Il fait noir.
Je ne veux pas d'elles !
Je n'aime pas comment ils me regardent.
Aide-moi.
Ce bâtiment est si grand…
Il y a tant de monde…
Il fait noir.
Je ne veux pas être toute seule.
Laisse-moi !
C'est un collège.
Elles sont un fardeau.
Ils t'écraseront si tu es différente.
Il fait noir.
Où sont-ils allés ?
Je dois apprendre plusieurs rôles.
T'es qui ? Tu viens d'où ?
Comme au théâtre.
Aide-moi. Laisse-moi.
Ne me laissez pas toute seule !
Mes affaires ont disparu…
Fiche le camp !
Nulle part où aller.
Il fait noir.
Un jour la mordue de maquillage.
Ils me font tomber.
Je suis comme vous !
Sous le silence la tempête.
Ils veulent juste jouer.
Alors la fan de chanteurs commerciaux.
On ne veut pas de nous.
Où êtes-vous ?
Je ne suis pas un jouet !
Se fondre dans la masse.
Nous n'avons plus de souvenirs.
C'est quoi cette cicatrice ?
Va mourir !
T'as voulu te suicider ?
Il fait noir.
Je ne veux pas créer d'ennui.
Morts lors d'un accident.
Aide-moi. Laisse-moi. C'est de ma faute.
J'ai mal.
Voiture et glace.
Les masques ne marchent plus.
Je les entends rire.
Il fait noir.
Mes larmes aux toilettes et ma fierté à la poubelle.
Tous mes masques brisés.
Elles ne comprennent pas.
Tenir.
Allez-vous-en !
Les murs étouffants.
Post-it injurieux.
Plus d'étoiles.
Laisse-moi. C'est de ma faute.
Nulle part où aller.
Nulle part où se cacher.
Le couteau est pointu.
Laisse-moi mourir.
…
…
…
…
…
)^$§# Hă Hā Ħa hA HAHĂHahHAhAHÅah ! /=&*!/:!
PaThetiqUe
RiEn dE tout CEla n'eSt réEl, Tu sAIs ?
Ouvre les yeux !
O*O*O*O*O
TALE
Sans posa ses phalanges sur le front de l'humaine. Pas de fièvre. Bon, c'était déjà ça…
- SANS ! EST-CE QUE L'HUMAIN EST ENCORE ENDORMI ?
- Oui…
- DANS CE CAS, LAISSE-MOI LE SURVEILLER UN PEU ! LE GRAND PAPYRUS DOIT S'ASSURER QUE SES AMIS VONT BIEN !
- Comme tu veux, frérot.
Papyrus s'installa aux côtés de Mheetacce, allongée sur le canapé. Il espérait que sa sieste n'était pas dûe à une contamination de la flemmardise de son frère ! Trois jours plus tôt, Sans était apparu littéralement dans le salon, l'humaine dans les bras. Il l'avait posée précipitamment sur le canapé, comme s'il était effrayé par quelque chose. Après quoi il avait veillé à son chevet, un air… disons, nerveux sur le crâne ? Il n'avait pas vraiment expliqué ce qui s'était passé, juste que l'humaine était tombée dans ses radius et qu'Alphys lui avait conseillé de la laisser prendre du repos.
Papyrus avait envie de parler, même si l'humaine ne pouvait pas l'entendre. Peut-être que le son de sa magnifique voix pourrait la réveiller ! Cela faisait si longtemps qu'il voulait un ami, et il était si heureux depuis qu'il était arrivé…
- HUMAIN ! COMME TU ME L'AS CONSEILLÉ, J'AI ÉTÉ PLUS DÉLICAT AVEC LA CUISSON DES SPAGHETTIS, ILS SONT MOINS NOIRS QU'AUPARAVANT ! POUR MON PROCHAIN PLAT, JE VAIS RAJOUTER PLEIN DE FROMAGE, JE SUIS SÛRE QUE CE SERA DÉLICIEUX ! ET JE TRAVAILLE ÉGALEMENT SUR UN NOUVEAU PUZZLE QUI T'ASPERGE DE SAUCE PIQUANTE SI TU TE TROMPES, PAS MAL NON ? ENCORE FAUT-IL QUE JE DÉCIDE EN QUOI IL VA CONSISTER ! OH ET EN PASSANT…
Tandis que Papyrus parlait, Sans s'était enfermé dans sa chambre. Il avait besoin de se reposer, après trois jours à force de veiller sur l'humaine, et surtout, de réfléchir, à la machine dimensionnelle et à autre chose.
Que pouvait être cette fille ?
O*O*O*O*O
FELL
- Impressionnant… Très impressionnant !
À moitié sonnée, Soru se sentit extirpée de la machine. Sa tête tambourinait, son corps pesait lourd. Quelqu'un la soutenait, une voix lointaine parvint à ses oreilles :
- Ramène-la au dortoir, qu'elle se repose un peu. D'habitude, personne ne reste conscient après ça…
Une fois Soru hors de la salle, Alphys prit les résultats et les étudia avec plus de précision.
- C'est tout simplement incroyable !
- De quoi parles-tu, Alphys ? demanda Undyne.
- Regarde ! répondit-elle en lui plaquant les feuilles sous le nez. On n'a pas un, mais trois enregistrements ! Lors de l'extraction, une quantité astronomique de pouvoir s'est manifestée, et quelques secondes plus tard, deux autres sources totalement différentes ont répondu !
- Un peu comme une sorte de… message ?
- Exactement ! Regarde ces trois enregistrements : les traits et les points se complètent comme trois pièces de puzzle ! Et conjugués ensemble, c'est comme s'ils formaient une giga âme, à la puissance inimaginable !
Depuis quand la capitaine n'avait-elle pas vu la scientifique aussi excitée ? Elle était plutôt mignonne, sans son air râleur…
- Undyne ! Il ne faut surtout pas qu'il arrive quoi que ce soit à l'humaine ! On ne peut pas encore dire qu'elle ait effectivement des sœurs dans une autre dimension, mais si on peut remonter jusqu'à la source de ces deux enregistrements, alors nous aurons plus que la puissance nécessaire pour briser la barrière, et éradiquer l'espèce humaine !
Pendant ce temps, Papyrus avait déposé Soru dans l'un des lits ; Endogeny l'observèrent en couinant, attristés de voir la bestiole à nouveau mal en point. L'humaine semblait à peine réagir au monde qui l'entourait, et ainsi ne remarqua pas le squelette penché au-dessus d'elle.
Papyrus semblait calme, mais intérieurement c'était la tempête. Plusieurs sentiments se bousculaient dans sa tête ; colère, intimidité, honte de s'être fait battre, et quelque chose d'autre qu'il n'arrivait pas à définir. Certes, il avait été curieux de son incroyable solidité ; mais c'était autre chose qui l'empêchait de la haïr. Il avait perdu un combat contre une pathétique humaine, bien sûr que c'était le pire des déshonneurs ! Alors qu'est-ce qui résonnait en lui, comme un écho ? Il n'oserait jamais l'avouer et surtout se l'avouer, mais disons qu'il éprouvait une sorte de… respect ?
Et puis quoi encore ? Du respect, pour un humain dont il avait juré d'exterminer chaque représentant ? Les semblables de cette fille avait condamné son peuple à ne plus revoir la lumière du soleil, comment pouvait-il nourrir un quelconque sentiment positif à son égard ?!
Il faut continuer à vivre.
Cette phrase remonta brutalement dans sa mémoire. Vivre… Qu'est-ce ça signifiait, dans l'Underground ? La première loi qui régissait son monde était de tuer ou d'être tué, et cela induisait de survivre. Oui, à un moment, Papyrus était effrayé par la mort, et cette peur devint sa force pour devenir de plus en plus puissant, craint et respecté, au risque d'annihiler tous ses sentiments. Depuis quand n'avait-il pas ri, juste souri, y avait-il un temps où il ne se disputait pas sans cesse avec son frère ? Si on pouvait appeler une vie son existence sous la terre, alors plus grand-chose n'avait fait vibrer son âme depuis longtemps.
Était-ce pour cela qu'il était… disons, reconnaissant envers cette créature ? Leur combat avait allumé une étincelle en lui, une peur et une excitation qu'il n'avait que peu ressenti, car on lui avait offert un adversaire coriace, certes il avait perdu, mais en même temps qu'il s'était réprimandé pour avoir échoué, ce frisson qui lui avait parcouru les os, il était toujours là, enfoui et demandant à resurgir.
Et cette image restait imprimé dans sa conscience. Les yeux de l'humaine étaient gravés dans sa mémoire, deux lueurs brunes qui étaient brûlantes de volonté, une volonté qu'il n'avait plus vu depuis longtemps, celle de vivre chaque seconde comme si elle était la première et la dernière.
Au moment où il allait quitter le dortoir, il entendit sa voix :
- Non, ça ne va pas.
Il crut pendant un instant qu'elle s'adressait à lui.
- Comment pourrais-je aller bien ? Ils prévoient de m'utiliser comme outil, de venir et de vous tuer… Oui, que veux-tu, les monstres ne sont pas toujours d'aimables créatures, Nilac ! (Un silence). Je n'arrive même plus à me rebeller, ou juste à pleurer. J'ai juste manqué de m'étouffer devant eux. Oui, je me le reproche ! Parce que si je flanche, je ne serais plus crédible à leurs yeux, et je ne pourrais pas les aider. Oui, je cherche toujours à les sauver, même si tout est condamné à disparaître. Sans ne m'aime pas, je le vois bien, mais je ne suis pas l'enfant, même s'il me compare sans cesse à lui. Je suis juste… fatiguée de devoir supporter ses reproches, de n'être qu'un objet ou de la chair à martyriser aux yeux des autres. Est-ce qu'il y a du mal à vouloir autre chose que ça, de vouloir un peu de chaleur dans ce monde ? Tu te rends compte de la chance que tu as, d'avoir un père qui t'aime, des amis ? Moi aussi, j'ai cru avoir droit à un peu de bonheur, avec Toriel, il ne manquait plus que vous, je lui avais promis de revenir, mais finalement même ça je dois y renoncer ! Oui, je me plains, parce que c'est peut-être la dernière fois que je le ferais ! Flowey, qui m'écoutait un peu, n'est plus là, et tu ne peux pas me serrer dans tes bras, tu te souviens ? J'ai peur, Nilac, j'ai peur qu'il vous arrive du mal et que je ne puisse pas tenir mes promesses…
- Il ne nous arrivera rien, Soru.
- Comment peux-tu en être aussi sûre ?
- Pour venir dans mon monde, tu dois être accompagnée d'un monstre qui puisse se téléporter ; il ne peut pas transporter plusieurs personnes à la fois, alors vous ne serez que deux. Lorsque vous arriverez dans mon monde, je préviendrais les monstres avec qui je me suis rapprochée, et nous intercepterons celui qui t'accompagne, avant de le forcer à retourner chez lui. Puis nous détruirons la machine dimensionnelle ; ainsi, ceux de ton monde ne pourront pas revenir.
- Et tu penses que cela marchera ?
- Il faut y croire, Soru, il faut y croire ! C'est toi la plus têtue de nous trois, prête à te blesser si cela nous aidait. Tu nous as donné tes bras pour nous consoler, tu nous as offert tes épaules pour que nous puissions y pleurer, mais tu as le droit d'abandonner ce rôle ! Tu as le droit de ne pas être toujours forte, tu as le droit de pleurer aussi, toi qui as longtemps gardé tes larmes. On a le droit d'avoir peur, d'être triste.
- Je… Je…
- Pleure. Pleure, si tu sens que ça devient trop lourd. Pleure, si tu en as envie.
La jeune fille se prit le visage entre ses mains. Hoqueta. Laissa sa gorge se nouer, ses muscles se relâcher et s'enfoncer dans le lit. Toute la fatigue que le sommeil n'avait pas pu effacer, elle se liquéfia entre ses doigts, humidifiant ce qui l'entourait. Elle pleura.
C'est là que Papyrus l'entendit. Il entendit la voix, le chant qui s'élevait, doux comme une berceuse, chargé de souvenirs et de tendresse, qui semblait venir de loin, très loin… Au fur et à mesure que le chant s'étirait, les pleurs diminuaient.
Instinctivement, Papyrus serra son écharpe dans son poing. Sans chantait, lui aussi. Quand Papyrus n'était qu'un osselet, il avait besoin d'une berceuse pour s'endormir, et quelque soit ce qui s'était passé dans la journée, Sans n'y manquait pas ; il était plutôt doué pour fredonner ce genre de chanson. Mais il avait ensuite ordonné à ce qu'il arrête, parce que ça faisait trop "bébé".
Ce chant, sorti de nul part, lui rappelait à quel point ce pouvait être agréable. Il était de plus en plus perdu…
Au moment où le chant cessa, Soru s'était endormie. Avec un soupir, il quitta le dortoir.
- Papyrus ! l'interpella Undyne. Viens, il faut qu'on parle.
- Qu'est-ce qu'il y a, Undyne ?
- L'humaine est précieuse, mais il faut encore approfondir l'étude de son essence, et, s'il y a réellement besoin d'aller dans une autre "dimension", cela risque de prendre du temps avant que ce ne soit possible. Alors en attendant, tu es chargé de t'occuper de l'humaine.
- Pourquoi moi ?! se récria le squelette.
- Ce n'était pas une suggestion, mais un ordre. Considère ceci comme ta punition pour t'être fait battre.
- Ah oui ? Et bien je suis sûr que face à elle, tu perdras également !
- Vraiment ? Comment peux-tu en être aussi sûr ?
- Parce que je l'y aurais entraîné !
- Pourquoi tu ferais une chose pareille ?!
- Pour te prouver que je suis un meilleur entraîneur que toi !
- Tu oses me défier à ça ? C'est moi qui t'ais formé, imbécile, tu crois pouvoir me dépasser ?
- Aurais-tu peur de perdre, Undyne ? La capitaine de la garde royale refuserait donc ce défi ?
- N'importe quoi ! Tu l'auras voulu, je te laisse trois semaines pour la former, après quoi c'est moi qui l'entraînerai ! On verra qui rira lorsqu'elle t'aura battu à plate couture !
- Si elle ne t'a pas défait avant…
O*O*O*O*O
SWAP
Papyrus ouvrit une orbite et s'étira nonchalamment. Le réveil indiquait 13h00 ; record du plus long sommeil battu ! Il se félicita intérieurement, puis se leva, enfila le premier short qui lui tomba sous la main, ainsi que son éternel hoodie orange. D'ailleurs, un post-it avait été collé dessus :
« Papyrus ! Ton incroyable frère est allé à son entraînement avec Alphys ! Quand je rentrerais, tu as intérêt à avoir lavé tes vêtements ! Et ne marque pas "Ok" sur le post-it comme la dernière fois ! »
Avec un petit rire, Papyrus saisit un feutre et marqua "d'acc" sur le papier jaune. Il adorait la tête de son petit frère quand celui-ci était fâché. Puis il alluma une cigarette, descendit dans la cuisine prendre un pot de miel, avant de sortir. Le temps était plutôt doux, et le squelette en profita pour marcher un peu. Il salua les habitants de Snowdin, acheta un glamburger à Burgerpants, puis s'arrêta à son poste de sentinelle. Etant donné qu'une humaine était dans l'Underground, il n'y avait plus besoin de travailler, pas vrai ? Il sortit son téléphone et pianota un peu sur l'écran. Il était peut-être un squelette flemmard, mais un flemmard connecté quand même. Undyne avait posté une photo : un selfie avec l'humaine, devant l'écran qui passait un animé.
« Une pause film avec une nouvelle initiée ! »
Papyrus sourit. Sur l'image, Undyne avait l'air heureuse, comme il ne l'avait que peu vue. Elle était la plupart du temps timide, gênée et renfermée ; quand on était toute seule dans son labo, c'était un peu normal. Elle avait travaillé très dur pour y accéder, et sa détermination avait été récompensée. Papyrus se souvenait bien de ses rares confidences, lorsqu'elle avait besoin de parler ; elle n'avait pas de famille, tuée par le sixième humain quand elle était adolescente. La reine Toriel l'avait alors élevée, et Undyne cherchait à la remercier par tous les moyens ; c'est ainsi qu'elle était devenue la scientifique royale. Elle passait des nuits entières à chercher le moyen de briser la barrière, à étudier les âmes des humains tombés, au risque de se tuer à la tâche. Et parfois ses erreurs écrasaient ses épaules…
Mais maintenant il n'y avait plus que des sourires, partout où l'humaine passait. Le temps des cendres semblait terminé.
Papyrus décida d'aller rendre une petite visite aux deux otakus. Un animé ne ferait pas de mal…
- Salut Undyne ! lança t-il en passant la porte du labo.
- B-B-Bonjour Papyrus ! répondit la scientifique en bondissant sur ses pieds, avant de mettre l'écran en pause. Ça me fait plaisir de te voir.
- Bah, je me suis dit que ce serait sympa de faire une séance télé. L'humaine n'est pas avec toi ? ajouta t-il en constatant l'absence de cette dernière.
- Elle m'a dit qu'elle allait aux toilettes.
Du coin de l'orbite, Papyrus remarqua la porte du True Lab légèrement entrouverte. Il eut un mauvais pressentiment…
- Je reviens tout de suite, Undyne…
Une fois au sous-sol, il ne mit pas longtemps pour remarquer la jeune fille, assise sur l'un des lits, dos à lui, parlant au vide. De là où il était, il pouvait entendre sa conversation avec une certaine… Soru ? Il entendit soudain des sanglots, mais ce n'était pas la géante qui pleurait. Doucement, elle commença à chanter, et peu à peu les sanglots se calmèrent. Cachés dans un coin, les amalgamates écoutaient dans un silence émerveillé la voix douce et mélodieuse. Même Papyrus ne pouvait y rester insensible. C'était si beau…
Les pleurs se turent, Nilac cessa de chanter, et elle poussa un soupir, à mi-chemin entre la fatigue et la tristesse. Elle se leva, jeta un dernier coup d'œil au lit, avant de s'éloigner. Elle sembla hésiter sur la direction à prendre. Remonter ou continuer d'explorer ? Peut-être que chercher un peu l'aiderait pour la machine dimensionnelle…
Elle secoua la tête. Non, elle n'avait pas le droit de fouiller comme une voleuse, ce serait irrespectueux de sa part. Undyne lui faisait confiance et elle avait confiance en la femme-poisson. Elle trouverait sûrement un moyen, mais pas comme ça.
Elle se retourna et écarquilla les yeux en remarquant le squelette.
- Papyrus ? Que… Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je pourrais te retourner la question, Nilac. C'est quoi cette histoire de machine dimensionnelle ? Et qui est Soru ?
- Tu nous as entendu…
Papyrus s'approcha d'elle. Il avait espéré… Il croyait vraiment que son frère, que son monde ne souffrirait plus de la folie de l'humain, mais ce n'était qu'une illusion…
- Alors tu veux partir d'ici…
- Quoi ?! Papyrus, as-tu mal écouté !? Pourquoi je voudrais quitter le monde qui m'a accepté ? Je suis heureuse, mais pas mes sœurs, elles pleurent et je m'en veux parce que je ne peux pas sécher leurs larmes !
- Tu parles de la "Soru" avec qui tu discutais ?
- Oui, Soru et Mheetacce ! Je ne veux plus qu'elles soient tristes, je ne veux plus entendre leurs sanglots ! Comme toi, pas vrai, toi qui ne veux que le bonheur de ton frère, toi aussi tu ne veux plus qu'il soit tourmenté par des cauchemars, pas vrai ? Je sais, Papyrus, je sais tout ce qui s'est passé ici, les Génocides qui ont ensanglanté ton monde et la mémoire de Sans. Mais maintenant je suis là, je peux réparer toute cette folie, et enfin vous offrir un Happy Ending.
Elle l'entoura de ses bras et cala son menton sur son épaule, tempe contre tempe, dans un geste de réconfort.
- Je te le promets.
Papyrus hésita à peine avant de lui rendre son étreinte. Ses os se détendirent, ses omoplates s'affaissèrent, libérées d'un poids trop longtemps porté. Une petite lueur d'espoir venait de s'allumer.
- PAPYRUS, NILAC ! Où êtes-vous ?!
Le cri d'Undyne fit sursauter le squelette. De surprise, Nilac recula, buta contre un lit et entraîna le monstre dans sa chute.
Ils restèrent un instant immobiles. Non, tétanisés était le mot juste. La mèche qui couvrait la partie droite du visage de l'humaine s'était déplacée, et Papyrus vit avec effroi ce qui était caché.
- NE REGARDE PAS ! hurla Nilac en plaquant ses mains sur son visage. NE REGARDE PAS !
Papyrus recula précipitamment, tandis que la jeune fille se recroquevilla sur le lit, tremblante.
- Ne me… regarde pas…
- Je suis désolé, Nilac…
Elle ne l'entendait plus. Papyrus sentit quelque chose couler sur ses zygomatiques, porta ses mains à ses orbites et comprit qu'il pleurait. Pourquoi ? Pourquoi était-elle ainsi marquée ? Qu'avait-elle pu vivre ?
Il appela Undyne à l'aide, et tous deux transportèrent l'humaine à l'étage. La femme-poisson alla chercher un verre d'eau, que la jeune fille prit sans piper mot.
- Tu peux nous laisser deux secondes, Undyne ?
- Bien sûr Papyrus…
Une fois la scientifique partie, il y eut un silence tendu.
- Ecoute… commença Papyrus. Je… Je ne poserais pas de questions, rapport à tout à l'heure. Je suis vraiment désolé, si j'ai vu ce que je n'aurais pas dû voir… Tu as le droit de te taire, mais si tu as besoin d'en parler un jour…
- Pas maintenant. S'il te plaît. Cette histoire-là, ce conte… Pas pour tout de suite. Quand j'aurais assez de courage.
- Je comprends…
Un autre silence passa. Papyrus se gratta la nuque.
- Et… Pour tes sœurs… Je vais demander à Undyne si on peut travailler sur cette machine dimensionnelle, je travaillais avec elle avant. L'ancien scientifique avait tracé des plans de construction, ça reste en grande partie théorique… Mais faut essayer.
Il fut un peu étonné quand l'humaine s'appuya contre lui et posa sa tête sur son épaule, mais il la laissa faire.
- Merci, dit-elle dans un sourire.
- De rien, ma grande. Bon, on continue la séance animés ? J'étais venu pour ça au départ.
La jeune fille eut un petit rire, rappela Undyne. Calée entre les deux monstres, devant l'écran, elle mit rapidement de côté les mauvais souvenirs.
Mais son passé était gravé à même la peau, enfoncé dans son visage. Elle ne pourrait jamais l'oublier, jamais effacer le vide qui remplaçait son œil droit.
O*O*O*O*O
TALE
Sans se rendit compte qu'il avait passé plusieurs heures à lire, les orbites plongées dans son livre de physique. Ses cervicales lui faisaient un peu mal, à force d'avoir gardé la tête penchée. Il se releva, fit jouer ses articulations, jeta un dernier coup d'œil aux croquis qu'il avait esquissé. Une petite pause était bien méritée.
Mais il restait une dernière chose à faire. Tant qu'il n'aurait pas eu une petite conversation avec l'humaine, ce malaise enfoui dans ses os ne partirait pas. D'autant qu'il sache, les yeux des humains ne changeaient pas de couleur. La seule fois où il avait été confronté à ce phénomène, il se battait dans le Hall du Jugement, contre un enfant dont les yeux, petit à petit, étaient envahis par cette lueur rouge folle.
Il réprimanda un frisson à l'évocation de ce souvenir. Il ne voulait plus jamais revoir ces yeux, plus jamais revivre cette horreur. Alors pourquoi… pourquoi cherchait-il à tout prix faire revenir l'enfant ? Il se rendit compte de l'aspect contradictoire de sa démarche. S'il ramenait Frisk, qu'est-ce qui garantissait que l'enfant ne ferait plus de Génocide ? Que Sans ne devrait pas, encore une fois, faire face à la mort de son frère ? Il se sentit brutalement tiraillé, perdu. Pouvait-il abandonner l'enfant, permettant ainsi à son monde d'être épargné ?
Et laisser cette intruse détruire ton peuple ?
Il sursauta. Cette pensée avait brutalement jailli dans sa conscience. Si, comme il le craignait, quelque chose clochait avec cette fille… Aurait-il le courage de la tuer ? De libérer les monstres, rendant son frère malheureux parce qu'il aurait tué son amie ? Sans possibilité de retour ?
Il fallait d'abord qu'il parle un peu avec elle. Qu'il sache ce qu'elle était réellement. En espérant qu'elle se soit réveillée…
Mais dans le salon, il n'y avait plus personne.
- Papyrus ?
Non… Non il n'y avait pas à s'inquiéter, il était sûrement sorti, peut-être en train de s'entraîner avec Undyne, il ne fallait pas s'alarmer. Il sortit de la maison, décidé à retrouver l'humaine.
- Howdy, Sourire Figé !
Il s'arrêta net.
- Qu'est-ce que tu veux, saleté de plante ?
- Oh là, pas besoin d'être vulgaire ! Je suis juste venu te donner un conseil d'ami à ami.
- Nous ne sommes pas amis et nous ne le serons jamais.
- Allons, ne me regarde pas ainsi ! Depuis que le désordre s'est installé, un peu d'entraide ne fait pas de mal ! Je me demande comment toi, tu comptes régler cette histoire ? Cette humaine a bloqué mes RESET et mes RELOAD, mais apparemment elle ne peut pas contrôler le temps, quel problème ! Tant qu'elle ne fait de mal à personne, ça ne pose pas souci, je me trompe ? Mais il suffit de la voir, une fois le masque tombé ; elle n'a rien d'une gentille fille. Elle est très douée pour mentir, mieux que moi ! À ta place, je m'inquièterais pour ton frère, lui qui s'est lié d'amitié avec un assassin…
La fleur s'enfonça dans la neige et disparut, laissant le squelette à moitié effrayé. Il n'avait jamais vraiment prêté attention aux stats de l'humaine. Aurait-elle…?
- Papyrus ! s'écria t-il, affolé.
Il se mit à courir partout dans Snowdin, mais nul n'avait aperçu le grand squelette. Paniqué, il se dirigea vers Waterfall. Faites qu'il n'ait rien, faites qu'il n'ait rien, pitié faites qu'il n'ait rien…
- SANS ? EST-CE QUE TU SERAIS EN TRAIN… DE FAIRE DU SPORT ?!
Il s'arrêta net et souffla un grand coup. Il allait bien…
- UNDYNE ! SANS COURAIT, TU AS VU ÇA !
- C'est vrai que c'est plutôt étonnant.
- WOWIE ! MON FRÈRE A ARRÊTÉ DE FAIRE LE FAINÉANT ! INCROYABLE !
- Ben, euh… Je voulais un peu ressembler à mon super frangin qui s'entraîne tellement, je trouve ça cool.
Papyrus poussa un grand cri d'excitation et serra son frère dans ses bras. Mais Undyne n'était pas dupe ; elle avait bien remarqué l'effroi qui venait de s'effacer sur le crâne du squelette.
Finalement Papyrus reposa son frère au sol, et Undyne, après que Sans eut demandé s'ils savaient où se trouvait l'humaine, lui indiqua la direction où elle était partie.
Ce fut lorsqu'il passa devant la boutique de Gerson qu'il entendit la conversation.
- Eh ? Tu ne sais pas ce qu'est le Delta Rune ? Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école, de nos jours !
La vieille tortue lâcha un rire, tandis que l'humaine attendait patiemment la suite de l'histoire. Gerson expliqua alors que, selon une ancienne légende, le Delta Rune représentait un ange, celui qui descendrait dans l'Underground et libérerait les monstres de leur prison souterraine. Mais au fil du temps, on interpréta cet ange par "l'ange de la mort", celui qui les "libérerait" en les tuant tous. Mais pour Gerson, ce n'était qu'un bête cercle avec des ailes. À la demande de Mheetacce, il continua de raconter d'autres histoires, que l'humaine écoutait avec une étrange lueur dans ses yeux, qui, à chaque fois qu'un récit se terminait, semblait demander "encore".
Puis au bout d'un moment, Gerson demanda :
- Que cherches-tu à prouver, petite ?
L'humaine resta silencieuse.
- Je n'ai pas à me mêler de tes affaires, tu fais ce que tu veux. Mais avec toute cette poussière, tu ne parais pas très propre. Que gagnes-tu à écouter les sornettes d'un vieux sénile comme moi ? Je te vois parcourir notre sous-sol, à la recherche de quelque chose. Cette quête, en quoi consiste t-elle ? Tu as tué des monstres, pas ici en tout cas, parce qu'ici tu es poli au contraire. Alors quoi ? Undyne m'a prévenu que tu n'avais pas l'air d'être soucieuse, rapport au sort des monstres. Alors, quoi, je te redemande ?
- Des histoires.
- Histoires ?
- L'Underground en est rempli. Des contes de toutes parts, cachés dans les coins, souvent désarticulés et sans liens, mais de belles histoires. Ce monde ici-bas m'intéresse, pas ses habitants. Dans une autre vie, j'aurais pu profiter pleinement de votre peuple, mais pas maintenant. À quoi bon vouloir laisser un bon souvenir ? Lorsque je partirai, vous m'oublierez tous.
- C'est ta vision des choses, jeune fille.
Elle salua l'archéologue, et le squelette se cacha lorsqu'elle ressortit. Il la suivit alors qu'elle marchait dans Waterfall ; elle laissa un message vocal sur le téléphone de Toriel, donnant amicalement de ses nouvelles, s'amusa un peu avec les escargots de Napstablook, lui adressant pendant la course un doux sourire. Puis elle se dirigea vers les chutes d'eau ; le squelette la vit enlever sa robe, et avant qu'il n'ait pu réagir, elle avait sauté.
Pieds en avant, le regard vers le plafond qui s'éloignait, le temps lui sembla un instant ralenti, suspendu, et le changement brusque d'élément ne lui fit pas peur, tandis que l'air se raréfiait dans ses poumons. Elle creva la surface, aspira la quantité d'oxygène nécessaire pour replonger aussitôt. Battant des jambes, elle s'enfonça de plus en plus profondément dans la masse liquide. L'eau, l'eau vidait ses pensées et lui permettait de réfléchir. Le monde autour d'elle disparut, pour laisser place à Sans, se tenant devant elle.
Une question future.
Te souviens-tu des timelines ?
Et une affirmation.
Alors il se rappelait de l'enfant. Il se rappelait du massacre qu'il avait perpétré. Que devait-elle en penser ? Elle n'en savait rien ; elle n'était pas si différente du Génocidaire.
Regrettes-tu tes actes ?
Je ne saurais y répondre. Un jour je pleure, un jour je ris. Hier j'étais silencieuse, et aujourd'hui bavarde. J'aimais et je haïrais. J'aurai honte ou je serai indifférente.
Mais ils t'aiment.
Ils n'aiment que ma façade. Un seul côté de ma pièce. Celles qui me connaissent sont loin.
Laisse-moi retrouver ma famille.
Mais l'eau ne pouvait pas éternellement la protéger. Elle remonta, resta quelque temps à flotter. Si ses sœurs étaient restées avec elle, aurait-elle pu profiter de ce monde, de ce peuple ? Il était trop tard à présent. Elle avait survécu, c'était tout ce qui importait. De ce royaume qu'elle quitterait, elle n'en garderait que les contes qu'elle avait recueillis.
Elle ne fut pas surprise en constatant que le squelette l'attendait sur la berge.
- Il faut qu'on parle.
- Je sais.
Il attendit qu'elle se sèche et se rhabille, et il les téléporta dans sa maison.
J'ai fait une ellipse pour la partie Tale, puisque le temps passe à la même vitesse dans les trois AUs.
Je remercie tous ceux qui me suivent, mais laisser une review me ferait vraiment plaisir.
À bientôt, Cao
