Disclaimer : Tout ce que vous reconnaissez de l'univers Harry Potter n'est pas à moi.
Chapitre 12 : Les révélations de Rogue
Les deux garçons avançaient dans les sous-sols humides et déserts de Poudlard en traînant des pieds. En ce samedi matin, les élèves étaient dans la Grande Salle ou dans leurs salles communes, attendant le début du match de Quidditch. Mais dans ce corridor, penchées l'une vers l'autre, une tête brune et une tête blonde chuchotaient à toute vitesse, produisant le seul bruit audible dans cette partie du château.
– Il ne voudra jamais! grinça Scorpius entre ses dents serrées.
– On ne saura pas si on ne lui demande pas, rétorqua Albus.
– C'est perdu d'avance, prédit lugubrement Scorpius.
– Arrête d'être si pessimiste.
– C'est pour compléter ton insupportable optimisme.
Les jeunes Serpentards marquèrent une pause devant la porte du bureau du professeur Zabini, la dispute mourant sur leurs lèvres. Deux paires d'yeux fixèrent la poignée pendant cinq bonnes secondes, leurs propriétaires hésitant avant de frapper.
– Qui lui demande?
La réponse de Scorpius se mua en toussotement quand le professeur Zabini ouvrit la porte. Ses yeux noirs s'attardèrent sur eux alors qu'ils entraient en silence et s'asseyaient devant le bureau, sachant qu'il valait mieux éviter de le contrarier pour obtenir ce qu'ils voulaient. Zabini ne se rassit pas, mais posa ses mains à plat sur son bureau, sa haute silhouette penchée vers eux, son regard sombre paraissant sonder leur âme. Mal à l'aise sous ce regard scrutateur, Albus leva une main qu'il nierait farouchement être tremblante.
– Oui, Mr Potter? interrogea Zabini en levant un sourcil.
Albus se racla la gorge, comprenant brusquement que Scorpius avait raison et que ce n'était pas une bonne idée. Zabini n'était pas du genre conciliant.
Mais Albus tenterait quand même sa chance au cas où un miracle aurait lieu.
– Monsieur, vous savez sûrement que Poufsouffle joue contre Gryffondor dans très exactement une heure et trente-sept minutes…
Zabini ne bougea pas et la voix d'Albus se bloqua. Scorpius prit timidement le relais.
– Et James Potter joue son premier match en tant que Poursuiveur titulaire…
Avec une grande inspiration destinée à calmer ses nerfs rudement éprouvés, Albus posa la question fatidique:
– Est-ce qu'il serait possible de reporter notre retenue à la semaine prochaine?
Un muscle tressauta sur la mâchoire de Zabini, seul témoin de sa non-pétrification. Pendant un long moment il n'eut aucune réaction, et les garçons se regardèrent anxieusement du coin de l'œil, certains d'avoir une fois de plus dépassé les bornes. Le professeur se redressa lentement et alla ouvrir la porte communicant avec la salle de classe.
– Malefoy, les chaudrons en acier attendent d'être astiqués. Le matériel de nettoyage est au fond de la salle. Potter, les tables et le sol sont noirs à cause des explosions et autres débordements de chaudrons. Je veux les voir briller. Pas de magie, évidemment.
Les deux jeunes Serpentards échangèrent un regard désolé avant de se lever et de se diriger vers la salle de classe sous le regard narquois de leur Directeur de Maison. Il sourit ironiquement en refermant la porte derrière eux.
– Amusez-vous bien.
Une demi-heure plus tard, Albus s'acharnait sur une tache particulièrement récalcitrante quand un énorme fracas le fit sursauter. Son occiput cogna méchamment le bureau sous lequel il nettoyait, et des larmes de douleur l'aveuglèrent pendant qu'il se redressait, frottant l'arrière de sa tête avec énergie. Il entendit le cri agacé de «Peeves!» que lâcha le professeur Zabini en se précipitant hors de son bureau vers la salle commune des Serpentards, et le caquètement réjoui de l'esprit frappeur comme les élèves s'échappaient en hurlant des cachots.
Albus regarda Scorpius qui s'était immobilisé, assis par terre au fond de la salle de classe, un chaudron dans une main, une brosse dans l'autre. Remarquant son expression, Scorpius secoua la tête en signe de dénégation.
– Peu importe ce que Peeves a fait, si Zabini ne nous trouve pas ici quand il reviendra, on passera l'année en retenue.
Cette faculté qu'ils avaient de comprendre les intentions de l'autre les effrayait un peu, quelquefois. Albus laissa tomber son éponge dans son seau, éclaboussant le sol alentour et s'en moquant totalement.
– Alors, c'est l'occasion. Fais le guet.
– Non, Al!
Albus ouvrit prudemment la porte du bureau du professeur de Potions sans écouter les protestations de son ami et jeta un coup d'œil à l'intérieur. Personne, bien sûr. C'était le moment de chercher pourquoi Zabini les détestait autant.
Il entendit dans son dos la porte de la salle de classe s'ouvrir sur l'extérieur. Une brève vérification par dessus son épaule lui apprit que Scorpius protégeait ses arrières en surveillant le couloir, pestant à voix basse contre les fouineurs dont la curiosité lui attirerait des ennuis. La mélodie de «Mission: Impossible», un vieux film américain qu'il avait vu chez le cousin Dudley, lui vint en tête alors qu'il s'approchait à pas de loup du bureau du professeur et tendait la main vers le premier tiroir.
– Vous vous sentez suicidaire, aujourd'hui, Potter?
La voix froide lui fit tellement peur qu'il resta figé sur place sans pouvoir émettre un son pendant quelques secondes, craignant de perdre le contrôle de sa vessie. Se retournant d'un bond, le cœur battant la chamade, il leva les yeux vers le tableau accroché au-dessus d'une commode. Sur fond de paysage maritime agité par la tempête, bras croisés et grimaçant d'un air légèrement moqueur, le portrait penchait la tête dans sa direction, attendant une réponse.
– Professeur Rogue! protesta-t-il faiblement. Vous êtes là?
Rogue leva les yeux au ciel.
– Non, je suis encore dans le bureau de la directrice.
Albus sourit brièvement, réalisant la stupidité de sa question. Rogue le toisa d'un regard sévère.
– Dans votre intérêt, je vous conseille fortement de ne pas toucher à ce bureau, Potter.
Albus grogna et croisa les bras, imitant l'attitude de son interlocuteur.
– Je veux savoir ce que je lui ai fait pour qu'il me déteste autant.
– Ce n'est pas en fouillant dans ses affaires que vous trouverez des réponses, répondit Rogue en paraissant s'adoucir un peu. Blaise était mon élève; croyez-moi quand je vous dis qu'il ne se contentera pas d'un mois de retenues.
Albus leva des yeux suppliants, espérant que Rogue y serait aussi sensible que Luna.
– Vous devez bien savoir ce qu'il s'est passé, alors?
Rogue se renfrogna, ses yeux noirs fixant un point au milieu du front d'Albus.
– Je n'ai pas pour habitude de répéter les secrets.
Albus le fusilla du regard. Autant pour la sensibilité.
– Très bien, rétorqua-t-il sèchement.
Faisant demi-tour, il tendit de nouveau la main vers le tiroir.
– Arrêtez ça! aboya Rogue. Vous faites une énorme erreur!
Albus s'immobilisa et se tourna lentement vers lui, un déclic ayant eu lieu au fin fond de son cerveau, dans la section «auto-préservation».
– Un Maléfice du Voleur? demanda-t-il.
Rogue hocha la tête à contrecœur. Albus laissa retomber son bras. Ses yeux scannèrent la surface du bureau dans l'espoir d'y trouver une clef, ou n'importe quoi qui pourrait servir à ouvrir un compartiment secret. Des devoirs en cours de correction, des plumes, de l'encre, des fioles, une photo, un mini-chaudron…
Une photo?
Albus saisit délicatement le cadre doré et examina la photo. Elle représentait Zabini, un Zabini plus jeune, en compagnie d'une femme à la peau sombre et de deux enfants, une fille et un garçon, d'environ cinq ans. La famille éclatait de rire et paraissait très joyeuse.
– Potter, siffla Rogue, je vous conseille de reposer ça tout de suite.
Albus lui montra le cliché.
– C'est sa famille?
– Aucune idée.
– Menteur. Pourquoi ils ne vivent pas ici, comme les Finnigan? insista Albus.
– Potter…
– Vous croyez que ses enfants sont à Poudlard? Je ne les ai jamais vus.
– Potter. Reposez ça. Maintenant.
Albus soupira et remit la photo à sa place. Il regarda Rogue en serrant les dents.
– Vous ne m'aidez pas beaucoup.
Rogue sourit doucereusement.
– Je ne veux pas vous aider, mais vous empêcher de faire une bêtise en vous laissant vous immiscer dans les affaires d'un professeur.
– Ce sont mes affaires aussi, puisque c'est moi qu'il déteste, contra Albus. Et si je peux trouver pourquoi il traite Sco comme s'il le haïssait et l'appréciait à la fois, je ne vois pas pourquoi je me gênerais.
Rogue étudia un instant son visage déterminé et détourna le regard, faisant mine de s'intéresser à la tempête derrière lui.
– Tiroir du bas, fut enfin sa réponse laconique.
– Merci.
Il n'y avait qu'un seul objet dans le dernier tiroir; Albus leva un sourcil.
– Album de la Promotion 1991-1998? C'est une plaisanterie?
– Je ne plaisante jamais, Mr Potter. Ouvrez-le à la section des Serpentards.
Albus feuilleta l'album photo, reconnaissant ici et là un visage familier, comme Neville, Seamus et le professeur Boot, qui enseignait la Défense contre les Forces du Mal, et arriva enfin aux pages réservées aux Serpentards.
– Qu'est-ce que je dois chercher? interrogea-t-il en tournant le papier plus lentement.
– Vous verrez.
Albus examina curieusement les premières pages. Il y reconnut quelques personnes qu'il avait vues à King's Cross, avec une brève description de leur vie après Poudlard. Il s'attarda un instant sur Drago Malefoy («Après avoir passé six mois à Azkaban, Drago Malefoy consacre son temps à l'étude des langages. Marié, un fils, il est l'un des plus éminents traducteurs sorciers.»). Tournant la page, il trouva ce que Rogue voulait lui montrer.
– C'est qui? demanda-t-il en lui montrant le livre.
La photo avait été rageusement gribouillée, et l'élève n'était plus visible. Le nom et le texte en dessous étaient recouverts d'encre et illisibles.
– Moira Mandeni, répondit Rogue.
Albus attendit patiemment la suite. Le professeur Zabini ne revenait toujours pas; sans doute était-il parti à la Chasse au Peeves, une activité que les professeurs affectionnaient particulièrement.
– Moira était aussi une de mes élèves, comme vous pouvez le constater, continua Rogue avec réticence. Pour connaître l'histoire, adressez-vous à Drago Malefoy.
Albus supposa que c'était le mieux qu'il pouvait attendre de Rogue. Il n'espérait pas sérieusement qu'un Maître des Potions trahît les secrets d'un autre. Surtout quand le Maître des Potions en question s'appelait Severus Rogue et avait passé sa vie à garder des secrets.
Il tourna encore quelques pages, par pure curiosité, et tomba sur un nom familier.
– Théodore Nott? interrogea-t-il en relevant les yeux. Un rapport avec Laura Nott?
Rogue hocha la tête.
– Le père de Laura est le cousin de Théodore, je crois.
Albus étudia le visage neutre, les cheveux noirs et les yeux sombres de Théodore Nott avant de refermer le livre et de le replacer dans le tiroir.
– Laura nous déteste, Sco et moi, reprit-il en se redressant. Pourquoi?
Rogue hésita; ses yeux cillèrent en direction de la porte.
– Professeur, dit doucement Albus. Est-ce que vous savez pourquoi?
– Ne me regardez pas avec ces yeux-là, Potter, menaça brusquement Rogue. Ce genre de talent est réservé aux femmes.
Ah, Rogue n'y était peut-être pas si insensible que ça, après tout, s'il essayait de s'en tirer par des vexations. Albus haussa les épaules en réprimant un sourire, remerciant in petto son père pour le hasard génétique.
– Tant que ça marche…
– Après son arrestation, abdiqua Rogue qui paraissait furieux contre lui-même pour une raison connue de lui seul, Drago a demandé à être interrogé sous Veritaserum. Comme votre père avait témoigné en sa faveur, il n'y était pas obligé.
Albus hocha la tête. Son père était très influent dans le monde magique britannique. L'information ne l'étonnait donc qu'à moitié. L'autre moitié se demandait pourquoi Harry avait parlé pour Mr Malefoy.
– On lui a demandé s'il pensait que des élèves voulaient recevoir la Marque des Ténèbres, continua Rogue en s'adressant au front d'Albus, et il a donné le nom de Théodore Nott. Théodore s'était enfui entre-temps, et quelques années plus tard, votre père, devenu un Auror, l'a attrapé.
Ah. Albus commençait à entrevoir les raisons de Laura.
– Théodore a avoué avoir fait subir le Sortilège Doloris à des Moldus quand son père était encore un puissant Mangemort; c'était une sorte… d'entraînement, pour l'endurcir, vous voyez?
Albus voyait très bien. Il commençait à se sentir mal à l'aise.
– Bref, pour le cousin de Théodore, c'est à cause de Drago Malefoy et Harry Potter que Théodore s'est retrouvé à Azkaban. Il est persuadé qu'il est innocent, et il a élevé sa fille avec cette idée.
Albus avait bien deviné. Mais quelque chose clochait.
– Alors pourquoi voulait-elle être mon «amie», en début d'année?
– L'attraction du pouvoir, Potter, répondit Rogue d'un ton las. L'ambition est un trait de caractère principal des Serpentards. Votre père est respecté.
Albus le considéra un instant, pensif.
– Vous en savez, des choses, pour un portrait, remarqua-t-il.
Rogue eut un sourire désabusé.
– Les portraits se déplacent, Potter. Et ils entendent souvent ce qu'on voudrait cacher.
La voix de Scorpius s'éleva soudain, les faisant sursauter tous les deux.
– Professeur! Qu'est-ce que Peeves a encore fait?
Albus jeta un dernier coup d'œil à Rogue et retourna dans la salle de classe, juste à temps pour refermer la porte du bureau derrière lui avant qu'un Zabini légèrement essoufflé n'entrât et les renvoyât à leur nettoyage sans un mot d'explication. Rogue avait disparu du paysage avant qu'il eût fini de fermer la porte.
Albus passa le reste de la retenue à ruminer les paroles de l'ancien directeur, n'osant pas en parler à voix haute avec Scorpius. Il lui raconterait tout quand ils auraient retrouvé Rose. A eux trois, sans doute sauraient-ils démêler cette histoire.
Je sais que Severus est un peu OOC dans ce chapitre, mais je me suis dit que même si Albus est un Potter, il est à Serpentard et il a les yeux de Lily, alors...
Pour éclaicir un peu les liens généalogiques, voici ma version de la nouvelle génération, sous réserve de modifications:
- Bill et Fleur: Victoire ( 7e année Gryffondor, Préfète-en-Chef ), Dominique et Louis ( 5e année Gryffondor et Serdaigle, Louis est préfet ), Marie ( 4e année Poufsouffle )
- Charlie: pas marié, pas d'enfants
- Percy et Audrey: Steve ( 6e année Gryffondor, préfet ), Molly ( 4e année Serdaigle ), Lucy ( 2e année Serdaigle )
- George et Angelina : Fred, Roxanne, Iris
- Ron et Hermione : Rose ( 1e année Serdaigle ), Hugo
- Ginny et Harry: James ( 3e année Gryffondor ), Albus ( 1e année Serpentard ), Lily. Comptez Teddy Lupin si vous voulez ( 2e année d'études de Médicomagie ).
- Drago et Astéria: Scorpius ( 1e année Serpentard )
- Seamus et Luna: Venus, Sunny et Stella
Marie, Steve et Iris Weasley sont de moi. Le couple Seamus/Luna et leurs enfants aussi. Les autres viennent de JKR.
Merci à pocabie, lily forever, Tinn-Tamm, Ae'Risse, Caella, DR Ciboulette, Gwendolyn Jedusor Black, mazouh, lixouille et Missdagane pour leurs reviews!
