Disclaimer : Tout ce que vous reconnaissez de l'univers Harry Potter n'est pas à moi.


Chapitre 19 : L'attaque

– A présent, prenez les sécateurs et sectionnez avec délicatesse les feuilles apicales de vos lauriers…

Albus fit comme Neville indiquait et sentit frémir la plante lorsqu'il coupa avec précaution les feuilles les plus hautes. Scorpius, penché au-dessus de son épaule, marmonnait des « doucement… doucement… » en crispant ses doigts sur son avant-bras. En face d'eux, Rose et Abigail parlaient à leur plante en retirant une à une les feuilles que Neville réclamait.

Albus laissa tomber les feuilles récoltées dans le mortier et fit glisser le petit bol vers Scorpius en ignorant le soupir de soulagement de l'Auror derrière lui. Rassemblant son courage, il tendit de nouveau le bras, priant pour que le laurier ne sortît pas ses dards. Jessica Ivory avait déjà été envoyée à l'infirmerie, pleurant tellement le poison que le laurier lui avait injecté lui faisait mal. Heureusement qu'il n'était pas mortel, juste douloureux, et que les dards ne traversaient pas le cuir de dragon de leurs gants.

– Commencez à broyer les feuilles pendant que votre binôme détache l'écorce, ordonna Neville en rectifiant la prise de Tina Raven sur son sécateur. Vous aurez une coupe beaucoup plus franche en le tenant de cette manière, lui dit-il.

L'Auror derrière Albus se pressa contre la vitre de la serre quand la pointe du sécateur égratigna l'écorce du laurier. Albus lui jeta un regard noir avant de reporter son attention sur la plante. Il n'avait jamais aimé cet Auror. Les deux ou trois fois où son père avait dû l'amener au Ministère pour cause de professeur absent et d'indisponibilité de Kreattur, l'homme n'avait pas cessé de le taquiner.

Albus tira délicatement sur le morceau d'écorce qui se décolla avec une facilité déconcertante. L'Auror toussota quand le laurier agita ses feuilles, mais se détourna rapidement quand Albus fit cliqueter le sécateur dans sa direction.

– Superbe morceau, Mr Potter, le félicita Neville en s'arrêtant devant lui. Mettez-le dans le bac rempli d'eau, là-bas, puis vous pourrez replanter votre laurier dans la plate-bande n° 2.

Albus hocha la tête et, contournant Scorpius qui maniait toujours le pilon avec dextérité, s'avança vers le fond de la serre, là où attendaient plusieurs bacs d'acier contenant chacun un liquide différent. Albus plaça son écorce dans celui étiqueté « eau pure – lac – 06/06/18 » et se pencha pour scruter l'extérieur de la serre. Deux gardes à l'intérieur, huit à l'extérieur, en plus du professeur… Sans compter la trentaine d'Aurors qui patrouillaient autour du château en permanence. Son père avait renforcé la sécurité depuis sa visite, trois semaines auparavant.

La porte de la serre s'ouvrit brusquement en faisant sursauter tout le monde, professeur et Aurors compris. Un des Aurors qu'Albus reconnut comme faisant partie des patrouilleurs promena des yeux hagards sur les élèves, appuyé contre le bureau de Neville, tentant de maîtriser sa respiration haletante.

– Détraqueurs ! s'exclama-t-il entre deux inspirations. Château… Maintenant !

– Que tout le monde pose ses affaires ! commanda Neville tandis que les deux gardes se précipitaient au-dehors. Prenez vos baguettes et regroupez-vous près de la porte !

– Trop tard, balbutia l'Auror à travers ses halètements, une main crispée sur son point de côté, l'autre tendue vers le ciel. Les voilà.

Albus suivit des yeux le doigt pointé et les aperçut. A cette distance, ils n'étaient pas si effrayants. On aurait dit des chauves-souris géantes, avec leurs robes qui flottaient derrière eux.

Puis il remarqua leur nombre. Le ciel s'assombrissait de plus en plus, pas parce que le soir tombait, oh, non. C'était le milieu de l'après-midi. Mais des centaines de Détraqueurs approchaient, tellement nombreux qu'ils obscurcissaient le bleu du ciel de juin. Et ils avançaient rapidement. Il les voyait grandir de seconde en seconde. Abigail étouffa un gémissement en mordant dans son poing.

Je croyais qu'ils n'étaient qu'une cinquantaine ?

– On ne pourra jamais revenir au château avant qu'ils soient sur nous, murmura l'Auror à Neville.

– Même pas un kilomètre à courir, chuchota celui-ci en retour. C'est encore faisable.

Neville se tourna vers les élèves. Massés les uns contre les autres, retenant des sanglots terrifiés, les première année levèrent les yeux vers le professeur.

– Ecoutez-moi, ordonna Neville en élevant la voix pour bien se faire entendre, nous allons courir jusqu'aux portes du château. Dès que vous serez rentrés, allez directement dans votre salle commune. Pensez à fermer toutes les fenêtres et les Détraqueurs ne pourront pas vous y atteindre. Compris ?

Les élèves hochèrent la tête, blancs de peur. Albus sentit Rose saisir sa main et la serrer, cherchant un peu de courage. Il ne se tourna pas vers elle, mais lui fit comprendre d'une légère pression que tout allait bien se passer.

Il avait tort, évidemment.

Neville ouvrit la porte et sortit de la serre. L'un des dix gardes s'approcha.

– Mes hommes se sont positionnés le long du chemin qui mène aux grandes portes, lui apprit-il. Leurs Patronus sont devant eux, prêts à charger à la moindre attaque.

Neville hocha la tête et brandit sa baguette.

– Allons-y ! cria-t-il.

Les première année se précipitèrent hors de la serre à la suite de leur professeur. Les Détraqueurs avaient atteint la lisière de la forêt, et Albus voyait distinctement les feuilles geler sur leur passage. Ils étaient tellement nombreux… Comment les Aurors avaient-ils pu les laisser arriver jusqu'à Poudlard ? Albus savait que son père avait très peu dormi ces derniers mois, entièrement concentré sur la capture de ces monstres. Comment avaient-ils pu passer à travers tous les blocages mis en place par les Aurors ? Tous les 100 mètres, entre l'armée des monstres et les élèves, un Patronus brillait, le sorcier qui l'avait invoqué gardant les yeux fixés sur les Détraqueurs qui approchaient.

Rose courait à côté de lui, ses yeux bleus fixés sur les portes, loin devant eux. Encore 500 mètres… ils n'y arriveraient jamais… Ils dépassaient la serre n° 3…

Albus regarda derrière lui pour vérifier où était Scorpius. Parmi les derniers, son ami tenait la main d'Abigail et l'entraînait plus vite que ce que les jambes de la jeune fille pouvaient supporter. Avec horreur, Albus la vit trébucher et tomber, attirant Scorpius dans sa chute.

– Al !

Ignorant le cri de Rose, Albus fit demi-tour et, croisant les derniers élèves trop occupés à courir vers le salut pour faire attention à lui, se précipita vers ses amis pour les relever et reprendre la fuite. Ils étaient les derniers, Neville exortait les élèves à courir plus vite, son Patronus volait à côté d'eux, et Abigail qui s'était tordu la cheville...

Le cri de Rose avait alerté les Aurors postés un peu plus loin. Du coin de l'œil, Albus les vit accourir, agitant leurs baguettes, leurs Patronus restant à leurs postes. Mais Albus ne releva la tête que quand ils se figèrent. Pourquoi faisait-il si froid, tout à coup ?

Albus avait six ans. Cet été-là, les cinq Potter étaient allés passer une semaine chez l'oncle Dudley. Albus n'aimait pas trop venir chez l'oncle Dudley, c'était un Moldu et ses voisins ne devaient pas voir de magie, pas comme chez Oncle Ron et Tante Hermione qui vivaient dans un village de sorciers. Mais l'été, c'était autre chose, parce que l'oncle Dudley avait une piscine, une grande piscine, et Albus savait enfin nager, et il allait pouvoir se baigner dedans, même s'il n'avait pas pied !

Serviette de bain sur les épaules, lunettes de soleil dans une main et lotion solaire dans l'autre (même si son père lui avait déjà fait subir un triple enchantement anti-coup de soleil – soi-disant qu'Albus avait la peau très claire), Albus s'était accaparé la piscine dès le premier jour. Ses parents venaient de rentrer à l'intérieur pour aider Oncle Dudley et sa fiancée à préparer des rafraîchissements pour le goûter, James avait découvert le nouvel ordinateur de leur oncle et était en train de l'essayer, et Bébé Lily faisait la sieste. Albus en avait donc profité pour piquer une tête.

Quand il avait refait surface, cependant, il avait eu une mauvaise surprise. Battant des pieds pour garder la tête hors de l'eau, il avait jeté un regard furieux à Lily en s'écartant le plus possible du bord où elle se trouvait.

Maman a dit que tu devais faire la sieste, Bébé, avait-il attaqué. Tu es censée être dans ton lit, pas ici. Et en plus, je sais que Papa ne t'a pas jeté l'enchantement.

La lèvre inférieure de Lily s'était mise à trembloter.

Je suis pas un bébé ! avait-elle pleurniché. J'ai quatre ans et demi !

Si, tu es encore un bébé, avait rétorqué Albus. D'abord, tu fais encore pipi au lit.

Lily avait éclaté en sanglots et tapé du pied contre le sol en criant qu'il était méchant et qu'elle ne voulait plus de lui comme frère et qu'elle allait le dire à Maman et à Papa.

Ce fut quand elle pivota sur elle-même pour rentrer dans la maison qu'elle glissa. Son petit pied dérapa sur le sol et Albus, pétrifié, vit sa sœur tomber dans la piscine dans une gerbe d'éclaboussures.

Lily ne savait pas nager.

Albus resta quelques secondes à fixer la chevelure rousse de sa sœur flotter au fond de la piscine avant d'ouvrir la bouche sur un cri silencieux et de plonger, propulsé par un vigoureux coup de pied contre le bord de la piscine. Sa main agrippa les cheveux de sa sœur et tira d'un coup sec, remontant Lily vers la surface. Saisissant sa sœur sous les épaules, il se hissa en haut de l'échelle, tirant Lily avec lui et l'allongeant sur le sol, les larmes se mêlant sur ses joues à l'eau gouttant de ses cheveux noirs. Lily ne respirait plus ; ses lèvres prenaient une teinte bleue.

Lily ! s'étrangla-t-il. PAPA ! Viens vite !

Regardant autour de lui avec une lueur folle dans ses iris émeraudes, ses yeux tombèrent sur la baguette de sa mère, dépassant du sac de plage rangé sous la chaise longue. Il s'en empara avec brusquerie et la pointa sur sa sœur, un souvenir faisant brusquement surface dans son cerveau enfiévré. James s'était étranglé avec un morceau de pudding en mangeant trop vite, et il avait eu la respiration bloquée. Quel était le sort que sa mère avait utilisé, déjà ?

– Anapneo ! cria-t-il, la baguette de sa mère pointée droit sur la poitrine de Lily.

Quelques étincelles bleues jaillirent de l'extrémité de la baguette, mais Lily n'eut aucune réaction.

– Anapneo ! sanglota Albus. MAMAN ! PAPA ! Anapneo !

Il secoua la baguette, tentative futile pour réussir à invoquer le sort.

– ANAPNEO ! hurla-t-il sans entendre le cri horrifié de sa mère.

Un spasme secoua le petit corps de Lily et de l'eau jaillit de sa bouche. L'instant d'après, elle recrachait toute l'eau qu'elle avait inhalée, les bras de sa mère autour de ses épaules. Albus laissa tomber la baguette de sa mère et se jeta dans les bras de son père en murmurant des excuses à n'en plus finir. Plus jamais, se promit-il alors que son père le berçait en lui assurant que ce n'était pas sa faute et qu'il avait sauvé sa sœur, plus jamais il ne se moquerait de Lily.

Albus cilla alors que le souvenir prenait fin. Il ne se rappelait pas être tombé, ni avoir commencé à pleurer. Frissonnant, recroquevillé sur lui-même entre Abigail inconsciente et Scorpius gémissant, il releva la tête et aperçut non loin d'eux les Aurors qui projetaient de la fumée argentée avec leurs baguettes.

Non… Patronus, lui murmura la part de son cerveau encore capable de penser. Les Aurors essayaient désespérément de conjurer de nouveaux Patronus. Pourquoi ?

L'explosion des vitres de la serre n°3 lui fournit la réponse. L'armée de Détraqueurs qu'il voyait au-dessus de la Forêt Interdite n'était qu'une partie de l'ensemble des ex-gardiens de prison. D'autres avaient contourné le château et fondaient sur les derniers élèves encore à l'extérieur, et particulièrement sur le quatuor tombé à terre.

Albus entendit un gémissement et se rendit compte qu'il s'agissait de sa propre voix. Croisant le regard gris de Scorpius et y puisant un peu de volonté, il réussit à se hisser à genoux et tendit la main pour secouer l'épaule de Rose tandis que Scorpius faisait pareil avec Abigail. Les deux filles étaient évanouies, et il savait qu'il n'aurait pas la force de porter sa cousine jusqu'au château. Les Aurors ne pouvaient pas les aider, ils avaient déjà du mal à contenir les Détraqueurs de la forêt ; leurs Patronus faiblissaient, ils hurlaient pour appeler des renforts. Albus vit son oncle tourner le coin du château, le terrier argenté courant devant lui, mais les autres Détraqueurs, ceux qui étaient passés par derrière le château, ceux-là étaient à peine à quelques mètres d'eux, et les pleurs de Lily résonnaient dans sa tête, et une main noire, noire comme le ciel, noire comme ses pensées, se tendait vers la tête de Rosie, et Scorpius laissait échapper un sanglot en tâtonnant le sol à la recherche de sa baguette, et l'oncle Ron criait quelque chose qu'il ne comprenait pas, un cerf argenté galopait à toute vitesse vers eux, Abigail hurla, et le Détraqueur se pencha sur Rose…

Pas Rosie.

Leur réaction fut instinctive. La main gauche d'Albus se tendit d'elle-même vers la main droite de Scorpius, et tous deux hurlèrent en chœur :

Spero Patronum !

Des formes gigantesques jaillirent de l'extrémité de leurs baguettes ; la lumière argentée était si aveuglante qu'ils durent détourner la tête. Des ondes les traversaient, ils les sentaient se rejoindre au creux de leurs mains liées. Sans se parler, sans se regarder, ils comprirent que leurs magies s'unissaient par ce simple geste d'amitié. Leur volonté de sauver un être qu'ils aimaient était telle qu'à eux deux, ils étaient capables de produire un sortilège que nombre de sorciers plus âgés et plus expérimentés avaient des difficultés à exécuter.

Yeux fermés, ils entendirent les Détraqueurs siffler de colère. La lumière parut diminuer et ils risquèrent un coup d'œil, n'osant pas lâcher la main de l'autre.

Une immense créature se tenait devant eux, les protégeant des pouvoirs funestes des êtres des ténèbres. Elle tourna vers eux sa tête d'aigle au bec acéré et émit une note douce, comme pour leur dire de rester à leur place. Ses immenses ailes frémissantes, les griffes de ses pattes puissantes enfoncées dans la terre, sa queue de lion se balançant lentement étaient autant de détails qui dissuadaient les mangeurs d'âmes de les approcher. Un griffon…

Rose était allongée par terre, recroquevillée, la tête entre ses bras. Elle n'était plus la proie des Détraqueurs. Dressé au-dessus d'elle, ses nombreuses têtes crachant avec colère en direction des anciens gardiens d'Azkaban, un serpent géant faisait bouclier de son corps. La gueule ouverte, les innombrables dents tranchantes comme des rasoirs brillant d'un éclat terrifiant, chaque tête du Patronus menaçait les Détraqueurs qui s'éloignaient. Une hydre…

Les deux garçons étaient incapables de bouger. Allongés à plat ventre sur le sol, leurs mains toujours liées, sourds aux cris des Aurors en renfort qui lançaient leurs Patronus à la poursuite des monstres, ils observaient le miracle qui venait de leur arriver avec une impression de détachement. Ils ne relevèrent même pas la tête quand un hippogriffe cria, l'Auror sur son dos ayant lancé un Patronus en forme de dragon.

Une vague pensée s'infiltra dans la tête d'Albus alors que l'oncle Ron saisissait Rose et Abigail et que son propre père le prenait dans ses bras.

Je me demande lequel est le mien ?

A l'instant où sa main lâcha celle de Scorpius, emmené au château par un Auror, les Patronus disparurent. Une chape de plomb s'abattit soudain sur lui et il sombra, accueillant les bienfaisantes ténèbres avec gratitude.


Bisous à miss-Potter-Weasley, Bob, KiBss, Missdagane, lixouille, Gwendolyn Jedusor Black, DR Ciboulette et hermy!

Euh... je n'ai pas fini d'écrire le chapitre 20... donc ne vous étonnez pas si je ne poste rien la semaine prochaine! Mille excuses.