Disclaimer : Tout ce que vous reconnaissez de l'univers Harry Potter n'est pas à moi.
Chapitre 21 : Le Ministère s'en mêle
Un lit inhabituel était étendu sur le sol de l'infirmerie de Poudlard. Trois matelas posés côte à côte adoucissait la dureté du plancher, et des paravents entouraient le nid formé, isolant les quatre enfants du reste du monde. Cheveux noirs, blonds, roux et châtains encadraient une pile de Chocogrenouilles, dans laquelle une main piochait de temps en temps. Par la fenêtre, le soleil entrait à flots, et on entendait les éclats de rire des élèves qui avaient fini leurs examens.
Rose tourna une page de son livre de Métamorphose, sa plume prête à noter toute information importante concernant le devoir à rendre à la rentrée. Scorpius révisait les grandes dates pour l'Histoire de la Magie, et passait ses parchemins à Abigail pour qu'elle les lui fît réciter. Albus gardait un regard vitreux sur le tas de Chocogrenouilles, remuant quelquefois les lèvres pour faire semblant de lire son texte de Sortilèges (qu'il connaissait déjà par cœur ; les définitions de Flitwick étaient plus que simples comparées à celles du professeur Boot).
– Par quoi on commence, cet après-midi, déjà ? demanda Abigail en redressant la tête.
Rose posa sa plume et tendit la main vers une Chocogrenouille.
– Histoire de la Magie, puis ce sera épreuve théorique de Botanique. On aura l'épreuve pratique la semaine prochaine, avec celles des autres matières, quand Madame Pomfresh décidera qu'on est suffisamment en forme pour utiliser la magie sans nous épuiser.
– Je me sens parfaitement en forme, grogna Abigail en redonnant ses notes à Scorpius. J'aimerais bien en avoir déjà fini.
Albus sortit de sa rêverie languide.
– Moi aussi, approuva-t-il. Quand je pense que tout le monde est en vacances…
Il jeta un regard accusateur en direction de la fenêtre ouverte, par laquelle leur parvenaient les sons des élèves en train de s'amuser au bord du lac. Ils étaient tous dehors à rire et se détendre, tandis qu'eux devaient encore réviser… sauf Rose qui connaissait tout sur le bout des doigts et avait déjà commencé ses devoirs de vacances.
– Hé, Sco… murmura-t-il en accompagnant ses paroles d'un coup de coude, tu crois qu'ils nous laisseraient passer les épreuves pratiques ensemble ?
Scorpius regarda d'un air attristé ses notes d'Histoire maculées du chocolat qu'il venait de faire tomber dessus, et soupira en sortant sa baguette pour les nettoyer.
– Aucune chance, Al, répondit-il après avoir enlevé le chocolat des grandes dates de la rébellion des Gobelins. Et de toutes façons, je refuserais même si c'était possible.
Albus fit la moue.
– Dommage. Parce qu'on aurait été sûrs de réussir.
Rose le fusilla du regard et ouvrit la bouche sur ce qui était très certainement un sermon, mais ce fut une autre voix qui résonna dans l'infirmerie.
– Ce n'est pas du chocolat, j'espère ?
Les quatre enfants se retournèrent vers Madame Pomfresh qui, campée les poings sur les hanches dans une ouverture entre deux paravents, les dévisageait d'un œil furieux.
– A moins que ce ne soit du chocolat médical, continua-t-elle d'un ton sec, il n'a absolument pas sa place dans l'infirmerie. Rangez-moi ça immédiatement.
– Mais Madame Pomfresh, protesta aussitôt Abigail, vous savez bien que n'importe quel chocolat est recommandé contre la dépression ! Ces Chocogrenouilles sont ici à but thérapeutique ! Vous n'avez pas le droit de nous les enlever, c'est contraire à votre devoir de Guérisseuse.
Albus vit les coins de la bouche de Madame Pomfresh se relever légèrement, mais la vieille femme se reprit rapidement. En deux coups de baguette, elle avait rassemblé les parchemins et les plumes, rangé les paravents et remis les matelas à leur place, tout en posant avec douceur les enfants sur leurs lits respectifs.
– Je veux que vous vous reposiez, maintenant, ordonna-t-elle d'un ton définitif. Vous n'êtes pas obligés de dormir, mais vous restez allongés. Miss Anderson, vous pouvez rester à condition de ne pas faire de bruit. Et puisque je suis de bonne humeur, je vous laisse vos chocolats. Si je trouve la moindre miette entre les draps, je vous change en Veracrasses. Après que vous ayez passé vos examens, bien sûr.
Un chœur de « Oui, Madame Pomfresh ! » résonna dans la grande salle blanche, et la Guérisseuse, satisfaite, retourna dans son bureau. Scorpius rejeta aussitôt ses couvertures et s'apprêtait à se lever pour aller chercher ses notes d'Histoire, quand la porte de l'infirmerie s'ouvrit. Les quatre enfants tournèrent la tête et leurs yeux s'écarquillèrent.
Derrière Harry et Mr Malefoy, dont les visages contrariés n'auguraient rien de bon, étaient entrés une bonne dizaine de sorciers habillés en vert sombre qui discutaient avec animation. Parmi eux, sa robe bordeaux ressortant au milieu de tout ce vert, avançait un grand sorcier noir au crâne chauve, le visage aimable malgré ses sourcils légèrement froncés, un anneau d'or à l'oreille faisant oublier les quelques rides sur son front. Il était en train de parler à voix basse avec la directrice McGonagall, mais s'interrompit avec un sourire forcé quand il s'aperçut que les enfants les regardaient bouche bée.
– Bonjour, salua-t-il d'une voix profonde tandis que Madame Pomfresh, alarmée par tout ce bruit, ressortait de son bureau, une fiole dans une main et un parchemin dans l'autre. J'espère que nous ne dérangeons pas.
Il lança un regard peu amène aux sorciers derrière lui qui l'ignorèrent et se mirent à dévisager Albus et Scorpius avec curiosité.
– Bonjour, Kingsley, répondit Albus. Ça fait plaisir de vous voir.
Il entendit Rose lui faire écho pendant qu'il dévisageait rapidement le groupe d'adultes. Grâce à la couleur de leurs robes, il savait qu'il s'agissait de Langues-de-Plomb, mais il n'en connaissait aucun. Seamus n'était pas parmi eux.
– Je refuse que mes patients soient perturbés ! protesta Madame Pomfresh. Vous tous, ajouta-t-elle à l'adresse des sorciers en robes vertes, sortez de mon infirmerie. Monsieur le Ministre, Professeur McGonagall, Messieurs Potter et Malefoy, dans mon bureau, s'il vous plaît.
Dans le fauteuil à côté du lit de Rose, Abigail laissa tomber sa mâchoire. Que Madame Pomfresh donnât des ordres aux professeurs et à la directrice, passe encore, elle travaillait avec eux, mais au Ministre de la Magie ! Albus sourit en voyant sa tête. Lui savait bien que Kingsley Shacklebolt ne se formaliserait pas et n'aurait d'ailleurs pas l'idée de passer outre les commandements de la Guérisseuse.
Comme pour lui donner raison, le Ministre eut un rire amusé en s'inclinant légèrement devant la vieille sorcière, avant de faire signe aux Langues-de-Plomb de sortir de la pièce. Avec un sourire, réel cette fois, en direction des enfants, il s'approcha de la Guérisseuse réprobatrice et, lui saisissant le bras avec délicatesse, la guida vers un fauteuil.
– En réalité, je suis venu m'entretenir avec Albus Potter et Scorpius Malefoy, dit-il de sa voix lente et grave. Mais j'aimerais que vous assistiez à notre discussion, Poppy.
Mr Malefoy se laissa tomber sur le siège à côté du lit de son fils.
– Je suis toujours contre, dit-il sèchement.
– On le sait, Malefoy, répondit Harry d'un ton tout aussi désagréable. Et ça ne me plaît pas non plus, figure-toi.
– Pourtant, je ne t'ai pas beaucoup entendu protester, ricana Mr Malefoy.
– S'il vous plaît ! interrompit Kingsley. Peut-être devrions-nous expliquer la situation à ces jeunes personnes, avant de recommencer à nous disputer ?
Comme tous les sorciers que Kingsley avait réprimandés, les deux hommes furent réduits au silence immédiatement. Même Albus, qui pourtant n'avait rien fait, éprouva un vague sentiment de culpabilité. Pour faire passer le moment de gêne, il lança une Chocogrenouille à son père, assis sur son lit, qui l'ouvrit avec un regard reconnaissant. Madame Pomfresh fit claquer sa langue avec désapprobation. Les deux Potter l'ignorèrent.
– Bien, reprit Kingsley, ses yeux passant attentivement d'un homme à l'autre. Albus, Scorpius… Vous savez pourquoi nous sommes là, je suppose ?
Les deux garçons hochèrent la tête. Abigail se leva maladroitement, l'air gêné.
– Je ferais peut-être mieux de partir… murmura-t-elle à contrecœur.
– Non, tu peux rester, intervint vivement Scorpius. Tu sais déjà tout, de toutes façons.
Abigail se rassit avec un grand sourire. Kingsley la regarda faire en fronçant les sourcils. Il paraissait chercher ses mots. Madame Pomfresh alternait entre fixer furieusement les deux hommes qui se fusillaient du regard, et surveiller d'un œil attentif le Ministre et les quatre enfants. Albus échangea un cillement d'inquiétude avec Scorpius, et reporta son attention sur Kingsley quand celui-ci soupira. Le professeur McGonagall se contenta de s'asseoir à côté de Madame Pomfresh, ses yeux perçants ne quittant pas le Ministre.
– J'essaierai d'être le plus neutre possible, commença Kingsley. Vous savez ce qui vous est arrivé la semaine dernière, inutile de revenir là-dessus. En revanche, vous ignorez la tempête qui souffle au Ministère, et plus particulièrement au Département des Mystères, depuis que nous avons été prévenus.
Kingsley s'interrompit avant de se lever et d'arpenter à grands pas l'espace entre les deux rangées de lits. Voir l'homme, d'ordinaire si mesuré, perdre sa maîtrise de soi et exprimer ainsi sa préoccupation, inquiétait Albus. Il n'avait jamais vu Kingsley dans cet état-là. Et cela l'angoissait, car cela signifiait de gros ennuis à l'horizon.
– Vous avez lu le livre, continua Kingsley en s'appuyant contre le lit de Rose, face aux garçons. Vous savez que ce… sortilège est encore mal connu.
Albus et Scorpius firent un signe de tête identique. Harry saisit une autre Chocogrenouille et déchira rageusement l'emballage tandis que Mr Malefoy se raidissait sur son siège, le dos très droit, ses yeux pâles fixant le Ministre, les traits de son visage contractés en une expression de colère. Le professeur McGonagall pinça les lèvres et émit un reniflement de dédain, sous le regard interloqué de Madame Pomfresh.
– Les sorciers qui attendent derrière la porte travaillent au Département des Mystères, reprit Kingsley en prononçant lentement les mots, sa voix profonde résonnant en écho dans la salle silencieuse malgré les diverses manifestations de contrariété. Ils sont ici pour essayer de vous convaincre de passer vos week-ends au Ministère, afin d'augmenter à la fois nos connaissances sur ce phénomène, mais aussi votre maîtrise de ce pouvoir.
– Il appelle ça être neutre ? murmura Mr Malefoy entre ses dents, assez fort pour que Kingsley l'entendît.
– Les avantages de cet arrangement, dit Kingsley sans lui prêter la moindre attention, sont que collaborer avec les Langues-de-Plomb vous permettra d'être entourés de sorciers expérimentés lorsque vous développerez votre pouvoir, ce qui ne sera pas le cas chez vous (deux grommellements indignés s'élevèrent du côté des deux pères ; McGonagall leur fit les gros yeux). Et même si les professeurs de Poudlard ont les compétences nécessaires pour vous aider, il serait stupide d'abuser de leur temps alors que des experts se sont portés volontaires pour ça. De plus, le Ministère dispose de salles inutilisées qui seraient parfaites pour vous isoler le temps des essais. Les recherches du Département des Mystères sont censées être privées. Même si vous faites les gros titres de la Gazette dès demain, nous espérons que les résultats des tests seront gardés secrets jusqu'à leur conclusion.
– Attendez un instant, coupa Mr Malefoy. Pourquoi feraient-ils les gros titres de la Gazette ?
– Parce que ma présence à Poudlard, accompagné de plusieurs Langues-de-Plomb, ne restera pas discrète très longtemps, Monsieur Malefoy, répondit calmement Kingsley. Les gens se douteront que je ne suis pas venu pour une simple visite de courtoisie. Des élèves ont certainement dû envoyer des hiboux à leurs parents pour leur annoncer ce qu'il s'est passé. En outre, bien que mon assistant prenne mon apparence pour détourner l'attention des journalistes lorsque je dois partir du Ministère, certains d'entre eux réussissent à me retrouver.
Son air dégoûté en dit assez sur l'opinion qu'il avait des journalistes en question.
– Rita fait encore des siennes ? ironisa Harry en tendant la carte de la Chocogrenouille à Albus.
– Elle est infernale, grimaça Kingsley. Encore plus maintenant qu'elle est enregistrée, parce qu'elle n'est plus dans l'illégalité.
Mr Malefoy s'éclaircit la gorge.
– J'ai le droit de soulever des objections, maintenant ?
– Non, lui répondit Harry. Kingsley n'a pas encore exposé les inconvénients.
Mr Malefoy ouvrit la bouche pour répondre, mais Scorpius lui saisit le bras avec un regard de chien perdu qui rendit Albus fier de lui et Mr Malefoy se renfonça dans son siège. La directrice soupira avec agacement et Madame Pomfresh secoua la tête d'un air désapprobateur en croisant les bras. Rose et Abigail se mirent à parler à voix basse, les yeux fixés sur le Ministre.
– Donc, les inconvénients, reprit Kingsley en recommençant à faire les cent pas. Si vous venez au Ministère le week-end, vous n'aurez quasiment pas le temps de faire vos devoirs. Il vous faudra travailler plus en semaine pour rattraper le retard. Ne fais pas cette tête, Al, tu sais que c'est important. Ensuite, il faudra trouver un moyen pour que vous arriviez et repartiez discrètement. Les Langues-de-Plomb ont déjà proposé une demi-douzaine de solutions, mais aucune n'est satisfaisante. On y travaille.
– Arrêtez, ça suffit ! cria Mr Malefoy en se levant d'un bond. Vous parlez comme si tout avait déjà été décidé ! Je croyais que si on était là, c'était pour leur demander s'ils étaient d'accord, pas pour leur dire ce qu'ils devaient faire !
– Malefoy… commença la directrice sur un ton de mise en garde.
– JE NE VEUX PAS EXHIBER MON FILS COMME UNE BETE DE FOIRE !
Le hurlement surprit tout le monde. Dans le lourd silence qui suivit, ils purent entendre le remue-ménage de l'autre côté des portes de l'infirmerie. Kingsley alla entrebâiller un des battants et passa la tête à l'extérieur, murmurant sans doute de quoi rassurer les sorciers rassemblés derrière.
Mr Malefoy, la respiration lourde et précipitée, commençait à rougir sous le poids des regards posés sur lui. Albus vit Madame Pomfresh ouvrir la bouche, probablement pour rappeler à Mr Malefoy que crier était interdit dans l'infirmerie, mais ce fut un chuchotement qui brisa le silence.
– Papa ?
Scorpius regardait son père, les yeux écarquillés, l'air à la fois émerveillé et étonné. Mr Malefoy ne se retourna pas. Il paraissait ne pas l'avoir entendu. Les poings serrés, le corps tremblant, le regard fixe, il poursuivit d'une voix atone, parlant comme pour lui-même :
– Le Ministère m'a porté beaucoup d'attention il y a vingt ans. Au moment où Scorpius y posera le pied, toutes ces histoires repartiront. Vous croyez vraiment pouvoir cacher leur présence ? lança-t-il à Kingsley. Il sera pointé du doigt, on murmurera sur son passage.
Il croisa le regard de Harry.
– Tu vois ce que je veux dire.
Il n'attendit pas son hochement de tête pour continuer.
– J'en ai eu ma part. Je ne veux pas qu'il ait à vivre ça. Toi plus que quiconque tu peux le comprendre.
Albus risqua un coup d'œil en direction de son père. Harry avait l'air hypnotisé par Mr Malefoy. D'ailleurs, tout le monde regardait l'homme blond avec plus ou moins de fascination. Albus profita de la distraction générale pour saisir deux Chocogrenouilles et se glisser dans le lit d'à côté. Scorpius prit la sienne sans même tourner la tête, mais le remercia d'un sourire en coin.
– Merlin, Drago, laissa enfin échapper Harry. Quand as-tu décidé qu'être froid et insensible n'en valait pas la peine ?
Le bras gauche de Mr Malefoy eut un curieux spasme.
– Il y a environ vingt ans, répondit-il sombrement.
Harry se leva à son tour et adressa une légère grimace qui pouvait passer pour un sourire à Mr Malefoy avant de se tourner vers Kingsley.
– Je suis d'accord avec Malefoy, annonça-t-il en ignorant le sourcil brusquement levé de celui-ci. Le transplanage est impossible dans les bureaux, ils devront passer par l'Atrium où tout le monde peut les voir. Le réseau de cheminette débouche uniquement dans les cheminées de l'Atrium, tout comme les entrées moldues des visiteurs. Désactiver les sortilèges anti-transplanage d'une salle du Département des Mystères est non seulement fastidieux, mais également dangereux, car dans ce cas n'importe qui peut y avoir accès. A moins d'utiliser du Polynectar pour les introduire en douce dans le Département, je ne vois pas comment ils pourraient venir étudier au Ministère.
Kingsley l'avait laissé parler sans esquisser d'interruption. Il avait enlevé sa lourde robe de sorcier sans quitter Harry des yeux, l'infirmerie ensoleillée devenant de plus en plus chaude au fur et à mesure que midi approchait. Quand Harry se tut, le Ministre soupira.
– Je sais, Harry. Je n'ai pas plus envie que vous d'avoir deux garçons de douze ans en plein milieu du Département le plus dangereux du Ministère, mais c'est là que sont rassemblés les experts du Royaume-Uni. Ils ne peuvent pas abandonner totalement leurs recherches pour se consacrer à Albus et Scorpius. Ceux qui sont ici aujourd'hui ne sont pas censés être en service, c'est d'ailleurs pour ça qu'ils ont pu venir.
– Il y a de nombreuses salles libres à Poudlard, intervint le professeur McGonagall d'un ton clair. Peut-être pourriez-vous installer votre laboratoire ou les affaires dont vous avez besoin dans un coin inoccupé du château ?
– Le couloir du deuxième étage, par exemple ?
Pourquoi Albus avait-il l'impression que la voix de son père débordait de sarcasme ? Et pourquoi McGonagall le regardait-elle à présent comme s'il était une variété particulièrement gluante de limace géante ?
– Minerva, demanda Kingsley avant que la directrice ne pût assener quelques vérités bien senties à Harry, pourriez-vous faire le tour du château et recenser toutes les salles qui pourraient convenir ?
La directrice acquiesça, ses yeux étrécis toujours posés sur Harry qui la regardait avec défi.
– C'est dommage que la Salle sur Demande ne marche plus, murmura Mr Malefoy.
– Oui, et bien, si l'autre imbécile n'avait pas fait joujou avec des maléfices interdits…
– Est-ce que ça vous convient ? coupa Kingsley en se penchant vers les deux garçons.
Scorpius et Albus échangèrent un regard. Scorpius tripotait la carte de sa Chocogrenouille d'un geste nerveux, et Albus pouvait presque sentir l'excitation émaner de lui.
– C'est quoi, le plan définitif ? interrogea finalement Scorpius.
– Dans l'hypothèse où vous acceptez d'être soumis à des tests par des experts, en présence d'un ou de vos deux parents, bien entendu, résuma Kingsley dans un silence de plomb, le professeur McGonagall fera chercher cet été dans l'école une salle susceptible d'accueillir une douzaine de personnes – vous deux, vos parents, les experts, et au moins deux Guérisseurs. Pendant ce temps, les Langues-de-Plomb essaieront de trouver un moyen pour vous faire venir au Ministère incognito, tous les week-ends si le professeur McGonagall ne trouve pas de salle, une fois par mois pour l'enregistrement des données si elle en trouve une.
– Vous ne nous avez pas dit quel genre de tests on devrait passer, fit remarquer Albus.
Kingsley leva les mains en signe d'impuissance.
– Ils vont sûrement vous demander de lancer des sorts, je n'en sais rien. Je ne suis pas Langue-de-Plomb, Al. Je ne connais pas leurs moyens en détail, je suis seulement averti quand leurs expériences deviennent potentiellement dangereuses pour la santé des employés du Ministère. Il ne faudrait pas qu'ils fassent exploser le bâtiment, n'est-ce pas ?
Albus échangea un nouveau coup d'œil avec Scorpius. Tous deux détournèrent le regard en même temps.
– On va réfléchir, fut la double réponse.
Leurs pères leur adressèrent des sourires satisfaits, et leurs amies cessèrent de commenter les paroles du Ministre pour les fixer avec un air perçant. Elles étaient quelquefois trop clairvoyantes à leur goût. Madame Pomfresh s'éclaircit la gorge et Kingsley se redressa pour lui faire face.
– Si Minerva trouve une salle ici, déclara l'énergique Guérisseuse d'un ton décidé, je tiens à être présente lors des essais.
– Cela va sans dire, répondit immédiatement la directrice.
Madame Pomfresh eut un sourire éblouissant, et Albus se demanda si la santé de ses élèves était la seule raison de la demande de la Guérisseuse. Sans doute, par curiosité, voulait-elle voir de quoi ils étaient capables. Encore que, la connaissant, ce devait être dans un but purement médical : Abigail leur avait raconté que l'incapacité de Madame Pomfresh à les sortir du coma, Scorpius et lui, l'avait mise dans un état de frustration quasi-permanente pendant les deux jours que leur sommeil forcé avait duré.
Kingsley reprit sa robe et l'enfila. Il se dirigea vers les portes avec un regard entendu en direction des deux garçons et de leurs pères.
– Les Langues-de-Plomb veulent vous poser quelques questions, annonça-t-il. Pas grand-chose, ajouta-t-il en voyant les expressions meurtrières des adultes, juste ce que vous avez ressenti quand le sortilège a eu lieu, vos impressions. S'ils vous ennuient trop, dites-le à Poppy, elle se fera un plaisir de les mettre dehors, n'est-ce pas Poppy ?
La Guérisseuse acquiesça, l'air carnassier, tapotant sa baguette. Kingsley ouvrit les portes et fit un signe. Aussitôt, les sorciers en robe verte firent irruption dans la pièce et se précipitèrent avec excitation vers le lit que partageaient les deux garçons, prenant à peine le temps de saluer les autres occupants de l'infirmerie.
– Avez-vous ressenti la magie en vous ? attaqua un grand brun.
– A quoi pensiez-vous avant de jeter le sort ? demanda un blond en sortant plume et parchemin.
– Comment avez-vous su ce qu'il fallait faire ?
– Vous aviez mangé, avant ?
Albus et Scorpius échangèrent un regard paniqué. Ils étaient fortement tentés de lâcher Madame Pomfresh sur les chercheurs.
– Et bien, ça ne s'est pas si mal passé, plaisanta Kingsley quand le dernier Langue-de-Plomb eût disparu dans une gerbe de flammes émeraudes.
– Je ne veux plus jamais subir ça ! s'exclama Albus d'une voix aiguë en se laissant retomber sur l'oreiller de Scorpius.
– Moi non plus, renchérit son ami en poussant son épaule pour avoir un peu de place. Ils sont complètement cinglés.
– Scorpius ! réprimanda Mr Malefoy. Où sont tes manières ?
– Mais c'est vrai ! protesta son fils avant de se tourner vers Albus. Comment tu fais pour avoir les pieds froids alors que tu es sous les couvertures depuis près d'une demi-heure ?
Albus haussa les épaules, son esprit détourné par un problème autrement plus important. Son estomac venait de faire entendre un bruyant grondement malgré la dizaine de Chocogrenouilles avalée dans la matinée. Harry se leva aussitôt.
– On va vous laisser. Il faut que vous mangiez et que vous vous reposiez un peu avant vos examens de cet après-midi.
La directrice, le Ministre et Mr Malefoy lui emboîtèrent le pas vers la sortie, le dernier avec réticence. Scorpius se redressa brusquement.
– Mr Potter, attendez !
Albus le vit agiter la carte de Chocogrenouille qu'il avait gardée dans sa main pendant toute la durée de l'interrogatoire.
– Est-ce que vous pouvez me la signer ? demanda Scorpius avec un petit sourire.
Harry écarquilla les yeux tandis qu'Albus lui arrachait la carte, bouche bée.
– Tu es tombé sur mon père ?! s'exclama-t-il.
Et en effet, quand il posa les yeux sur la photo, son père âgé de dix-sept ans lui fit un grand signe de la main. La carte était identique à celle que la fabrique de Chocogrenouille avait envoyée à Harry à la première impression, et qui trônait, au grand désespoir de son père, sur la cheminée de Grand-mère Molly. Harry avait plusieurs fois tenté de dérober l'embarrassant trophée, mais Grand-mère Molly, secondée par toutes les femmes du clan Weasley (Ginny en tête), veillait farouchement sur le carton encadré. Harry n'avait jamais renoncé. Lorsque la question lui était posée, il prétendait réfléchir à un plan de kidnapping. Il fallait reconnaître que sa dernière tentative avait failli réussir. Dommage que Grand-mère eût décidé que minuit était une heure parfaitement normale pour faire un peu de rangement dans la cuisine.
Pendant qu'Abigail se lamentait de ne pas avoir choisi la bonne Chocogrenouille et qu'Harry félicitait Scorpius d'être tombé sur une des cartes les plus rares au grand désespoir de Mr Malefoy, Albus retourna le carton. Le texte, en dix ans, n'avait pas changé :
« Harry Potter (1980 – ? )
Le Survivant, la seule personne connue à ne pas avoir succombé au sortilège Avada Kedavra, mais aussi celui qui a triomphé de Lord Voldemort. Harry Potter a rejoint à l'âge de 17 ans le service des Aurors, sous les ordres de Kingsley Shacklebolt, Ministre de la Magie en exercice, avant d'en prendre la direction en 2007. »
Albus leva les yeux quand son père lui prit la carte des mains. Harry n'avait pas tenu sa promesse ; il ne lui avait encore rien expliqué sur la guerre et le rôle qu'il y avait joué. La phrase qu'il venait de lire était tout ce qu'il savait sur ce pan de la vie de son père.
Harry redressa la tête en levant sa plume et son regard croisa celui d'Albus. Le sourire s'évanouit de ses lèvres et il rendit la carte signée à Scorpius sans dire un mot. Ignorant Abigail qui proposait déjà dix Gallions pour la carte, il se pencha sur son fils et, lui ébouriffant les cheveux, lui murmura à l'oreille :
– J'ai promis, Al. Tu sauras tout le moment venu.
N'empêche que, pensa Albus en regardant son père sortir de l'infirmerie avec Mr Malefoy, Harry ne raconterait rien de gaieté de cœur. Sa mère pourrait peut-être l'aider à convaincre son père que le moment était venu plus tôt que ce qu'il pensait. Sinon, Merlin seul savait quand il les aurait, ses explications.
Hum. Je ne crois pas avoir bien réussi à saisir le personnage de Kingsley. Vous en pensez quoi? Il est trop passif, non?
Mes examens sont la semaine du 2 juin, et les deux semaines d'avant sont archi-pleines. Je ne sais pas si j'aurai le temps d'écrire les derniers chapitres. Je ferai ce que je pourrai, mais je ne promets rien.
Le texte de la carte de Chocogrenouille de Harry est largement copié sur celui des archives du sorcier du mois, sur le site de J.K. Rowling.
Merci à Margaux.R., Chocolatine, Miss Potter-Weasley, Ae'Risse, KiBss, Ron Ravenclaw, Hermy, lixouille, Erylis, neko et melooo pour leurs reviews!
Le petit bouton bleu me charge de vous rappeler que rien ne lui fait plus plaisir qu'un clique.
Sur ce, à bientôt, j'espère.
Petite note: le couloir du troisème étage est devenu celui du deuxième étage. Il s'agit du couloir de la Pierre Philosophale, où Touffu était enfermé. J'avais oublié de vérifier avant de poster le chapitre (c'est pas bien, je sais), et je viens de rectifier mon erreur. Toutes mes excuses.
