Vingt-et-un juin
Deux jours plus tard, Candy franchissait le portail de Lakewood. Terry et Flanny l'accompagnaient, cette dernière ayant montré beaucoup de joie à entendre que ses deux meilleurs amis avaient décidé de vivre en couple de la façon qu'ils voulaient. Candy avait constaté que Flanny était sincère, Terry était à l'aise avec elle, plus aucune suspicion ne traversait la tête de Candy. On était tout juste le vingt-et-un juin, premier jour de l'été et comme un bon présage, le temps avait changé, de ce froid humide les jours d'avant, un franc soleil et une douce tiédeur succéda. L'arche de roses était écloses, le jardin d'Anthony était en peine floraison, les Sweet Candy toutes ouvertes et magnifiques, un signe encore optimiste pour la nouvelle propriétaire des lieux. Terry se sentait autant ému de revoir ce paradis, encore admiratif et humble de ce qu'avait crée Anthony et empli de respect pour Albert qui avait tant aimé Candy. Il se tint discret, muet et effacé, Flanny le trouva encore trop parfait mais Candy semblait n'avoir rien remarqué tant elle était habitée par ses disparus. Elle visita de fond en comble la maison, Terry resta au salon, près du piano de Rosemary mais quand Candy revint, elle le prit par la main, demanda à Flanny de les excuser un moment, ce que la brune accepta avec soulagement et entraîna Terry à nouveau vers la roseraie d'Anthony.
- Que penses-tu de cette passion de fillette mon chéri ?
Elle avait son air moqueur mais son ton était surtout joyeux et comme elle l'appelait chéri, il succomba.
- Je pense que seul un cœur noble, vaillant et talentueux a pu créer pareil paradis, je suis empli de respect et de regret d'avoir dit des âneries par jalousie et frustration.
Elle sourit et approuva.
- Oui, Anthony était un prince, il te ressemblait un peu pour le côté solitaire, sensible et chevaleresque mais je ne l'ai aimé qu'en amour d'enfant. J'aurais surtout aimé avoir un frère qui lui ressemble et lui, trouvait que je ressemblais à sa mère, à Rosemary.
- Ah bon ?
- Oui il paraît.
Elle se tut et regarda encore les roses, il se dit que Rosemary étant la sœur d'Albert, elle ne devait pas tant ressembler à Candy où il n'en serait pas tombé amoureux. Pourtant, il entendit le contraire immédiatement.
- Albert trouvait aussi que je lui ressemblais.
Terry resta muet. Ainsi Albert était tombé amoureux de quelqu'un ressemblant à sa sœur, étrange pour lui mais il n'avait pas de sœur pour comparer.
- Albert a longtemps éprouvé pour moi de la fraternité vu cette ressemblance. C'est son amnésie qui a changé les choses. Mais…
- Mais quoi Candy ?
- Eh bien… peut-être que ses sentiments n'étaient pas vrais, sa mémoire les avait trafiqués, enfin, c'était compliqué dans sa tête.
- Il voulait pourtant bien t'épouser ? Je te demande pardon d'avoir lu sa lettre mais je devais trouver une preuve, je te l'ai dit, elle était claire sur ses sentiments pour toi.
- A ce moment, il ne savait pas encore que sa mémoire n'était pas entièrement revenue, il était encore en résurgence, partiellement guéri. Nous avons ensuite consulté divers médecins pour savoir, nous avons donc appris que ses certitudes n'étaient pas forcément réelles.
- Mais il était possible qu'il soit vraiment amoureux de toi ?
- Oui il était possible que ses certitudes restent une fois sa mémoire entièrement retrouvée mais sa mort brutale a interdit d'avoir un jour une réponse.
- Je suis désolé, je ne savais pas ça. Mais qu'est-ce que ça change ? Toi tu l'aimais !
Elle baissa les yeux, il avait dit ça avec tant de certitudes et de respect. Elle les releva et fixa ses yeux bleus.
- Je l'aimais oui mais je n'étais pas amoureuse non plus, il était mon ami, mon frère, mon père !
Il la regarda sans comprendre, elle s'approcha et lui prit la main.
- Oui Terry, je n'aurais jamais épousé Albert même s'il m'avait aimée d'amour, je ne pouvais pas, il était mon père de cœur pour moi.
- Pourquoi m'as-tu menti à New York Candy ?
- Pour me débarrasser de toi bien sûr Terry.
- Mais ça n'a pas marché ?
- Non, tu es trop têtu, trop fidèle et généreux, tu es vraiment un cœur plus fidèle que tout Terry, tu m'aimes même sans réciprocité.
- C'est quand même dur à entendre Candy, surtout que tu le dis souvent.
- Je te demande pardon, je ne le dirai plus mais…
- Pas de mais, je l'accepterai toujours mais n'en parlons plus.
- D'accord Terry, je ne parlerai pas mais… il est possible que je te dise quelques chose d'important quand même, d'une autre façon. Seulement, je dois d'abord aller chercher quelque chose. Tu m'attends ici ?
- Toute ma vie Candy.
- Juste deux minutes Terry, pas plus.
Il la regarda courir derrière la maison puis il revint aux roses blanches et remercia mentalement Anthony de l'accepter ici et il lui promit de toujours veiller sur Candy. Il la vit revenir avec une bêche, elle la lui mit dans les mains.
- J'ai besoin de ta force Terry, tu veux bien creuser ici s'il te plaît ?
- Bien sûr. Ici, tu es sûre ?
- Oui, juste à droite du rosier rouge et sous le gros caillou blanc que j'ai mis comme repère. Tu dois creuser à un mètre environ Terry.
Il lui donna sa veste, retroussa ses manches de chemise, cracha dans ses mains. Elle le regarda, il creusa facilement mais après avoir retourné un mètre de terre, ça ne donna rien.
- Zut ! C'est pourtant là, le caillou n'a pas bougé. Essaie encore un peu Terry, il est peut-être plus profond, j'ai dû creuser plus que je ne croyais.
Il planta à nouveau sa bêche, enleva encore un peu de terre et sentit un objet métallique sous son dernier coup de pioche.
- Je l'ai Candy.
- Merveilleux ! Merci Terry mais je vais finir moi-même, c'est nécessaire.
Il obéit lui tendit la bêche mais elle l'ignora, s'accroupit et gratta le reste de terre avec ses mains. Il s'abstint de lui dire qu'elle allait se salir, elle semblait tenir à le faire et à y prendre du plaisir. Il vit un coffret noir sortir du trou, elle l'épousseta et tenta de l'ouvrir.
- Zut ! C'est coincé. Sans doute la rouille à cause de la pluie.
- Laisse-moi faire Taches de son, j'ai un couteau.
Il le sortit de la poche intérieure de sa veste qu'il tenait dans sa main, la posa sur le sol sans se préoccuper qu'elle se salisse et commença à trafiquer la serrure du coffret. En faisant levier, il réussit à l'ouvrir en quelques secondes. Candy lui sourit, l'empêcha de se relever et souleva le couvercle. Il vit une photo jaunie, un garçon blond au regard clair.
- Merci Anthony d'avoir veillé sur mes souvenirs.
Elle sortit ensuite les insignes des André, le ruban d'Annie, le crucifix de mademoiselle Pony, une pile de lettres enrubannées.
- Tu les reconnais ?
Il regarda l'écriture sur la première enveloppe, c'était la sienne.
- Pourquoi les as tu gardées ?
- Pour rester un peu celle que j'ai été Terry. Tu te souviens quand tu m'as dit de me souvenir où j'avais mis mon cœur Terry ? C'est ici que je l'ai enterré. Ici il y a tout mon passé. La maison Pony, Annie ma sœur de cœur, Anthony, Albert mon prince de la colline et… toi. Mais toi tu es mon présent désormais et mon avenir j'espère. Tu vois cette lettre Terry, ce n'est pas la tienne, c'est une lettre que j'ai écrite avant de partir à la guerre. Je l'ai écrite à toi, je ne te l'ai bien sûr jamais envoyée car je n'étais plus ton destin. Mais je l'ai écrite par devoir de mémoire et je suis contente de l'avoir fait pour pouvoir te dire ce que je n'arrive pas à faire oralement de peur de me porter la poisse. Prends-la Terry, elle est à toi. J'aimerais que tu la lises maintenant et à haute voix, tu veux bien ?
- Bien sûr, fit-il d'une voix rauque d'émotion. On peut se relever quand même ?
- Oui mais je veux voir tes yeux, reste face à moi. Vas-y Terry, lis !
« Mon cher Terry,
Je t'écris car je pars très loin et je ne sais pas si je vais revenir. Si je reviens un jour, j'espère apprendre que tu poursuis ta carrière, que tu es devenu le grand acteur que tu mérites d'être, que tu as épousé Suzanna et que vous êtes heureux, parents peut-être mais surtout en bonne santé. J'ai perdu tant d'amis Terry, je ne veux jamais apprendre ta disparition, je préfère mourir en France que cette insupportable goutte se rajoutant à mon océan de peine. Car toi ce serait pire encore, toi tu es celui qui m'a éveillée à l'amour, à la passion, au désir, à l'envie de me marier et fonder une famille, à l'amour si grand qui rend certaine d'avoir rencontré l'homme de sa vie. Je t'ai tant aimé Terry, au point de choisir de me sacrifier pour que tu ne vives pas une vie à culpabiliser et t'en vouloir, au point de choisir de rester seule et vide toujours. Je te souhaite d'être heureux mon amour, il n'y a plus que ton bonheur pour me donner envie de poursuivre ma vie. Pour que tu n'aies pas de remords, je vivrai tant que le destin le voudra, je te le promets. Adieu Terry, mon cœur sera ici, protégé de tout, préservé car je ne veux plus jamais aimer quelqu'un d'autre, de toute façon, tu n'es pas remplaçable. Que Dieu te protège !
Candy Neige. »
Il releva les yeux, elle le fixait d'un air si ému et adorateur, il ne put retenir une larme et la prit dans ses bras.
- Ma Candy, ma Juliette, tu es revenue !
- Oui Terry mais j'ai à nouveau très peur de te perdre, je ne le supporterai pas.
- Je suis immortel et indestructible, tu verras. Je t'aime autant mon amour, je crois qu'on a mérité notre amour, le destin a abandonné ses épreuves.
- J'espère mon chéri mais je te demande d'être encore patient avec moi, tout n'est pas réglé.
- J'ai une patience d'ange désormais. Nous réglerons tout ensemble et au fur et à mesure. Je suis si heureux que rien ne peut me faire peur, rien n'est impossible.
- Je sais qu'avec toi tout l'est mon Terry, je te fais entièrement confiance maintenant.
- Tu m'accordes un baiser dans ton paradis ma chérie ?
- Je t'accorde un million de baisers mon Roméo, dans ce paradis ou celui de New York, voire d'autres.
OoOoOoO
