Welp... Voilà le chapitre 7. Donc on avait laissé nos filles à Snowdin, et apparemment Classic Sans et Mheetacce ont l'air d'avoir un problème... Je vous laisse voir ce qui se passe, enjoy !


Bienvenue dans notre passé

A l'origine de notre présent.

Dis-moi, doit-il influencer notre avenir ?

Est-ce que nous en avons un, au moins ?

O*O*O*O*O

XXXX

La neige et le sang.

Le feu flambe et dévore les restes.

Rouge et or.

Eclats de métal pliés, la pluie de verre est passée.

La neige devient eau, le sang devient poussière.

Il n'y a plus rien à l'avant. Ils ont disparu.

Ils sont morts.

Il n'y a plus que nous.

Mon oeil me fait mal.

Mon épaule me fait mal.

Ma gorge me fait mal.

Les piques sont enfoncées dans notre corps.

Le feu dévore notre peau.

Tout ce qui nous touche nous coupe.

Il nous semble mourir des centaines de fois, quand la sirène se met à chanter –


Tout va bien. Vous allez vous en sortir. C'est ce qu'ils disent, les hommes en blanc, tournant autour de nous comme des guêpes affolées, criant de laisser passer, tandis que le soleil blanc au-dessus de moi passe et repasse.

Lumière. Plafond blanc. Lumière, plafond blanc. Lumière, plafond blanc.

On enfonce des fils dans ma peau. Et puis tout devient noir.

Les paupières se décollent enfin, et les fils sont toujours là. Ils encerclent mon nez, mes bras, mon torse. On me dit de ne pas les enlever. Mais je n'en veux pas. Ils me rappellent lui. Lui qui aime les fils. Parce que nous ne sommes, à ses yeux, que des marionnettes, il a décidé que ses jouets devaient être seuls, maintenant. Que personne ne viendrait pour nous, malgré nos appels à l'aide.

Je déteste le Destin.

Je maudis la Mort.

O*O*O*O*O

TALE

La première chose qui fut redonnée à Sans fut la perception de la douleur. Genre quand vous vous réveillez le matin et que vous avez un GROS mal de crâne qui vous tombe dessus et qui vous écrase.

En parlant d'être écrasé, il avait l'impression que c'était littéralement le cas. Il remarqua enfin qu'il était aplati au sol, une pression sur son crâne qui enfonçait sa figure contre le tapis, ainsi qu'une prise ferme sur ses deux poignets, maintenus dans son dos.

Et l'humaine à cheval sur lui.

- Oulà, doucement gamine, on se connaît à peine et t'en es déjà là ?

Son visage se tordit en une grimace d'incompréhension.

- Je n'ai pas compris. Qu'est-ce que vous insinuez ?

- Rien du tout, dit-il en sifflotant.

Il sentit la pression s'accentuer sur son occipital.

- Je me fiche de vos sous-entendus. Qu'est-ce que vous avez fait ?

- Pardon ? Et tu peux me tutoyer, tu sais.

- En me touchant, vous… Tu as vu quelque chose, non ? J'avais l'impression que tu as plongé dans mon esprit. Je n'arrive pas à expliquer cette sensation…

- Comme si j'avais vécu un souvenir qui n'est pas le mien ? Du genre, l'expérience de la mort ?

L'humaine fut parcouru d'un frisson, juste quelques secondes. Puis elle appuya brutalement son poids et plaqua le visage de Sans contre le sol.

- Tu ne parles de ça à personne, c'est compris ?

Le tapis étouffa la réponse du squelette et elle dut lui tourner le crâne pour qu'il puisse répéter.

- Oh pardon, je suis ÉCRASÉ par la culpabilité pour avoir pénétré dans tes pensées. J'savais pas que j'étais télépathe. Tu veux bien m'enlever ce POIDS de mes épaules, et ALLÉGER ma conscience ?

Un ange passa, puis l'humaine poussa un soupir :

- J'aurais dû vo… te mettre au courant que je ne comprenais pas toutes les blagues…

- Tu sais ce qu'on fait quand quelqu'un n'est pas au courant ?

- Heu… Non.

- Ben, tu lui branches sa prise !

- Bon, ça suffit, grommela t-elle en le relâchant.

Il se releva malgré ses os ankylosés et se massa les radius. Elle avait une sacrée poigne cette gamine…

- Une dernière chose ; rassure-moi, je ne suis pas un médium ? Ou tu m'as invité à une séance de spiritisme ? Parce qu'on dirait que j'ai vu un fantôme, dit-il en pointant une phalange vers le canapé.

Nilac y était toujours, le visage inquiet mais néanmoins soulagé en voyant sa sœur calmée.

- Vous… Tu peux la voir ?

- Ouais, j'suppose.

- Checkmate, ça va mieux ?

Mheetacce sourit en guise de réponse, puis désigna Sans.

- Je ne sais pas si tu peux le voir, Nilac, mais… lui y arrive. C'est le Sans de mon monde.

- Bonjour, autre Sans ! lança l'autre humaine. Puis elle ajouta, au bout d'un moment : non, je ne peux pas le voir, Mheetacce.

Comme la mauvaise herbe, pensa Mheetacce. Qu'est-ce que cela signifiait ? Pourquoi ces deux personnes étaient capables de discerner ses soeurs ? Était-ce le cas dans les autres mondes ?

- Heyheyheyhey, temps mort ! s'exclama le squelette. Ça vous coûterait un os de m'expliquer la situation ?

- Vas-tu me mettre dans un asile si je te dis qu'il s'agit de ma soeur se trouvant dans une autre dimension ?

- Et encore, il y en a une troisième !

- Merci pour ta correction, Nilac… D'ailleurs, où est Soru ?

- Je l'ai croisée dans les rues de Snowdin, cet après-midi. Elle avait l'air très fatiguée et elle m'a dit qu'elle dormirait à l'auberge. Je suis franchement inquiète pour elle…

- Laisse-la dormir vingt heures, elle ira mieux après.

- Dites, grommela Sans, vous préférez que je m'en aille ou que je vous laisse seules ?

- Désolée, s'excusa Mheetacce en se tournant vers lui. J'espère ne pas vous… t'avoir trop traumatisé.

- Bof, j'ai vu pire. C'est pas un combo de bizarreries qui va me mettre K-O.

Un silence tendu s'installa, jusqu'à ce que le squelette décida de s'en aller.

- Bon, j'ai rien à dire là-dessus, à chacun ses bizarreries. Bone nuit.

- Bonne nuit…

Lorsqu'elle entendit le bruit d'une porte qui se ferme, elle s'installa sur le canapé, aux côtés de sa soeur.

- Il a pris la chose plutôt bien, on dirait…

- Hé Checkmate, ton Sans, à quoi ressemble t-il ?

- À un squelette.

Nilac pouffa.

- D'après ce que j'en ai vu, c'est un gros fainéant. Et il n'a pas arrêté de me surveiller du coin de l'oeil toute la journée.

- De l'orbite tu veux dire ?

- Nilaaaaaaac…

- Bah quoi ?

Les deux filles se sourirent. Nilac aurait voulu se jeter sur Mheetacce pour la dérider un peu, mais elle se retint au dernier moment.

Tu ne peux pas, tu te souviens ?

- Minute… Si tu es là, ça veut dire que tu es dans la maison de Sans et Papyrus, dans ton univers ? Comment tu as fait pour y arriver ?

La géante parut gênée et se gratta la joue.

- Peux-tu me promettre de ne pas t'énerver ? J'ai… "dragué" quelqu'un pour être ici.

- Nom. De. DIEU. NILAC !

O*O*O*O*O

SWAP

Il ne faut jamais jouer avec les sentiments.

Si elle avait su que cette action tournerait la situation de façon aussi comique, elle ne se serait pas autant travaillé l'esprit.

Nilac n'aimait pas mentir. Tout comme certains n'aimaient pas les promesses.

Pourtant, on est bien obligé de le faire à un moment.

Elle s'était discrètement mordu les lèvres en voyant le petit squelette si excité de se faire draguer. Elle avait encore dû esquiver quelques douloureuses attaques, se demandant si cette technique pouvait porter ses fruits.

Et finalement, elle s'était dit "et puis zut". Elle continuerait dans cette voie, si cela permettait de rendre Sans heureux. Parce qu'elle en avait assez.

Assez de le voir mourir.

Assez d'assister à son assassinat, commis par cette enfant, dont le pull vert virait parfois au bleu.

Assez de le contempler, bras ouverts, l'air confiant, alors qu'il partait en poussière.

Toujours souriant. Toujours prêt à pardonner.

Combien de fois cela avait-il duré ? Combien de fois s'était-il fait tuer, combien de fois avait-il dû subir ce cycle infernal ? Il y avait peut-être une raison à ce pourquoi Nilac était tombée.

Elle voulait donner à Sans un vrai sourire.

Le combat s'était prolongé, jusqu'à ce que le squelette, dans son immense bonté (et fatigue), décide de lui épargner d'autres attaques géniales qui l'auraient sûrement envoyée au tapis ! Il lui avait dit avec enthousiasme qu'elle pourrait venir le voir quand elle le voudrait.

Elle préféra rester à Snowdin. Ses soeurs étaient toujours dans le village, et elle souhaitait se trouver à côté d'elles, au cas où.

Après leur "rencard", Sans avait préféré renoncer aux sentiments de l'humaine, et souhaitait plutôt garder son amitié, au grand soulagement de Nilac. N'ayant pas assez d'argent pour dormir à l'auberge (elle n'avait pas fait attention au prix du repas chez Muffet's, et son porte-monnaie en avait fait les frais), Nilac accepta avec joie son offre de dormir chez les skelebros. De plus, Mheetacce s'y trouvait également. Mieux valait garder un oeil sur elle… Pour se dédommager, elle décida de cuisiner le repas, aidée de Sans qui était tout de même un expert en la matière ! Et puis c'était plus amusant de le faire à deux.

Le dîner se composa de carottes râpées au miel, de tacos de boeuf au curry, et au dessert, une tarte aux myrtilles. Les placards étaient majoritairement remplis d'ingrédients pour les tacos, mais il y avait suffisamment de choix pour que Nilac exploite l'une des nombreuses recettes qu'elle avait en mémoire. Cela faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas pu cuisiner quelque chose de sophistiqué ! Quand on n'avait qu'un réchaud à gaz ou un feu de brindilles, on ne pouvait faire grand-chose…

Chacun mangea de bon appétit, même Papyrus qui avait enfin fini tous ses légumes, et c'est le ventre bien rempli que tout le monde partit se coucher.

Malheureusement pour Nilac, son sommeil ne fut pas tranquille. Son corps et son esprit avaient beau se débattre, rien n'arrêtait les images qui passaient derrière ses yeux. Parfois, c'est Sans qui tombait à terre, et il pouvait tour à tour porter une veste bleue, ou avoir des dents pointus. Dans le dernier cas, il semblait pleurer, et elle le vit une fois serrer un enfant dans ses bras. Cet enfant changeait également d'apparence, tantôt couvert de poussière et souriant comme un possédé, tantôt rieur et heureux, tantôt traversé de part en part par des os. Et puis…

Et puis toujours cette vision. Brève, furtive, la seule chose qu'elle entre-apercevait était des corps démembrés. Ces morceaux de corps sans une seule goutte de sang se balançaient au bout de longs fils, comme des toiles d'araignée.

Et ce sourire qui lui donnait le frisson.

O*O*O*O*O

Enfin elle put décoller ses paupières, et la vision du plafond la soulagea. Elle était désormais complètement réveillée, le sommeil ne reviendrait plus. Elle restait immobile, fixant le plâtre au-dessus d'elle. Pourquoi ? Pourquoi faisait-elle ses rêves ? Ses soeurs étaient dans le même cas, visitées par d'étranges visions la nuit venue, depuis qu'elles étaient arrivées sous cette montagne. Avaient-elles une signification particulière ?

Elle n'en savait rien. Pour être franche, elle aurait aimé passer une nuit tranquillement, sans avoir à se poser de questions.

Elle entendit soudain les escaliers craquer, et la lumière de la cuisine s'alluma. Elle reconnut la silhouette caractéristique du petit squelette, qui semblait chercher quelque chose. Elle se leva sans bruit et se dirigea vers lui.

- Sans ?

De surprise, il lâcha le verre qu'il tenait dans ses phalanges. Il éclata en milliers de débris, et le lait qu'il contenait se répandit sur le sol. Il poussa un petit cri quand des éclats de verre s'enfoncèrent dans son pied.

- Ne bouge pas, lui fit doucement Nilac.

Elle le souleva comme s'il ne pesait rien et alla le déposer sur le canapé. Elle nettoya les dégâts puis vint inspecter sa blessure.

- Je suis désolé de t'avoir réveillée, humain.

- Humaine. Je suis une fille. Et ne t'inquiète pas, j'étais déjà éveillée quand tu es arrivé.

Lorsqu'elle eut enlevé tous les morceaux de verre coincés dans ses métatarses, elle hésita quelques secondes.

- Sais-tu garder un secret, Sans ?

- Bien sûr, humaine ! Le magnifique Sans est un coffre inviolable de secrets, tu peux lui faire confiance !

Il resta pourtant bouche bée en voyant, sous les doigts de Nilac, sa blessure disparaître.

- C'est. trop. COOL ! s'écria t-il, les yeux remplis d'étoiles. Les humains aussi manipulent la magie ?

- Non, je pense être la seule. Ce pouvoir est apparu quand je suis tombée ici.

Elle se leva, prépara deux tisanes, et s'assit à côté du petit monstre. Il la remercia pour la boisson, et sirotèrent en silence, dans la pénombre.

- Alors, demanda Nilac au bout d'un moment, qu'est-ce qui te pousse à te lever au beau milieu de la nuit ?

- Ce n'est rien, humaine. Il semblerait que le sommeil soit trop intimidé pour me visiter !

- Sans.

Elle prit le crâne du squelette et le fit basculer sur le côté, de sorte à ce que sa tête repose sur la cuisse de l'humaine. Il était trop étonné pour dire quoi que ce soit.

- Quelqu'un m'a dit un jour que mes jambes étaient le meilleur moyen pour chasser les cauchemars. Je sais reconnaître quelqu'un qui ne dort pas à cause des mauvais rêves. Tu peux ne rien me dire, si tu le souhaites.

Un silence passa, et Nilac eut peur de l'avoir trop brusqué.

- Pourquoi… tu es aussi gentille avec moi, le magnifique Sans, humaine ?

- Il faut une raison particulière ? Je me suis promis de ne plus faire de mal à qui que ce soit, il y a longtemps. Il n'y a pas de mal à se consoler les uns des autres.

Elle fut surprise de voir des larmes perler aux coins des orbites du squelette.

- Je suis désolée ! Est-ce que j'ai…

- Ce n'est rien, humaine, la coupa Sans en s'essuyant rapidement du coin des métacarpes. C'est juste que… Ça faisait longtemps. Mais, renchérit-il sur un ton plus joyeux, ça prouve bien que j'avais raison ! Les humains ont du bon dans leur âme !

- Cela dépend de qui. Tous ne montrent pas leur bon côté.

- Moi, je suis sûre que Chara et Frisk ne sont pas mauvais ! Je crois en eux !

Il entendit un choc sourd, puis un autre plus fort, un troisième tout aussi puissant, et les coups suivants devinrent de plus en plus rapprochés. Il comprit rapidement qu'il s'agissait des battements de l'âme de l'humaine.

- Tu… Tu te souviens… de ces enfants ?

- À travers des rêves… C'est pour ça que je ne dormais pas. Mais toi, comment tu les connais, humaine ?

RetiensteslarmesRetiensteslarmesRetiensteslarmesRetiensteslarmesRetiensteslarmesRetiensteslarmesRetiensteslarmes…

- Par… des visions. Je peux voir leur voyage à travers l'Underground, et leurs actions. J'ai vu ce qu'ils t'ont fait.

- Oh, tu sais donc qu'ils nous avaient libérés ?

Ses yeux s'agrandirent de surprise. Elle l'ignorait.

- Je n'ai pas beaucoup de souvenirs, mais la surface est aussi magnifique que moi, ça c'est sûr ! Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je garde en mémoire le vent, et le soleil qui caressait mes os. Après… Je pense que, d'une manière ou d'une autre, nous avons blessé Chara, parce qu'il a décidé de réinitialiser. J'ai toujours voulu savoir ce qui n'allait pas, mais à chaque fois que je le rencontrais… Je ne sais pas, tout devient noir. Il y a forcément une raison à ses actions ! Sinon, pourquoi je me réveillerais dans mon lit, comme après un rêve ? Je l'ai fait plusieurs fois, ce rêve où il tue tout le monde, même mon frère. À chaque fois que je croise l'enfant, on dirait qu'il va pleurer… Je trouverai un moyen de le consoler, le magnifique Sans est le meilleur consoleur de l'Underground ! Après… tu es tombé, et Chara a disparu. Je pense qu'il a envie d'arrêter de venir, je suppose ? Il a sûrement besoin de réfléchir, il prend des vacances.

Il est si naïf, pensa Nilac en lui caressant doucement le crâne. Et si innocent. Il se souvenait de tout ce qu'il avait enduré, et pourtant… Les gens comme lui deviennent si rares.

Son empathie lui permettait de suivre le raisonnement du petit squelette. Si Chara les détestait vraiment, il ne recommencerait pas la partie, et ainsi les monstres ne reviendraient pas à la vie.

Il n'avait pas pensé au fait que l'enfant répétait ces meurtres par "jeu".

Et elle espérait que cette idée ne lui traverse jamais l'esprit.

Les orbites du petit monstre étaient closes, maintenant, et elle aussi se sentit attirée par le sommeil…

Dors bien. Demain, la vie de quelqu'un sera en jeu.

O*O*O*O*O

FELL

Inspire, expire doucement.

Une respiration trop forte pourrait te trahir.

Elle serrait fortement l'arc entre ses mains. Celui de la surface étant resté dans les Ruines, elle avait dû s'en confectionner un autre. Merci Toriel…

Son regard était fixée sur le grand squelette. Poings sur les hanches, planté au milieu du sentier, il attendait patiemment que l'humaine apparaisse, pour qu'il puisse gentiment cueillir la demoiselle, et par cueillir il entendait bien évidemment tuer.

Ben voyons.

Il aurait d'abord fallu qu'il la trouve. Mais quand on est peintre, on sait très bien faire partie du paysage. La seule chose pouvant la trahir aurait été Flowey, mais lui aussi était bien caché. Leur survie dépendait également de lui.

Il n'y avait pas de vent, et lorsqu'elle tendit la corde, son esprit se fondit avec la flèche. Il fallait attendre le bon moment, et être prêt à riposter si elle manquait sa cible.

Lorsque, enfin, il bougea les bras, il entendit un claquement. La flèche traversa l'espace entre ses deux radius et cubitus, et se planta dans un arbre, de l'autre côté de l'allée. À peine cet information avait-elle atteint sa conscience que la corde reliée à la flèche se tendit et le jeta au sol. Des lianes fusèrent et enroulèrent ses jambes, tentant de le maintenir immobile. Il put voir l'humaine bondir des fourrés, probablement prête à lui asséner le coup de grâce.

Comme si le vice-capitaine de la garde royale pouvait être aussi facilement battu.

Un os se matérialisa et percuta violemment l'estomac de la jeune fille. Son souffle en fut coupé pendant quelques secondes ; ce fut suffisant pour que le squelette tranchât ses liens et se redressât face à Soru.

- JE VOIS QUE TU AS RÉFLÉCHI AVANT DE VENIR M'AFFRONTER, HUMAIN. MAIS RIEN NE POURRA ME FAIRE FLANCHER, MOI, LE GRAND PAPYRUS ! POUR M'AVOIR MIS À TERRE POUR QUELQUES SECONDES, J'ACCEPTE DE TE MONTRER MON ATTAQUE SPÉCIALE !

Je ne t'ai rien demandé, aurait voulu répondre Soru. Mais son corps devint subitement lourd, lourd au point de quasiment la plaquer au sol, et elle pouvait voir son âme devenue bleue. Papyrus se contenta de rire et de lui envoyer d'autres os qui faillirent la démembrer. Mais même si elle était soumise à la gravité, elle pouvait toujours bouger. Elle dut encore esquiver d'autres os, le squelette en lançait au moins une dizaine en quelques secondes.

* Spare

- JE ME FICHE DE TA PITIÉ, HUMAIN ! LE BOSS DE SNOWDIN N'ÉPARGNE PAS !

- Boss dans quel sens ? Vous êtes le chef de Snowdin, ou le boss de fin de niveau ?

Il hésita pour répondre, parce que les deux termes étaient plutôt cools. Son hésitation lui valu une boule de neige dans la figure.

- SALE MORVEUX ! À QUOI TU J-

Aveuglé par la neige, il n'avait pas vu le pied de Soru foncer vers son tibia. La violence du coup le fit tituber.

L'os pointu qui trancha l'air faillit atteindre la gorge de l'humaine.

- TU VEUX JOUER À ÇA ? grogna le squelette en se remettant droit et stable, les os à peine endommagés. JE SUIS LE PLUS FORT À CE JEU !

- Je n'ai pas à vous tuer. Je ne veux pas.

- MAIS MOI SI !

Elle avait bien vu l'air de surprise qui était passé sur le visage du squelette.

- Derrière toi !

Elle sauta sur le côté, et l'os qui avait failli l'empaler se planta dans la neige.

Merci Flowey. La fleur arrêtait le plus d'attaques possibles, et couvrait les arrières de l'humaine. Mais maintenant qu'il avait crié, le risque qu'on découvre sa cachette devenait de plus en plus grand.

- Esquive à droite, lui murmura doucement une voix.

Mimi était à côté d'elle, aidant sa soeur et l'encourageant du mieux qu'elle le pouvait. Nilac n'était pas loin non plus. La présence de ceux qu'elle aimait la remplissait de pugnacité.

Alors elle se battit. Encore. Encore. Et encore. Le vice-capitaine de la garde royale ne semblait ne jamais se fatiguer.

Mais elle, oui.

Elle ne se déplaça pas assez vite, et l'os rouge se planta dans son ventre, la mettant à genoux.

- NON ! hurlèrent trois voix.

Dans la position où elle se trouvait, le point de vue de Soru avait baissé, dans le sens où ses yeux étaient à présent fixés sur le bas du côté du sentier. Et elle pouvait le voir.

Il était là, caché entre les arbres. Il avait observé le combat depuis le début.

Sans.

Il la fixait sans expression, contrairement à la nuit dernière. Il n'y avait plus cette lueur de haine dans ses yeux.

Je ne vais pas mourir maintenant, Sans. Je respecterai notre contrat.

Pendant une seconde, une nuit entière se rembobina dans son esprit.

Devant son lit, Sans l'avait insulté. Craché sa haine, sa colère, à cause d'elle, tout avait recommencé. Il n'avait eu qu'une envie, lui briser l'âme en mille morceaux. À cause d'elle, il avait perdu Frisk, son meilleur ami.

Cette dernière phrase l'avait mise hors d'elle.

Elle avait bondi du placard où elle s'était cachée (être prévenant pouvait toujours servir, toujours) et avait plaqué le squelette au sol, son couteau sur ses vertèbres cervicales. À son tour, elle l'avait insulté.

D'assassin.

D'hypocrite.

De meurtrier.

Qu'elle l'avait vu tuer l'enfant. Et que jamais, au grand jamais, ils n'auraient pu être amis. Si Flowey, en pleurant, ne l'avait pas suppliée d'arrêter, elle aurait commis l'irréparable. Puis vint le moment des explications ; elle pouvait voir le voyage de l'enfant à travers l'Underground, et ses nombreuses morts. Sans, contrairement aux autres monstres, ne semblait pas avoir oublié l'enfant. Il lui raconta les efforts de Frisk pour qu'il épargne tous les monstres, son périple et finalement la libération. Pendant sept ans, ils avaient vécu heureux à la surface, les monstres avaient appris à ne plus blesser, à lentement mais sûrement se respecter.

Et tout cela fut perdu.

À cause d'elle. Tous les sacrifices de Frisk furent faits en vain, les monstres étaient redevenus des "monstres", son ami avait disparu, leur fin heureuse, envolée. Par sa faute.

N'importe qui se serait brisé sous le poids de ses accusations, n'importe qui aurait pleuré, demandé pardon. Pas Soru. Si elle pouvait voir Frisk, se souvenir de lui, alors il y avait forcément un lien. Peut-être trouverait-elle les réponses au cours de son voyage, peut-être les trouverait-elle chez Alphys, chez qui elle se rendait. Quand Sans lui demanda pourquoi, elle fut franche : elle lui raconta tout d'elle et de ses soeurs. Si elles également voyaient un Frisk dans leurs dimensions, alors ce n'était pas une coïncidence.

Elle lui proposa un marché : elle chercherait un moyen de ramener Frisk, et de recommencer la partie. La seule condition était qu'il la laisse faire ce qu'elle souhaitait, sans la tuer tout de suite.

Car si elle échouait, il la tuerait, si tel était son souhait. Sans sa présence, peut-être que Flowey retrouverait le pouvoir des RESET, et faire en sorte que cette timeline n'ait jamais existée, que Soru n'ait jamais existé.

O*O*O*O*O

Tel fut le marché qui fut conclut, et Soru le respecterait, quoi qu'il arrive. Même Papyrus ne pourrait pas l'arrêter.

Elle était emplie de pugnacité.

Le squelette était devant elle, bras levé, prêt à lui planter un os dans le crâne. L'humaine bondit, poing en avant, et le missile atteignit la mâchoire du monstre. Il y eut un craquement, un gémissement retenu. Le visage enfoncé dans ses gants, il entendit l'humaine s'approcher de lui. Il releva la tête, se préparant à une autre attaque. L'os dans son ventre ne lui avait infligé aucun dégât, c'est à peine s'il avait éraflé la peau. Soru prit son crâne entre ses mains avant qu'il ne réagisse.

Et l'embrassa.

Sur les zygomatiques.

Il en resta bouche bée.

- Quoi ? demanda t-elle franchement. C'est ainsi que l'on "drague", non ?

Elle fut sûre que le rire à peine retenu était celui de Sans. Qu'est-ce qu'il y avait de drôle ? Flowey, quant à lui, se gratifia d'un beau combo de facepalm. L'humaine avait pris l'option ACT un peu trop au sérieux.

- TU TE FICHES DE MOI, LÀ.

- Non. Je veux simplement arrêter de me battre. Je ne veux pas vous faire de mal. Y a t-il du mal à cela ?

Papyrus l'attrapa par sa gorge et l'attira vers lui, enfonçant un os entre ses reins.

- DANS CE MONDE, C'EST TUER OU ÊTRE TUÉ. TU N'ÉCHAPPERAS PAS À CETTE RÈGLE. SI JE PRENDS TON ÂME, UNDYNE VERRA À QUEL POINT JE SUIS PUISSANT ET JE SERAI ENFIN CAPITAINE DE LA GARDE ROYALE !

- C'est beau le pouvoir… Mais même si c'est votre rêve, je ne me laisserai pas tuer.

Il la repoussa brutalement, et elle sentit des dizaines d'aiguilles s'enfoncer dans son dos. Au cri de Flowey, elle comprit qu'il s'agissait d'os, plantés dans sa peau comme une dorsale morbide. Elle avait peut-être perdu un ou deux points d'HP, elle ne chercha à vérifier. Pourquoi ne ressentait-elle plus la douleur ?

- TU… TU AURAIS DÛ ÊTRE MORTE SUR LE COUP !

Même Sans eut l'impression que ce n'était pas normal. Comment se faisait-il que sa défense soit aussi élevée ? Papyrus, lui, se sentait un peu moins assuré. Aurait-il… peur ? Non, bien sûr que non, le grand Papyrus n'avait jamais peur, il était simplement surpris. Si les attaques à distance ne lui faisaient rien, voyons ce qu'elle valait au corps-à-corps ! Il fit jaillir d'autres os du sol, forçant l'humaine à avancer vers lui. Elle vit clair dans son jeu et tenta de résister, avant d'abandonner. Un os pointu à la main, il commença à escrimer, à une cadence effrénée ; coup double, fente, parade, fouetté, garde, passe ; il eut vite fait de désarmer Soru. Il fouetta l'air et entailla sa joue. Elle plongea en avant et l'enlaça.

- MAIS ARRÊTE AVEC ÇA ! hurla t-il en la rejetant, le rouge aux zygomatiques.

Elle profita de sa confusion pour ramasser son couteau.

- Personne ne mérite de souffrir. Personne ne doit être en manque d'affection.

Des images effleurèrent son conscient, mais elle les chassa aussitôt. Pour plus tard, les souvenirs. Papyrus était déstabilisé par ses paroles, et la vit trop tard foncer vers lui, arracher un os du sol, et l'abattre de toutes ses forces sur ses rotules. La douleur explosa, et il tomba à genoux. L'humaine bondit, bras levés, le couteau empoigné.

Le coup de grâce.

Quand Sans voulut intervenir, la lame était déjà enfoncée. Dans la neige.

Les deux combattants étaient côte à côte, agenouillés au sol, essoufflés, à bout. Papyrus pouvait à peine bouger ; elle utilisa ses dernières forces pour se relever.

- Il faut continuer à vivre…

* You won ! You earned 0 EXP and 0 Gold.

Elle sortit Flowey de sa cachette, l'enlaça tendrement, puis s'éloigna, lentement, des skelebros, et quitta Snowdin. Papyrus demeura immobile.

Dans Waterfall, son rythme de marche ralentit encore et encore, jusqu'à ce qu'elle s'effondre. Elle se traîna et rampa derrière une sorte d'abri en bois, la cachant aux regards des monstres. Flowey la regardait avec inquiétude ; non, avec angoisse, ses yeux étaient remplis de larmes.

- Laisse-moi dormir, d'accord, Flowey ? dit-elle d'un ton las, très las. Ça ira, ne t'inquiète pas.

- Si, j'ai peur pour toi ! Comment tu peux encore tenir debout ?! Comment tu peux affronter la mort avec autant de détachement, comment tu peux accepter de te laisser tuer, pour une quête complètement incertaine ?! Je ne veux plus voir les gens mourir, je ne veux pas…

- Cela fait des années que mon corps ne ressent plus rien… et ce fait s'est accentué depuis ma chute. Ce bout de chair, même… s'il est malmené par le destin, il est un bouclier pour mon âme, contre la mort… un bouclier pour ceux que j'aime. Et si l'enfant… si l'enfant était assez déterminé pour… pardonner à celui l'ayant tué une vingtaine de fois, alors il… il aura sûrement assez de… volonté pour revenir, je le sens je le… sais… Maintenant puis-je… dor… mir… ?

Ses paupières se fermèrent, son esprit sombra profondément, si proche de l'évanouissement, que seule la respiration régulière de l'humaine put rassurer Flowey. Cette fille dont il ne connaissait rien, tellement atypique, il s'inquiétait tant pour elle… Il lui caressa doucement le front avec ses pétales.

- Je ne sais pas pourquoi… Tu lui ressembles. Tu ressembles à Frisk. Prêts à vous sacrifier pour ne pas blesser les autres. Sans tenir compte de la douleur, même s'il n'avait pas ton endurance. Est-ce que toi aussi… comme lui… des cauchemars te tourmentent ?


Je suis particulièrement sadique avec Soru. Désolé pour cette pauvre fille, mais l'Underfell, ce n'est pas une partie de plaisir... Mais même dans cet univers, il faut draguer Papyrus, pas vrai ? Ben Soru ne sait pas du tout s'y prendre XD

Ah oui, et vous voyez les moirails, dans Homestuck ? Non ? Bon, c'est une relation platonique/âmes soeurs. Disons que c'est un peu la relation que j'imagine entre Nilac et US! Sans. S'il y en a qui préfèrent une relation un peu plus... poussée, rien ne vous empêche de l'imaginer :)

Place à Undyne et aux Temmies dans le prochain chapitre ! Celui-là, qu'est-ce que vous en avez pensé ? Dites-moi dans les reviews !