Soleil couchant, crépuscule sur le monde.
Le paysage est très beau.
C'est la première pensée qui vient en même temps à l'esprit des trois filles.
Elles se tiennent debout, à côté de leurs amis, leur famille.
La plaine qui s'étale devant elles leur en rappelle d'autres. Ainsi que des montagnes. Des fleuves tranquilles et des rivières bondissantes. Le sol recouvert de neige et la chaleur écrasante. Une vaste étendue d'eau salée. Des feuilles virant du vert au rouge. Des vallées encastrées entre les pics. Un mont immense, et une crevasse. Ah, c'est vrai.
Les souvenirs défilent quand on va mourir.
Soleil couchant, crépuscule sur la vie.
Elles sont tombées au sol, à côté de ce qui fut leurs amis, leur famille. Tous sont pressées autour d'elles, l'air effrayé. Pourquoi ?
Elles ne sentent plus leurs jambes. Elles n'ont plus de jambes.
Elles commencent à s'évaporer.
Soru ne parvient plus à tenir debout. Tant pis. Les bras de Sans sont plutôt confortables. Elle laisse retomber sa tête. Le crâne du monstre se découpe dans le ciel bleu. Elle y dépose une caresse.
Nilac s'accroche à l'épaule de son petit frère. Le petit squelette bleu la soutient comme il peut. Il ne peut pas empêcher les larmes de couler. Celles de l'humaine reflètent la lumière. Son sourire est encore plus brillant.
Mheetacce veut rester debout. Juste pour garder un peu de dignité, même face au néant. La main de Sans est serrée dans la sienne. Il veut essayer de dire quelque chose, mais elle secoue la tête. Garde tes paroles pour plus tard. Elle se contente de pointer le doigt vers l'horizon.
« Le soleil est magnifique, tu ne trouves pas ? Je voudrais qu'il brille, encore et encore… »
Et sa lumière envahit l'espace, recouvre mon champ de vision d'un voile d'or. Une douce mélodie sonne dans l'immensité, derrière moi les pas approchent. Je me retourne, je cours également, je cours vers mes soeurs. Et il n'y a plus que nous trois, nous resserrant dans une longue étreinte.
Nos larmes ont le goût de la lumière.
LOADING…
O*O*O*O*O
SWAP
Sans ouvre les yeux et se relève brusquement. Ouah, quel drôle de rêve ! Il ne se rappelle pas de tous les détails, mais il se souvient que c'était agréable. Il aurait aimé qu'il dure plus longtemps… Bon, la nuit est passée, il est temps de se préparer ! Il faut qu'il fasse sa patrouille quotidienne, également recalibrer les puzzles s'ils se sont déréglés, vite, prendre un bon petit-déjeuner, se laver les dents, il doit être en pleine forme s'il vient à croiser un humain !
Quand il ouvre sa penderie à la recherche de son armure, il s'arrête de fouiller, étonné.
Un grand pull bleu, rayé de rose, est suspendu à un cintre. Il tend la main et l'examine. C'est beaucoup trop grand pour lui, peut-être à son frère ? Pourtant, l'odeur qui s'en dégage n'est pas la sienne. Elle est plus… douce, plus féminine. Et elle est étrangement familière.
Sans trop savoir pourquoi, il serre le tissu entre ses bras, avant de le glisser sous son oreiller, en faisant attention à ne pas réveiller Papyrus.
O*O*O*O*O
FELL
Les baskets de Sans s'enfoncent dans la neige. De la buée s'échappe entre ses dents, il resserre sa veste. Tss, il est un squelette, il ne devrait pas ressentir le froid.
Il a quitté son poste. Si Papyrus s'en rend compte, il lui criera dessus à coup sûr, mais pour une fois, il ne marche pas par ennui, pour flâner, non, il sait où aller.
Pour une fois, il sait ce qu'il doit faire.
Étrangement, ça ne le met pas en rage de savoir comment l'histoire va se dérouler. Non, justement, il fera tout ce qu'il faut pour que ça se passe bien.
« C'est vrai, vous m'avez tué plusieurs fois. Mais je reste déterminé à vous libérer » répétait un enfant. « Si nous sommes forts, alors nous devons aider les faibles à l'être aussi » arguait un autre humain.
Parce que maintenant c'est tout ce qui nous reste, nos souvenirs, qui permettraient de réparer tant de choses.
Il y est. Il s'adosse à la porte. Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre.
Une lueur triste dans les orbites, il caresse le gant qui lui couvre le poignet.
Un long moment passe, puis les portes s'ouvrent dans un long grincement. Les deux personnes se font face un instant. Et il sourit en constatant qu'il porte le même gant, ainsi qu'une veste rafistolée.
O*O*O*O*O
UNDERTALE
Il s'avance, le long de l'allée. Les flocons s'accumulent dans ses cheveux bruns, mais il n'y fait pas attention.
Le voilà de retour à Snowdin. Les souvenirs le submergent, il serre son pull pour empêcher son cœur de battre trop fort. Les coups qui sonnent dans sa poitrine semblent être les seuls sons dans ce monde qu'il a autrefois vidé.
Il s'arrête devant le pont. À mesure que le temps passe, son corps et son esprit deviennent de plus en plus tendus.
Finalement, le silence est brisé. Un craquement, puis des bruits de pas. Il ne faut pas se retourner tout de suite.
- Salut, gamin.
Il ne bouge pas.
- Tu devais vraiment t'en vouloir, hein ? Séparer ton âme en trois, pour ne plus avoir à exister…
Cette fois, il lui fait face. Le squelette remarque les larmes qui perlent aux coins de ses paupières.
- Tu te souviens de tout, pas vrai ?
L'enfant hoche la tête. Un silence. Sans pousse un soupir. L'enfant va craquer, il le sent.
- Sans… hoquète-il. Sans… Je voulais vraiment… J'ai tellement… Je suis dé…
- Hey, gamin, calme-toi, murmure t-il en posant une main sur son épaule tremblante.
Les secondes s'égrènent, rapides ou lentes qui sait, avant que le squelette n'entoure le petit corps de ses bras osseux.
- Je te pardonne, chuchote t-il.
La digue est brisée. L'eau s'écoule, tout comme la douleur et les regrets, l'enfant enfonce sa tête contre sa clavicule, renifle et mouille la veste bleue tandis qu'une douce chaleur se partage entre les deux corps. Il lui rend son étreinte, et pour une fois, c'est un vrai sourire, sourire triste certes mais sincère, qui parcourt le visage du squelette.
- Bon retour parmi nous, Frisk.
