Si à tout hasard, vous auriez manqué le chapitre précédant sur la fin du voyage à Snowdin pour cause de fêtes, je vous conseille grandement d'aller le lire avant de commencer celui-là. Donc nous arrivons ici à Waterfall, où on aura droit à des Temmies déchaînés, le caractère de Mheetacce plus approfondi, et des leçons de cuisine électriques.

En vous souhaitant une bonne année, place à la lecture !


I've been looking at the stars tonight

And I think oh, how I miss that bright sun

I'll be a dreamer 'til the day I die

But they say "oh, how the good die young"

But we're all strange

And maybe we don't wanna change

O*O*O*O*O

FELL

Soru se réveilla enfin, et Flowey poussa un soupir de soulagement. Il avait vraiment eu l'impression qu'elle n'ouvrirait plus ses paupières. Il n'avait pas de montre, mais il était sûr qu'elle avait dormi au moins une journée. En plus, devoir la surveiller avec l'autre sourire figé qui n'avait pas arrêté de le fixer, ça n'avait pas été une partie de plaisir.

Elle remarqua immédiatement le squelette assis derrière le stand ; en voulant se relever trop vite elle se cogna la tête au comptoir. Sans ne fit pas un effort pour retenir son ricanement.

- Pff, relax, je vais pas te manger, gamine. J'aime pas faire des promesses, mais je vais pas briser notre marché : je ne toucherai pas à un de tes jolis cheveux, alors ne te casse pas la tête pour ça.

- Je ne savais pas que cet abri était à vous, je suis désolée si j'ai pu vous gêner.

Sans eut un tic nerveux. La seule personne qui se serait excusé pour si peu était Frisk. Merde, pourquoi fallait-il qu'elle lui ressemble…

- Pourquoi t'es aussi polie ? Ça t'avance à quoi, sérieusement ?

Il le jurait devant on ne sait quel dieu, si elle disait que c'était parce que personne ne méritait d'être mal traité…

- Pour ma soeur.

Il plissa les orbites, sûrement pour montrer son incompréhension.

- Ma soeur m'a appris à bien parler, à ne pas être vulgaire. Est-ce que vous ne trouvez pas cela agréable d'entendre quelqu'un qui parle poliment ? Est-ce que vous pensez que c'est pédant ?

- Primo : arrête de me vouvoyer, j'y suis plus habitué. Deuzio : pourquoi ta soeurette voulait que tu papotes façon aristo ? C'est une fan de la haute littérature ou quoi ?

- Je serais tentée de répondre oui, étant donné son amour pour les livres, mais la réalité est beaucoup moins poétique : le langage "courant" lui rappelait des souvenirs. De très mauvais souvenirs, et elle ne voulait qu'une chose, les oublier, les enfouir le plus profondément possible.

- Pourquoi, il s'est passé quoi ?

- Je ne pense pas que l'histoire de quelqu'un qui a volé votre bonheur puisse vous intéresser.

Même si son ton était sans méchanceté, elle se rendit compte trop tard que cela était blessant. Elle et sa fichue franchise… Le squelette n'en tint pas compte et se contenta de hausser les omoplates.

- Fais comme tu veux, gamine. Tu veux venir grignoter quelque chose chez Grillby's ? À ta tête, ça doit faire des plombes que t'as pas fait un repas complet.

Son ventre répondit à sa place. Elle s'était habituée depuis longtemps à s'affamer, mais ses soeurs n'étaient pas ici. Oui, il valait mieux se concentrer sur sa propre survie maintenant.

Un raccourci plus tard, ils se retrouvèrent dans le bar agréablement chaud. Malgré la clientèle pas vraiment accueillante, Soru se détendit, enfin depuis longtemps. Elle commanda un hamburger et… une bouteille de moutarde. C'était bien le condiment – pardon, la boisson favorite de Sans, elle avait vu juste. Il prit le pot sans un mot, accompagné d'un gros verre d'alcool fort. Elle se retint de lui dire que ce n'était pas franchement bon pour la santé ; un squelette n'avait pas d'organes, donc pas vraiment de risques de cancer, si ?

Les chiens de la brigade canine commençaient à s'agiter, prêts à se battre pour une question d'os.

- Fais pas gaffe, ça arrive souvent. Au pire, Grillbz les passera au barbecue s'ils se calment pas.

Le gérant du bar, tout feu toutes flammes violettes, avait effectivement l'air de connaître la chanson. Sans quitter les cabots du regard derrière ses lunettes noires, il servit l'hamburger de l'humaine.

- Merci, dit-elle avec un sourire.

Le monstre enflammé parut légèrement étonné, tandis que Sans grinça des dents. Question de famille ou pas, ça commençait vraiment à lui porter sur le système. Les chiens s'agitaient de plus en plus, certains grognaient et d'autres aboyaient.

- Je prendrais une bouteille de lait également, s'il vous plaît.

- Du lait ? se moqua Sans. T'es peut-être une gamine, mais t'es plus un bébé, pourquoi tu bois ce truc ?

- Parce que…

Elle jeta un coup d'oeil aux chiens, prit une grande inspiration et, le plus fort qu'elle pouvait, répondit par :

- Parce que MIAOU !

Branle-bas de combat ! Les chiens arrêtèrent aussitôt de se disputer et saisirent leurs armes, prêts à pourchasser le félin qui s'était introduit ici. Mais ils ne virent rien de suspect, mis à part une humaine et une fleur qui se retenaient d'exploser de rire. Ayant déjà oublié pourquoi ils se disputaient, ils s'assirent et recommencèrent à manger, leurs ardeurs calmées.

Un air bienheureux sur le visage, Soru entama son hamburger, sous l'orbite étonnée de Sans. Il ne s'était pas attendu à ça… À la fin du repas, Grillby débarrassa et traça des signes avec ses mains. Soru ne comprenant pas, Sans traduisit :

- Il dit que je dois payer mon ardoise.

L'enflammé sembla se fâcher.

- Et… grommela le squelette, que le coup du chat, c'était bien trouvé.

Dans le monde des humains, Soru aurait prit ça comme un simple remerciement ; mais chez les monstres, aucun ne montrait un quelconque signe de respect envers les autres, surtout pas pour une humaine. Ce merci caché relevait, pour ainsi dire, du miracle. En guise de réponse, Soru se contenta d'un hochement de tête rayonnant. Il lui sembla, pendant un instant, que le monstre s'illumina.

Quelques instants plus tard, ils étaient de retour à Waterfall. L'humaine devait se remettre en marche.

- Fais gaffe, gamine, Undyne est bien pire que Papyrus.

Magnifique encouragement pour un voyage… Flowey dans ses bras, l'humaine put observer à sa guise la zone, qui était magnifique. Evidemment, elle n'échappa pas aux nombreuses attaques. Plus elle avançait, plus les monstres devenaient coriaces…

- Tu veux faire une pause, Soru ?

- Non, ça iraaAAAAAA !

Le sol avait cédé sous ses pieds, et elle avait atterrit dans une sorte de cavité. Au-dessus d'elle, elle pouvait remarquer les herbes, qu'on avait tissé grossièrement pour camoufler le trou.

Oh non… pensa Flowey.

- HO0oooiiii1II11 ! G captuRE Une nue maine !1!1! Tro forrrrrrr !

Une horde de chiens chevelus avec des T-shirts rayés se précipitèrent vers la jeune fille.

- C MÔa qui l'a EUE !1!1!

- NAN, c mÔa qu'a eu l'i Dé du trOU ! TeM a le + grO CeRf VEau !1!

- Qui… êtes vous ? se risqua à demander Soru.

- Môa c TeM ! Tem ZE TeMM1e ! Et SA c mOn KoPin TemM1E !

- Hoo0011 ! JeU su1 tEmM1e, est sA c moN c0ppIn teMM1E !

- Hho0o01ii ! Ge Sui TeMm1E, et ç4 c Mon Kopp 1…

- Salut, je suis Bob.

Il y eut un gros silence. Intérieurement, Soru hurlait de rire devant l'absurde de la situation. Bob reprit la parole :

- Ligotez-la, et amenez-la à notre chef. Il décidera ce qu'on fera d'elle.

D'accord, ça c'était moins amusant.

En quelques secondes, elle se retrouva noyée sous les noeuds, tandis que les Temmies la transportaient au galop sur leurs dos. Flowey était posé sur son ventre et la regardait d'un air désolé. De quoi voulait-il s'excuser ?

Arrivés au village des Temmies, on la balança brutalement sur le sol. Un monstre s'éloigna, la figure couverte de boutons. L'humaine remarqua un autre Temmie, juché sur un carton.

- Bras VeAU les gA ! Vous zêtes trrrrro for !1!

Il vibrait tellement il était excité.

- On fÉ kôA chef ? On la transs FOrme eN sAuT 6 ?!

- On l'aN pAIlle ! 0n en fé UnE Pou pET !1!

- NaN ! répondit le chef. Tem La VenT Et il oRa des SOus pouRrrRR le coLLe leG !1!1!

Bon, il était temps d'en finir avec cette histoire. Elle s'agita un peu pour faire tomber sa bourse, qu'elle poussa vers Temmie.

- Il y a un peu plus de 2000 G là-dedans. Est-ce que ce sera suffisant pour payer le… colle leg ?

- YayAYayaYaYAyAyayaYayAaAAaa !

Elle crut pendant un instant qu'elle avait cassé Temmie. En réalité, il criait de joie.

- TEm pOuX raT aPPreNdRe pl1 de tRUcs et nOUs rendRE fiErS !1!1! YayA ! MercI la best y0le ! M1tenant on peut te tranSf0RmEr en TeMm1s fLakEs !

Aïe.

- NE LA TOUCHEZ PAS ! cria Flowey en repoussant les assauts des Temmies.

D'un coup de liane, il renversa plusieurs monstres ; mais quand l'un tombait, d'autres revenaient à la charge. Bon sang, si ça continuait il allait être submergé…

On entendit soudain un aboiement.

- No0Oo0oOonNn ! PaS lE K beAU !1!1!

Un chien, le chien de Snowdin, bondit dans la foule et mordit sans s'arrêter.

- Tem AimE pÔ LeS k BeaU !

Le chien se fraya un chemin jusqu'à Soru, et, en quelques coups de dents, trancha les liens qui la retenaient. Elle ne se fit pas prier et détala le plus vite possible.

Une fois à distance respectable du village des Temmies, elle s'arrêta pour souffler, le chien à ses côtés. Elle le remercia du regard, et il répondit par un "De rien !" aboyé.

C'est Flowey qui remarqua le premier que l'endroit était complètement silencieux. Il y eut un sifflement, une explosion ; à l'endroit où se tenait le chien, il n'y avait plus qu'un trou béant. Un monstre, habillé d'une armure, fixait l'humaine et son ami végétal.

L'Undying venait de faire son entrée.

- Alors c'est ÇA qui est venu à bout de Papyrus ? Cet imbécile ne sait vraiment pas faire son travail, quoi de plus surprenant ?

- Je vous interdis de parler de lui ainsi ! C'est un incroyable combattant !

Flowey lui lança un regard, l'air de dire mais pourquoi tu le défends ?!

- Et qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Il s'est fait battre, point barre. Il devait être vraiment pathétique, pour que tu l'épargnes.

Soru avait bondi vers Undyne.

- Arrête ! C'est du suicide !

La lance d'Undyne balaya l'air et l'humaine avec. Son corps cogna le mur avec violence.

- L'élève et le maître se ressemblent…

Des centaines de lances apparurent et s'abattirent violemment. Soru serra les dents sous ce déluge, protégeant Flowey du mieux qu'elle le pouvait, tandis que ses vêtements partaient en lambeaux.

- Plutôt… étonnant, constata Undyne devant la barre de vie presque pleine de l'humaine. Je comprends mieux pourquoi il m'a mise en garde.

- Sauve-toi, murmura Flowey, sauve-toi vite.

Elle ne le se fit pas dire deux fois, et courut aussi loin que ses jambes le pouvaient, Undyne sur ses talons. Les lances continuaient de pleuvoir, secouant Waterfall de leurs explosions.

- Fiche-lui la paix !

- Kid ?!

Monster Kid avait jailli des fourrés et s'était interposé.

- Laisse-la tranquille !

- Kid, à quoi tu joues ?!

Pour toute réponse, il s'élança vers la guerrière. Cette humaine l'avait protégé, parlé avec gentillesse alors qu'il n'était qu'un minable, et lui avait appris à se battre, alors que tout le monde disait qu'il était un incapable ! Même si Undyne était son mentor, pas question qu'elle touche à l'humaine ! Les paroles de Soru lui revinrent en mémoire :

Contre un ennemi plus grand que toi, cours vers lui le plus vite possible, prends ton élan, bondit, et ta tête fera le reste du travail.

La tête en question, grâce à la course, fut propulsée à toute vitesse et cogna le menton d'Undyne. Le choc fut suffisant pour l'étourdir. Les deux compères en profitèrent pour filer le plus vite possible. D'un mouvement de tête Soru remercia le petit monstre, qui se contenta de grommeler avant de disparaître.

Elle entendit le sifflement trop tard.

- UNDYNE ! NE LA TUE PAS !

Le sol explosa à quelques centimètres dans son dos ; le souffle du choc fut suffisant pour la projeter hors du sentier. Elle atterrit violemment dans l'eau, vidant brutalement ses poumons. Elle se débattit, remonta et aspira goûlument l'air. Avec horreur, elle constata qu'elle avait lâché Flowey. Où était il ? Alors qu'elle le cherchait du regard, elle remarqua que la rive s'éloignait. Non, c'était elle qui était tirée en arrière ! Elle entendit derrière le grondement caractéristique d'une cascade.

- Non non NON ! hurla t-elle en essayant de lutter contre le courant.

Peine perdue. Le grondement se faisait de plus en plus proche, l'eau attirait irrémédiablement l'humaine.

Le vide, sous ses pieds.

Le plafond parsemé de points brillants, au-dessus d'elle.

Le choc, violent, et le noir.

O*O*O*O*O

TALE

Plus d'air.

Elle plongea dans ce monde inhospitalier, et pourtant si beau. Profond, encore plus profond.

Comment l'eau pouvait-elle briller ? Elle l'ignorait, mais elle était bien, dans ce monde de silence. Sous l'eau, nul ne pouvait la voir. Elle pouvait se déplacer dans les trois dimensions comme elle le souhaitait. La vie sous-marine était étrangement la même que celle de la surface, et elle eut l'impression, pendant un instant, d'être retournée dans les lacs de ses voyages, et les souvenirs surgissaient de son inconscient. Quand elle irait dans le monde de ses soeurs, pourrait-elle retrouver la nature qui avait bercée son adolescence ? C'était un voeu égoïste, car elle avait bien compris que le reste de la fratrie s'était familiarisé avec le peuple souterrain. Ce n'était pas juste… Pourquoi fallait-il qu'ils lui volent sa famille ?

Enfin, ses poumons atteignirent leur limite, et elle commença à remonter. Crevant la surface, elle resta quelques temps à flotter, le regard posé sur le plafond. Depuis combien de temps n'avait-elle pas pu se retrouver dans l'eau, son élément favori ? Cette matière si particulière entourait tout son corps comme un cocon frais. Waterfall était devenu son coin préféré.

Sauf qu'il y avait Undyne pour gâcher le tableau.

La première fois qu'elle l'avait aperçu, son regard menaçant était lourd de significations. Et leur première rencontre… Si on pouvait appeler ça une rencontre ! La jeune humaine avait failli être empalée par les centaines de lances qu'Undyne avait jeté depuis l'autre côté de la rive. La capitaine de la garde royale était franchement effrayante et prête à tout pour lui faire la peau, et nul doute qu'elle serait un obstacle plus coriace que Papyrus.

Ah oui tiens, que devenait-il, Papyrus ? La dernière fois qu'elle l'avait vu, il disait à Undyne qu'il avait capturé l'humaine, mais qu'il l'avait laissé faire une course importante. Elle lui avait promis qu'elle reviendrait vite.

Quel naïf.

Elle lui avait confectionné un bracelet en gage de sa sincérité, et lui avait expliqué qu'à la surface, offrir un cadeau est une preuve que l'on ne trahirait jamais sa promesse. Il avait, bien entendu, gobé cette histoire. Bon il y avait une part de véracité là-dedans, mais les humains avaient depuis longtemps oublié, ironiquement, les valeurs "humaines" qu'on attachait aux objets. On se contentait aujourd'hui de noyer ceux qu'on voulait acheter sous les cadeaux.

Il était temps de sortir. Mieux valait se dépêcher d'affronter Undyne, avant que Soru ne se remette en marche. Elle souhaitait ardemment qu'elle s'en sorte saine et sauve. S'il lui arrivait quoi que ce soit, elle ne se le pardonnerait jamais.

Ainsi commença sa marche à travers Waterfall. Elle affronta divers monstres, regarda dans un télescope qui lui peignit l'oeil en rouge, rencontra Shyren, Gerson, écouta les murmures des fleurs Echo. De temps en temps, il lui arrivait de marcher en compagnie de Monster Kid, parlant encore et toujours d'Undyne, avec des yeux brillants.

- Wowie ! Alors tu as rencontré Undyne ? Elle est cool, hein ?

- Très cool et très dangereuse. Ça ne m'étonne pas que tu l'admires autant.

- Ouiiii ! Elle est trop géniale ! Je veux trop être comme elle ! Elle me dit que je suis trop jeune et que je devrais suivre ses conseils, mais je sais pas trop si c'est une bonne idée…

- Pourquoi ? Que te dit-elle ?

- Elle pense que je devrais pas être avec toi. Elle dit que tu es trop violente.

- C'est à toi de voir. Si tu me fais assez confiance pour rester avec moi, c'est ton choix.

- T'as raison ! Hé attends, j'ai oublié un truc ! Je reviens tout de suite !

Il fit demi-tour et commença à courir. Mheetacce compta dans sa tête.

3… 2… 1…

Au zéro, Monster Kid trébucha et s'étala tête la première. Elle se mordit les lèvres pour ne pas rire ; même si elle savait d'avance la blague, la chute était plutôt comique. Voir l'avenir était quelque chose d'étrange, mais pratique.

Tout comme Soru qui était quasiment invulnérable, tout comme Nilac qui guérissait et ouvrait les blessures, Checkmate avait obtenu une faculté, depuis la chute dans ce monde, celle de prédire le futur. Pourquoi l'avait-elle ? Elle l'ignorait, mais c'est grâce à ce "pouvoir" qu'elle sortait des combats sans trop de blessures. Mais ce n'était pas une protection garantie ; les visions étaient aléatoires et surgissaient à son insu, sans qu'elle puisse choisir le moment à prédire, l'événement pouvait tout aussi bien se produire dans quelques secondes que dans une heure, peut-être plus ? Mais elle avait bonne mémoire, et se souvenait de chaque vision, l'aidant au moment opportun. Ainsi, elle savait qu'elle rencontrait Undyne encore une fois, elle ignorait quand, mais elle savait que cela se déroulerait sur un pont. C'est donc sans grande crainte qu'elle continua sa découverte de Waterfall.

Enfin vint l'heure de la rencontre.

Elle courut, encore et encore, sautant et esquivant les lances qui sortaient du sol. Elle s'arrêta juste à temps quand le pont se termina en cul-de-sac. Elle entendit les pas métalliques frapper le sol et s'approcher d'elle.

- Sept.

Les pas s'arrêtèrent. Sans se retourner, Mheetacce avait levé les mains et déplié sept doigts.

- Sept, les couleurs de l'arc-en-ciel. Sept, les jours en une semaine. Sept, les notes d'une octave. Sept, les péchés capitaux. Sept, les cieux tout là-haut. Sept, le chiffre qui porte bonheur à la surface.

Au fur et à mesure qu'elle débitait sa litanie, elle avait lentement pivoté, pour finalement faire face à la guerrière.

- Sept, les années écoulées, depuis que la mort a frappé à ma porte. Sept, les âmes nécessaires, pour libérer les monstres de la terre. Undyne, je te salue.

Avant que le monstre n'ait pu réagir, la jeune humaine avait sauté dans le vide, sans pousser un cri.

O*O*O*O*O

- Regarde, regarde, regarde ! C'est une humaine, une humaine !

- Oui… … … C'est celle que j'ai rencontrée dans les Ruines… … Elle était très polie… …

- Polie ? POLIE ?! Elle a osé s'adresser à mon ami dans les Ruines, et ce qu'elle lui a dit était RÉVOLTANT, AFFREUX, INSULTANT !

- Ah bon… ? Tu as tendance à déformer ce que les gens disent… … Sans être impoli… …

- Peu importe, n'importe ! C'est une humaine et il faut la – AH ! Elle s'est réveillée !

Mheetacce avait ouvert les yeux, un peu sonnée par la chute, sur un fantôme, l'esprit Napstablook avec qui elle s'était liée d'amitié dans les Ruines. Et il était accompagné d'un… mannequin surexcité qui perdait des kilos de coton à force de s'agiter ?

- Oh… … … Pardon… … Nous t'avons dérangée … … ? Oh non… … … …

- Vite, vite, vite ! Il faut l'arrêter avant qu'elle n'attaque !

Le mannequin fit apparaître plusieurs couteaux et se mit à les lancer dans tous les sens. Certains se figèrent dans les murs, d'autres traversèrent Napstablook, et quelques-uns se plantèrent autour de l'humaine.

- Raté, raté ! Puisque c'est comme ça, je remets ça !

- Arrête… … … Tu vas finir par blesser quelqu'un… … Stop… …

Le fantôme pleura des larmes d'acide qui manquèrent de désintégrer le Mad Dummy. Il battit en retraite, laissant Mheetacce et Napstablook seuls.

- Désolé… … C'est très agréable de dormir, et mon cousin et moi, on t'a gêné… … …

- Ne t'excuse pas ! Je te suis très reconnaissante d'avoir… attends, c'était ton COUSIN ?!

- Oui… … Il aime bien occuper des mannequins… …

Drôle de famille, pensa l'humaine. Napstablook était l'un des rares monstres qu'elle appréciait. Pourquoi ? Elle l'ignorait. Mais que cette petite boule de guimauve lui soit venue en aide lui faisait beaucoup plaisir.

- Checkmate, si tu ne me demandais pas de parler poliment, il y a longtemps que j'aurais lâché une bordée de jurons. Ne saute. Plus jamais. Sans me prévenir.

Mheetacce haussa les épaules pour signifier à sa soeur qu'elle était désolée. La géante la fixait d'un air meurtrier. Elle remarqua les quelques pansements qui zébraient la partie découverte de son visage. Sa soeur comprit son regard.

- Rien de grave. Tu ferais mieux d'avancer avant que Soru n'arrive.

Elle hocha la tête. Mais bon, rien ne l'empêchait de terminer sa visite, elle sentait qu'elle était presque arrivée, elle pouvait encore profiter.

La chute l'ayant légèrement étourdie, elle se reposa un peu chez Napstablook. Beaucoup de monstres avaient le sens de l'hospitalité. Ils écoutèrent un peu de musique, allongés sur le sol. Le fantôme était doué pour composer.

- Napstablook… demanda t-elle au bout d'un moment. Est-ce que tu penses que, si l'on a fait un choix, quoique l'on fasse, les conséquences nous poursuivront toujours ? Doit-on les porter toute sa vie, et donc subir les critiques des autres ?

- Oh… … … … … Je ne sais pas… … … Pourquoi tu me le demandes, si ça ne te pose pas problème de répondre ? … …

- Parce que je n'ai pas vraiment de regrets. Parce que malgré ce que j'ai fait, je pense toujours que j'ai fait le bon choix. Si, envers et contre tous, je suis convaincue que c'était nécessaire, suis-je quelqu'un de haïssable au yeux des autres ? Pardon si mon raisonnement est dur à suivre, je suis toujours un peu contradictoire.

- Oh… … Si mon avis pourrait t'intéresser… … … … … Les autres peuvent être très blessés par tes actions, mais si ça te rend heureuse… … … … J'ai un… Quelqu'un dont j'étais très proche qui a fait un choix, et ça m'a rendu très triste… … … … … Mais je suppose qu'il est heureux aujourd'hui, parce qu'il est enfin ce qu'il voulait être… … … … Pardon si mon exemple n'est pas très convaincant, mais il y a toi, et puis les autres… … … … Qui a raison et qui a tort, je ne sais pas, mais parfois les deux partis ne peuvent pas être comblés… … … …

Mheetacce lui adressa un doux sourire. Mais s'il savait la vérité, il serait horrifié à coup sûr. Même après tant d'années, le regard des autres l'inquiétait toujours. La plaie dans son âme n'avait pas guéri, et ne guérirait peut-être jamais…

Elle salua le fantôme et reprit sa route. Il était l'heure du dernier affrontement. Undyne était jugée sur sa falaise, toisant de très haut l'humaine.

- Tu es encore là, hein ? Tu es vraiment déterminé, humain. Ou plutôt devrais-je dire assassin ? Combien de monstres as-tu tué, avant d'arriver ici ? Tu es un danger, une menace, tu ne mérites même pas de connaître l'histoire de la guerre entre humains et monstres !

- Il y a très longtemps…

- Tais-toi ! Profite de tes dernières secondes, humain, il est temps pour toi de mourir !

La femme-poisson bondit, atterrit devant l'humaine, et commença à attaquer. Mheetacce ne chercha pas à répliquer.

- C'est une blague ? Ho, princesse, tu es violente, non ? T'attends quoi ? On est censé se battre !

Elle regarda les statistiques de l'humaine :

Mheetacce LV 5

HP 40 ATK 5 DEF 18

La stratégie n'implique pas les sentiments

- Bon d'accord, grommela Undyne, c'est pas avec ça que tu vas me faire de gros dégâts. C'est quoi ton arme ?

Elle remarqua un peu trop tard que l'humaine tenait sa cape mouillée comme un toréador. Alourdi par l'eau, le tissu projeté sur le visage d'Undyne eut l'effet d'un gourdin. En quelques secondes, Mheetacce avait enroulé sa cape autour de la gorge de son adversaire, s'était postée derrière elle et avait frappé l'arrière de ses genoux, la forçant à s'agenouiller. Le manque d'air rendait Undyne de plus en plus faible.

- Vous êtes forte, Undyne, je l'approuve ; mais vous n'avez pas tué, vous n'avez pas cette facilité pour blesser. Moi, je suis faite de LOVE. Tant pis si les cendres collent à ma peau, rien, vous m'entendez, rien ne m'empêchera de terminer ma quête. Je suppose que vous me détestez, pas vrai ?

Elle entendit un cri, des larmes, versées devant une image de la femme-poisson qui partait en poussière, une blouse qui devenait humide, et un futur compromis. Ah, c'était donc comme ça.

Elle desserra son emprise pour permettre à Undyne de respirer un peu mieux.

- Mais je ne vous tuerais pas. Je suis devenue suffisamment forte, je n'ai pas besoin d'un surplus de poussière. Papyrus serait triste si vous n'étiez plus là, il vous admire beaucoup.

Undyne se libéra de son emprise et se releva, la menaçant de sa lance.

- Espèce de…

- Avancez d'un seul pas, et je me déchire l'âme. Seriez-vous prête à risquer la liberté de votre peuple ?

Elle tenait son âme en main, et son regard prouvait qu'elle ne plaisantait pas. Avec un soupir de rage, Undyne baissa son arme.

- Si je te retrouve, je te transforme en hachis, sale humain.

- Nous serons peut-être amenées à nous rencontrer encore une fois. Je ne vous demande pas de devenir mon amie, ni de me pardonner. Mais… Lorsque j'aurais terminé ma quête, je reviendrai vous voir, et alors vous rendrez justice à ceux que j'ai tués.

- Qu'est-ce qui me prouve que c'est pas du baratin ?

Pour toute réponse, Mheetacce dégagea le col de sa robe et dévoila la cicatrice qui lui barrait la gorge. C'était une longue et épaisse estafilade, et en la voyant Undyne se demanda comment l'humaine avait fait pour ne pas mourir vidée de son sang.

- Je n'ai pas obéi à un ordre, il y a longtemps. Cette cicatrice, c'est la punition que j'ai reçue, et cela m'a appris une chose : toujours. Respecter. Ses. Engagements.

Tu as beaucoup d'imagination, Mheetacce.

- Est-ce que, malgré tout, vous n'êtes toujours pas convaincue ?

- Non, ça ira. Mais, euh, les humains ont quand même des pratiques bizarres…

Une vision lui revint en mémoire.

- Dans ma famille, nous avons des ancêtres samouraïs ; le sens de l'honneur est quelque chose de sacré.

- Oh ?! Alors nos sources d'informations sont sûres ! C'est comme dans les animés d'action ! Bon, maintenant fiche le camp ; quand tu auras fini ta… "quête", tu as intérêt à venir le plus vite possible.

- Bien sûr, dit-elle en s'inclinant poliment. Cependant, je serai obligée de repasser parfois dans Waterfall pour compléter ma quête. Cela pose t-il problème ?

Undyne grommela quelque chose qui ressemblait à un non, puis lui fit signe de dégager.

O*O*O*O*O

Très loin de cette scène, Sans somnolait dans sa chambre qu'il n'avait pas rangé depuis des lustres. Il avait profité d'une pause pour faire une petite sieste, il l'avait bien mérité, non ?

Un craquement le fit soulever une orbite. C'était lui ou… ça bourdonnait ? Le bruit se fit de plus en plus puissant et désagréable, jusqu'à ce que, brusquement, un rectangle blanc apparaisse au beau milieu de la pièce.

- Qu'est-ce que… ?!

La question resta coincée dans sa gorge inexistante. Le haut d'un corps venait de s'avancer dans le rectangle blanc, comme quelqu'un qui se penchait à la fenêtre qui sépare les dimensions. Et ce visage, bien qu'il ait un air cadavérique, Sans l'aurait reconnu entre mille.

- … Frisk ? C'est bien toi ?

L'apparition, à la manière d'une poupée désarticulée, tendit la main vers le squelette. Sa bouche s'ouvrit, pour laisser passer des paroles rouillées, hésitantes, bégayantes :

- Entre les mondes… Viens… me-me chercher entre les mondes…

Le rectangle se referma aussi brusquement qu'il était apparu. Sans se frotta les orbites, frappa ses zygomatiques. Non, il n'était pas en train de dormir, il n'avait rêvé, c'était vrai, cet évènement était réel ! Qu'est-ce que ça voulait dire ?! Frisk était donc vivant ! Dans un endroit inconnu, mais vivant !

Mais comment allait-il y accéder ?

O*O*O*O*O

SWAP

Pendant ce temps, la quiétude de Waterfall était troublée par des cris.

- Non, arrêtez ! Je n'en peux plus !

- Pas question ! Tu continues, c'est toi qui me l'as demandé, grunge ! Je me fiche que tu te sois coupée, tu te mettras un pansement ! Allez, du nerf ! Plus rapide, le rythme ! Tu ne sais pas utiliser un couteau ou quoi ? Tu te moques de moi ?! Utilise ta fameuse force herculéenne, c'est pas si dur à soulever ! Tu fais n'importe quoi, là, respectes l'ordre ! Mais attention à ce que tu fais, c'est pas possible d'être aussi maladroite !

Hapstablook jeta un discret coup d'oeil vers la source des cris. On entendait un puissant ramdam en provenance de la maison d'Alphys. A l'intérieur, Nilac était partagée entre l'apitoiement et le rire, sous les ordres aboyés par Alphys. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'une leçon de cuisine puisse être aussi stricte et énergétique !

Pour comprendre comment on en était arrivé là, il serait judicieux de faire un petit saut dans le temps :

Nilac avait commencé la traversée de Waterfall, et comprenait pourquoi Checkmate appréciait autant le coin ; mais si ç'avait été possible, la géante aurait bien aimé rester encore un peu à Snowdin. La conversation nocturne avec Sans était toujours tapie dans sa mémoire, ainsi que cette réplique, lâchée par Papyrus :

«Mon frère ne pense pas que ce qu'il sait est un fardeau ; mais il faut bien que quelqu'un prenne ce problème en charge, pas vrai ?»

Sous la carapace enjouée de ce monde, quelles ombres pouvaient être enfouies ? Quels secrets avaient autrefois tâché de rouge le souterrain de la montagne ? Alors qu'elle ressassait ses questions, des éclairs avaient jailli et manqué de la griller ; la capitaine de la garde royale l'avait trouvée, et combien de temps elle la poursuivit, Nilac préféra ne pas se souvenir. Arrivée à la grotte qui signait la fin de la zone, elles se trouvèrent face à face. Alphys se moqua de l'apparence "faiblarde" de l'humaine. Il est vrai qu'avec son pull déformé et son jogging élimé, elle n'avait pas une allure très impressionnante.

- Tu n'as aucune chance contre moi, grunge ! Mate ça, je peux porter un rocher juste parce que je le peux ! cria t-elle en joignant le geste à la parole.

Pour toute réponse, Nilac saisit le rocher et le souleva à bout de bras. Alphys en resta bouche bée, puis se ressaisit.

- Ah ! J'avais raison ! Les humains ont une force herculéenne, comme dans les animés ! Mais ce n'est pas ça qui va m'arrêter, voyons voir ce que tu vaux au combat !

Elle fit apparaître d'autres éclairs, et c'est un véritable orage qui s'abattit sur l'humaine. Elle esquiva, roula, sauta, tandis que l'électricité faisait dresser ses cheveux, et le sol, sous ses pieds, craquelait et fissurait. La caverne résonnait du fracas des éclairs qui éclataient un peu partout, et les roches tremblaient.

Avait-elle seulement une chance de gagner ?

Saisissant son courage à deux mains, elle se releva et, lorsqu'un énième éclair fonça vers elle, elle l'empoigna et l'arrêta avant qu'il ne la frappe. Elle serra les dents quand quelques volts se déchargèrent dans son corps, mais par chance assez moindres pour éviter l'électrocution (il faut 1000 volts pour mourir). Mais elle sentit son rythme cardiaque s'accélérer, et sa tête la lança. D'autres éclairs apparurent, et celui qu'elle tenait dans les mains lui fit office de bouclier pendant un temps indéterminé. Vint l'accalmie, et, étonnée, elle se tourna vers Alphys, la questionnant du regard.

- Corps-à-corps ? demanda Alphys, ayant interprété la question à sa manière. Défi accepté !

Oups, grosse erreur.

La lézarde saisit sa hache et bondit vers l'humaine. Est-ce que son armure ne pesait rien ?! Maladroitement, elle esquiva le coup. Son corps fatiguait, combien de temps tiendrait-elle devant une telle furie ?

Elle entendit soudain un craquement sinistre ; la voûte était lézardée de fissures, la pluie de roches allait s'abattre d'une seconde à l'autre.

- ALPHYS ! hurla t-elle, tentant de la prévenir.

Le plafond céda, et l'éboulis ensevelit les deux combattantes.

O*O*O*O*O

Alphys reprit connaissance. Son crâne tambourinait, et elle sentait un liquide chaud couler sur son oeil invalide. Son bras droit était plié à l'envers. L'humaine était penchée au-dessus d'elle, en sueur.

Alphys remarqua aussitôt les roches à quelques centimètres de sa tête, et la jeune fille, pliée sous le poids de la pierre, empêchant le reste de l'avalanche de les écraser. Mais elle n'allait tenir longtemps, elle le voyait.

- Sortez… coassa Nilac en désignant la lumière qui brillait derrière elle. Sortez vite.

- Ecoute, si on fait comme ça, l'une de nous va mourir. On va porter le plafond tour à tour et avancer petit à petit, d'accord ?

***de. Elle avait parlé sans réfléchir. C'était un humain, bon sang, la clé qui pourrait les libérer, et également une menace, pourquoi elle avait dit ça ? Mais elle s'était prononcée, et une guerrière comme elle ne revenait jamais sur sa parole.

À chaque pas, le passage s'effondrait derrière elles, tandis que la voûte pesait de plus en plus lourd sur leurs épaules. Elles se dirigeaient vers l'air libre, lentement, mais sûrement. Enfin, elles débouchèrent hors des pierres, et le chemin vers les Hotlands se scella complètement. Nilac jeta un regard désespéré ; les retrouvailles avec ses soeurs allaient devoir attendre. Encore…

- Bon, fin de la pause, dit Alphys en se relevant, tentant d'ignorer la douleur qui lui transperçait le bras. Je suppose qu'on doit continuer le combat.

Malgré une voix qui lui criait qu'elle faisait la plus grosse erreur de sa vie, Nilac avança la main, et répara le membre du monstre. Alors que l'os se remettait en place, une nouvelle plaie s'ouvrait dans son âme. Elle s'en occuperait plus tard…

Alphys resta quelques minutes interdite devant son bras intact. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Les humains étaient des êtres cruels et belliqueux, pourquoi cette grunge l'avait soignée ?

- Sans m'a dit que vous êtes son entraîneuse de cuisine. Ce serait dommage de ne plus pouvoir exercer son activité à cause d'une blessure.

- Qu'est-ce que tu fabriques ? Tu essaies de m'acheter, c'est ça ?

- Alors pourquoi je me serais embêtée à vous sauver de l'avalanche ?

Alphys se tut. Que pouvait-elle répondre ?

- Je suppose que je n'aurais jamais votre confiance. Parce que je suis l'obstacle des rêves et des espoirs de votre peuple, comme vous me l'avez reproché. Sans m'a beaucoup raconté son désir de voir la surface ; si je connaissais le moyen, je briserais la barrière avec plaisir. Il y a une seule chose que je dois accomplir avant d'essayer. Lorsque ce sera fait… J'aimerais bien cuisiner encore avec Sans.

- Ah oui ? Parce que tu penses pouvoir l'égaler ? Son talent, il l'a appris d'une chef ! dit-elle en bombant le torse.

- Dans ce cas, vous pourriez peut-être m'enseigner votre art ?

Elle l'avait prononcé sans arrière-pensée, honnêtement. Alphys analysa la question ; elle avait manqué de la tuer, et elle continuait de faire ami-ami ? Pourquoi cet humain se donnait tant de mal ? Elle était partagée entre son devoir et sa curiosité ; si cette grunge projetait d'ouvrir la barrière… Alors le rôle de la guerrière n'était plus de la capturer, n'est-ce pas ?

N'est-ce pas ?

Elle la saisit par le col, la souleva et la fixa, oeil dans l'oeil.

- Je te préviens, je n'aime pas les apprentis pleurnichards.

Le visage de l'humaine s'illumina.

- Merci beaucoup ! Je reviens dans dix minutes !

Les muscles encore engourdis, mais le coeur bondissant, elle dévalisa la boutique de Gerson et l'échoppe de Flowey pour reprendre des forces. Une fois son ventre rempli, elle accourut le plus vite possible chez Alphys.

Voilà comment l'humaine était devenue l'élève de la garde royale. Et elle riait, pendant ce cours atypique, tandis qu'Alphys se disait qu'elle n'avait pas fait le mauvais choix.

Car, après tout, deux borgnes étaient faits pour s'entendre, pas vrai ?


Pour ceux qui se posent la question, je ne dirais pas à quoi ressemble l'oeil de Nilac. Du moins, pas tout de suite... Et Mheetacce doit encore moins plaire aux lecteurs maintenant, je me trompe ?

Ne vous inquiétez pas, Soru n'est pas morte. Qui a dit que son voyage allait bien se passer ? Je suis vraiment sadique avec elle x(

À dans deux semaines, si j'arrive à faire un chapitre aussi long que celui-là x/ Une review ? :3