Hé bien... Nous y revoilà. Je tiens à remercier Simakai et Harley Mad Cat pour leurs commentaires, cela m'a fait très plaisir :)

Bonne lecture ! (La chanson qui vient après est Ink, de Coldplay)


I see the road begin to climb

I see your stars begin to shine

I see your colours and I'm dying of thirst

All I know

Is that I love you so

So much that it hurts

O*O*O*O*O

SWAP

- Toc toc !

- Qui est là ? demanda une voix de l'autre côté de la porte.

- Yann !

- Yann qui ?

- Ya n'a deux maintenant ! répondit une troisième voix.

- Nilac ! s'écria Asgore. Je suis heureux de t'entendre à nouveau !

- Moi aussi, Papa !

- Comment vas-tu ?

- Elle a failli mourir électrocuté ou manqué de se faire écraser par un éboulis, mais sinon elle va bien.

- Papyrus ! rouspéta l'humaine.

- Je me serais bien passé de ces détails…

Ils rirent tous les trois. Papyrus raconta que l'humaine était installée chez eux depuis trois jours, et tout allait pour le mieux. La jeune humaine aurait aimé que son père adoptif passe du temps avec eux, mais le vieux roi s'était fait une promesse. Cela les chagrinait tous les trois, mais c'était ainsi. Dès que ses sœurs l'auraient rejoint, elle irait voir la reine. La souveraine ne semblait pas vouloir amener l'humaine de force à la capitale. Tant mieux…

Ils discutèrent encore pendant un long moment, puis Nilac se leva. Sans était sûrement rentré de son entraînement avec Alphys, et si elle ne se dépêchait pas de le rejoindre pour leur temps de cuisine, il partirait sûrement à sa recherche en criant à tue-tête.

Les deux blagueurs restants continuèrent à s'échanger plaisanteries et calembours. Puis…

- Asgore ? Est-ce que tu aurais vu… ce qu'elle a sur son visage ?

- Tu parles de sa blessure ? Oui.

- Est-ce qu'elle t'a parlé de l'origine de sa blessure ? Ou au moins, a t-elle raconté son passé de la surface ? Elle ne me dit quasiment rien…

- Laisse faire le temps, Papyrus. Je suis sûr qu'un jour, elle se confiera. Quant à moi, elle m'a simplement avoué que ses parents étaient morts, c'est tout. Ses sœurs sont tout ce qui lui reste, apparemment.

- Elle chante très bien.

- Pardon ? fit le monstre, étonné par ce brusque changement de sujet.

- Nilac chante très bien. Étrangement, j'ai l'impression de mieux la comprendre, quand elle chante. Un peu comme si c'était sa façon d'expliquer et de raconter le monde.

- C'est vrai. Elle chantait souvent lorsqu'elle vivait dans les Ruines. Cela faisait longtemps que quelqu'un n'avait pas chanté dans l'Underground.

Et cela faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien, pensa Papyrus.

Il se leva à son tour, salua le vieil homme de l'autre côté de la porte, et partit à son tour. De retour chez lui, il fut renversé par une tornade bleue.

- PAPYYYY !

- Salut p'tit frère.

- L'humaine est avec toi ?

- Hein ? Je croyais qu'elle était rentrée ?

- Ben non j'étais tout seul ! Je vais la chercher, elle est sûrement dans le coin !

- Sans, att –

Il était déjà parti. Bon, il n'allait pas le retenir, Nilac pouvait faire ce qu'elle voulait.

Sans courrait un peu partout dans Snowdin. Où est-ce que l'humaine aurait pu partir ? Après avoir fait à toute vitesse le tour de village, il se dirigea vers la forêt. Il croisa une lapine, occupée devant un arbre. Et celui-ci était… brûlé ?

- Bonjour Madame ! Que s'est-il passé avec l'arbre ?

- Bonjour Sans ! Je suis en train de soigner ce pin ; comme tu peux le voir, il a été brûlé, et cela semble intentionnel…

- Quoi ?! Mais qui ferait une chose pareille ? On ne doit pas faire du mal aux végétaux, ils sont précieux là-dessous ! s'écria t-il en gonflant les zygomatiques d'une manière comique. Je vais retrouver le fautif et lui faire payer, parole de futur garde royal !

La lapine le vit partir comme un boulet de canon tout en se retenant de rire. Que serait Snowdin sans ce petit tas d'os… Mais Sans avait raison ; que des végétaux poussent sous la terre, sans lumière, revenait du miracle ; les monstres avaient mis des siècles pour faire pousser cette forêt dans Snowdin. Alors voir le travail de leurs prédécesseurs être réduit à néant en désespérait plus d'un…

Récemment, les pins et autres résineux de la forêt s'étaient couverts de blessures, et les arboriculteurs avaient bien du mal à les soigner. Outre la valeur idéaliste de ces arbres, le bois était également une ressource primordiale dans l'Underground. Abîmé ainsi, il devenait de mauvaise qualité, et c'était à regret que les monstres abattaient un arbre pour le transformer en vulgaire tabouret… La nature avait eu la générosité de leur offrir des plantes, aucun gâchis n'était toléré. Ç'aurait été un outrage.

Sans continuait de courir un peu partout, et il se rendit compte un peu trop tard qu'il s'était enfoncé profondément dans les bois. Bon, il pourrait facilement retrouver son chemin, ce n'était pas un pro-

- ATTENTION ! entendit-il hurler, en même temps qu'un lourd craquement.

Il se téléporta juste à temps, avant que l'arbre ne s'abatte brutalement dans la neige avec vacarme. Il vit Nilac se précipiter vers lui et l'inspecter sous toutes les coutures.

- Oh mon dieu Sans je suis désolée, est-ce que tout va bien, laisse-moi voir, bon sang c'est de ma faute je ne voulais pas…

Elle se perdit dans un flot de paroles et d'excuses. Voyant que le squelette n'avait rien, elle poussa un long soupir et le serra fortement dans ses bras, essayant de calmer ses tremblements.

- Euh… Humaine ? demanda Sans au bout d'un moment. Qu'est-ce qu'il s'est passé, au juste ?

Elle se décolla de lui. Elle gardait les yeux baissés. Honteuse.

- Je ne voulais pas te blesser… C'est moi qui… Qui aie brisé l'arbre.

- Quoi ?! s'écria Sans d'une manière exagérément outrée. Mais humaine, c'est pas bien d'abîmer les arbres !

Devant son silence, Sans eût peur de l'avoir blessée.

- Sans… Je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à contenir cette violence. Toutes les blessures doivent ressortir, c'est trop difficile de les garder au fond de mon âme. Mais j'ai peur… Je ne veux pas rompre la promesse que je me suis faite, je ne veux pas vous faire du mal… Parfois, je revois mes mains pleines de sang, mais je ne veux pas… Je ne veux pas vous horrifier. Je suppose que maintenant, je dois avouer…

Elle se releva. Prit une inspiration et mordit sa main, suffisamment pour faire perler un peu de sang.

- Comme tu le sais, je suis capable de refermer les plaies, dit-elle en joignant le geste à la parole. Mais cette capacité a un prix ; si je ne me contrôle pas, je peux faire apparaître cette blessure sur l'être vivant que je touche. J'ai pensé pendant un moment que je pourrais conserver ces plaies au fond de mon âme… Mais c'est trop douloureux. Tôt ou tard, elles doivent ressortir, et qu'importe ma volonté, je finirai par blesser quelqu'un. Alors, je viens ici pour me relâcher.

Elle effleura un tronc à côté d'elle, et une morsure s'imprima dans le bois.

Elle sursauta quand elle sentit les bras du petit squelette autour de sa taille.

- Pourquoi tu ne nous as rien dit, Nilac ? On aurait pu t'aider, tu sais. Quand quelqu'un a un problème, nous les monstres, on fait tout pour qu'il aille mieux ! Alors tu peux faire confiance au magnifique Sans ! Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu ne sois plus blessée ! Je crois en toi, je sais qu'il y a du bon en toi, tu ne feras jamais de mal, alors arrêtes de t'inquiéter ! Tu n'es pas quelqu'un de violent, mais d'incroyable, c'est moi, le magnifique Sans, qui te le dit !

Il entendit des gouttes tomber sur son crâne, et l'humaine lui rendit son étreinte. Il était décidément le plus incroyable des squelettes. Et au fond d'elle, elle pouvait sentir une graine pousser, graine de courage et de confiance, qui, lorsqu'elle arriverait à maturité, lui permettrait de raconter son histoire.

Encore un peu de temps. Et ce sera moins lourd à porter.

O*O*O*O*O

FELL

- Sans ? demanda Flowey.

- Quoi ? grogna le squelette.

- Tu veux bien m'emmener avec toi ? Je m'ennuie, à force de rester seul…

Poussant un soupir, le squelette saisit le pot, et une seconde plus tard, ils se retrouvèrent chez Grillby. Le gérant du bar l'accueillit d'un mouvement de tête, mais des autres clients Sans n'eut droit qu'à des regards froids. Quoi de plus normal quand on était le frère du vice-capitaine de la garde royale ? Il s'y était à nouveau habitué, mais les souvenirs d'une vie meilleure, avec un peu moins de haine, lui crevaient l'âme.

Il commanda des frites. Flowey, lui, restait silencieux.

- Pourquoi tu as tout avoué ? demanda t-il au bout d'un moment.

- Hein ?

- Pourquoi tu as révélé à ton frère le secret de Soru ? Pour ses sœurs…

- Parce que tu croyais sincèrement qu'Alphys allait bien gentiment l'aider à les rejoindre ? Me fais pas rire, Flo'. Si au moins ça peut accélérer son départ, j'hésiterais pas à le refaire.

- Tu aurais pu simplement la tuer.

- J'suis pas trop du genre à rompre les promesses. Qu'elle meure ou qu'elle s'en aille, dans les deux cas elle sera plus là pour t'empêcher de réinitialiser.

Flowey se tut, et le squelette commença à manger. Pendant un instant, il se remémora.

La peur, lorsqu'il avait vu Soru se faire engloutir par la cascade. Mais lorsqu'il était arrivé aux pieds des chutes d'eau, il avait eu beau chercher, il n'y avait plus personne.

L'angoisse, en constatant la disparition de son amie.

L'étonnement, quand le chien de Snowdin avait surgi devant lui, apparemment indemne. Flowey avait grimpé sur son dos, et ensemble, ils étaient partis à la recherche de l'humaine.

L'inquiétude, devant le laboratoire, car c'était là que le flair du canidé les avait menés.

Le soulagement, quand Soru était sortie du labo, accompagnée du grand squelette. La jeune fille, en l'apercevant, s'était précipitée vers lui et l'avait serrée dans ses bras, sans un mot. Il avait juste senti quelques gouttes d'eau glisser sur ses corolles.

Et maintenant ils étaient de retour à Snowdin. Pourquoi ? Pour combien de temps ? Un étrange emploi du temps s'était installé depuis trois jours, il ignorait la raison, et Soru également.

Lorsque le squelette eut fini de manger, Flowey lui demanda s'il pouvait le transporter dans Snowdin, qu'il se balade un peu. Sans râla mais obtempéra. À la surface, il avait commencé à apprécier cette plante. Il n'avait pas à le haïr ; tout cela était de la faute de cette fille.

Évitant les sentiers où on pourrait facilement les attaquer (Sans aurait pu battre sans problème l'abruti qui ferait cette bêtise, mais il n'en avait pas envie), le duo de monstres s'enfonça dans les bois, enveloppé d'un silence étrangement calme.

Cela ne dura pas.

Un immense fracas se fit entendre, et une flèche se planta dans l'arbre à côté de Sans.

Soru était à quelques pas, entourée de six monstres aux intentions des plus inamicales. Trop occupés à se battre, ils n'avaient pas remarqué les deux monstres, séparés par quelques troncs de la bataille.

- Il faut aller l'aider !

- Pas question, dit le squelette en resserrant sa prise sur le pot.

Quelques heures plus tôt

Soru esquiva de justesse les trois os rouges, et manqua de trébucher. Il était difficile de garder l'équilibre avec une main attachée dans le dos. Elle serrait maladroitement son couteau dans la main gauche, et elle faisait face à Papyrus.
Le vice-capitaine, stratège et entraîneur de la garde royale observait l'humaine, bras croisés, sans expression notable dans ses orbites.
D'autres os foncèrent vers l'humaine. Elle réussit à en couper quelques uns, mais un autre lui frappa la joue. Il rebondit sur sa peau et ne lui infligea aucun dégât.

- TU COMPTES TROP SUR TA RÉSISTANCE, FAIBLE HUMAINE. JE DOUTE QUE TU PUISSES TENIR FACE À QUELQU'UN DE PLUS FORT QUE TOI.

Les os qui jaillirent du sol auraient pu la démembrer si elle n'était pas emplie de pugnacité.
Ce caractère qui définissait cette humaine était extrêmement intéressant. L'âme de Soru était très forte, ce qui attirait l'intérêt de beaucoup de monstres. Nul doute que celui qui aurait absorbé cette âme serait devenu très puissant.
Et l'entraînement de Papyrus ne faisait que renforcer le corps et l'esprit de l'humaine, attirant encore plus de convoitise. Mais avant de se frotter à l'endurance de l'humaine, l'idiot qui aurait voulu prendre son âme aurait d'abord eu à affronter le boss de Snowdin. C'était SON humain et personne n'était autorisé à y toucher, mis à part Sans et lui-même.

Pour quel raison le grand squelette avait-il insisté pour garder l'humaine et la former au combat ? Soru l'ignorait. L'affrontement à la sortie de Snowdin avait-il, d'une manière ou d'une autre, marqué le monstre ? Elle ne lui avait jamais posé la question, par crainte et respect.

L'entraînement dura plusieurs heures, ou peut-être toute la journée, il est difficile de voir le temps qui passe quand l'atmosphère est toujours sombre. Quand Papyrus ne l'attaquait pas pour travailler ses esquives, il lui apprenait l'escrime, ainsi que quelques coups bas pour tromper l'adversaire et mieux le frapper. Soru ne pouvait pas compter sur la magie, arme puissante que les monstres avaient renforcée au cours des siècles, et il était important de contrer ce point faible.

Mais toute personne a des limites, et lorsqu'elle tomba en voulant éviter un énième projectile, elle ne se releva pas. Le squelette se contenta de tourner les talons et de s'éloigner.

Se relever, maintenant. Se relever vite. Avant de prendre froid. Avant qu'ils n'arrivent. Mais la pile est vidée, plus d'énergie…

Elle sentit une langue râpeuse sur sa joue. Avec un petit rire, elle tourna la tête et tapota la tête du chien. Cela lui faisait plaisir qu'il soit là. Il la suivait partout où elle allait, mais de loin, et s'approchait uniquement quand il n'y avait personne.

C'est pour cette raison qu'il s'éloigna. Ils arrivaient, et encore une fois, ils ne lui feraient pas de cadeaux.

Elle avala le Cinnamon Bunny qu'elle avait dans la poche, se releva en retenant une grimace. Elle détestait ce qui allait suivre. Elle détestait qu'il la teste ainsi.

Elle empoigna son arc. Tira une flèche en guise d'avertissement, qui arracha un bout de vêtement. Elle entendit un juron, la neige craquer sous le poids des corps. Ils dépassèrent les arbres, s'approchèrent, tout en restant à une distance respectable. Ce n'était pas les mêmes que la dernière fois.

- Paraît que t'as filé une raclée à des monstres hier, dit un monstre ressemblant à un loup cornu.

- Souhaitez-vous les venger ?

- Et puis quoi encore ? s'esclaffa un autre, un lapin gigantesque couvert de piercings. Ces nazes n'ont pas été capables de te battre, c'était des faiblards ! On va te montrer ce que c'est, un vrai combat ! Tout le monde verra qu'on est les meilleurs pour avoir buté une humaine !

Ils s'attendaient à ce qu'elle pleure, qu'elle implore leur pitié, qu'elle appelle Papyrus à l'aide. Au lieu de cela elle banda l'arc et visa le dernier monstre à avoir parlé.

- Je ne tue personne.

Elle tira, mais à la verticale. Ils commirent la bêtise de suivre le projectile des yeux, et ne virent pas l'humaine foncer vers eux.

Pendant un temps indéterminé, ce ne fut qu'échanges de coups, et les monstres avaient beau faire appel à leur magie, l'humaine esquivait chaque projectile avec rapidité.

Deux combattants chargèrent en même temps, pensant la coincer ; elle se décala et ils se cognèrent brutalement, suffisamment pour les assommer. Le percé fonça à son tour, tenta de lacérer son corps avec ses griffes ; manqué. Elle s'était accroché à son dos, et répliqua en frappant violemment les tempes du monstre ; il tituba, elle sauta et cogna l'arrière de ses cuisses pour le faire chuter. Soru se tourna vers les trois derniers ; elle évita de justesse la glace magique lancée vers elle. Un monstre courut vers elle, et se reçut de la peinture dans le visage. Où est-ce qu'elle s'était procurée ça ?!

Les pigments irritèrent ses yeux, il détala à l'aveuglette pour s'assommer contre un arbre. Elle fut distraite par ce fait et ne put éviter l'arme qui fut jetée sur elle. La dague s'enfonça dans son épaule, mais ce ne fut pas suffisant pour percer sa défense. Les deux derniers compères profitèrent de sa distraction, et bondirent. Le loup cornu empoigna le bras de Soru, la souleva comme si elle était une plume et l'envoya valser contre un arbre. Son partenaire plaqua l'humaine et martela son corps de coups, encouragé par le loup cornu.

Le monstre sentit quelque chose de froid s'enfoncer dans sa cuisse, vit le métal luire dans sa chair. Soru mit à profit la confusion de son adversaire pour frapper sa mâchoire. Elle le repoussa, se releva, et soudain sa gorge fut enserrée. Le loup agrippa avec force son cou de ses pattes, cherchant à l'étouffer. Il réussit à la mettre à genoux. Besoin d'air, besoin de respirer… Son compère se remit debout, massa sa mâchoire, avant de s'approcher de l'humaine, rassemblant sa magie.

Debout, debout ! Il ne faut pas mourir, pas maintenant !

Poussant un râle, elle sollicita ses dernières forces pour repousser le monstre. Il s'accrocha encore à son cou, ils roulèrent dans la neige. Il entendit un os craquer, vit son poignet pendouiller mollement, avant de recevoir un coup dans le museau. Soru eut soudain froid, très froid, la glace avait recouvert son bras droit. Le dernier monstre se tenait au-dessus d'elle, prêt à la transformer en glaçon.

J'ai si sommeil…

Un hurlement ébranla la forêt. Deux pointes rouges avaient percé les jambes du monstre. Larmoyant, il tomba à genoux, se tordant de douleur. Il vit le squelette le dominer de toute sa hauteur, il vit l'os tranchant dans sa main, prêt à s'abattre. Il ferma les yeux, attendant la mort.

- Ne le tuez pas !

Il rouvrit les paupières. L'humaine s'était interposée entre lui et le garde royal.

- Ne le tuez pas.

- EN QUOI JE DEVRAIS SUIVRE TES ORDRES, HUMAINE ? ENCORE UNE FOIS, TU AS ÉTÉ INCAPABLE DE TE DÉBROUILLER SEULE !

Elle eut l'audace de le gifler. Ses yeux étaient brillants de colère.

- Ça suffit, vous entendez ? ÇA SUFFIT ! J'en ai assez, ASSEZ d'être depuis trois jours un punching-ball ! Si c'est pour me tester, alors faites le vous-même ! N'impliquez pas d'autres monstres là-dedans ! Qu'est-ce que vous voulez, à la fin ?! Me tuer ? Chaque jour je reçois des coups, je ne peux plus dormir, plus tenir debout, et vous le savez très bien ! Alors maintenant LAISSEZ-MOI TRANQUILLE !

Le monstre crut un instant que Papyrus allait la tuer, à en juger par la lueur qui brillait dans ses orbites. À la place, il se contenta de détourner la tête.

- ON S'ARRÊTE LÀ POUR AUJOURD'HUI. TU PEUX RENTRER TE REPOSER.

Il partit, laissant seuls l'humaine et les monstres inanimés ou gémissants. Elle se tourna vers le monstre à terre derrière elle.

- Est-ce que ça va ?

Devant son absence de réponse, elle s'accroupit, retira le plus doucement possible les os enfoncés dans ses jambes.

- Est-ce que vous aurez la force de rentrer chez vous pour vous soigner ?

- Ou-oui mais… À quoi… tu joues ?

- C'est à cause de moi que vous en êtes tous à ce point. Je n'ai pas envie de laisser de mauvais souvenirs, même si je sais que je ne suis pas la bienvenue.

Elle se releva. Lui sourit tristement.

- Le monde est souvent injuste parce que c'est la loi du plus fort. Nous nous battons, nous nous massacrons par inégalité ; mais moi, je pense que si nous sommes forts, alors nous devons aider les faibles à le devenir également. Nous gagnerons beaucoup à unir cette force-là, et pas uniquement la brutale… Mais un simple humain ne peut pas changer la règle de ce monde. À moins d'être déterminé.

Titubante, elle s'éloigna. Elle se dirigea mécaniquement vers la maison des skelebros ; en entrant, elle remarqua sur la table des spaghettis fumants ; il ne semblait pas fâché de son action de tout à l'heure…

Alors qu'elle mangeait, elle entendit la voix de Mheetacce. Elle se retourna et la vit debout au milieu du salon, probablement en train de parler.

- Oui, j'ai tué des monstres.

Elle manqua de s'étouffer.

O*O*O*O*O
TALE

- Tu te demandes pourquoi j'ai tué. Est-ce si difficile à comprendre ? Je ne suis pas Frisk ; je ne peux pas ressusciter quand ça me chante ; je ne suis qu'un simple humain. Mais, en tombant ici, j'ai appris une chose ; si tu tues, alors il sera plus difficile de se faire tuer. Je suis devenue plus forte, au prix de spectres qui me hantent. Mais ma volonté de survivre n'est devenue que plus puissante, plus hargneuse. C'est la seule chose qui me reste, dans ce monde. Et ce monde, je le DÉTESTE. Il m'a séparé de mes sœurs, de celles qui savaient me consoler, j'ai perdu ma famille, et je n'ai jamais su pourquoi. Tu le sais mieux que personne, n'est-ce pas ? Ce sentiment qui te déchire, cette douleur qui refusera de se tarir, parce que ceux qui t'étaient chers ont disparu.

« Je n'ai pas le pouvoir de décider qui est digne de vivre et qui ne l'est pas. Me voilà, l'humaine, cachant les cendres qui la recouvrent. J'ai vidé les Ruines de ses occupants, et tu as peur que je recommence, pas vrai ? Il n'y a rien qui puisse te le garantir, mais la violence que je possède ne servira pas à tuer. Ne t'inquiète pas ; bientôt, je pourrai rejoindre mes sœurs, et laisser ton monde en paix, si c'est là ton souhait.

Il aurait pu la tuer. En finir avec cette folie. Cette humaine avait massacré des gens, sans le moindre remord, et était prête à quitter un monde, en sachant parfaitement qu'elle le condamnait définitivement à rester enfermé !

Mais si Sans se laissait aller à la colère, alors le résultat serait le même. Il n'y avait pas d'autre choix, si ce n'est de serrer les dents. Il n'aurait pas le courage de lui arracher l'âme, pas avec son frère qui s'était lié d'amitié avec l'humaine. Frisk était la dernière chance pour son monde d'être libéré. Et lorsque ce sera fait, plus rien de tout cela n'aurait existé.

- Et donc, ton amitié avec mon frangin, c'est du pipeau ? T'avais pourtant l'air de bien t'amuser avec lui. Tu passes beaucoup de temps avec le fantôme, aussi. Tu crois que je n'ai pas remarqué que tu laisses des messages à Toriel ? Me fais pas rire, gamine. Tu veux paraître dure, mais à l'intérieur tu dois être une jolie licorne toute douce.

- C'est gentil de me faire un compliment, même si je dois passer pour une parfaite ordure à tes yeux.

Ils se défièrent du regard pendant plusieurs minutes, dans un silence tendu.

- Parfois, je trouve que tu es vraiment la pire sœur que l'univers ait pu m'accorder.

Mheetacce fit volte-face, pour être transpercée par deux yeux acérés. Soru avait écouté la conversation depuis le début, et n'était pas contente DU TOUT.

- Quel plaisir de savoir que tu es prête à tout pour nous retrouver. Maintenant il y a deux assassins dans la famille, quelle merveille ! J'avais pourtant cru que tu ne deviendrais pas comme ceux que tu détestais. C'est très gentil de ta part, de me faire comprendre que je me suis sacrifiée pour RIEN !

Mheetacce avait baissé la tête et empoigné le tissu de sa robe, au point que ses jointures devinrent blanches.

- Trop tard pour les regrets ! Tu restes insensible devant tes meurtres, et voilà que tu t'écroules face à quelques paroles.

Mheetacce resta silencieuse, puis Soru leva les yeux.

- Sans, si tu es toujours là, écoute-moi ; ma sœur n'est pas quelqu'un de mauvais, elle cherche simplement à survivre, et elle a besoin de nous. Je ne te demande pas de lui pardonner, mais de comprendre : elle a souffert horriblement il y a des années, et son cœur s'est fissuré au point qu'elle veuille se tuer. C'est une fille brisée, et sans nous pour recoller les morceaux, qui sait ce qu'elle peut encore faire…

Mheetacce fixait le bout de ses chaussures, comme une enfant pris en faute. Aussi ne remarqua t-elle pas tout de suite les phalanges tendues vers elle.

- On fait la paix, gamine ? Je suis trop flemmard pour être rancunier, mais le temps que la machine dimensionnelle soit construite, évite de faire une hécatombe, d'acc ?

Même si le ton était un peu autoritaire, la jeune fille hocha la tête et ils échangèrent une poignée de main polie.

- Vous faites une drôle de famille, toi et tes frangines. Par contre, quand tu passes en mode orgueilleux, préviens-moi, ok ? C'est plutôt moi qui crâne, alors se faire battre par quelqu'un qui n'est pas un squelette, c'est la honte.

Elle mit du temps à comprendre la plaisanterie, et elle ne put s'empêcher de pousser un soupir.

- Vas-tu continuer à jouer le comédien ? Je ne suis pas un public très compréhensif.

- Que veux-tu, je suis un homme aux plates blagues. T'as compris ? Omoplate !

- Oh mon dieu, Sans…

Il y eut un autre silence.

- Et… Si je ne suis pas malpoli, c'est quoi qui t'as brisé ? Je veux dire, ça peut paraître bizarre d'essayer de comprendre un assassin, mais…

- Ce n'est pas un conte à raconter à la légère. Chacune de nous en possède un, tout comme chaque membre de ton peuple a une histoire. Mais je ne veux pas le raconter, pas maintenant. Ce n'est pas encore tout à fait guéri… dit-elle en désignant sa poitrine.

L'humaine se tut, juste avant que la porte ne s'ouvre avec fracas.

- OH ! s'écria Papyrus, qui venait d'entrer. RE-BONJOUR, HUMAIN ! TU TOMBES À PIC, JE COMPTAIS T'INVITER À UNE NOUVELLE SÉANCE DE CUISINE !

Mheetacce lui lança un doux sourire.

- Ce sera avec plaisir, Papyrus.

Il fallait l'avouer, ce squelette allait lui manquer. Alors autant profiter de son seul ami.


Voilà ! J'espère que ça vous aura plu !

En passant, je me fais un peu de pub (parce que les reviews, c'est la vie). J'ai écrit un (long) OS sur Undertale, "Retourner à la poussière", mais je ne peux pas vous le résumer rapidement, parce que ce serait du spoil ! Désolé mais je ne saurais pas trop comment le décrire en deux mots ^^' simplement de vous supplier avec un regard de chiot battu d'aller le lire.

Brrreeeef, pardon pour la pause pub. Je vous souhaite une bonne journée/soirée/matinée !

EDIT : euh... Guys ? Je viens de me rendre compte que mon histoire, au total, fait 110 pages.

Cent.

Dix.

Pages.

Caspita O_O