1920

Six mois après, Flanny rencontra un jeune médecin qui tomba très vite amoureux d'elle. Elle ne partagea pas autant sa passion mais il était beau garçon, gentil et autant en manque de tendresse qu'elle alors elle accepta de l'épouser. Candy et Terry furent les témoins du mariage à Chicago puis ils repartirent au printemps à New York car Terry allait jouer dans une nouvelle pièce : « Le cid » de Pierre Corneille. Cette fois il laissait la mise en scène à un autre mais avait déjà l'idée de sa prochaine mise en scène, pour une comédie de Georges Feydeau, un auteur français qu'il voulait traduire et adapter pour Broadway. Candy avait accepté un travail bénévole à mi-temps à la croix rouge de New York mais avait aussi ouvert un autre orphelinat pour chiens et chats à Harlem et deux personnes s'en occupaient. A Lakewood, elle préférait s'occuper elle-même des roses, elle avait appris seule et avait rajouté des rosiers roses et rouges entre les blancs. En mai, elle fêta son vingt deuxième anniversaire à New York et son plus beau cadeau fut sur le chêne, serrée contre Terry et regardant tous deux le couple d'écureuils sur une branche opposée. La femelle ne se cachait plus, elle avait peu à peu maîtrisé sa peur, en faisant confiance à son mâle. Cette vision débloqua aussi la peur de Candy, rien de mal n'était arrivé depuis ce vingt-et-un juin dernier, Terry avait un bilan de santé parfait, il faisait davantage de sport pour la garder et avait même arrêté de fumer depuis un mois. Ce soir d'anniversaire, elle décida de ne plus prendre de précautions, de laisser la nature décider et ne plus s'angoisser. En septembre, elle retourna seule à Lakewood, Terry venait de partir en tournée. Elle avait quelques jours de retard dans son cycle mais n'était encore sûre de rien. Mais deux semaines après, elle vomit à chaque réveil et tomba dans les pommes devant Archibald qui la rattrapa à temps. Annie, qui était enceinte de huit mois, pensa tout de suite que son amie était aussi enceinte et en fut folle de joie. Candy consulta quand même un médecin mais il n'y avait aucun doute, elle attendait un enfant de Terry. La crainte d'être mère n'avait pas disparu mais de se dire que c'était l'enfant de Terry apaisait son angoisse. Elle devait maintenant lui annoncer, il ne reviendrait pas à New York avant décembre mais passerait à Chicago avec la troupe de théâtre début octobre. Elle l'attendit et put se préparer à son futur rôle en aidant Annie à mettre au monde son fils le dix sept septembre. Archibald était fou de bonheur, tout s'était bien passé et le bébé était si craquant. Quand le trois octobre arriva enfin, Candy accorda un plus grand intérêt que jamais à son apparence. Elle avait repris un peu de poids, ne faisait plus maigre et sa grossesse semblait arrondir encore ses formes là où il le fallait. Elle se sentait plus jolie et accorda plus d'intérêt à sa tenue cette fois. Terry arriva à dix heures du matin, elle se précipita dehors dès que le taxi se gara et il l'embrassa aussi passionnément que la première fois.

- Mon amour ! Tu m'as tant manquée ! Que tu es belle !

- Tu m'as manqué autant mon chéri ! Tu vas bien ? Pas trop fatigué ?

- Je pète la forme mon ange ! Tu verras ce soir !

- Oui j'ai beaucoup de chance, je vais te revoir enfin au théâtre Eléonore et pas au poulailler ! Viens, entrons chéri, je t'ai préparé un encas.

Deux heures plus tard, elle le rejoignait dans leur chambre et elle le massa d'abord pour le détendre. Elle cherchait une façon originale de lui annoncer qu'il serait bientôt père mais tout ce qu'elle trouva fut :

- Terry, j'ai quelque chose d'important à t'annoncer, je ne vais pas pouvoir aller à Londres comme nous le voulions au printemps prochain.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne serai pas en état de faire ce voyage.

- Tu es malade ?

Il s'était retourné si vite, il était pâle, elle se mordit les lèvres et le rassura sans délai.

- Non mon amour, je suis juste enceinte de toi.

- Enceinte ? Oh ! Je… suis désolé, je…

- Mais je veux le garder Terry, j'ai voulu tomber enceinte, je veux un enfant de toi.

- C'est vrai ? Tu n'as plus peur ?

- Si j'ai peur de devenir mère Terry mais je ne veux pas que la peur domine ma vie. Je sais que j'aimerai notre enfant et que je peux compter sur toi pour m'aider à combattre mes peurs et à réussir son éducation.

- Oh ! Merci mon amour ! Tu m'offres cette famille tant rêvée ! Un enfant de toi ! Oh ! Que je suis heureux ! Je t'aime ! Je t'adore !

Elle rit, il était si démonstratif. Elle décida de lui donner encore plus.

- Je t'aime autant mon amour. Parce que tu as mérité que je t'aime autant, tu m'as guérie, tu m'as fait renaître, tu m'as sauvée. Si tu veux, nous pouvons aussi rendre les choses plus faciles pour notre enfant, en nous… mariant peut-être ?

- Tu acceptes de m'épouser pour toujours ?

- Pour toujours au moins, je veux t'épouser pour l'éternité Terry, si tu le souhaites aussi bien sûr.

- Ainsi tu réalises tous mes rêves secrets ma Candy, des rêves qui ne m'ont pas quittés depuis cinq ans, que j'avais juste enfoui pour les protéger, dans mon jardin secret, ici.

Il montra son cœur sous sa poitrine nue. Elle y posa ses lèvres puis dégrafa son corsage pour lui offrir le sien.

- Wow !

Il vit tout de suite que ses seins avaient pris un peu de volume, ça lui plut évidemment mais son baiser sur son sein gauche, son cœur rescapé, fut encore d'une douceur sublime.

- Tu es si belle !

- Tu es si beau ! Aime-moi encore plus !

- Que votre volonté soit faite madame Grandchester !

OoOoOoO

1921

Le vingt-huit avril naquit Rosemary Eléonore Grandchester, portrait craché de son père plus quelques taches de rousseur sur le nez. Trois ans après, Candy donna un fils à Terry, ils l'appelèrent Anthony Albert. Ils adoptèrent aussi une autre petite fille de race noire au doux prénom d'Espérance et un petit garçon sourd-muet prénommé Oscar. Il eurent aussi de nombreux chiens et chats et quelques autres amis animaux adoptés ou librement locataires de leurs deux maisons. Ils vécurent heureux, subirent quelques épreuves parfois mais surent les surmonter par leur amour, leur confiance et leur solidarité familiale.

Flanny eut aussi trois enfants, Annie et Archibald en eurent quatre.

Les Legrand payèrent leur méchanceté. John Legrand ne pardonna pas à sa femme, en divorça et envoya Daniel sur un navire comme mousse. Il subit d'abord pas mal de remontrances et maltraitances des autres vu son attitude arrogante, mesquine et fainéante. Puis il fit profil bas et obéit à son destin mais un jour, suite à une tempête, il tomba du bateau et se noya, son corps ne fut jamais retrouvé mais certains soupçonnaient qu'on l'avait aidé à tomber du navire. Elisa dut se marier contre son gré avec un riche mais vieux rentier. Sa mère n'avait rien trouvé de mieux pour s'assurer un avenir avec sa fille. Mais elle choisit mal car ce mari ne se laissa pas mener par le bout du nez par ces deux mégères, il chassa vite Sarah qui dut trouver un travail pour vivre mais comme elle ne savait rien faire, elle vendit son corps, finit par attraper la vérole, fut défigurée et mourut seule dans un asile à quarante huit ans. Sa fille dut subir les appétits insatiables de son mari chauve, bedonnant et obsédé sexuel. Elle fut soulagée quand il fit une attaque lors d'un de ses assauts sur elle, mais ce fut de courte durée car il ne lui laissa que des dettes et un vieil appartement plein de vices cachés. Elle trouva un autre prétendant pour l'entretenir mais il se révéla après le mariage, très avare, plein de manies et obsessions et lui fit vivre un enfer. Elle essaya de le tuer avec des champignons vénéneux mais échoua puis se fit arrêter et termina en prison où elle finit par se pendre.

OoOoOoO

Candy et Terry fêtèrent en 1970 leurs cinquante ans de mariage, le destin avait été éprouvant mais après tant de douleurs il s'inclina sur tant d'amour.

FIN

Note de l'auteur:

Merci d'avoir lu cette histoire, j'espère qu'elle vous a plu malgré sa tristesse. Elle montre qu'il n'y a pas de grands drames insurmontables, que le véritable amour est la force qui permet de survivre, remonter la pente et croire en la vie. Seul l'amour sauve!

Diogène, 30 juin 2017