Sept mai
Candy fut très étonnée en recevant du facteur trois paquets. Elle eut peur que ce soit de Terry mais aucuns n'était de lui. Il y avait un cadeau d'Annie, un foulard de soie rose. Le deuxième était d'Archibald, une broche camée de nacre qui lui parut bien trop luxueuse pour elle. Le dernier présent était de Patricia de Floride, un coffret de parfums miniatures et des chocolats. Elle lit les lettres les accompagnant, Archibald promettait de venir enfin le prochain week-end avec Annie, Patricia pour les vacances d'été avec sa grand-mère. Candy pensa à Terry, le dernier article de journal annonçait sa prochaine pièce pour septembre à New York. Il montait encore lui-même « Faust » de Goethe et jouerait ce docteur vendant son âme au diable en échange d'une nouvelle jeunesse. Elle était contente qu'il n'ait pas perdu de temps, il travaillait peut-être aussi pour oublier ses rêves perdus mais au moins il poursuivait sa route. Elle ne lui avait écrit que deux fois depuis son arrivée à La Porte, d'abord pour lui dire que Capucin allait bien puis pour Noël, une carte de vœux et l'assurance qu'elle allait mieux déjà. Mais lui n'avait pas écrit, il respectait son besoin de distance. Elle savait que Flanny lui écrivait, elle lui avait dit dès leur arrivée, elle l'appréciait beaucoup et le voulait en ami. Malgré un brin d'agacement à savoir qu'il saurait donc toujours tout sur elle avec cette correspondance qu'elle admettait tout de même sincère, elle accepta ce fait mais prévint Flanny qu'elle ne voulait jamais savoir la teneur de ces lettres sauf si c'était grave. Flanny respecta son choix, jamais elle ne lui dit un mot sur Terry, elle ne se permit que de dire à chaque lettre qu'à New York tout allait bien.
Candy se demanda encore si Terry avait réussi à apprivoiser la femelle écureuil puis partit nourrir ses chiens et chats pour ne plus encore penser à lui.
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Ce même jour, Terry reçut un coup de fil du détective Rogers et après un long entretien qui le satisfit, il partit envoyer un nouveau mandat à madame Smith de Chicago, une admiratrice de la première heure avec qui il entretenait aussi une correspondance. La vieille dame reverserait ensuite comme la dernière fois, la somme au dispensaire Pony, en intermédiaire pour lui permettre de rester anonyme. Puis il partit au théâtre Lincoln pour ses répétitions, vu le voyage nécessaire bientôt à Chicago pour une autre pièce de théâtre que Faust, il devait travailler plus vite désormais.
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Vingt mai
Le vingt mai, Candy reçut encore une somme importante en donation de madame Smith, une vieille dame qu'elle avait soignée à la clinique heureuse du docteur Martin il y a quatre ans mais elle se dit cette fois qu'il serait indécent d'accepter. Cette dame prétendait avoir hérité d'un cousin décédé et avait maintenant trop d'argent pour ses faibles besoins alors qu'il y a quatre ans, elle devait avoir recours aux soins gratuits des bénévoles. Même si c'était vrai, Candy ne pouvait accepter tant d'argent. Elle allait lui rendre, lui dire de le donner à d'autres associations si elle tenait tant à s'en défaire. Elle expédia le reste du courrier rapidement, seule une lettre pour Flanny la fit rêvasser un peu, l'écriture de Terry encore et une enveloppe bien grosse, bien pleine de nouvelles et de secrets. Elle la mit sous ses narines et s'étonna qu'elle sente si bon la violette, se pourrait-il que… ? Puis elle se traita d'idiote, comment pouvait-elle imaginer ça, était-ce un peu de jalousie qui suintait malgré tout ? Elle mit la lettre dans le casier de Flanny puis décida d'aller voir madame Smith jeudi et lui rendre son argent.
Flanny vit Candy l'observer quand elle récupéra son courrier dans le casier. Alors elle prit son air rêveur, respira l'enveloppe en souriant puis la mit dans sa poche et prit son temps pour sortir du dispensaire pour gagner son banc afin de la lire.
Candy se retint de lui dire de ne surtout pas hésiter, si Terry lui demandait de venir passer des vacances chez lui, mais c'était stupide. Pour ne pas être tentée de l'observer encore pendant sa lecture, elle partit voir les chiens, la portée de chiots surtout, quatre petits cockers nés le mois dernier dans l'étable de Jimmy.
Flanny comprit pourquoi la lettre de Terry sentait la violette. Une deuxième enveloppe plus petite était à l'intérieur, adressée à madame Sarah Legrand, écrite par Terry mais sous un autre nom. Une lettre qui pourrait faire se trahir cette femme si le plan marchait. Elle lit le reste de sa lettre, hormis plein de détails sur la construction de sa pièce, dans ses lignes toujours poétiques et parfois drôles, Terry lui annonçait qu'il viendrait secrètement à Chicago le quinze juin, personne d'autre qu'elle et le détective ne devaient le savoir et surtout pas Candy. Il donnait rendez-vous à Flanny ce soir là à Chicago. Le détective lui communiquerait l'adresse plus tard, si le plan marchait jusque là car il aurait besoin d'elle pour la suite. Flanny faillit sauter de joie de le revoir enfin et de pouvoir l'aider à rendre justice à Candy. Elle lut ensuite qu'il aimerait pouvoir lui emprunter aussi un peu de son temps juste pour partager de nouveaux souvenirs ensemble si possible et sans que Candy ne le lui reproche. Flanny sourit, il rajoutait qu'il connaissait un petit restaurant discret mais savoureux à Chicago pour qu'elle goûte enfin un vrai bœuf mironton. Enfin, il finissait sa lettre en la remerciant pour la photo d'elle, Candy, Capucin et deux des chiens du refuge, sur la colline de Pony et devant le chêne.
Elle rêvassa ensuite encore un peu sur le futur puis mit la lettre dans sa poche et rejoint Candy au refuge. Elle nettoyait des déjections canines, son air indifférent quand elle lui dit que tout allait bien à New York la déçut encore.
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