Hello, et bienvenue dans ce nouveau chapitre !
Cette fois, même s'il a été long à écrire, il a coulé de source ! Je me suis fait plaisir. Je me suis perdue dans mes rêveries et j'ai écrit ce qui en ressortait. Toujours quelque chose de super agréable et gratifiant à faire… Revenir au jeu, retrouver des souvenirs forts, et les transposer, les réécrire, en faire autre chose… Non vraiment c'est génial la fanfiction !
J'espère que vous prendrez plaisir à le lire aussi, bien que je vais devoir vous rappeler de vieuuux souvenirs de choses qui se sont passées dans cette fic. Mais enfin, ça reste la même histoire même si j'aurai mis plus de cinq ans à l'écrire, donc pas trop le choix ! Je voudrais bien vous y voir aussi, à écrire une fic qui arrive sur ses 900 pages :D
Le titre, c'est le titre du morceau du trailer de FFXVI, la version de Diego Mitre ) Je l'ai mis dans une playlist de mon crû qui s'appelle « Ultimate Epic Compilation » (et qui est, sans conteste, l'une des meilleures playlists de la terre, non je me vante pas c'est juste que y a que des morceaux géniaux dessus), ça vous donne une idée de l'état d'esprit :D

Enjoy !


CHAPITRE CINQUANTE-SIX – Dominance

I

Le premier groupe de soldats fut abattu en quelques secondes. Le Niflheim ne s'attendait visiblement pas à une infiltration de ce genre. En revanche, la réaction fut prompte : des alarmes se mirent à sonner dans tout le bâtiment, assourdissantes. Noctis et son groupe pressèrent le pas, surveillant chaque porte et chaque angle du couloir. Ils devaient parvenir aux appartements de l'empereur avant que celui-ci ne s'enfuie. Car il fuirait, ils n'avaient aucun doute là-dessus. Quand il s'agissait de sa personne, le vieux Iedolas Aldercapt privilégiait toujours la solution la plus sûre. Et il laisserait derrière lui tous les soldats à disposition. Il serait difficile de retrouver sa trace dans les tunnels sous la ville, car cette fois-ci, aucun espion n'avait été en mesure de leur fournir une carte.

Malgré le vacarme ambiant, Noctis avait l'impression d'entendre son cœur battre dans ses oreilles. Devant lui, le couloir continuait de se dérouler, mais désormais, une lumière rouge inondait les lieux, lui donnant l'impression de progresser dans un cauchemar. Il était concentré et tous ses sens s'étaient affûtés, et pourtant il avait une sensation d'irréalité poignante. C'est parce que c'est la fin, fit une petite voix dans la tête. Et ce coup-ci, l'impression différait beaucoup de la première fois où il avait activement recherché sa fin. La première fois, il était empli de tristesse et de regrets, un désespoir colossal lui écrasait la poitrine. Maintenant, il avait peur, mais il n'était pas triste. S'il éprouvait autre chose que de la terreur, c'était de la colère. Pour en être arrivés là, pour toutes les personnes qui étaient mortes, pour toutes celles qui étaient restées et devaient souffrir, lui-même inclus. Et ça lui faisait du bien d'éprouver cette rage, elle le maintenait à flots, elle empêchait la peur de gagner.

Un nouveau groupe surgit, et tandis qu'il se positionnait, il perçut la présence d'autres soldats dans leur dos. Ignis et Gladio les avaient repérés aussi et se tournèrent pour faire face, tandis que Prompto et Noctis se préparèrent à leur propre combat. Il prit une sphère magique bleutée dont il sentit le froid glacer sa paume, et la jeta sur les combattants. La sphère éclata dans un chaos de givre qui s'éparpilla en ralentissant les soldats. Noctis enchaîna avec la foudre, puis, en parfaite harmonie avec son compagnon, il se jeta en avant. Prompto abattit proprement deux soldats d'une balle dans la tête, et tandis qu'un autre levait son arme vers le blond, Noctis lui cisailla vicieusement l'articulation du genou, et le soldat s'effondra dans un cri étouffé. Noctis acheva le travail avant de se téléporter pour esquiver l'attaque du suivant, et revint au contact tandis que son adversaire désorienté cherchait encore à savoir où il avait disparu. C'était presque trop facile. Il savait que leurs capacités au combat couplées au pouvoir du Cristal leur conféraient une évidente supériorité, et pourtant, une sourde inquiétude pointait dans son cœur. Ça ne pouvait pas être aussi simple… Ce qui signifiait que les choses allaient forcément dégénérer, et la seule question était : quand ?

Il sut quand, lorsqu'il comprit que leurs adversaires avaient été remplacés par d'autres, et que leur nombre ne baissait pas malgré le massacre. Ils étaient coincés dans un couloir étroit avec les cadavres qui s'accumulaient, et en dépit de leur supériorité, ça ne pouvait que mal finir.

« Noct, vas-y. On peut temporiser ici. Mais on est venus pour l'empereur… Tu dois finir la mission. »

Noctis regarda Prompto ébahi :

« Et vous laisser ici ?!

— On saura se débrouiller. » Prompto pivota pour canarder un nouvel assaillant puis recula d'un saut leste. « Maintenant, Noct ! Pense à Luna ! Ils ont besoin de toi à Tenebrae !

— Besoin de nous !

— Non ! Tu le sais, je le sais, on le sait tous. Noct, fais ce que t'as à faire. »

Le blond le regarda d'un air que Noctis n'avait jamais vu : ses yeux bleus s'étaient durcis. Un filet de sang coulait de sa tempe. Ses cheveux emmêlés étaient collés par la sueur. Son expression ne changea pas lorsqu'il neutralisa un nouveau soldat d'un coup de crosse sur la nuque après l'avoir fait basculer en lui agrippant le bras. Puis, il releva les yeux vers Noctis et fronça les sourcils, son regard se faisant plus sombre encore :

« Écoute-moi bien. Je suis pas en train de me sacrifier. Je te rejoindrai. Mais là, je vais t'ouvrir un chemin dans ce bordel, et tu vas prendre de l'avance. Compris ? »

Pris de court, Noctis n'osa même pas protester. Il recula quand Prompto lui fit signe, le regarda invoquer un bazooka. Le blond mit un genou en terre, appuya l'arme lourde sur son épaule, visa, et tira.

Un nuage de fumée noire empuantit et obscurcit l'atmosphère striée des lumières rouges d'alerte, et Noctis n'écouta que son instinct. Il fonça en avant, traversant le nuage les dents serrées et les poumons bloqués. Il bouscula quelques corps et quelques agonisants, surgit enfin de l'autre côté et dès qu'il put repérer un point plus stable dans son environnement, il lança son arme et la rejoignit dans un éclat bleuté. Il était hors de la mêlée. Derrière lui, arrivés d'un autre couloir, il vit d'autres soldats rejoindre le combat. Son cœur se comprima durement, mais il l'ignora, fit volte-face, et se remit à courir.

II

Les poumons de Luna la brûlaient. Ses bottes claquaient sur les dalles dans sa course effrénée, et ses pieds aussi étaient en feu. Ils avaient vu des navettes traverser le ciel, et une sourde rumeur leur parvenait de là-haut, sur la place du palais. Quand elle se retourna, elle vit la ville à ses pieds qui rougeoyait de lueurs d'incendies, et le calme qui régnait encore une heure auparavant avait été remplacé par un tumulte de hurlements, de crissements de lames, de pétarades d'armes à feu, et maintenant, du vrombissement dans le ciel. Certains de ces vaisseaux étaient de leur côté… mais pas tous. Ils avaient prévu de rencontrer de la résistance, évidemment… Mais la situation pouvait basculer à tout instant. Ils n'avaient que l'avantage de la surprise, après tout.

Tandis qu'ils gravissaient au pas de course la dernière volée de marches avant la place royale encore dissimulée à leurs regards, Luna pensa à Noctis. Elle avait cherché pendant des jours dans ses rêves un signe qui la rassurerait, mais pour la première fois de sa vie, ses nuits ne lui laissaient pas le moindre souvenir. Elle s'éveillait la tête vide, parfois avec des émotions ou impressions qui s'accrochaient à elle, mais jamais rien de concret. Il n'y avait rien pour la guider, rien d'autre que la détermination de s'en tenir à ses décisions et de suivre jusqu'au bout la voie qu'elle avait empruntée. Parfois, ce silence des dieux, de sa propre conscience, jusqu'à celui de son instinct, provoquait une peur vertigineuse qui lui donnait la sensation de tomber au fond de l'eau, regardant la surface s'éloigner toujours davantage sans pouvoir lutter contre la force qui l'attirait vers les ténèbres. Et pourtant elle continuait, nageant à contre-courant, parce qu'elle n'était pas encore prête, tout simplement. Elle n'abandonnerait que contrainte et forcée. Pour l'heure, il lui était impossible de déposer les armes, aussi impossible que de respirer dans l'eau. C'était contre sa nature. Ça l'avait toujours été. Et même si elle ignorait ce qui arrivait en ce moment même à Noctis, s'il était toujours en vie, s'ils avaient encore une chance… Elle devait continuer, gravir cette dernière volée de marches et affronter quoi qui puisse se trouver sur cette place. Et entrer dans le palais reprendre son trône.

Elle arriva en haut un instant après Ravus, qui tendit un bras devant elle pour la retenir. Elle leva les yeux, sans comprendre immédiatement ce qu'elle voyait. La place était noire de monde. Un cordon de soldats défendait le palais et tentait de repousser des habitants ivres de rage. Juste devant les portes, un groupe plus important tâchait de repousser trois femmes vêtues de blanc qui bataillaient avec une hargne telle qu'elles parvenaient instant après instant à avancer sur les marches. Ils avaient donc été devancés ?! Mais par qui ? Luna plissa les yeux et reconnut finalement les combattantes : c'étaient la garde personnelle de sa mère… Aurelia, Cassandre et Ilda. Luna ne les avait pas revues depuis des mois, et elle croyait qu'elles avaient fui le pays. Leur reine était morte, après tout, que leur restait-il à protéger ? Luna ne les aurait jamais blâmées de se retirer. Et pourtant, elles étaient là, forçant le passage et bataillant de tout leur cœur, quand bien même elles n'étaient plus de prime jeunesse. Son cœur s'accéléra, la vision l'emplissant d'un espoir fou qui la fit se sentir soudain légère comme une plume. Elle se rappela combien ils avaient du soutien ici. Tout le monde se souvenait de Sylva. Tout le monde se souvenait d'elle, Lunafreya Nox Fleuret. Comme en témoigna la foule qui rugit en les apercevant, s'écartant d'elle-même pour les laisser se frayer un passage tout droit vers le palais et le trio de la garde royale, ignorant délibérément le cordon de soldats. À Tenebrae, la reine recevait sa garde personnelle le jour de son couronnement. Luna n'avait jamais eu le sien, du moins officiellement… Alors, elle n'avait pas d'escorte rapprochée de ce genre. Seulement son frère… et Nyx. Tous les deux l'encadraient, observant la foule à l'affût de la moindre menace qui pourrait surgir. Son cœur se serra en pensant à Gentiana… Elle avait convaincu sa nourrice de l'attendre en sécurité, ne pouvant supporter l'idée de la perdre à la guerre. Tout de même, elle avait la sensation qu'elle veillait sur elle, en ce moment-même tandis qu'elle s'avançait sur la place, entourée de son peuple. Celui-ci, menaçant, commença à caillasser les soldats, qui, dépassés, battirent en retraite pour se protéger à l'intérieur, fuyant les coups vicieux de la garde royale qui tenta de les écharper au passage. Après une certaine confusion, les portes du palais se refermèrent dans un bruit sourd, et il ne resta plus aucun soldat ennemi sur la place. Luna arriva en bas des marches.

« Aurelia ! Ilda ! Cassandre ! »

Elle n'avait pas parlé si fort, mais en dépit du brouhaha ambiant, les trois femmes l'entendirent. Le tumulte, d'ailleurs, baissa aussitôt d'un ton, comme si la conscience collective de la foule avait compris ce qui se jouait.

Une nouvelle fois, Luna pensa à Noctis. Il lui avait confié l'impression étrange que c'était de se sentir connecté au Cristal, ainsi qu'à tous ceux que son pouvoir avait imprégné. Et à présent, elle sentait ce qu'il avait voulu dire, car même sans partager ce pouvoir mystique, elle sentait dans sa poitrine battre dix, cent, mille cœurs. Quand elle respirait, elle respirait par mille poumons, elle avait l'impression d'être plus grande, habitée d'une force qu'elle n'avait jamais possédée jusqu'alors. Elle n'était plus simplement une jeune fille qui voulait sa liberté, vivre sa vie, rencontrer des garçons et boire jusqu'à plus soif. Elle était reine. Et cela signifiait qu'elle était chacune des personnes rassemblées sur cette place, voyant, respirant, vivant à travers eux. La sensation était vertigineuse, mais elle n'avait plus peur. Elle se trouvait exactement au bon endroit, au bon moment. Toutes les incertitudes de la guerre prenaient fin ici, dans l'accomplissement de son devoir, de sa destinée, peut-être… Qu'importait. C'était la fin. Tout son travail pendant des mois aboutissait ici. Le fameux moment de vérité.

« Votre Majesté… » murmura Ilda, une grande femme blonde aux yeux clairs, tandis qu'elle baissait la tête. Luna nota le tremblement dans sa voix, qui devait autant à l'épuisement qu'à l'émotion.

Aurelia, une combattante massive au visage rond, presque poupin, lui adressa un sourire tendre et lumineux comme celui qu'on reçoit d'une grand-mère aimante.

Enfin, Cassandre posa les yeux sur elle. Brune, élancée, sèche comme du vieux bois, elle semblait la plus coriace des trois.

« Nous vous attendions, dame Lunafreya. Il n'est pas vraiment simple d'entrer dans ce palais. »

Luna s'approcha, le cœur battant, quittant l'escorte de Ravus et Nyx, qui restèrent en arrière, faisant face à la foule comme des flics protégeant une officielle. Arrivée à mi-chemin de l'escalier, laissant la garde royale surveiller la porte derrière laquelle les soldats s'étaient barricadés, Luna se retourna pour faire face aux Tenebraens rassemblés sur la place.

« À l'heure qu'il est, Ideolas Aldercapt est probablement mort », commença-t-elle.

Sa voix n'était pas assez puissante pour que tout le monde puisse l'entendre, mais les gens se mirent spontanément à relayer ses paroles jusqu'au fond de la place. Et en entendant cette information, qui était un semi bluff, un frémissement parcourut la foule.

« Le roi du Lucis en personne est allé l'abattre, continua-t-elle. Avec le pouvoir conféré par le Cristal, auquel aucune obscurité ne peut résister. Cependant, nous n'avons pas encore gagné. Nous ne pouvons prévoir les conséquences de nos actions. Cette nuit pourrait être notre dernière. Mais nous allons nous battre ! »

Des murmures confus roulèrent sur la place, comme la rumeur des vagues. Stupéfaction, peur, espoir.

« Je ne reculerai devant rien ! reprit-elle d'une voix plus forte. J'ignore ce qui m'attend dans ce palais, j'ignore ce qui vous attend. Mais je peux vous dire ceci : c'est la fin. Quoiqu'il arrive, demain le soleil se lèvera sur un autre monde. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce monde-là soit encore le mien. Le vôtre ! »

La foule rugit à ces mots, et Luna croisa des centaines de regards luisants convergeant vers elle, hérissant sa peau de chair de poule. Elle pouvait sentir leur volonté, leur rage de vaincre, rugissant dans sa poitrine, pas simplement un écho à ses sentiments… mais en plus de ses sentiments. Et à cet instant, elle fut convaincue qu'ils allaient gagner la guerre.

III

Iedolas Aldercapt n'était pas mort, ou s'il l'était, il ne devait pas son trépas à Noctis. Celui-ci se tenait devant les portes de la salle du trône, s'inquiétant de n'y trouver personne. Il essayait de discerner quelque chose, un indice à travers les portes épaisses, mais le vacarme des alarmes l'empêchait de se concentrer… et de percevoir quoi que ce soit de significatif. Il n'avait aucune idée de ce qui l'attendait là-dedans. Il jeta un coup d'œil nerveux par-dessus son épaule, mais d'ici il ne distinguait rien d'autre qu'une antichambre et un couloir qui faisait un coude quelques mètres plus loin. Pourquoi donc était-il tout seul ici ? Où étaient les soldats ?

Il se tourna de nouveau vers la double porte fermée qui semblait le juger sévèrement… Il avait laissé Prompto, Ignis et Gladio derrière lui. Que fichait-il ici ?

Quand Prompto l'avait poussé à partir devant, il n'avait pas réfléchi. Quelque chose dans l'attitude du blond avait pris le dessus sur ses doutes. Il savait bien que la mission devait être accomplie coûte que coûte, mais est-ce qu'il était le seul à pouvoir la mener à bien ? En même temps, réfléchit-il, il n'aurait pas laissé l'un d'eux y aller seul. Alors peut-être que Prompto avait raison après tout. C'était à lui d'affronter ce qui se trouvait derrière ces portes. C'était son fardeau… C'était lui le roi, non ? Même si à cet instant, le pouvoir du Cristal irradiait en lui, et il lui semblait que ses perceptions s'étendaient bien au-delà de cette ville, et même de ce pays… Il pouvait sentir ses camarades de l'armée à Tenebrae. Sa gorge se noua tout à coup. Quelque chose allait arriver. Il ignorait si c'était là-bas, ou ici… En tout cas, c'était maintenant. Il se secoua de sa torpeur, se força à se reconcentrer sur son environnement immédiat. Il ne pouvait pas mener toutes les batailles à la fois… ni sauver tout le monde, murmura la même petite voix en lui. Il posa les deux mains sur les battants, et poussa.

La porte pivota, lui dévoilant une salle du trône plongée dans l'obscurité. Il entra, et referma derrière lui. Aussitôt, le silence s'abattit sur lui, curieusement épais alors qu'il se trouvait en plein cœur du bâtiment. Cependant, alors qu'il s'avançait prudemment et que ses yeux s'accoutumaient à l'obscurité et au calme de l'endroit, il comprit qu'il n'était pas seul. Des formes massives dont il devinait les yeux luisants attendaient tapies dans les ombres, et… quelqu'un se tenait assis sur le trône. L'épée à la main, il remonta l'allée, s'attendant à tout moment à être attaqué par l'une de ces choses dans l'obscurité. Il entendit un claquement de mâchoire qui le fit sursauter, le crissement d'une griffe sur le sol… Des daemons. Pourtant, ceux-ci semblaient le laisser tranquille, comme si… ils obéissaient à quelqu'un. Cela fit aussitôt remonter le souvenir pénible de l'attaque à Insomnia. Juste avant de rejoindre le palais, un personnage inattendu avait jeté un daemon gigantesque en travers de sa route. Noctis reporta son regard sur le trône et ses yeux s'écarquillèrent.

« Monsieur Izunia… » lâcha-t-il bêtement, ne pouvant s'empêcher de voir encore en lui son ancien prof d'arts plastiques.

Un rire léger, presque poli, lui répondit, et l'individu ôta le chapeau qui plongeait son visage dans l'ombre, confirmant ainsi son identité.

« Votre Majesté… J'attendais votre visite avec impatience. »

Noctis se mit à réfléchir à toute vitesse : qu'est-ce que ça signifiait ? À Insomnia, il se souvenait qu'Izunia avait pris la fuite après avoir lancé ce daemon à ses trousses, et, plus tôt dans la journée, déclenché une bombe électromagnétique qui avait plongé la ville dans l'obscurité et le chaos. Il s'était avéré que l'inoffensif prof d'arts plastiques était en réalité un ingénieur hautement qualifié du Niflheim, et aujourd'hui… Noctis le retrouvait sur le trône à la place de l'empereur ?!

« Où est Aldercapt ? demanda-t-il d'une voix moins assurée qu'il ne l'aurait voulu.

— Oh, Noctis… Vous n'avez pas entendu les rumeurs ? L'empereur est devenu fou. Il fallait bien que quelqu'un le remplace. D'ailleurs, on doit dire la même chose de vous au Lucis. Vous trouverez sûrement quelqu'un sur le trône en rentrant. »

Noctis frissonna à cette idée mais l'écarta rapidement.

« Pourquoi vous ? voulut-il savoir.

— Eh bien… commença Izunia d'un ton ennuyé. Le Niflheim a décidé d'échanger la simple monarchie contre un régime plus… technocratique. Personne ne sait vraiment contrôler ces daemons, vous savez…

— Et vous si ?

— Cela va de soi. »

Izunia, qui se comportait jusqu'à maintenant comme s'il assistait à une simple visite de courtoisie, changea soudain d'attitude. Son regard s'alluma d'une lueur dangereuse tandis qu'il se penchait en avant dans une posture menaçante. Il n'était ni très grand ni très impressionnant, avec ses fringues d'un autre temps et sa chevelure un peu folle d'artiste bohême, et pourtant un frisson désagréable courut dans l'échine de Noctis.

« Le vieux Iedolas est mort, Votre Majesté. Vous arrivez trop tard. Ce n'était qu'un simple… hmm… comment dit-on vulgairement ? Addict. Il aimait les daemons… ingérer leurs pouvoirs… Il s'en enivrait. Mais un être humain normal n'est évidemment pas conçu pour de telles transformations.

— Alors vous, vous n'êtes pas corrompu par les daemons ?

— Qui sait ! » s'exclama théâtralement Izunia en se levant, ce qui fit reculer Noctis d'un pas. Le prof d'arts plastiques claqua dans ses mains, et les bêtes derrière le roi se mirent à bouger. Noctis était piégé, et sans réfléchir, il invoqua un arsenal d'armes qui se mirent à tournoyer autour de lui. Izunia lâcha un rire sans joie.

« Très impressionnant, Votre Majesté. Mais voyez-vous, je ne vais pas vous laisser faire. J'ai travaillé dur pour en arriver là. J'ai mérité ma place, contrairement à vous. Vous et Lunafreya n'êtes que des enfants gâtés. Tout le monde le sait, mais a peur d'exprimer son opinion.

— Mais qu'est-ce que vous pensez pouvoir accomplir avec tous ces daemons ? »

Noctis espérait gagner du temps, mais il voulait aussi réellement savoir. Quel avenir pourrait avoir le Nifflheim, haï de toutes les autres nations, détenant une arme mortelle en son sein ? Izunia prétendait pouvoir contrôler les daemons, mais quel bien cela ferait-il s'il était le seul à en avoir le pouvoir ?

« Les daemons peuvent être rationnalisés, Noctis. Nous pouvons les exploiter comme nous exploitons le reste de la nature. Ce sont de simples animaux. »

De simples animaux ? C'était de la folie…

« Je sais ce que vous pensez. Mais ainsi nous sommes faits. Ce qui peut être accompli, nous l'accomplissons, peu importe si c'est bien ou mal, raisonnable ou insensé. Il y a toujours quelqu'un pour le faire. Je voulais juste que cette personne, ce soit moi. »

Izunia perdit soudain son air menaçant et ajouta d'un air affable :

« Je n'ai toujours pas reçu votre dernier devoir, Votre Majesté. Je vais être obligé de vous mettre zéro. Ça ne fera pas beau sur le carnet de notes. »

Noctis le dévisagea, ébahi. Au même moment, il entendit un bruit dans son dos et fit un pas de côté juste à temps pour esquiver un coup de pattes. Merde, il m'a eu ! Il se retourna et vit les daemons qui s'étaient approchés. Certains lui rappelèrent de troubles souvenirs d'enfance ou de rencontres nocturnes au cours de ses voyages, d'autres lui étaient totalement inconnus. C'était une véritable galerie de cauchemars grotesques, qui semblaient tous impatients de se repaître de sa chair. Il se souvint soudain de ses armes fantômes et les envoya dans la direction de chaque monstre, cherchant désespérément dans le décor un endroit où il aurait une position plus avantageuse qu'ici, pris entre le marteau et l'enclume. Mais la salle du trône ici devait être dix fois plus petite que celle d'Insomnia, et l'espace était également beaucoup plus bas de plafond, et moins décoré. Il ne voyait nulle part où s'accrocher pour prendre de la hauteur et mieux fondre sur ses ennemis. Il ignorait de quoi Izunia était capable exactement, mais il pressentait qu'il n'allait pas aimer ça. Il pouvait sentir le pouvoir daemonique bouillonner en lui.

À entendre le concert de hurlements et de feulements, certaine de ses armes avaient fait mouche. Il les rappela à lui et recommença à les faire tournoyer autour de lui pour se protéger. Il jeta un coup d'œil à Izunia, qui se rapprochait. Mais il était hors de question qu'il recule, et se retrouve piégé à la merci des daemons. De plus, sa véritable cible était son ancien prof d'arts plastiques. S'il avait réellement pris le contrôle du pays comme il le prétendait… Alors c'était lui qu'il devait assassiner. Étrange comme ces pensées froides lui traversaient l'esprit comme si elles étaient normales. La guerre avait changé ça aussi. L'inconcevable d'hier devenait la nécessité d'aujourd'hui.

L'image de son père surgit dans son esprit. D'abord son cadavre au pied des marches du trône, puis son visage éclairé d'un sourire triste. Noctis ne comprenait pas la confiance qu'il lisait dans les yeux gris de son père. Mais il l'accepta. Il laissa Izunia approcher sans bouger, le cœur pompant l'adrénaline dans ses veines. Il vit la lame surgir dans les mains de son adversaire. Puis, son regard fixa le trône, il s'y téléporta, puis se retourna d'un bloc pour fondre sur Izunia et le faire reculer vers sa meute de daemons.

IV

Ils n'avaient pas prévu de faire rentrer les gens dans le palais, qui pouvait très vite se transformer en souricière. Mais lorsque Nyx entendit le vrombissement caractéristique de vaisseaux en approche et reconnut au son qu'ils venaient du Niflheim, il avertit Luna d'un murmure. Celle-ci se tourna vers les gardes de Sylva et leur ordonna d'ouvrir les portes : ils allaient devoir se débarrasser de toute résistance qu'ils trouveraient dans le vestibule et y faire entrer la foule. Les trois femmes n'hésitèrent pas et poussèrent le double battant qui résista. Ravus et Nyx se joignirent à elles et parvinrent finalement à forcer le passage. À l'intérieur, un vaste hall plongé dans la pénombre. Ils savaient tous que des balustrades entouraient la pièce, les mettant à la merci de tireurs positionnés en hauteur. Ravus leur indiqua en quelques gestes de se disperser : il y avait quatre issues sur les côtés, menant à des escaliers.

« Attends qu'on ait fini et sécurise le passage vers l'autre pièce », lui ordonna Ravus. Nyx hocha la tête et sans attendre retourna à l'extérieur, écartant Luna d'une possible ligne de mire. Les trois gardes et Ravus disparurent en hâte, engloutis dans les ténèbres. Le cœur de Nyx battait violemment dans ses tempes, ses yeux surveillaient à la fois l'intérieur du palais où il ne tarda pas à percevoir des bruits de lutte, et la place où la foule commençait à se rapprocher. Les gens ne semblaient pas avoir encore compris la menace des aéronefs, dont les lumières rouges clignaient comme des yeux braqués sur eux depuis le ciel noir d'encre. Si ça commençait à canarder, ils ne pourraient pas retenir la foule. Nyx patienta d'interminables secondes, sa main pressée sur le bras de Luna, moins pour la retenir que pour se rassurer lui-même. Puis quand sa radio grésilla dans son oreille, laissant filtrer la voix de Ravus qui lui donnait le feu vert, il bondit en entraînant la jeune femme derrière lui. Ils traversèrent le hall du palais à toutes jambes, puis il lâcha le bras de Luna pour invoquer ses dagues. Il ouvrit d'un coup de pied les portes situées à l'autre bout de la pièce. Celles-ci n'étaient pas barricadées, mais un attroupement les attendait derrière. Il vit du coin de l'œil Luna se jeter de côté, et lui fonça dans la mêlée.

Il fit danser ses dagues comme jamais il ne l'avait fait, boosté à l'adrénaline, poussé par la nécessité absolue, gorgée par le pouvoir étrange, encore peu familier, du Cristal. C'était comme un courant glacé qui crépitait dans ses veines, une sorte de psychotrope qui affûtait à la fois ses sens et ses réflexes. C'était enivrant. Et en tant que tel, dangereux. Il le savait, mais il se laissa emporter par le flot. Il n'avait jamais, après tout, été du genre à reculer. À évaluer le danger, même. Ravus le lui avait reproché, et il pensait avoir changé, au moins un peu, mais aujourd'hui, la prudence était un luxe qu'il ne pouvait pas s'octroyer.

Il sentit quelque chose déchirer ses vêtements et perforer le côté de son abdomen, sans même comprendre s'il s'agissait d'une balle ou d'une lame. Il ne s'attarda pas sur la sensation, pas plus que sur celle du sang chaud coulant d'une estafilade sur l'arcade sourcilière qu'il n'avait même pas sentie. Il était comme en transe, mû par l'instinct, la nécessité et le pouvoir glacial du Cristal. Une nouvelle douleur lui transperça la cuisse, mais il continua à lutter. Il entendait déjà derrière lui le staccato glaçant des tirs d'aviation. Et les gens hurler tandis qu'ils affluaient à l'intérieur. Un instant plus tard, une haute silhouette jaillit à ses côtés, un éclat de lame brilla dans le coin de son champ de vision, et trois soldats tombèrent devant lui. La forme se déplaça et sa vue se retrouva obstruée par la silhouette imposante de Ravus. Nyx en profita pour tenter de reprendre son souffle, et se retourna pour évaluer la situation. Sur la balustrade à sa droite, il entraperçut Cassandre, dont le corps longiligne se fondit rapidement dans les ténèbres.

« On se déploie dans le palais pour sécuriser les abords du hall », fit cette dernière dans son oreillette.

Il se tourna de nouveau vers le combat dont venait de l'extraire Ravus, et constata que c'était déjà terminé. Il attrapa le bras de Luna.

« On avance ! »

Celle-ci acquiesça sans un mot, la panique luisant comme un reflet au fond de l'eau dans son expression encore calme et maîtrisée. Ils remontèrent l'antichambre. De l'autre côté des portes suivantes se trouvait la salle du trône. Qui serait probablement lourdement gardée. Et ils n'étaient que deux combattants.

Soudain, quelque chose palpita désagréablement dans l'estomac de Nyx. Il avait déjà éprouvé ça auparavant. C'étaient ses tripes qui l'avertissaient quand la mort était proche.

« Luna, Ravus, écartez-vous de cette putain de porte ! »

Le frère et la sœur, à son grand soulagement, s'exécutèrent sans discuter. Il les entraîna à l'abri relatif d'une galerie sur le côté de la salle, et à peine l'avaient-ils atteinte qu'une détonation assourdissante les coupa entièrement du monde extérieur. Le sol trembla d'une violente secousse tandis que des fissures lézardèrent les colonnes et les murs. Un instant, Nyx crut que le palais allait s'effondrer sur eux. Il tint bon, cependant, quoiqu'un épais nuage de gravats épaissit l'atmosphère, l'empêchant de bien distinguer ce qui se passait. Sa tête résonnait comme si on avait frappé un énorme gong à cinquante centimètres de ses oreilles.

« Ces fumiers bombardent le palais », entendit-il au sein de la mélasse sonore qui noyait son cerveau. Il regarda Ravus d'un air affolé. Ils étaient piégés… Ils étaient tous piégés. Puis, il se souvint : ils avaient eux aussi des renforts aériens. Tout n'était pas perdu. Aranea les commandait. À cette idée, son cœur se réchauffa : cette femme était capable de tout, y compris de gagner la bataille décisive.

À moitié aveuglé, il se dirigea vers les portes de la salle du trône, et s'aperçut rapidement qu'elles avaient été pulvérisées. De l'autre côté, un enfer calciné se dessinait à travers la fumée qui s'estompait. Il n'y avait plus de salle du trône… Mais le trône en lui-même, bizarrement, était intact. Blanc, presque sépulcral dans cette atmosphère de fin du monde, il paraissait luire dans le noir, plus imposant encore face à la ruine qu'il dominait majestueusement.

« Merde… » lâcha Nyx entre ses dents, réfléchissant à toute vitesse. Que fallait-il faire maintenant ? « Les souterrains ! s'exclama-t-il soudain. On évacue dans les souterrains.

— Mais… protesta mollement Luna.

— On remontera dès que la situation aérienne sera sous contrôle.

— Et sinon ? On mourra terrés comme des rats !

— Ça ne dépend plus de nous, Luna. »

Un éclat furieux s'alluma dans les yeux de la jeune reine, qui se tourna vers son frère en quête de soutien. Celui, l'air sombre, ne dit rien pendant quelques instants. Puis, il lâcha une phrase que Nyx n'aurait jamais cru entendre de toute sa vie :

« Nyx a raison. »

Il triompha, jubila intérieurement, mais se rappela bien vite que ce n'était pas vraiment le moment pour bichonner son ego. Luna se ressaisit rapidement elle aussi et s'approcha des gens qui envahissaient rapidement l'antichambre, l'air hagard, nombre d'entre eux blessés par le bombardement.

« Suivez-nous. On va se mettre à l'abri dans les souterrains. »

Elle n'avait pas élevé la voix, et avait même dû s'interrompre pour tousser à cause de la poussière et de la fumée, mais les premiers arrivants semblèrent comprendre, et transmirent l'information à ceux qui étaient derrière. Ainsi, Nyx, Ravus et Luna se retrouvèrent à la tête d'une colonne de Tenebraens perdus, blessés et effrayés, et les guidèrent dans les décombres de la salle du trône. Un silence étrange tomba sur eux tandis qu'ils progressaient, comme si les bruits de la bataille qui se jouait dehors ne pouvaient pas les atteindre. La salle dévastée qu'ils traversaient avait vu des générations de reines rendre la justice, promulguer des lois, négocier, prodiguer espoir et confiance en temps de paix comme de guerre. Des statues mutilées disposées le long des colonnes observaient leur passage, le marbre muet de leurs yeux vides taisant leurs pensées. Et pourtant, même ainsi, la salle galvanisa Nyx, parce qu'il savait ce qu'elle symbolisait : l'union de Tenebrae, sa singularité au sein du monde. Ici gisait l'identité même de cette ancienne nation. Elle allait sans doute subir de profonds changements après cette guerre, mais il trouvait une sorte de réconfort peut-être un peu puéril dans ces anciennes pierres qui se dressaient encore, dans ces colonnades épargnées, ces œuvres abîmées qui survivaient dans les décombres, ces vitraux éventrés à travers lesquels brillaient furtivement les lumières des explosions au dehors. Tout ce qui avait survécu était synonyme d'espoir, et il s'accrochait à cette notion faute de mieux.

Derrière le trône dressé dans les ruines se trouvait un mécanisme soigneusement caché, une tablette sur laquelle figuraient divers symboles à activer dans un ordre connu de la seule famille royale. Luna l'activa, dévoilant une trappe dans le dallage. Celle-ci s'ouvrait sur un escalier large de deux mètres, s'enfonçant sous le palais. Il faudrait du temps, trop de temps, pour évacuer tout ce monde par un passage si étroit. Ils s'écartèrent et commencèrent à faire descendre les gens. Tous les habitants ou presque protestaient en passant devant Luna : pourquoi passerait-elle en dernier ? À chacun, elle fit la même réponse : « Parce que je suis la reine ». D'un ton sans appel, et personne ne protesta.

V

Les troupes qui arrivaient maintenant étaient retardées par les cadavres de leurs camarades entassés dans le couloir. Une bien cruelle ironie, songea Prompto, mais la seule chose qui importait, c'était que ça jouait en leur faveur. Constamment, depuis que Noctis était parti en avant, ils avaient tenté de gagner du terrain, mètre par mètre, en direction de la salle du trône. Dès qu'ils en eurent l'opportunité, Ignis, Gladio et lui foncèrent pour se libérer de cette souricière. Ils étaient tous amochés et épuisés, mais la mission n'était pas terminée. Prompto essayait de se répéter qu'il avait connu pire, seulement, il n'était pas très bien sûr que ce soit réellement le cas. Mais la seule chose qui comptait maintenant, c'était de trouver Noctis, de lui prêter main-forte si nécessaire, et Prompto pressentait que ça le serait.

Ils finirent par arriver à l'antichambre qui précédait la salle du trône. Les portes de cette dernière étaient ouvertes et un aiguillon douloureux et glacial se planta dans la poitrine de Prompto quand il vit ce qui se passait à l'intérieur. Gladio lui tapa sur l'épaule et il se força à détourner les yeux pour se concentrer sur ce qui requérait son attention immédiate : barricader l'entrée avec tout ce qu'ils pouvaient trouver dans la pièce. Leur monticule de meubles et plusieurs sphères de glace pour sceller les portes ne constituaient pas une défense bien solide, mais ça leur ferait gagner un peu de temps.

Enfin, Prompto se retourna et tenta d'évaluer la situation dans la salle du trône. Il y faisait sombre, mais les lames bleutées de Noctis y dansaient, éclairant une scène glaçante : un attroupement de daemons entourait le jeune roi, leurs griffes le frôlant tandis que celui-ci faisait de son mieux pour rester mobile dans cet environnement trop étriqué. Mais ce n'était pas le seul adversaire de Noctis… Le cœur de Prompto rata un battement lorsqu'il reconnut la silhouette de son ancien prof d'arts plastiques. Celui-ci avait toujours eu l'air plus ou moins démoniaque, avec son sourire de travers et sa voix mielleuse et théâtrale et ce regard qui vous épingle à votre chaise comme un malheureux papillon qui a attiré l'attention d'un entomologiste. Mais aujourd'hui, c'était différent. Il émanait de lui une aura presque palpable, comme si les ténèbres tourbillonnaient autour de lui. Prompto se demanda tout à coup avec horreur si son corps était bien celui d'un homme sous ses vêtements d'artiste-peintre. Car il avait la sensation chevillée au cœur qu'il y avait quelque chose d'anormal chez lui. Son regard se décala sur les daemons qui semblaient issus d'un cauchemar… C'était ça ! Une étrange sensation de familiarité, quasi de parenté, entre eux. Izunia avait-il… créé certains de ses daemons ? S'était-il injecté leurs cellules pour acquérir leur puissance, comme c'était apparemment la mode au Niflheim ?

Une main se posa sur son épaule et il manqua de hurler. Ignis, incroyablement décoiffé, une fêlure dans l'un de ses verres de lunette, posa sur lui un regard sérieux et parvint à dire d'une voix calme même si elle tremblait sous la fatigue et la douleur :

« Va aider Noct. Gladio et moi on s'occupe des daemons. »

Prompto acquiesça du menton dans un geste qu'il voulut déterminé, et agrippa son flingue. Il était petit et rapide… Ça pouvait le faire. Sans réfléchir davantage, il s'élança au beau milieu des daemons, comptant sur Ignis et Gladio pour assurer ses arrières. Il aperçut une araignée géante surmontée d'un corps de femme lever l'une de ses pattes dans l'intention évidente de l'embrocher. Prompto vit luire l'extrémité du membre affûté comme une lame et se jeta au sol, effectuant une roulade avant qui lui aurait valu vingt sur vingt au cours de gymnastique, d'autant qu'il se rétablit tout aussi vite, et continua à courir sans se retourner. Quelques enjambées plus loin, il se retrouva aux côtés de Noctis, et un soulagement provisoire inonda son cœur. Puis, Izunia l'aperçut. Son regard lui fit l'effet d'une lame transperçant son estomac. Prompto avait déjà eu son lot de combats pour son jeune âge, mais il n'avait jamais regardé dans les yeux quelqu'un qui avait à ce point l'envie de le tuer. Il lutta contre l'instinct qui lui hurlait de reculer et de fuir, et brandit son arme, la braquant droit sur Izunia. Il pressa la détente plusieurs fois d'affilée, mais l'homme esquiva avec une rapidité surnaturelle, et cette fois, il recula. D'aussi près, il faisait une cible facile pour un adversaire capable d'éviter des balles. Iznuia gardait les yeux braqués sur lui, mais n'eut aucun mal à balayer l'attaque de Noctis qui tenta d'en profiter pendant que leur ancien prof d'arts plastiques avançait sur lui avec un sourire plaqué sur le visage. Il y avait trop de dents dans ce sourire, et l'image d'un requin la gueule grande ouverte traversa l'esprit affolé de Prompto. Il fit encore un bond en arrière et faillit perdre l'équilibre quand ses jambes heurtèrent le trône. Il maudit la petitesse des lieux. Au moins, au palais d'Insomnia, on avait la place de se battre ! Cette évocation ramena soudain un flot de souvenirs douloureux, et son cœur s'emballa. Il avait devant lui le responsable de tout ça. En tout cas, suffisamment responsable pour que lui aussi, il ait envie de le tuer. Il n'avait jamais éprouvé ça de sa vie, ça prenait aux tripes, c'était suffocant. Oui, il voulait voir ce type mort. Peu importait comment. La colère le fit trembler alors qu'il changeait d'arme, optant pour une petite mitraillette. Il s'assura que Noctis n'était pas dans sa ligne de mire et commença à tirer.