Et voilà le dernier background, sur Nilac ! Je vous souhaite bonne lecture !


- Un monstre humain ?

- Tu ne t'es jamais demandé pourquoi j'étais aussi forte, Sans ? Mes muscles ne sont pas uniquement de naissance ; je les ai agrandis à l'image de ma haine, de ma colère.

« J'ai eu tellement honte. Tellement honte en constatant que j'avais échoué à protéger ma sœur. Et cette honte avait été le terreau d'une nouvelle graine, la graine de ma rage. J'ai été furieuse contre moi-même, mais surtout furieuse contre le reste du monde. J'étais en colère contre les sadiques qui avaient persécuté ma sœur, je maudissais les professeurs qui avaient fermé les yeux sur ces actes, je retournais ma furie contre notre famille qui nous avaient considéré comme des parasites, j'accusais l'État de nous avoir rendues malheureuses parce qu'il ne savait pas s'occuper correctement des écoles, j'insultais même mes parents qui nous avaient abandonnés en mourant !

« Mais tous ces crachats de haine envers le monde, je les gardais en moi, je les faisais tourner en boucle dans ma tête, sans les dévoiler au grand jour. À qui se confier quand tu étais seule ? Je n'avais à rajouter un surplus de soucis pour mes sœurs.

« La haine, elle s'entretient. Il faut la nourrir, offrir un effort constant, et en échange elle brûle l'intérieur, ronge comme un cancer tout en décuplant les forces. Alors pour son combustible, j'ai fendu des roches, arraché à coups de poings l'écorce des arbres.

« Je n'ai pas toujours chanté à la faveur de la nuit. Le soleil et la lune ont été témoins de mes efforts physiques.

« Brisé mes mains à force de frapper le dur.

« Déchiré mes muscles en soulevant des charges de plus en plus lourdes.

« Tordu mes chevilles en courant jusqu'à cracher mes poumons.

« Craquelé mes os, qui, en guérissant, devinrent de plus en plus solides.

« Tandis qu'intérieurement mon aversion pour les hommes cognait les parois de ma conscience.

« J'ai haï. J'ai haï pendant si longtemps que j'ai failli occulter mes autres sentiments.

« Mes sœurs avaient peur de moi, je l'avais bien remarqué. Un titan grandissait à leurs côtés, un titan qui ne demandait qu'une chose, laisser ma haine exploser.

« La cuisine me calmait, écouter de la musique me relaxait, mais ce n'était pas suffisant. C'est finalement le jour où ma colère a jailli que j'ai changé ma vision des choses.

« Nous étions dans une bibliothèque, ce jour-là. J'étais sortie prendre l'air et marcher un peu. Mes pas m'avaient mené jusqu'à une ruelle. Ce qui est étrange quand j'y repense, c'est qu'elle était complètement vide, à part les deux hommes qui se disputaient devant une cabine téléphonique. Le premier, accompagné d'un chien, et qui empestait l'alcool, injuriait le second, à l'intérieur. Il lui reprochait de mettre trop de temps, que c'était son tour, qu'il avait besoin de téléphoner, etc. L'autre lui disait qu'il voulait finir son appel, mais le soulard ne voulait rien entendre. Lorsqu'il l'a sorti de force et qu'il a tenté de le frapper, moi, la spectatrice, je suis devenue actrice. Toute ma rage s'était éveillée, et cet homme allait être le bouc émissaire de ce raz-de-marée. Il n'a vu la gamine se précipiter sur lui et le projeter brutalement au sol.

« Je ne sais pas combien de temps je suis restée sur lui, à le mitrailler de coups tout en hurlant des injures. Je lui cassais le nez, ses lèvres éclataient dans un geyser de sang, je parsemais son visage de ses dents, ses yeux n'étaient plus que deux morceaux de beurre noir. L'autre homme s'était enfui, effrayé par cette enfant qui avait mis à terre un quadragénaire. Quant au chien, il était resté en retrait, tandis que je rendais le visage de son maître méconnaissable.

« Lorsque j'en eus assez, je me relevais, les poings ensanglantés et cabossés. Intérieurement je ne saurais dire ce que je ressentais seulement un maelström qui me donnait mal au crâne. Je m'éloignais quand j'entendis un couinement. Le chien s'était approché de son maître, et tout doucement, il se mit à lécher ses plaies, à donner de petits coups de museau pour le réconforter.

« Un petit geste. Un petit geste de gentillesse, pour obtenir un faible sourire, un sourire rayonnant. Un peu de réconfort, même dans le malheur.

« C'était quelque chose de beaucoup plus beau que la haine, plus doux surtout. Quelque chose d'agréable, devant mes yeux, qui fit fondre la douleur que j'avais emmagasinée à force de détester le monde entier.

« J'ai appelé les secours, je me suis excusé auprès de l'homme, même s'il devait m'entendre à peine.

« On ne change pas du jour au lendemain. J'ai passé des journées, des semaines à me questionner, à réfléchir sur le fondement de mes actes. La haine s'écoulait lentement, et il fallait trouver autre chose pour remplacer le vide qu'elle laissait. Le monde me semblait soudain un peu moins sombre, mais moi, comment m'éclairer ?

« "Tu pourrais faire l'inverse de ce que les bourreaux de Mheetacce ont fait. Tu pourrais montrer de la gentillesse, répondre à la haine par le rire." Mes sœurs m'ont aidée à me reconstruire, à passer cette crise d'identité que j'avais réveillée en moi. J'ai appris des chansons qui célébraient le monde ; j'ai appris à alimenter la curiosité pour trouver de nouvelles recettes ; j'ai appris des blagues et je m'amusais avec des satires de notre monde ; mes sœurs m'ont appris à aimer.

« Cela faisait tellement de bien.

« C'est plus facile de pardonner. C'est beaucoup moins douloureux que d'entretenir son champ de colère. Le rire détend les muscles et allonge l'espérance de vie, la cuisine, le chant et l'humour requiert un bon entraînement du cerveau. C'est quelque chose de beaucoup plus serein, de beaucoup plus agréable. J'aimerais que tout le monde l'apprenne et l'entretienne. »

Le téléphone de Papyrus sonna. Mais Nilac lui fit comprendre que ce n'était pas grave, qu'elle avait terminé. Cela lui avait fait du bien.

- Allô ? Oh, heya Undyne. Ah oui ? Ok, je la préviens. À plus tard.

Il raccrocha et se tourna vers l'humaine.

- La machine dimensionnelle est terminée.


Vous avez sûrement remarqué qu'on s'approche d'un point pivot de l'histoire. Mais patience parce qu'avant je dois subir la torture des examens, snif :'(

Le passé sur mes filles sur mes trois filles est dit ! Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Dites-moi dans les reviews !

Bye,

Cao :)