Le lendemain, Terry retourna seul à Lakewood et Flanny préféra l'attendre dans la maison de location pour savoir, en espérant qu'il n'aurait pas à trop s'investir et surtout ne pas se faire démasquer.

Pendant ce temps le jeune détective était avec Elisa Legrand et elle lui offrit sa virginité sans grand mal. Son frère Daniel était invité au cabaret par un ami, il y fit la connaissance de Lola, en tomba follement amoureux et lui promit mille et un cadeaux en échange de son corps de rêve.

Sarah Legrand était une femme mariée, encore fidèle par prétentions démesurées plutôt que par respect pour son époux si souvent absent, comme en ce moment. Elle était plutôt jolie et bien faite malgré ses trente neuf ans, seule son âme était laide. Mais ce soir, ses yeux noisette souvent méprisants étaient doux et pleins d'espoir sous le regard d'Oliver Spencer et quand il l'embrassa passionnément, elle se sentit jeune, belle et totalement femme, amoureuse comme une adolescente.

Terry vérifia qu'elle dormait profondément, le somnifère de Flanny avait agi rapidement. Il était heureux d'avoir su éviter plus car déjà ce baiser lui avait laissé un goût amer, plus aurait été difficile même dans la peau d'un autre. Il laissa cette femme dormir et partit vite vers le bureau d'Albert. Il fouilla rapidement les tiroirs mais ne trouva rien d'intéressant à part un carnet d'adresses qu'il mit dans sa poche pour le feuilleter plus tard. Il alla ensuite étudier le coffre-fort, il était bien fermé et il n'essaya même pas une combinaison au hasard. Il préféra aller à la fenêtre, battit trois fois son briquet puis redescendit ouvrir à l'homme attendu. Celui-ci ne dit rien et suivit vite Terry à l'étage. Il posa son gros sac près du coffre, l'étudia une minute puis sûr de lui, sortit ses outils et se mit à l'œuvre. Terry le laissa pour vérifier si Sarah dormait toujours, c'était le cas alors il fouilla un peu sa chambre. Il dédaigna le coffret aux bijoux bien rempli, grimaça sur le portrait de ses deux enfants vils et méchants puis lut rapidement une lettre qu'il mit dans sa poche en souriant. Comme il n'y avait rien d'autre, il retourna au bureau d'Albert et constata que l'homme avait un casque relié à un appareil et manipulait les gros boutons pour trouver la bonne combinaison. Il le regarda agir en silence et quinze minutes après, la porte du coffre s'ouvrit. L'homme n'y jeta même pas un œil, son travail était fini, il rangea son matériel et disparut aussi discrètement qu'à son arrivée. Terry ne perdit pas de temps, il sortit tous les papiers, laissa l'argent, plusieurs liasses, quatre lingots d'or, un coffret de diamants. Il y avait aussi un revolver et des balles, il se dit qu'il valait mieux les emporter avec tous les papiers et lettres. Il referma ensuite le coffre, rien n'indiquait une effraction si on ne l'ouvrait pas bientôt. Il retourna dans la chambre, Sarah ronflait comme un poêle à charbon et ne donnait vraiment pas de désir à Terry, qui s'installa sur un fauteuil pour lire les documents. Dix minutes après, il retint un cri de joie en lisant le testament d'Albert. Il avait été rédigé trois mois avant sa mort et léguait Lakewood et un quart de sa fortune à son héritière, Candice Neige André. Les trois autres quarts étaient pour son neveu Archibald Cornwell qui héritait des parts des défunts, donc de son frère Alistair et de son cousin Anthony Brown. Une maison de campagne et une somme conséquente devaient revenir à Georges Johnson, fidèle bras droit d'Albert et diverses rentes aux domestiques de Lakewood. Rien n'était légué aux Legrand hormis un terrain à Baltimore et des actions dans une usine de conserves en Arkansas. Ca sentait la moquerie et Terry comprit mieux la colère de cette femme, demi-sœur d'Albert par sa mère suite à un premier mariage l'ayant rendue veuve jeune, mais si peu ressemblante de lui. Il y avait aussi une clause stipulant qu'Elroy ne pouvait pas révoquer ses volontés vu que son frère, le père d'Albert, ne lui avait donné la tutelle des biens et la fortune André que jusqu'à la majorité des héritiers désignés. Archibald et Candy étaient majeurs, Candy depuis un peu plus d'un mois seulement mais ça suffisait à faire d'eux, les vrais héritiers André. Dans les autres papiers il y avait des lettres d'Albert à Georges Johnson, à son notaire, à diverses administrations, tout ce qui pouvait prouver qu'Albert ne voulait pas léguer ses biens aux Legrand y était. En plus, ils avaient caché des lettres d'Albert à Candy, des lettres claires sur ses sentiments pour elle et Terry les lut sans amertume, il ne pouvait en vouloir à son vieil ami d'avoir tant aimé Candy lui aussi. Il s'arrêta quand même de lire après une phrase qui le troubla beaucoup. Elle disait qu'Albert savait que Candy l'aimait plus en frère et n'oublierait jamais vraiment Terry mais que lui l'acceptait et l'accepterait toujours ainsi. Mais Terry oublia vite cette phrase car les trois derniers mois avaient changé les sentiments de Candy pour Albert, elle l'avait dit, elle avait réalisé ensuite combien elle l'aimait, plus qu'elle ne l'avait aimé lui. Mais peu importait, Terry avait réussi à trouver de quoi rendre son dû à Candy, le reste ! Mais ce n'était pas encore fini, il fallait maintenant réussir à chasser cette vile famille d'ici et pour gagner du temps, rester encore Oliver Spencer. Alors il écrivit une note qu'il posa sur l'oreiller à côté de Sarah. Puis il la déshabilla à moitié, déversa le reste de champagne dans les verres après avoir rincé celui contenant encore un peu du somnifère. Enfin, il fit croire que la chambre avait vécu une nuit d'amour et d'ivresse puis partit avec ses papiers si précieux.

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Quand Sarah se réveilla, le lendemain matin à neuf heures, elle ne se souvenait plus de rien sauf du baiser merveilleux d'Oliver. Sa tenue légère, les draps froissés, ses yeux fiévreux et surtout la lettre de celui-ci lui fit conclure que la nuit avait été passionnelle et épuisante. Toujours persuadée qu'Oliver était fou d'elle, était très riche et elle très amoureuse aussi, elle ne chercha pas plus, ne se méfia pas cette fois et toute guillerette partit à sa toilette en rêvant déjà à la vie merveilleuse qu'elle allait enfin vivre auprès d'un homme à sa mesure.

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Candy était retournée à Chicago pour rendre à madame Smith l'argent qu'elle lui avait envoyé en donation. Mais celle-ci s'entêta plus qu'elle, jouant vexation et culpabilité, si bien que Candy repartit avec l'argent mais en doutant de plus en plus que cet argent appartenait bien à la vieille dame. Car celle-ci ne semblait guère plus riche qu'avant, sans être pauvre non plus mais son histoire d'héritage semblait sortie d'un livre de contes. Elle songea à Terry, était-il pour quelque chose dans ces dons ? Elle le pensait possible mais sans certitudes. Mais si c'était le cas, ça la rendait en colère car ça signifiait qu'il refusait de sortir de sa vie. Elle ne put s'empêcher de ressentir en même temps un peu de chaleur dans le cœur en l'imaginant si fidèle. Toute la soirée elle ne cessa de lutter entre ces deux sentiments, sa solitude ne l'aidait pas, sans Flanny, sa vie lui parut vraiment vide. Et quand elle finit par sortir de l'armoire le myosotis fané qu'elle avait gardé du bouquet qu'il lui avait offert sur le quai, une peine infinie la submergea et elle se forçat à l'écraser dans sa main et la jeter pour pouvoir encore se tenir à ses choix.

Et le lendemain alors que Flanny n'était pas rentrée, elle posta un mandat de deux cent dollars à madame Smith, la prévenant qu'elle ferait ainsi avec tous ses dons désormais. C'était dur et très sec mais si c'était Terry le donateur, il fallait qu'il cesse de s'immiscer dans sa vie. Et si ce n'était pas lui, tant pis, madame Smith trouverait une autre cause à aider.

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Flanny rentra le soir où Candy avait envoyé le mandat, après avoir appris la réussite de Terry. Elle aurait préféré rester à Chicago mais elle ne voulait pas que Candy s'inquiète. Elle la trouva à nettoyer avec acharnement les chenils, dans sa salopette en toile, les cheveux en bataille, la mine renfrognée. Flanny se sentit un peu snob dans son tailleur beige et ses escarpins, les vêtements choisis par Terry pour son rôle de secrétaire. Elle l'avait remis juste pour provoquer Candy mais elle sembla indifférente encore. Elle aurait voulu lui dire que bientôt elle pourrait revoir la roseraie d'Anthony, la maison d'Albert et peut-être y vivre mais elle ne pouvait pas encore. Alors elle alla se changer pour un vieux pantalon et reprit son travail aussi.

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Terry avait rappelé Sarah à midi, elle semblait avoir cru à une nuit de passion. Il lui raconta encore plus de mensonges et celle-ci, toujours plus sûre d'elle partit acheter plein de nouvelles robes et de dessous sexy puis se rendit chez le coiffeur, la manucure, l'esthéticienne et finit par écrire une lettre à son époux à Washington pour lui dire qu'elle était encore jeune, lui vieux et mou depuis toujours donc elle allait demander le divorce.

Au même moment, son fils Daniel essuyait une dette de jeu très importante. Il avait huit jours pour la couvrir mais ne s'inquiéta pas, sa famille était riche et Lola, sa nouvelle petite amie le rassura encore plus en le poussant à tenter à nouveau sa chance aux cartes dans un autre tripot.

Elisa fut la première à se réveiller de ses illusions. Au matin de sa première nuit d'amour, elle se découvrit seule dans le lit de l'hôtel et un simple mot sur l'oreiller lui fit comprendre qu'il n'y aurait pas de suite à cette idylle car elle n'avait pas été une grande amante cette nuit et que son galant avait en vue une fille bien plus belle et sensuelle. Il lui conseillait d'épouser très vite un type mou et ennuyeux, ainsi elle aurait une vie aussi terne que son corps. Elisa, folle de rage, se mit à arracher les oreillers en hurlant des noms d'oiseaux à son goujat d'amant, puis plus malheureuse cette fois qu'haineuse, rentra à Lakewood en larmes en espérant que sa mère la console mais elle n'était pas là, ni son frère. Alors elle partit en cuisine et avala une bouteille de scotch sous les yeux de la cuisinière qui, après s'être fait insulter deux fois en voulant lui conseiller de ne pas boire ainsi, la laissa se débrouiller car de toute façon, elle ne la portait pas dans son cœur cette pimbêche. Résultat, Elisa était saoule et après avoir cassé pas mal de choses dans la maison, elle tituba et finit par s'écrouler dans son lit.

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