Terry se sentit plus optimiste ce vendredi 6 janvier. Un bateau allait arriver de Cherbourg, ce matin, il faisait un grand soleil alors qu'il avait neigé les douze jours suivants et il avait rêvé qu'elle revenait cette nuit. Il acheta un bouquet de myosotis à une fleuriste et s'installa à son poste habituel de façon à avoir la meilleure vue sur les passagers. L'attente fut longue, le bateau arriva deux heures en retard mais Terry avait appris la patience et la méditation silencieuse l'occupait sans ennui ni colère. Mais quand enfin le bateau accosta, il laissa ses souvenirs et observa chaque passager. Parmi les derniers, il s'attarda sur une femme avec des lunettes et un chapeau mou. Elle portait un manteau noir de style très simple, une jupe grise et un sac aux emblèmes de la Croix Rouge. Dans ses souvenirs, Flanny Hamilton avait des lunettes, des cheveux bruns attachés en queue de cheval, un nez pincé et un caractère autoritaire et méprisant mais la passagère était encore loin et baissait la tête. Terry ne vit pas Candy mais quand la femme aux lunettes se retourna un instant pour regarder derrière elle, il vit une queue de cheval dépasser du chapeau mou. Puis son regard s'éloigna et sa respiration s'accéléra en voyant descendre en queue de peloton, loin des autres, une frêle silhouette, les cheveux courts sans chapeau, blonds et ondulés, portant un simple tailleur gris, les yeux inquiets, la bouche fermée et les mains serrant son sac avec l'emblème de la Croix rouge. Terry frémit de plus en plus alors qu'elle se rapprochait. Elle semblait si maigre, si pâle, si fragile et si apeurée. Ses grands yeux verts hier si lumineux, candides, doux, semblaient bien fatigués et sombres. La petite fille, l'adolescente étaient bien loin, une femme ayant vieilli trop vite la remplaçait. Mais Terry s'y attendait et son cœur la reconnaissait bien, ses sentiments étaient indestructibles et dès qu'elle sourirait à nouveau, elle serait encore belle. Il prit sa respiration, plus que quelques mètres avant qu'elle soit face à lui, elle était toujours petite, lui très grand. Il avait perdu de vue Flanny Hamilton, il fut surpris de la voir surgir à sa gauche et le dépasser puis se retourner sur lui le regard curieux. C'était bien la même qu'il avait vue à l'hôpital Sainte Johanna, le même regard sévère mais l'air aussi fatigué que Candy. Terry regarda à nouveau Candy, elle dépassa le couple devant lui, s'il ne bougeait pas, elle serait face à lui dans une seconde. Il resta figé, son bouquet à la main, elle l'évita sans le regarder, le regard absent, elle ne l'avait pas vu ou reconnu.

- Candy !

Ce n'était qu'un murmure mais ça suffit à la stopper. Elle se figea, n'osant se retourner alors il insista.

- Candy, je suis derrière toi, je t'attends depuis trois ans, enfin tu es revenue !

Elle osa se retourner, le regarda avec surprise mais un semblant de sourire se dessina sur sa bouche.

- Terry ! Comment savais-tu que je serais sur ce bateau ?

- Je l'ai rêvé Candy. Bienvenue en Amérique !

Il lui tendit le bouquet, elle resta stupide sans le prendre, regardant devant elle après Flanny. Celle-ci justement se retournait aussi, cherchant encore ce jeune homme aux fleurs lui semblant familier physiquement. Elle vit alors qu'il tendait le bouquet à Candy et elle devina le regard de celle-ci, tourné vers elle, encore plus angoissé. Elle se souvint alors que c'était lui venu la voir à Chicago et accourut.

- Candy, ça va ? Tu sembles avoir encore un ami à New York, accepte le bouquet, le pauvre a l'air peiné que tu ne le prennes pas !

Terry vit Candy hésiter encore puis le lui prit des mains et bredouilla :

- Merci Terry, c'est gentil. Je suis surprise mais je suis contente de te voir. Heu… je te présente Flanny, une amie. Flanny je te présente Terry, enfin, Terrence Grandchester, un ami d'enfance.

- Enchantée ! fit la brune d'un ton gentil qui surprit Terry. Mais il me semble que ce n'est pas la première fois qu'on se voit, c'est bien vous qui êtes déjà venu à Sainte Johanna à Chicago pour voir Candy ?

- C'est exact mademoiselle, c'est moi, enchanté de vous revoir aussi.

- J'avoue avoir été sèche à l'époque, excusez-moi, je ne connaissais pas bien Candy en ce temps là, je la croyais frivole et écervelée, je me suis bien trompée.

- Ce n'est pas grave, moi aussi j'ai été sec, vous n'avez fait que votre travail en me mettant à la porte, on ne fait pas ce qu'on veut tout le temps.

- Non c'est sûr mais c'est mieux d'agir quand on sait ce qu'on veut que de se résigner, n'est-ce pas Candy ?

- Heu… si tu le dis. Bon, il vaudrait mieux qu'on y aille maintenant, Terry a autre chose à faire, merci Terry mais…

- J'ai tout mon temps Candy, enfin si tu l'acceptes. Vous devez être fatiguées, je peux vous conduire, j'ai ma voiture, j'ai une maison aussi, si vous voulez vous pourriez vous y reposer, déjeuner !

- Moi je ne dis pas non ! se dépêcha de répondre Flanny en se disant que cet homme était un type vraiment bien et que le bonheur de Candy ne pouvait passer que par lui.

Terry lui sourit, regrettant de l'avoir prise pour un serpent à lunettes rigide un jour. Candy par contre ne sourit pas et dit d'un ton décidé :

- Il n'en est pas question, je ne veux pas m'attarder à New York, je ne suis revenue que pour la maison Pony, il faut que je sache vite si elles vont bien, le reste…

- Je peux t'assurer que mademoiselle Pony et Sœur Maria se portent très bien Candy, j'ai eu des nouvelles récentes, tout va bien à l'orphelinat.

- Ah ! Tu vois bien qu'il n'y a pas de raisons de courir Candy, monsieur Grandchester pourra te rassurer encore plus si on le suit, je suis sûr qu'il sait même pour tes amis de Chicago !

- Pour Archibald et Annie ? Oui je sais aussi qu'ils vont bien, ils se sont mariés il y a peu et ont fait leur voyage de noces à Los Angeles. Mais j'ignore s'ils sont revenus à Chicago encore.

- Archibald et Annie se sont mariés ! Je suis contente pour eux, enfin un rêve qui n'est pas mort ! Fit Candy le regard un peu moins sombre.

- Il n'est peut-être pas le seul qui peut se réaliser ! Dit Terry plein d'espoir.

Mais le regard de Candy vira au noir et elle lui demanda sèchement :

- J'espère Terry, j'espère vraiment que celui de Suzanna existe aussi, comment va-t-elle ?

- Bien Candy ! répondit Terry sans lâcher son regard. Elle va bien, elle réalise son rêve en ce moment à Washington. Sur les planches d'un théâtre, elle est Lady Macbeth.

- Elle est remontée sur scène ? Donc elle remarche ? Fit Candy surprise de cette réponse mais sans plus de colère envers lui. Son regard chercha ensuite Flanny, elle semblait bien ravie de cette réponse. Enfin, elle demanda :

- Et toi Terry ? Tu vas bien ?

- Très bien Candy mais tu m'as bien manquée et je crois avoir fait mon devoir pour pouvoir maintenant vivre mon rêve.

- Ne l'as-tu pas encore vécu Terry ? Tu es bien encore acteur ? On te regarde de plus en plus on dirait, tu es plus célèbre qu'avant non ?

- J'ai obtenu ce que je voulais de mon rêve d'acteur Candy, je le poursuis mais maintenant je peux jouer suivant mes envies. Je veux maintenant réaliser mon rêve d'homme, réussir ma vie personnelle, me marier, fonder une famille.

- Quand Suzanna reviendra de tournée alors ?

- Non Candy, Suzanna a accepté de se contenter de ce que je pouvais lui offrir : mon amitié, mon aide à passer cette épreuve, remarcher, remonter sur scène, à être heureuse. Elle a compris que je ne pouvais davantage, elle n'en souffre plus, elle est heureuse d'être actrice.

- Si elle l'est alors c'est bien aussi Terry ! fit-elle sans montrer de joie qu'il soit libre à nouveau, méfiante.

- Alors tu acceptes de venir te reposer avec ton amie dans ma maison Candy ?

Elle allait encore refuser mais il semblait le vouloir beaucoup. Flanny l'espérait aussi et après tout, elles étaient fauchées, trouver un train pour Chicago tout de suite serait étonnant et puisque Terry avait des nouvelles de là-bas et des preuves de sa réussite, autant le voir pour en être sûre.

- Si tu y tiens vraiment Terry, oui mais pas longtemps.

Il sourit, enfin, le premier pas était fait. Il savait que ce n'était pas gagné, elle était méfiante, trop déçue et sans pitié pour elle même mais elle montrait encore de la tendresse pour lui et Flanny était une alliée qui l'aiderait à faire renaître cette rose blanche blessée.

OoOoOoO

Candy s'aperçut vite de la réussite réelle de Terry. D'abord, à peine sortis du port, deux femmes voulurent un autographe et un photographe le flasha. Il avait déjà insisté pour lui porter son sac et celui de Flanny, il resta indifférent à la photo le montrant porteur de sacs devant deux filles mal fagotées. Il refusa poliment les autographes faute de main libre et de temps et lorsqu'il s'arrêta devant une belle voiture et mit les sacs dans le coffre, un homme lui lança sans venir trop près :

- Merci pour votre Cyrano de Bergerac monsieur Grandchester ! Ma femme et ma fille m'ont convaincu d'aller le voir, je ne regrette pas, vous savez rendre le théâtre moins poussiéreux, plus passionnant !

Terry le remercia chaleureusement puis ouvrit sa portière arrière, Flanny s'y glissa. Candy faillit la suivre puis se dit que c'était idiot, elle monta à l'avant quand il ouvrit l'autre porte.

- Tu as joué « Cyrano de Bergerac » ? demanda-t-elle ensuite avec curiosité, ce qui plut à Terry.

- Oui c'est mon dernier rôle, tu connais la pièce ?

- En livre seulement. Bizarrement je l'ai lu en France, un soldat blessé me l'a prêté.

- Et ça t'a plu ? demanda-t-il vu qu'elle n'en dit pas plus.

Elle n'avait pas envie de lui dire que ce soldat était mort peu après, il lui avait légué le livre et elle l'avait d'ailleurs dans son sac. Elle marmonna juste oui sans développer, Terry n'insista pas mais s'adressa à Flanny pour savoir si elle aimait le théâtre, la littérature. Celle-ci avoua n'avoir jamais été au théâtre mais aimait lire des fictions si elle n'étaient pas trop mièvres, d'aventures et de voyages. Vu que Candy ne parlait plus, regardait la ville d'un œil indifférent contrairement à il y a trois ans où tout l'enthousiasmait, Flanny demanda à Terry ce qu'il avait joué d'autre comme pièces car elle ignorait tout de sa carrière, étant partie en France peu après « le roi Lear ».

- Après « le roi Lear », j'ai joué « Roméo et Juliette » puis un rôle de félon dans « Othello », Iago. Ensuite j'ai obtenu le rôle d' « Hamlet », on l'a joué plus de six mois, ça a bien marché. Et comme j'avais envie de jouer autre chose que Shakespeare et voulais tenter une mise en scène moi-même, j'ai monté « Cyrano de Bergerac ». Ça a bien marché aussi, j'aurais pu poursuivre la tournée mais j'avais besoin d'un break.

- Et vous avez une idée de ce que vous voulez jouer ensuite ? demanda Flanny avec intérêt.

- J'ai plusieurs idées mais rien de défini, on verra une fois que j'aurai accompli ce que j'espère côté personnel.

Il regarda discrètement Candy, elle ne broncha pas, elle semblait ailleurs mais Flanny comprit le message et choisit de poser plein de questions sur le théâtre pour lui montrer que ce jeune homme était une chance pour elle d'être encore heureuse si elle se réveillait. Mais elle resta muette jusqu'à ce qu'ils arrivent, ce qui prit quand même quarante minutes. Terry avait trouvé une maison agréable à New York dans un quartier aisé et calme. Une maison moderne de quatre chambres et une grande salle de bain à l'étage, au rez de chaussée un grand salon, un bureau, une belle cuisine et une autre chambre pour sa gouvernante cuisinière, Martha. Il y avait aussi un grand jardin derrière protégé des curieux, boisé et très fleuri en été, surtout de roses de toutes couleurs. Il était fier de sa trouvaille, du grand chêne ressemblant à celui de Saint-Paul à Londres et de son couple d'écureuils installé dans cet arbre. Il avait aussi adopté un chat et pensait aménager bientôt le grenier en salle de jeux et de sport.

Candy se tut encore quand ils rentèrent dans la propriété mais regarda le chêne avec plus de plaisir. Elle n'attendit pas que Terry lui ouvre la portière une fois arrêtés, elle en sortit vite et partit le regarder de plus près. Terry s'occupa alors de Flanny qui en profita pour lui dire, en acceptant sa main pour sortir :

- Je crois que vous êtes celui qui peut la sortir de sa dépression monsieur Grandchester, soyez patient, elle a perdu la foi mais pas la raison ni ses sentiments pour ceux qu'elle a aimé.

- Je serai patient ne vous inquiétez pas, je ne la laisserai plus jamais tomber, je regrette tant !

- C'est inutile de regretter ce qui ne peut-être changé, seul le présent compte et l'avenir en dépend.

Candy revint et regarda maintenant la maison puis dit :

- Tu as bien choisi Terry, je suis contente pour toi, tu as fait du chemin.

- Merci Candy, j'ai avancé avec un but en tête, sinon…

- Sinon on stagne, je sais ! dit-elle à nouveau résignée. Bon, on peut rentrer ? J'ai un besoin pressant, excuse-moi d'être si pragmatique.

- Il n'y a pas de problème, suivez-moi mesdemoiselles.

Il récupéra les sacs et les précéda sur le perron. Flanny donna alors un coup de coude à Candy et lui dit à l'oreille :

- Tu vois que tu as un avenir ici, il est clairement toujours épris de toi, n'hésite plus.

- Tu ignores de quoi tu parles Flanny, c'est mon passé ici, il a juste besoin de se déculpabiliser aussi avec moi c'est tout.

Flanny haussa les épaules, c'est vrai qu'il venait de dire qu'il regrettait le passé mais il semblait bien surtout tenir à elle avant tout.

OoOoOoO

Candy accepta de rester jusqu'à demain vu qu'il n'y avait pas de train pour Chicago avant demain quinze heures et que Terry avait plusieurs chambres de libre. Après avoir vu l'intérieur de la maison, rencontré Martha, goûté à sa cuisine savoureuse et sa gentillesse, elle se dit que Terry avait su tenir sa promesse d'être heureux alors qu'elle…. Mais elle n'imaginait pas une seconde qu'il l'aimait encore, il n'aimait que ses souvenirs et elle voulait avant de partir lui prouver que sa Candy n'était plus celle revenue de France et qu'elle n'existerait plus jamais. Il fallait le libérer d'elle, ainsi il pourrait trouver une femme digne de lui, si ce n'était pas Suzanna et poursuivre sa route vers le bonheur. Alors elle lui proposa après dîner d'aller parler près du chêne alors que Flanny tenait compagnie à Martha.

Terry ne pensa pas qu'elle allait lui dire que tout pouvait reprendre entre eux tout de suite bien sûr mais il ne s'attendait pas à autant de certitudes.

- Terry, dit-elle d'abord d'une voix presque douce en s'asseyant contre l'arbre alors que lui resta debout. D'abord je veux te dire que je suis très fière et contente de ce que tu as réalisé et obtenu en si peu d'années, sincèrement.

- Merci Candy, j'ai eu plus de chance que toi surtout.

- Peu importe ! Tu as réussi et tu es bien construit maintenant, c'est évident, tu es un homme solide et sain.

- Je fume encore un peu tout de même tu sais !

- Ce n'est pas grave, si tu n'as plus que ce vice c'est bien, l'alcool détruit plus que le tabac. Et puis tu ne vas pas virer en saint tout de même, c'est ennuyeux la perfection !

- Ne t'inquiète pas, j'ai encore pas mal de défauts en réserve.

- Je ne m'inquiète pas Terry, je partirai demain plus sereine, au moins un de nous a tenu sa promesse et je préfère que ce soit toi.

- Tu peux encore tenir la tienne Candy, ta vie est loin d'être finie.

- J'espère pouvoir la tenir Terry mais je n'accède plus qu'à la paix, le bonheur je ne le vois qu'ainsi maintenant. Je me sens déjà plus sereine de savoir que tout va bien à la maison Pony, que tu vas bien, qu'Archibald et Annie sont mariés et heureux. Si déjà il n'y a pas eu de morts ou de malades, ça va bien. Mais je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie Terry, je sais juste ce que je ne peux plus en faire. Je vais être claire avec toi Terry, je suis revenue mais je ne suis pas revenue vraiment, j'ai bien changé et c'est irréversible.

- Tu es juste trop éprouvée et déçue Candy, si tu me laisses t'aider tu retrouveras la paix et la joie, peu à peu, sans oublier mais en l'acceptant.

- Ce n'est pas si facile Terry, il ne s'agit pas d'une dépression comme le croit Flanny, c'est un état d'esprit que j'ai acquis et un constat d'une réalité de vie. Même si je retrouve la paix et un peu de joie dans ce monde Terry, je ne peux plus croire en ce que je croyais avant.

- En Dieu ?

- Entre autre, oui.

- On peut vivre heureux sans être croyant, c'est mon cas depuis longtemps.

- Je suis d'accord, même sans illusions on peut l'être.

- Alors en quoi ne crois-tu plus qui t'empêchera d'être heureuse Candy ?

- Je ne crois plus aux hommes, en l'être humain, plus assez pour vouloir en fabriquer de nouveaux pour se détruire, je ne veux pas mettre au monde des enfants, je ne veux donc plus créer de famille ni me marier.

Terry ne put s'empêcher de pâlir face à son regard transperçant et son ton sûr, ce qui fit croire à Candy qu'elle avait bien raison de ne pas le ménager. Pourtant il se reprit vite et dit d'une voix douce :

- Je comprends, j'ai pensé aussi ainsi plus jeune quand je me sentais seul et gênant pour mes parents. Je n'ai pas non plus de certitudes sur mes capacités à élever un enfant et de toute façon je ne l'ai jamais envisagé qu'avec quelqu'un que j'aime et en qui j'aurai toute confiance. En vérité, je n'y ai pensé qu'une seule fois, avec toi bien sûr mais je préfère aussi m'abstenir d'enfant que d'être un père indigne.

- Tu dis ça maintenant Terry mais tu m'as dit le contraire tout à l'heure, tu rêves de fonder une famille.

- Oui mais on peut le faire autrement, en adoptant des orphelins par exemple.

- Même ainsi je ne m'en sens pas capable Terry, les orphelins ont besoin de parents construits.

- Plus tard peut-être. Sinon on peut construire une famille à deux, des amis, des animaux de compagnie…

Cette fois, Candy laissa échapper un léger rire, Terry se sentit sur le bon chemin mais elle revint vite et lui asséna :

- Je ne veux pas non plus me marier, je n'ai rien à offrir à un homme.

- Tu peux lui offrir au moins ton cœur Candy.

- Mon cœur ? Où est-il à ton avis ?

- Là où tu l'as laissé avant de partir Candy, cherche-le.

Elle repensa à son coffret enterré à Lakewood, la lettre qu'elle lui avait écrite et resta rêveuse un instant. Puis elle vit les yeux bleus de Terry s'éclairer, il lui prit la main et lui dit :

- Le mien t'appartient toujours Candy, je n'ai pas pu t'oublier et aimer Suzanna, je n'ai pas envie de chercher ailleurs, mon cœur t'a élue il y a longtemps pour toujours, c'est ainsi.

- Terry ! Ce n'est pas moi que tu aimes, ce sont tes souvenirs. Regarde-moi bien, je ne suis plus Candy taches de sons, je ne suis qu'un fantôme.

- Je te regarde bien Candy, tu es ma taches de son et je ne veux pas renoncer à toi.

Elle soupira puis rit encore.

- Tu es aveugle Terry, même physiquement j'ai changé, je suis mutilée suite à des éclats de grenades.

- Je le sais, j'ai rencontré le docteur Michel il y a peu, il m'a raconté.

- Tu as fait ça ? Pourquoi ? Par culpabilité ?

- J'en ai éprouvé mais ce n'est pas ce qui me motive, c'est l'amour !

- Arrête avec ça, moi je ne t'aime plus Terry, je n'aime que ton souvenir et je te respecte mais c'est tout.

- Alors je m'en contenterai et t'aimerai quand même.

- Tu es fou, ça ne te mènera nulle part, tu dois accepter de passer à autre chose maintenant !

- J'ai le droit de choisir mon destin Candy, tu ne peux pas m'empêcher de t'aimer si ça me fait plaisir.

- Non mais j'ai le droit de te dire que tu es masochiste, stupide et aveugle.

- Peut-être mais ça ne change rien, je persiste et signe.

- Alors bon courage Terry ! Je te signale quand même que je pars demain et que je ne ferai rien pour te revoir et t'inciter à t'entêter encore.

- Cela ne fait rien, l'absence ne détruit rien chez moi.

- Tu seras bien obligé de te faire une raison Terry, c'est trop tard ! dit-elle lassée en se relevant.

Terry se mit alors sur son passage et lui dit dans les yeux :

- Quelque part, tu es encore en colère contre moi de ne pas avoir été capable de régler mes problèmes quand il le fallait, d'avoir été lâche et de t'avoir menti, donc trahi en t'abandonnant. Je sais que je ne mérite pas une autre chance Candy mais je te prouverai que mon amour n'est pas un leurre.

- Tu te trompes, je ne suis pas en colère contre toi. Je ne l'ai jamais été car c'est moi qui ai choisi pour toi et je ne l'ai jamais regretté, surtout quand j'ai compris que je ne t'avais pas aimé autant que je le croyais, vu que le seul homme que j'ai aimé vraiment, c'est Albert.

Cette fois Terry ne put cacher la blessure qu'elle venait de lui asséner, en plus elle restait froide à sa pâleur et ses yeux troublés. Il ravala sa peine et lui dit :

- Je n'ai donc vraiment rien compris, je croyais que tu l'aimais en sœur, en amie, j'avais confiance quand tu vivais avec lui à Chicago et…

- Je ne t'ai pas menti ni trahi à cette époque, il était amnésique et je l'aimais bien en ami, en sœur si tu veux. C'est après, quand il m'a dit qui il était, quand on a vécu quelques mois de bonheur à Lakewood que j'ai compris comme je l'aimais. Tout était fini entre nous à ce moment Terry, je ne te devais aucuns comptes, je ne devais plus jamais te revoir, tu devais épouser Suzanna. Je suis désolée si je ruine tes derniers espoirs, je ne voulais pas te blesser encore mais puisque seule la vérité peut te faire voir clair, je préfère l'être et que tu tournes la page entre nous.

- Tu crois peut-être que l'amour disparaît comme ça même s'il est à sens unique ? Non Candy, même si tu ne veux pas de lui, il demeure car je suis ainsi.

- Qu'as-tu fait de ton orgueil Terry ? Tu n'aurais jamais accepté pareil rejet hier ? Tu as bien changé aussi, tu es devenu… faible !

- Tu es donc devenue bien dure toi pour trouver de la faiblesse dans un élan d'amour mais c'est égal, mon orgueil sait ce qui mérite d'être accepté ou pas.

- Je ne suis pas dure Terry, je suis lucide, c'est le monde qui est dur et sans pitié.

- Si tu ne supportes plus d'y vivre alors pourquoi ne te suicides-tu pas ?

Cette fois ce fut elle qui pâlit un peu face à son regard puissant mais sans mépris.

- Par indifférence, vivante ou morte peu importe, je ne ressens rien.

-Je ne vois pas l'intérêt de vivre sans rien ressentir Candy, je te plains, moi je préfère ressentir même de la souffrance que de l'indifférence à tout.

- Tu dis ça parce que tu ne sais pas ce que c'est d'aller au bout de la souffrance, je ne te le souhaite pas bien sûr mais sache qu'on ne peut en revenir indemne.

- Je ne dis pas le contraire mais tu n'es pas la seule à avoir vécu cette horreur de guerre, Flanny semble plus optimiste, le docteur Michel est certes fatigué mais il veut maintenant passer à autre chose de positif.

- Chacun est différent Terry, moi j'ai perdu mon optimisme, ma candeur et ma foi mais il me reste l'envie de poursuivre ma route dans la vérité et en me rendant encore utile. Je préfère garder ce qui reste de ma compassion pour les enfants et les animaux, dans cette voie j'espère être heureuse.

- Je te le souhaite Candy, sans rancune ni désespoir.

- Tant mieux. Regarde bien autour de toi désormais Terry, une fille est forcément faite pour toi pas bien loin, tu peux aimer quelqu'un d'autre si tu te laisses aller.

- Je regarderai mieux Candy mais seul mon cœur décidera.

- Je souhaiterai aller me coucher maintenant Terry, je suis fatiguée, sauf si tu préfères me fiche à la porte.

- Je vois que tu n'as pas confiance en mes paroles Candy, c'est mérité mais je regrette que tu ne veuilles même plus de moi en ami. Tant pi, viens, je vais te conduire à ta chambre, je ne te mettrai dehors que si tu finis par me traiter de minable.

- Je ne te le dirai jamais Terry, je te respecte, tu es quelqu'un de bien, tu es honnête, franc, sincère. Tu resteras un homme que je suis fière d'avoir rencontré et aimé et tu es mon ami pour toujours dans mon cœur.

Il sourit, elle fut cette fois vraiment impressionnée par sa grandeur, sa noblesse, sa façon d'aimer sans conditions.

OoOoOoO