Voilà la suite ! Ce sera moins triste que le précédant, promis. Mais ATTENTION, scarification, là-dedans.

Bonne lecture !


- Et après ? demanda Flowey.

- C'est-à-dire, et après ?

- Ta sœur, Mheetacce… Elle est passée à l'acte, non ?

- Non. Elle n'avait pas à disparaître comme ses bourreaux l'avaient souhaité. La colère, la haine, la tristesse, la révolte, ce n'était plus à elle de les ressentir, mais à nous, Nilac et moi. Elle n'avait pas à gaspiller son sang ; nous l'avons arrêté juste à temps, pour qu'ensuite la vérité éclate au visage.

« Connais-tu la définition de pugnace ? Il s'agit d'une personne prête à des actions extrêmes pour arriver à ses fins, quelqu'un de combatif. J'étais prête à me battre, non pas pour venger ma sœur, mais pour faire connaître l'horreur qu'elle avait subie.

« Une fille est arrivée au collège. Une fille est entrée dans la classe de Mheetacce, s'est assise à la place de Mheetacce, mais quelqu'un de perspicace aurait remarqué que ce n'était pas Mheetacce. Lorsqu'on a appelé son nom, je me suis levée, je suis montée sur l'estrade, j'ai enlevée ma perruque et j'ai sorti un cutter de ma poche.

« Tu t'es sûrement demandé pourquoi je n'enlevais jamais mes gants ; ce qu'ils cachaient n'était pas beau à voir.

Soru retira doucement ses mitaines, pour dévoiler, sur chaque poignet, une profonde estafilade qui ne s'était pas correctement refermée, laissant la chair à nue.

« Je me suis ouvert les veines devant eux. J'ai laissé le sang s'écouler et résonner dans le silence de la salle. J'ai demandé aux enfants devant moi s'ils étaient heureux, maintenant. Heureux de voir une fille en train de se vider de son sang. Heureux d'avoir voulu provoquer la mort de quelqu'un. C'est ce qu'ils voulaient, non ? Quelle différence cela pouvait bien faire, Mheetacce ou sa sœur ? Des gamins, des enfants, avaient fait subir l'enfer à l'un de leurs semblables pendant près de sept mois. Des enfants ! Quel était ce monde dans lequel je vivais ? Une jungle ? Un pays de carnassiers prêts à s'entretuer ? J'ai ouvert mes veines, j'ai ouvert leurs yeux quant aux conséquences de leurs actes. Mais je ne pouvais pas changer l'ordre dans lequel le monde s'était installé. Massacrez-vous, si cela était votre souhait, mais je ne voulais plus participer à cette existence absurde.

« Je suis partie de la salle de classe, toujours silencieuse. Personne n'avait bougé, pas même le professeur. Il m'avait semblé entendre des pleurs. C'est le seul souvenir que j'ai retenu de cette vie chez les humains ; mes sœurs et moi, nous n'avons voulu garder aucune autre mémoire ; il n'y a rien au-delà d'une grisaille de monotonie.

« Je suis rentrée au foyer. Mes sœurs m'ont aidé à panser mes plaies. Pendant que j'étais au collège, elles avaient préparée les affaires nécessaires pour survivre, loin de la ville. Nous voulions partir et nous étions prêtes.

« Nous nous sommes enfuies.

« Comment des fillettes d'une douzaine d'années pouvaient-elles vivre, sans personne aux alentours, livrées à elles-mêmes ? En s'entraidant.

« Nous nous sommes éloignées de la ville, nous avons quitté notre ancienne vie pour marcher sur les routes, encore et encore. Nous chapardions dans les champs, dormions à la belle étoile, serrées dans nos sacs de couchage, plus rarement dans une maison abandonnée. Mheetacce, à l'aide de ses connaissance, nous apprenaient quelle herbe cueillir et quelle plante pouvait nous tuer. J'avais emporté l'arc de mon père d'adoption, qui ne l'avait jamais utilisé ; flèches et couteau devinrent indispensables pour trouver les protéines nécessaires à notre survie. En un tour de main, Nilac préparait un bon feu, et notre repas grillait sur les braises chaudes.

« Plus d'une fois nous nous fûmes pourchassées, voleuses prises en flagrant délit. Alors nous courions aussi vite que nos jambes le pouvaient. Personne ne réussit à nous rattraper.

« Plus d'une fois nous sommes tombées malades, grelottantes de fièvre ou brûlées par le froid ; les plantes alentour et la chaleur de la fratrie étaient suffisantes pour nous guérir.

« Plus d'une fois nos jambes furent écorchées, nos pieds saignés, nos lèvres gercées, notre peau desséchée et nos épaules brisées ; nos corps s'habituaient à la douleur, devinrent de plus en plus robustes.

« Plus d'une fois nous nous sommes éloignées d'une route, d'un village, pour finalement se couper des hommes pendant des jours, des semaines, des mois. Alors nous nous sentions minuscules, face au monde qui se déroulait devant nous ; nous n'étions, au final, que trois êtres vivants parmi tant d'autres.

« J'ai appris à chasser, à connaître le prix d'une vie et devenir ombre pour attraper à manger.

« J'ai appris à avancer grâce aux étoiles, à rester allongée, le souffle coupé, en observant le firmament.

« J'ai appris la rudesse, l'endurance à mon corps, pour ne quasiment plus ressentir la douleur.

« J'ai appris à plonger des falaises, à grimper en haut des arbres pour choisir la route à suivre.

« J'ai appris à me pelotonner contre mes sœurs, la nuit venue, et partager la chaleur qu'on appelle affection.

« Je jouais avec la terre, trempant mes bois dans la boue pour façonner une fresque sur la roche. J'écrasais des baies pour obtenir des couleurs vivantes et chaudes, plus belles que les pigments des humains. J'organisais des branches et des feuilles mortes pour façonner un visage, un paysage. C'était ma manière de m'amuser, d'oublier un instant que cette vie était difficile. Mais c'était justement se battre pour la survie qui me faisait sentir vivante.

« Lorsque nous retournions à la civilisation, il arrivait de temps à autre que nous tombions sur une bibliothèque. Alors nous nous débarbouillions, nous prenions les habits les moins abîmées, et pendant presque une journée, nous lisions et écoutions de la musique. Nous partions quand les regards des adultes se faisaient trop interrogateurs.

« J'ai vécu ainsi pendant plus de six ans, et j'ai été heureuse de cette vie. Mes sœurs ont appris à l'apprécier également, mais ce ne fut pas facile pour elles d'oublier les démons du passé. J'ai consolé les pleurs de Mheetacce pour l'empêcher de se refermer comme une coquille, j'ai tenté de calmer la bestialité de Nilac, sans grand succès. Ma sœur n'a pas toujours été celle qu'elle est aujourd'hui. Pendant longtemps, elle fut ce qu'on pourrait appeler un monstre humain.


Je poste la suite tout de suite parce que c'est la période des examens blancs, donc pause niveau écriture. Souhaitez bonne m***e à la stressée dépressive !