Hello tout le monde ! À ceux qui avaient fait la remarque dans les reviews, on se rapproche en effet du dénouement :D Mais comme le bac approche à grands pas, vous devrez attendre encore un peu (disons fin juin) pour les trois derniers chapitres, dé-so-lé ! En attendant j'espère que celui-là vous plaira !
Faites le plein de révélations !
Sonne le clairon
Pour moi, s'il te plaît
Au fil des saisons, n'oublie jamais comment j'étais
Pour moi, c'est la fin
Je suis fatigué
Je ne suis plus rien, rien qu'un cœur blessé
Rien qu'un soldat
Qui a livré son ultime combat
Jusqu'au dernier soupir,
Emmène-moi, ou laisse-moi mourir
O*O*O*O*O
TALE
C'est une marionnette qui marchait.
Un pantin désarticulé.
Souvent on la prenait pour un fantôme.
Pour seul vêtement une chemise de nuit, elle marchait.
Enfonçait ses pieds nus dans la neige, laissant son corps geler.
Marcher, tituber, marcher encore, tomber et se relever, ou bien rester dans le coussin froid et mouillé.
Rester dans ce monde ou retourner dans celui qui est sombre, celui des pleurs et de la peur.
On ne reconnaissait plus l'humaine.
Humaine, elle ne l'était plus.
Spectre aux yeux cernés, errant encore et encore.
Dans un monde et dans l'autre.
Les larmes givraient au contact du froid.
Marcher, sans savoir où aller.
Sans but.
S'effondrer dans la neige, sans craindre de mourir de froid.
Parce qu'on a perdu la notion de réalité.
Parce que la peur a glacé l'esprit.
O*O*O*O*O
SWAP
Papyrus entendit un gémissement étouffé à l'étage. Poussant un soupir, il écrasa sa cigarette et monta. Quand il ouvrit la porte de la chambre, Nilac ne lui jeta pas un regard, continuant à racler le mur avec ses ongles. Le squelette lui prit doucement la main ; elle n'avait pas à ensanglanter ses doigts comme la dernière fois. Sitôt qu'elle sentit la poigne du squelette, elle feula comme un chat qu'on aurait dérangé. Elle chercha à s'arracher de son étreinte, ses paupières fermées violemment crispées.
Papyrus savait que répondre par la force ne servait à rien. Elle aurait tôt fait de l'assommer. À la place, il lui versa le contenu d'une bouteille d'eau sur le visage. Ce fut suffisant pour la sortir de sa demi-inconscience ; son œil vert s'ouvrit à moitié, mais son regard évita celui du monstre. Il demanda si elle avait faim. Elle secoua la tête en silence.
- Après plusieurs jours sans manger ? Laisse-moi rire jaune, tu voies du rouge puis tu broies du noir, la combinaison parfaite pour s'affamer. T'as peut-être le blues mais je suis vert quand Sans arrive à te faire manger quelque chose. T'es au courant que tu m'en fais voir de toutes les couleurs ?
La réplique la fit sourire. Au moins était-elle toujours réceptive à l'humour, c'était déjà. Et maintenant plus calme. Les premiers jours, les deux frères devaient la maintenir ensemble afin de lui injecter des calmants et l'empêcher de se briser les poings voire la tête contre les murs.
Sitôt après sa réanimation, la jeune femme avait hurlé comme une bête blessée à mort. Elle avait fracassé plusieurs meubles avant qu'ils n'eussent réussi à la neutraliser ; seule une injection de sédatifs réussit à la mettre hors d'état de se nuire.
Pendant plusieurs jours ce fut la même routine.
Calmants.
Parfois l'attacher sur le lit.
Lui donner de l'eau, à manger malgré son refus.
Souffler quand elle s'endormait enfin.
Et si son sommeil n'était pas troublé par ce qui semblait être des cauchemars, Sans se blottissait contre elle et la suppliait, dans un chuchotement, de revenir.
Lorsque Papyrus avait demandé des explications, son petit frère s'était jeté dans ses bras en pleurant.
Il lui avait tout raconté.
Mais tous les deux savaient. Il y avait autre chose, une vérité qu'ils ignoraient.
Qu'est-ce qui te traumatise à ce point, Nilac ?
Et Papyrus ressassait cette question, tandis qu'il guidait la géante vers la salle à manger. Il la laissa s'installer, prépara une soupe. Nilac prit le bol avec un petit hochement de tête.
Il y eut un silence. Puis elle s'arrêta brusquement de siroter le breuvage brûlant, porta une main à sa couronne de fleurs. N'avait-elle donc pas remarqué que pas une fois, elle ne l'avait enlevée ? Elle la retira délicatement, observa les pétales qui s'étaient froissés ; puis elle souleva sa mèche, et, l'œil clos, suivit du bout du doigt le trou qui ornait son visage.
- Ce n'est pas à moi… laissa t-elle échapper dans un murmure.
Papyrus sursauta. Elle avait parlé. Elle était sortie de son silence. Il ne savait pas quoi dire, pas quoi demander. Il ne trouva rien de mieux que de l'appeler.
- Nilac ?
La jeune femme se tourna vers lui. Osa, pour la première fois, le regarder dans les yeux. Elle se leva de sa chaise, se laissa tomber, au grand étonnement du squelette, sur ses fémurs. Elle se recroquevilla contre lui, à l'image d'une petite fille qui avait besoin d'être consolée. D'abord immobile, Papyrus l'entoura tendrement de ses bras.
Elle s'était enfin réveillée.
- J'ai échoué. J'ai échoué à vous protéger.
Toute ma vie fut un mensonge.
Je ne suis même pas humaine.
Je ne suis rien. Je n'ai plus rien.
Ni passé, ni avenir.
Le temps passé avec mes soeurs n'existe plus, le temps passé avec vous n'existera pas.
Absurde. Une existence absurde.
À quoi tout cela aura t-il servi ?
J'ai si peur…
O*O*O*O*O
FELL
Ce fut une odeur nauséabonde qui réveilla Flowey. Qu'importe qu'il n'eût pas de narines ou d'odorat, il était un monstre, pas une fleur normale ; aussi put-il sentir les relents de pus et de sang qui flottaient dans la pièce. Il tourna immédiatement la tête vers Soru ; celle-ci était couchée dos à lui, silencieuse. Mais sous le silence de la mer, les abysses étaient en proie à la tempête. La fleur retourna l'humaine sur le dos et poussa un cri. Les plaies sur ses bras s'étaient infectées, jaunâtres et purulentes.
Aussitôt les souvenirs jaillirent dans la mémoire de Flowey. Non non non, il ne voulait pas revoir ça ! Il ne voulait pas se rappeler de Sans et Papyrus débarquant dans la remise, l'humaine dans leur bras, tandis que Flowey se blottissait dans son cou, la suppliant de se calmer.
L'entendre crier, pleurer.
La voir se laisser choir sur le sol, gémissant son désir d'être seule.
L'observer dans un aussi piteux état, ignorant comment la consoler.
Retenir un glapissement d'horreur lorsqu'elle sortit son couteau et l'abattit sur son avant-bras.
- Et ça ?! avait-elle hurlé devant la plaie rougeoyante. Ce n'est pas une preuve que je suis un être vivant ?! Et ça ? Et ça !
À chaque "et ça", la lame fendait l'air pour ensuite trancher la chair, et sa haute défense l'empêchant d'aggraver les blessures, elle redoublait d'ardeur au coup suivant. Elle frappa encore et encore, jusqu'à ce que, épuisée, elle se recroquevillât sur le sol, le corps secoué par les sanglots.
Sans n'avait pas précisément expliqué ce qui s'était passé. Simplement que, pendant le voyage, l'âme de Soru avait commencé à se briser, et il avait préféré revenir plutôt que de risquer sa vie, avait-il dit.
Menteur, avait pensé Flowey. Mais personne ne voulait expliquer. Rien ne lui permettait de comprendre la douleur de Soru, et ainsi lui donner les moyens de l'aider.
Mais maintenant il y avait urgence. Il était facile, trop facile de succomber à une infection. La fleur s'enfonça dans le sol pour ressortir dans la maison des skelebros, faisant sursauter Papyrus, en train de travailler sur un puzzle.
- QU'EST-CE QUE TU FICHES LÀ ?
- S'il vous plaît, venez m'aider ! Soru s'est blessée et ses plaies se sont infectées, je ne saurais pas la guérir tout seul !
Poussant un grognement, le squelette se leva et se dirigea vers la remise. Il inspecta rapidement les entailles de l'humaine ; des points de suture seraient nécessaires pour les refermer. Il souleva la jeune femme et l'emmena dans la maison. Nul ne dit mot pendant qu'il nettoyait ses blessures ; Soru fuyait le regard du monstre, fixant un point qu'elle seule semblait voir. Elle ne tiqua guère quand l'aiguille s'enfonça dans sa chair, recousant sa peau en lambeaux. Papyrus avait retiré ses gants, et elle pouvait sentir ses phalanges froides passer sur son épiderme. Il referma les dernières ouvertures, serra un nœud final ; puis il suivit, du bout de ses griffes, le tracé maintenant irrégulier de la peau de la jeune femme. Pourquoi, se demanda t-elle, ne faisait-il aucune remarque, ne posait-il aucune question ? Elle supposait que ce dernier et Undyne avaient sûrement dû, au moins une fois, discuter de ce qu'ils allaient faire d'elle. Après le fiasco de la machine temporelle, ils ne l'avaient pas amené chez le roi, ils l'avaient laissée tranquille. Elle les remerciait pour cela, mais savait que cela ne durerait pas. Elle n'avait pas le courage de jeter ne serait-ce qu'un coup d'œil à l'avenir.
Il n'y avait pas d'avenir.
Elle nota que les doigts du monstre étaient descendus jusqu'aux creux de ses paumes.
- Tu ne ressens donc plus rien ?
Elle resta silencieuse, interdite devant une question dont il connaissait déjà la réponse. Elle sursauta légèrement quand les mains squelettiques enserrèrent son visage et la forcèrent à relever la tête. Les pupilles rouges se plantèrent dans ses yeux bruns, lui interdisant de détourner le regard. Elle n'appréciait pas vraiment qu'il la scrute ainsi, comme s'il cherchait à sonder la moindre de ses pensées.
- Tu as perdu tes yeux…
Elle lui lança un regard interrogateur. Le squelette soupira, puis laissa remonter ses doigts jusqu'à la chevelure abîmée de l'humaine, passant doucement ses mains sur son crâne.
Il savait qu'elle n'allait pas bien, et qu'elle ne lui dirait rien. Mais il savait également qu'elle aimait les contacts physiques, et s'il ne pourrait jamais apprendre ce qui l'avait éteinte, au moins espérait-il lui apporter un peu de réconfort. Personne, ici, ne pourrait les surprendre. La jeune femme ferma les yeux, étonnée qu'il agisse de la sorte, mais néanmoins reconnaissante. Elle esquissa un sourire.
Enfin, il cessa le contact, remit ses gants et se releva un peu trop rapidement, trahissant sa gêne. Si elle osait avouer à qui que ce soit…
Il fut pris de court quand la main de l'humaine se referma doucement sur ses métacarpes.
- Merci.
Cette simple poignée de main exprimait toute sa gratitude. Le squelette se détourna et grommela un "arrête de me remercier pour un rien, mais je t'en prie". Soru poussa un soupir amusé, lâcha la main du squelette et sortit. Elle avait besoin de prendre l'air, de marcher un peu, mais elle ignorait où aller. Où qu'elle aille, il n'y aurait de toute manière pas d'échappatoire. Ses pas la menèrent inconsciemment jusqu'au bar de Grillby. Allons donc, avait-elle besoin de chaleur, au sens littéral du terme ? La blague lui arracha un maigre sourire, puis elle s'assit – s'effondra plutôt – devant la porte de service, à l'abri des regards. Un temps indéterminé s'écoula, jusqu'à ce que le battant s'ouvre pour laisser sortir l'enflammé, roulant une cigarette entre ses doigts. Il s'arrêta en constatant la présence de l'humaine, nota son teint cadavérique, ses cernes et ses yeux rougis.
Il n'y eut pas besoin d'explication. Il s'assit à côté d'elle, entoura ses épaules de son bras et l'attira contre lui. Il avait appris à la connaître, et savait qu'elle n'était pas du genre à parler de ses problèmes. Pourtant, Soru souhaitait ardemment avouer ce qui la rongeait, laisser sortir toute la douleur et la peur, comme elle aurait voulu faire avec Papyrus. Mais ici aussi, elle fut à court de mots.
Comment leur expliquer ? Comment leur faire comprendre qu'elle était une dead walking woman ?
O*O*O*O*O
TALE
Sans, après quelques minutes de recherche, finit par retrouver l'humaine. Elle avait encore une fois échappé à sa vigilance. Cette fois, elle n'avait pas quitté Snowdin, mais couchée dans la neige, elle avait sûrement dû attraper froid. Il la chargea sur son dos et la ramena à sa maison. Elle était gelée… La posant sur le canapé, il prit quelques couvertures et l'emmitoufla comme un burrito. Puis il prit une chaise et s'assit à côté d'elle, dos voûté et bras sur les fémurs. Il n'avait pas compté les jours, défilant à toute vitesse, tandis qu'elle restait la même créature inanimée, à peine consciente du monde qui l'entourait. Savait-elle que, si Sans la délaissait ne serait-ce qu'un instant, elle pouvait marcher loin, parfois même jusqu'aux Hotlands ? Manquer de tomber dans un puits de lave ne l'avait guère effrayée. La plupart du temps, elle s'effondrait dans la neige et gagnait ainsi un rhume, ou bien elle se rendait mécaniquement chez le fantôme Napstablook, chez qui elle restait allongée, recroquevillée sur elle-même.
Sans espérait qu'elle sorte de cette léthargie. Et qu'elle puisse, enfin, répondre à la question qui lui brûlait les dents.
« Qui es-tu ? »
Ce qu'ils avaient vu dans l'Anti-Voïd relevait du cauchemar. Et les mots d'Error dansaient dans sa mémoire.
Tu te souviens, n'est-ce pas, Sans ? Tu te souviens de ton protagoniste, qui s'est suicidé en se tranchant la gorge. Pourquoi cette fille possède cette cicatrice ?
Y avait-il fait attention ? Plusieurs fois, ce cou n'était pas caché par un foulard ou le col d'une robe. Pourquoi ce détail ne lui avait-il pas sauté aux orbites ? Pourquoi ne l'avait-il jamais remarqué ?
Avait-il eu seulement envie de voir la vérité ?
Quel lien, quel lien pouvait-elle avoir avec Frisk ? Il savait que les réponses ne viendraient qu'avec le réveil de l'humaine, qui semblait vouloir ne jamais finir de dormir.
Mheetacce s'agita un peu, défaisant les couvertures et laissant sortir ses mains bleuies. Alors que Sans remettait les couvertures en place, les doigts glacés de l'humaine se refermèrent sur ses métacarpes.
Encore une fois, son esprit fut aspiré par celui de l'humaine.
O*O*O*O*O
Néant.
Cet endroit-là étouffe, personne ne peut vous entendre crier.
Sept personnes étaient accroupies, dans ce silence poisseux. Quatre enfants, trois jeunes femmes.
Cet espace est le QUITING, petite parcelle du Voïd.
Là où les joueurs attendent de reprendre la partie. Ou pas.
Mheetacce releva la tête en entendant un intrus. Se redressa en voyant Sans. S'approcha de lui, l'air menaçant.
- Tu n'as rien à faire ici.
- Je… Ecoute, j'ai vraiment besoin qu'on parle.
- Je n'ai pas envie de sortir.
- Mais bon sang ! Ça te tuerait d'être un peu moins égoïste et de m'expliquer ce que –
- TAIS-TOI !
La jeune femme agrippa les pans de la veste et souleva le squelette du sol.
- Tais-toi, tu m'entends ?! LAISSE-MOI TRANQUILLE !
Soru poussa un soupir, se leva et serra doucement l'épaule de sa soeur entre ses doigts.
- Il est temps que tu lui expliques, Mimi.
- JE NE VEUX PAS ! hurla Mheetacce en rejetant le squelette. Va t'en, VA T'EN !
Le crâne du monstre cogna violemment le sol.
O*O*O*O*O
Sans revint brutalement à la réalité, le souffle court. Mheetacce se leva précipitamment, ignorant les appels du squelette, et alla s'enfermer dans la salle de bain.
La jeune femme resta plusieurs minutes adossée contre la porte.
Elle détestait s'être ainsi laissée emporter par ses émotions. Encore plus devant lui. De l'autre côté du bois, il n'y avait aucun son ; soit le squelette attendait en silence derrière la porte, soit il avait quitté la maison. Dans les deux cas, il la laissait seule, c'était tout ce qu'elle souhaitait.
Elle se releva, enleva sa chemise de nuit sale et froissée, ouvrit la douche et se coula sous le jet d'eau chaude.
Elle ouvrit de plus en plus la vanne, l'eau chaude devint brûlante et ébouillanta sa peau.
Rouge comme une écrevisse.
Qu'importe les brûlures. Elle resta ainsi, ignorant la douleur, jusqu'à ce que l'eau refroidisse. Elle s'accroupit dans la baignoire et entoura ses jambes de ses bras, le menton calé entre ses genoux. La vapeur se dissipait lentement, laissant le froid s'installer dans la pièce. Sa peau frissonna, mais elle ne bougea pas.
Elle eut un mince mouvement de surprise en entendant la porte s'ouvrir. Elle avait dû oublier de la verrouiller.
Mais elle ne bougea pas.
Sans déplaça le rideau et fit un bond en arrière en constatant la présence de l'humaine. Le battant n'étant pas fermé, il avait pensé qu'elle était sortie. Elle se releva et lui fit face. Il détourna la tête, gêné par sa nudité, mais elle lui prit la mâchoire avec rudesse.
- Regarde-moi. Regarde-moi ! Quasiment rien ne m'appartient, pas même ces cicatrices ! Elles ne viennent pas d'un accident, mais du feu de Toriel, des os de Papyrus, des lances d'Undyne, des lasers de Mettaton, du trident d'Asgore. Regarde-moi ! Tes attaques sont à l'origine de ces plaies, pas un accident irréel ! La brûlure de Soru est due à tes Gaster Blasters, l'orbite arrachée de Nilac est due à tes os !
- Mais… Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- JE SUIS UN MORCEAU DE L'ÂME DE FRISK VOILÀ CE QUE JE RACONTE !
Elle serra ses dents, ravala ses larmes. L'expression d'un choc immense était dessiné sur le crâne de Sans. Mheetacce rassembla son courage pour parler en gardant une voix neutre.
- C'est trop tard… Je ne peux plus fuir, je n'ai nulle part où me cacher. Je vais tout te raconter. Te raconter le dernier conte, à l'origine des nôtres et de cette timeline. Il était une fois…
Il était une fois un peuple, le peuple des monstres, enfermé sous la terre. Il était une fois un enfant, tombé après six autres dans le monde souterrain, possédant le pouvoir de remonter le temps. Il était une fois un petit être qui portait tous les espoirs et les rêves de l'Underground, la clé qui permettrait de libérer les monstres.
Et l'enfant échoua.
Car celui qui contrôle le temps ne peut tenir, sous le poids de ce que ce pouvoir représente.
Il était une fois un enfant qui pensa que tout ne serait qu'un jeu. Il était une fois un humain qui démarra un Génocide, et se rendit compte trop tard de l'horreur qu'il avait perpétrée.
L'enfant se tua sous les yeux du Juge, ne demandant ni pardon, ni seconde chance, mais seulement l'oubli.
Il était une fois une petite âme blessée, brisée en trois parties, qui se cachait au plus loin, dans le vide, protégée des regards grâce aux ténèbres qu'elle avait créées. Plongée dans une sorte de rêve, l'âme se demandait à quoi aurait ressemblé sa vie à la surface, loin de la montagne. Trois bouts d'âme imaginèrent trois histoires, trois existences. Lorsque les morceaux, au bout de trois ans à forger des souvenirs, recouvrirent assez de forces, ils s'enfuirent du code de l'Underground.
Il était une fois trois filles qui se réveillèrent, trois entités composées de code et d'un bout d'âme, portant les souvenirs d'une vie qu'elles n'avaient jamais vécue. La seule vérité fut les voyages, les vagabondes qui marquèrent leur corps et leur esprit.
Mais Frisk, même s'il n'existait plus, était lié à l'Underground.
Lorsqu'elles tombèrent dans le mont Ebott, une erreur se produisit. Il ne pouvait y avoir qu'un seul joueur ; pour rectifier le bug, le jeu envoya deux des filles dans deux autres mondes, et croyant, dans les deux cas, du joueur ayant réinitialisé, la partie recommença automatiquement. Les Frisk et Chara des autres mondes restèrent coincés dans le Voïd ; les trois parties se seraient déroulées normalement, bloquant pour toujours les enfants, si Error ne s'en était pas mêlé.
En voulant forcer la fusion des trois âmes, la nature "d'anomalies" fut révélée ; pour corriger cette erreur, à la fin de la partie, quelque soit la Route choisie, le jeu supprimera la timeline, et les jeunes femmes avec. Car pour reconstituer le cœur de Frisk, il fallait reprendre les trois bouts d'âme ; et enlever ce qui les fondaient même, cela revenait à mourir.
Mourir, disparaître, s'effacer, quel était le mot juste ? Ça n'avait pas d'importance, ça n'avait plus d'importance ; leur sort était scellé.
Elles étaient condamnées à mort. Leur crime ? Exister.
- Et rien, tu m'entends ? Rien ne garantit que l'enfant reviendra. Il est beaucoup plus probable qu'il continue à se cacher dans les ténèbres, vous laissant enfermés pour l'éternité.
« Tu ne peux ramener de l'enfer celui qui veut disparaître à tout prix.
O*O*O*O*O
SWAP
- Tu vas… mourir ?
Nilac ne répondit pas. Il y eut un silence, rapidement brisé par le rire de Frisk.
- Enfin, partenaire, enfin ! Nous allons enfin revenir et pouvoir jouer de nouveau !
Chara, les larmes aux yeux, se boucha les oreilles. Frisk voulut rajouter quelque chose, mais iel fut brutalement pris par le col de son pull et soulevé.e du sol.
- Tais-toi. Je n'ai pas vraiment envie de t'arracher la langue, mais je n'hésiterai pas à le faire si cela me permet d'avoir un peu de calme.
L'enfant déglutit, et Nilac le laissa retomber sur le sol sans délicatesse. Puis elle se tourna vers Chara ; l'enfant recula légèrement. Cela faisait peu de temps que cette femme avait eu accès au QUITING, mais Chara avait trop peur de l'approcher ; étant un joueur, elle connaissait les actions passées de Chara, et elle devait sûrement l'accabler de reproches dans ses pensées. Mais Chara les méritaient ; iel n'était qu'un misérable assassin.
- Tu pensais que tout n'était qu'un jeu.
Chara n'osa lever le regard vers la géante qui le toisait.
- Tu pensais que tout n'était qu'un jeu, comme l'enfant de l'autre monde. Iel s'est arrêté à temps, au prix de son existence. Toi, non. Tu as répété ce scénario, encore et encore. Il est facile de voir que tu t'auto flagelles. Parce qu'en te noyant sous tes propres reproches, tu penses échapper à ceux des autres ? Tu avais le pouvoir de te stopper, tu ne l'as pas fait. Ne va pas te défendre en blâmant Frisk ; vous partagez le même corps, mais jusqu'à l'irréparable, tu avais le contrôle. Tu as les mains tachées de sang et de cendres, pour toujours, parce que tu n'as pas eu le courage d'être moins lâche et moins égoïste.
Chara se recroquevilla sur iel-même, hoquetant. Ses mots étaient justes, c'était tout ce qu'iel méritait. Aussi fut-iel surpris d'être pris dans les bras de l'humaine et câliné.
- Je te pardonne. Je te pardonne et je te supplie de vous sauver, toi et les monstres de ce monde. Je vais mourir avec l'effroi au ventre, parce que je ne veux plus que ma famille souffre. Je veux que tu vives heureux avec elle.
- Je… Je n'ai pas le droit, je ne mérite pas ce bonheur… C'est avec toi qu'ils sont heureux…
- "Penses-tu que la pire des personnes puisse changer ? Que tout le monde peut être une bonne personne, si on commence déjà par essayer ?"
Chara ne sut quoi répondre.
- Sans m'a dit qu'il était le meilleur consoleur de l'Underground. N'aie pas honte d'aller pleurer sur son épaule. N'aie pas honte d'être un enfant.
Chara se blottit contre la poitrine de l'humaine, murmurant un merci. Nilac retira sa couronne de fleurs et la posa doucement sur le crâne de l'enfant.
O*O*O*O*O
FELL
- Et maintenant ? Qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Faire comme mes sœurs. Partir affronter le roi.
La gorge de Flowey se noua. Soru et lui étaient seuls dans la remise. La fleur regardait son amie avec tristesse.
- Tu ne peux pas… Je ne sais pas, rester dans l'Underground le temps qu'on trouve un moyen de ramener Frisk ?
- Il ne peut y avoir qu'un seul joueur. Quand bien même vous réussiriez à tordre cette loi, je disparaîtrai à la fin du jeu. Je mourrai à l'âge de quatre ans, moi qui croyais en avoir dix-huit…
Elle remarqua les larmes aux coins des yeux de Flowey.
- Je suis désolée ! Je t'en supplie ne pleure pas, sinon je vais craquer aussi… Je n'ai plus de larmes en réserve, et je suis juste… fatiguée de continuer à pleurer…
Elle prit la fleur entre ses bras, enfouit son nez dans les pétales dorés. Le bouton d'or lui murmura des mots apaisants à l'oreille ; ce n'était rien mais un peu de réconfort face à la mort.
- Pardon de ne pas vous offrir une fin heureuse…
- C'est si important pour toi ?
Elle sursauta puis fit face à Sans. Le squelette, inexpressif, tentait de cacher les gouttes de sueur qui coulaient sur son occipital.
- Ouvrir la barrière… C'est si important pour toi ?
Soru planta ses yeux bruns dans les pupilles blanches et hocha la tête.
- Un peu de soleil ne fera pas de mal, finit par lâcher Sans. Tiens, ajouta t-il en tendant la main. Je suppose que c'est Error qui l'a volée…
Au creux de ses doigts palpitait l'âme de la gentillesse. Il put voir, dans le regard de Soru, une immense gratitude. Même si elle avait de l'EXP, la timeline était suffisamment corrompue pour briser les barreaux de leur prison.
- Est-ce que les autres "moi" sont au courant pour…
Elle baissa les yeux et donna une affirmation. Il était facile de deviner que Nilac essayait en vain de calmer ses amis. Quant à Mheetacce… Seul Sans était probablement au courant.
Puis elle rassembla ses affaires, les items nécessaires pour survivre, aidée de Flowey et Sans.
Il était temps d'affronter le suzerain de la montagne.
Sonne le clairon
Dis leur que je pars
Mais le chemin d'antan ne mène plus nul part
Et sans lumière, j'ai peur de tomber au cœur de la nuit
D'abandonner la vie, de m'en aller
Que mes personnages allaient mourir, je le savais depuis le début. J'ai voulu essayer de malgré tout faire plaire mes personnages aux lecteurs sans faire planer une menace, un challenge que j'espère avoir réussi :D
Mais je suis quand même un peu triste... Je dois avouer que je m'y suis attachée ^_^'
À bientôt ! Faites moi savoir votre avis dans les reviews !
Cao
