apporté horreur et apitoiement de la part des autres. Je n'en veux pas. Je souhaite simplement vivre comme je le souhaite. Asgore, je t'ai laissé faire parce que je voulais savoir ce que tu avais sur le cœur, ce qui te rongeait au point de m'empêcher de partir, quitte à me blesser. Tu voulais me protéger, et je t'en remercie. Je te promets qu'il ne m'arrivera rien. Je te demande seulement d'avoir confiance en moi.
Le monstre s'avança lentement vers l'humaine, se mit à genoux, avant de l'étreindre doucement. Front contre front, ils restèrent ainsi embrassés, sans tenir compte du temps. Il n'y avait pas besoin de mots. Le parfum de l'humaine était composé des pâtisseries qu'ils avaient faites ensemble, du thé qu'ils avaient siroté devant la maison, et d'une odeur sucrée et douce, semblable à une friandise inconnue.
Enfin Asgore se releva, murmura un au revoir à l'humaine, qui répondit par un sourire. Lorsque le monstre s'éloigna, Nilac ouvrit la porte, tandis que l'enfant, à côté d'elle, était secoué d'un rire hystérique devant les cendres d'Asgore.
- Pourquoi tu ne l'as pas tué ? Ç'aurait été plus drôle.
Temmie la regardait d'un air boudeur, assis sur un parterre d'herbe. L'humaine croisa les bras et toisa le petit animal.
- Parce que selon toi, j'aurais dû le voir partir en poussière, comme l'avait fait l'enfant ?
- Oh, tu connais donc Chara ? C'est amusant ! Ou plutôt, non… La partie était beaucoup plus excitante avec cet enfant, grâce à son pouvoir… Mais le tien est nul ! D'ailleurs, tu sais quoi ? Je te rendrais presque service en te prenant ton âme. C'est tellement pathétique, ce numéro de Miss Parfaite qui veut être copine avec tout le monde !
L'œil visible de l'humaine s'assombrit et elle se pencha vers Temmie. Plus aucune expression, si ce n'était cet œil noir et sérieux. Il ne put s'empêcher de reculer légèrement.
- Tu ne te rends pas compte, à quel point c'est difficile de faire sourire quelqu'un. Choisir de blesser, c'est choisir la facilité. C'est beaucoup plus agréable d'être récompensé de nos efforts après avoir travaillé dur. Tu trouves vraiment que c'est insupportable de recevoir un sourire ?
Le chien poussa un soupir irrité. Bon sang, elle résonnait comme l'autre abruti. Puis il se força à remonter les babines en un sourire crispé, avant de faire apparaître des orbes d'attaques.
- Voilà, je souris, t'es contente ? Tu es vraiment pitoyable. Maintenant je vais te prendre ton âme, comme ça Temmie sourira vraiment !
Il se mit à rire et lança ses orbes. Nilac sauta en arrière et les évita facilement.
- Pourquoi tu es comme ça ? Pourquoi cherches-tu à blesser tout le monde, pourquoi aimes-tu les pleurs et la mort ? Qu'est-ce que tu as vécu pour en vouloir au monde entier ?
Elle l'énervait, elle l'énervait, elle l'énervait, mais qu'est-ce qu'elle l'énervait…
- Tu tiens vraiment à être le méchant de l'histoire ? Laisse-moi comprendre tes sentiments. Même avec mon empathie, je n'arrive pas à te cerner.
- Mais TAIS-TOI ! hurla t-il en bondissant vers elle.
Ce fut une erreur. Par un instinct de défense, l'humaine protégea son visage de son bras, membre qui toucha Temmie. Il y eut un hurlement, une odeur de poils grillés. Le petit monstre était retombé au sol, la moitié du corps brûlé. Nilac posa précipitamment ses mains sur son pelage, et la blessure disparut.
Temmie restait immobile.
Une patte griffa l'air, puis le poignet de l'humaine. Elle ne poussa pas un cri tandis que le petit monstre reculait.
- Alors c'est ça ? Intéressant… Voilà ce qui se passe si tu ne te contrôles pas.
Il se secoua. C'était une sensation bizarre, mais également agréable de ne plus être cramé comme une chipolata. L'humaine passa un doigt sur ses lacérations, qui se refermèrent immédiatement.
- Je t'ai déjà dit que c'était plus facile de faire du mal. C'est si dur à comprendre ?
- Pff ! On verra bien quand tu seras face à quelqu'un qui voudra te tuer. Tu n'auras pas le choix, si tu ne veux pas mourir tu devras lui rendre les coups.
- C'est un défi ? Si j'arrive à épargner tout le monde, est-ce que tu me dévoileras ce qui t'es arrivé ?
- Idiote, cracha t-il avant de disparaître dans le noir.
O*O*O*O*O
TALE
Toriel ouvrit la porte du four et sortit le gâteau au caramel et à la cannelle, puis le posa sur la gazinière. La pâtisserie était immense, mais elle s'inquiétait : serait-ce suffisant pour le voyage ? Le départ de l'humaine était pour aujourd'hui, ce serait stupide de ne pas tout préparer correctement.
Elle découpa le gâteau en tranches qu'elle empila dans plusieurs boîtes, avant de s'essuyer les mains sur son tablier et d'apporter les provisions dans le salon. Le sac de l'humaine était posé sur une chaise, quasiment prêt et paqueté. La femme monstre ne put s'empêcher d'avoir un pincement au cœur, impression qu'elle chassa bien vite. Elle se dirigea vers la chambre de la jeune fille, souhaitant vérifier si elle avait fini de préparer ses vêtements ; mais Mheetacce n'y était pas.
Après une recherche rapide, Toriel finit par l'apercevoir devant l'arbre. Elle s'arrêta un instant pour observer un beau spectacle :
L'humaine dansait. Les yeux mi-clos, le visage concentré, les pieds nus, elle tournait sur elle-même, un bras plié vers le haut et l'autre devant son ventre, tandis que sa robe gonflait et volait comme la voile d'un navire. Brusquement elle sauta sur le côté et plia le haut de son corps, ses bras effleurèrent le sol avant de remonter rapidement, moulinant l'air comme si elle nageait. Son pied frappa la pierre et son genou remonta jusqu'à sa poitrine tandis que sa tête suivait la direction de ses mains. Elle sauta de nouveau, à cloche-pied, et sa queue de cheval battait le rythme à l'arrière de son crâne.
Elle remarqua soudain Toriel et manqua un saut ; la femme monstre la rattrapa juste à temps avant qu'elle ne s'écrase au sol.
Il y eut un moment de silence, puis Toriel sourit.
- C'était très beau, mon enfant.
Elle se retint de rire devant le rougissement qui enflamma le visage de Mheetacce. L'humaine se releva rapidement des bras de Toriel, avant de bégayer un merci.
- Cela me fait plaisir que tu portes la robe que je t'ai offerte. Même si je ne pensais pas que tu en ferais si bon usage.
Mheetacce baissa les yeux sur le vêtement en question. C'était une robe simple qui lui arrivait aux mollets, serrée à la taille par une ceinture de cuir. Le tissu était de couleur gris perle, tandis que les longues manches amples étaient blanches et resserrées aux poignets. Elle esquissa un sourire.
- J'aime beaucoup les robes. Je n'ai pas pu en porter souvent.
- Pourquoi ? Tes parents ne t'en achetaient pas ?
L'humaine ne répondit pas et garda la tête baissée vers le sol.
- Je ne voulais pas te blesser, mon enfant…
- Ce n'est rien. Je n'aime pas parler de mon passé.
Le silence s'installa de nouveau, cette fois plus gêné, avant que Mheetacce ne pousse un soupir.
- Je suis habituée à mentir, Toriel. Je l'ai tellement fait, que, si je parle de quelque chose qui ne me plaît pas, je déformerais automatiquement la réalité. C'était pour moi le seul moyen de survivre à la surface. Les mensonges me permettaient de me plier aux exigences des autres, de leur faire voir ce qu'ils souhaitaient voir. Aux yeux des gens de mon âge, porter une robe ça signifiait qu'on était une « vieille » voire une « pute ».
La société des hommes ne s'intéresse qu'aux apparences, mais c'est pourtant le plus beau cadeau que d'avoir le droit d'être soi-même, sans être jugé.
Elle s'assit à côté de Toriel, dos à l'arbre, et caressa machinalement sa gorge, en partie cachée par le col de sa robe.
- Mais ce monde là est différent. Il est à la fois proche et lointain du nôtre, avec ses défauts et ses qualités. Par égoïsme, par orgueil, je n'ai pas voulu l'examiner et l'approfondir, trop occupée par mes problèmes. Même avec vous, j'ai porté un masque… Je ne peux pas rattraper les erreurs que j'ai faites, ni le temps perdu. Alors, je vais essayer de rattraper le temps qu'il me reste, en espérant que vous puissiez me pardonner.
Mes sœurs sont ma seule famille. Blessées jusqu'au plus profond de nos âmes par la faute des hommes, nous avons voyagé un peu partout pour échapper à leurs vices. Loin d'eux, nous avons pu survivre, ensemble, même si nous étions seules, même si nous avons affronter le froid, la faim, la douleur des voyages, choses qui ne touchaient plus les humains, pourtant bien plus malheureux que nous. Nos pas nous ont mené à cette montagne, pour finalement tomber dans ce monde étrange.
L'humaine se tut, puis reprit.
- Je ne me suis jamais attachée aux lieux que je visitais. Je pensais n'être que de passage, et pourtant… cet endroit a quelque chose d'étrange…
Toriel sourit. C'était la première fois que la jeune fille parlait aussi longtemps, et cela lui faisait plaisir.
- Tu sais que tu pourrais être une poète ? Tu parles si joliment…
- Vraiment ?! s'exclama t-elle, des étoiles plein les yeux. Waaah, merci !
La femme monstre eut envie de rire devant ce brusque changement d'attitude.
- Désolé, désolé, je n'aurais pas dû m'emporter…
- Tu es vraiment une humaine bizarre.
Son regard s'assombrit.
- J'espère qu'il ne t'arrivera rien…
- Ne vous inquiétez pas ! Avec ma stratégie, tout se passera bien ! dit-elle en se levant et en exagérant une mimique héroïque.
Elle reprit d'un seul coup son sérieux.
- J'espère juste que vous ne m'en voudrez pas de vous avoir ignorée. Et… merci. Merci d'avoir pris soin de moi.
Toriel se leva à son tour et prit l'humaine dans ses bras. Mheetacce la serrait fort, comme si elle s'accrochait à une bouée. La femme monstre lui frottait affectueusement le dos, et respirait le parfum de l'humaine, composé de papier et de fleurs séchées. Oui, c'était une petite fleur ; tantôt épanouie, tantôt flétrie.
- Il est temps d'y aller, mon enfant. Tes affaires sont prêtes ?
Le regard de l'humaine devint paniqué.
- Ne t'en fais pas, je vais t'aider. Ah là là, que ferais-tu sans tuTORIEL ?
Mheetacce la fixa d'un air interrogateur. Puis son visage s'illumina.
- Ah, d'accord ! Désolé, j'ai du mal à comprendre les blagues.
Toriel lui ébouriffa les cheveux. Cette drôle d'humaine allait lui manquer. Dans un coin, Flowey ricanait. Si elle savait ce qui se cachait derrière les belles paroles de sa fille…
Ne jamais se fier aux apparences... Chapitre plutôt long, dites-moi dans les reviews ce que vous en avez pensé !
Bye, Cao
P-S: xYuakime: oui, Soru va vraiment en baver x(
