Felicity

Déjà un mois que j'ai renoué avec mon frère et tout se passe pour le mieux entre nous. Dans les premiers temps, il y a eu beaucoup de remise en question de sa part et la mienne. La mienne parce que oui j'avais peur de lui dire pour Jamie, je lui ai expliqué que je ne voulais absolument pas gâcher ce qu'il y avait entre lui et Oliver parce que son ami était ce qui se rapprochait le plus de sa famille après la perte de nos parents et que je ne voulais absolument pas le priver de son frère de cœur mais il m'a blâmé parce que d'un autre côté je l'ai privé de ma présence, de notre présence durant ces cinq dernières années.

Mais au vu de sa réaction je me dis que c'était un sacrifice à faire et je lui ai expliqué que je referai probablement les mêmes choix qu'à l'époque parce que John n'a pas parlé à Oliver depuis nos retrouvailles, pas un seul message, ni e-mail, c'est comme je l'avais craint à l'époque il a rayé son meilleur ami, son frère de sa vie... Pour moi.

Je tourne en rond dans ma maison attendant qu'il arrive, Jamie est avec moi et il ne cesse de me demander quand son oncle arrivera. Je ne peux pas le nier, ils s'adorent ces deux là. Ils n'ont pas mis longtemps à se connaître, il faut dire que mon fils est très sociable et qu'il a l'habitude des grandes personnes.

- Maman tu penses qu'il va encore mettre longtemps ?

Je souris, je n'en sais absolument rien, John vient chez nous pour la toute première fois . Après nos retrouvailles, je suis restée dix jours auprès de lui, je sais que je lui avais dit que je partirais le lendemain mais je n'ai pas pu, nous avions trop de choses à nous dire, à nous faire pardonner. Il m'a enfin avoué ce qu'il s'était passé lors de son enlèvement, tout ça, c'était à cause de son père biologique. Apparemment celui-ci la recontacté après de nombreuses années sans donner de nouvelle il voulait revoir son fils et comme John n'avait plus de famille à part Oliver il y est allé mais jamais il n'aurait penser se faire enlever, ni que son père était en fait un dealer.

Bref, je voulais tout faire pour qu'on entende plus jamais parler de lui sauf que je n'ai retrouvé sa trace nulle part. John m'a dit d'arrêter de chercher que de toute façon maintenant qu'il m'avait de nouveau dans sa vie il se fichait de ce qu'il lui était arrivé surtout que c'était grâce à ça que nous avions pu renouer et qu'il puisse connaître son neveu.

- Il est là maman, il est venu.

- Jamie, je t'ai déjà dit de ne pas sauter sur le sofa.

- Oui pardon maman mais je suis trop content.

Il est le premier à ouvrir la porte, il s'élance dans l'allée et court vers John qui lui ouvre les bras, il l'attrape le soulève et le serre fort contre lui, un sourire illumine son visage.

- Tu m'as manqué « buddy ».

- Toi aussi oncle John.

Je le serre à mon tour dans mes bras heureuse de le retrouver, de voir qu'il a repris du poids et que ses hématomes ont disparu.

- Ça va ? La route n'a pas été trop longue ?

-Non, ce n'est que trois heures.

John regarde autour de lui avant de se tourner vers moi.

- Dis donc elle est super jolie cette maison.

- Oui, j'ai eu un coup de cœur. Viens, je vais te faire visiter.

Je le conduis au salon.

- Alors voici la pièce principale.

- Waouh, c'est très lumineux.

- Oui, d'où mon coup de cœur, les fenêtres de toits, la hauteur des murs juste sur cette partie de la maison. Viens !

J'attrape la main de mon frère et l'emmène dans l'autre partie de la maison, j'ouvre une première porte pour lui indiquer la salle de bain qui est dotée d'une grande douche avec des jets massant et relaxant, puis d'une grande baignoire d'angle ainsi que deux vasques posés sur un meuble en teck prenant toute une longueur de mur. Elle est spacieuse et très claire, peinte en blanc avec un parquet très moderne sur le sol dans les tons foncés. Je le conduis ensuite à la chambre de son neveu.

- Ici tu as la chambre de Jamie.

- Regarde oncle John, j'ai plein de jouets dans mes caisses.

John rigole, avant de prendre Jamie dans ses bras et de lui poser un bisou sur la joue.

- Jamie, ta chambre est super jolie, c'est toi qui à choisie les couleurs ?

- Oui, je voulais un arc en ciel sur le mur alors maman a demandé à sa copine de le peindre. C'est joli hein ? Et regarde quand on est dans le noir il y a plein d'étoiles qui brillent.

- Je verrai ça se soir alors.

Je continue la visite, en lui montrant ma chambre qui est décorée sobrement, je ne me suis pas attardée sur celle ci, elle est simple mais c'est tout ce que j'aime il y a une porte qui mène directement au bureau. Jamie, tire John par la main pour l'emmener à l'étage.

- Regarde oncle John, c'est l'endroit préféré de maman, le soir elle aime venir ici pour lire.

Je souris, le balcon est mon endroit favoris, il donne sur le jardin mais aussi sur le lac et les montagnes. Je ne cesse de regarder le soleil se coucher, c'est un spectacle magnifique surtout en hiver lorsque le sommet des montagnes est recouvert de neige. C'est vraiment unique.

- Je comprends pourquoi maman aime cet endroit c'est magnifique.

- Viens je vais te montrer ta chambre oncle John.

Jamie tire une fois de plus sur le bras de mon frère et ouvre la seule porte de l'étage où se trouve la chambre d'ami elle est très spacieuse bien plus que la mienne, elle est peinte de couleur très clair, gris et blanc sur un plancher bois de couleur blanc, des poutres traversent la pièce ici et là. Dans le fond se trouve la salle de bain qui est juste séparée de la chambre par un petit pan de mur.

- Ta maison est vraiment somptueuse.

- Merci John mais à mon grand regret elle n'est pas à moi. Je suis en location. Mais je donnerai n'importe quoi pour qu'un jour elle m'appartienne. Je l'adore.

Nous passons le reste de la journée à nous balader, John n'étant jamais venu ici, j'en profite pour lui faire découvrir la partie de la ville que j'apprécie le plus, notamment le parc qui n'est pas très grand mais qui donne sur la petite marina. Nous faisons le tour rapidement, Jamie entraîne alors mon frère dans la partie qu'il préfère. Ici, il a y des centaines d'écureuils en libertés qui viennent facilement vers l'homme afin d'avoir de la nourriture.

- Maman tu as pris les cacahuètes ?

Je lui tends le sachet que je viens de sortir de mon sac et les deux hommes les plus importants de ma vie s'amusent à nourrir les petites bêtes rousses. J'immortalise ce moment en prenant un maximum de photo que je ne tarderai pas à mettre dans notre album de famille.

Le soir venu après avoir couché Jamie, John et moi nous attardons dans le salon, j'ai une question que me brûle les lèvres depuis son arrivée plus tôt dans la matinée mais je ne voulais en aucun cas la poser devant Jamie. Je me lève et vais discrètement dans sa chambre pour m'assurer qu'il dort à poing fermés avant de rejoindre John au salon un énorme pot de glace à la vanille à la main. John me sourit avant de descendre du canapé, je lui tends une cuillère et m'installe prés de lui heureuse de pouvoir de nouveau partager un moment comme celui-ci avec lui après tout ce temps sans se voir.

- Tu as quelque chose à me dire ?

- Non !

- Felicity ! Je te connais, tu as peut être changé mais je sais ce que la glace à la vanille et les deux cuillères signifient. Tu me faisais la même chose lorsque tu voulais discuter de choses importantes avec moi alors je t'écoute.

J'inspire un grand coup, avale une cuillère de glace pour me donner du courage et fixe l'écran de télévision qui est resté noir.

- Est ce que tu l'as revu ?

- Non ! C'est fini Felicity je ne veux plus jamais lui parler... Pas après ce qu'il t'a fait, ce qu'il nous a fait...

J'en étais sûre, ce que je craignais est arrivée, je ne voulais pas ça, je voulais tant préserver leur amitié, c'est pour ça que je suis partie.

- John ! Ne lui en veut pas s'il te plaît... Il n'est pas le seul fautif. Je suis sûre qu'il s'en veut pour tout... Je veux que tu restes avec lui, l'ami que tu as toujours été. Après qu'il ait vu Jamie qu'il a su... Je pense qu'il a besoin de toi John... Je ne veux pas qu'il se sente seul.

- Je me fiche qu'il se sente seul... Il aurait du y penser avant... Cinq ans Felicity ! Cinq longues années qui sait pourquoi tu as mis autant de distance entre nous et jamais, jamais il n'a eut la présence d'esprit, ni le courage de me dire pourquoi ! Comment veux tu que je lui pardonne ?

- Peut-être parce qu'il n'est pas le seul fautif et que tu m'as pardonné à moi. S'il te plaît John fais-le pour moi, pour nous...

Mon frère soupire puis il tourne sa tête vers moi.

- Je m'en veux Felicity, si je n'avais pas passé cet accord, nous aurions pu être heureux tout les quatre, j'aurai vu mon neveu grandir mais plus encore tu aurais été heureuse. Tu as beau essayer d'être heureuse, et tu l'es sûrement au yeux de tous mais avec moi ça ne fonctionne pas. Je vois que tu n'es pas totalement épanouie, qu'il te manque quelque chose, une pièce du puzzle pour que ta vie soit comme tu le voudrais.

- Si c'est d'Oliver que tu parles tu te trompes John. Il m'a fait du mal...

- Pour me protéger. Je sais que ça ne l'excuse pas et je lui en veux à mort mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que tout ça est ma faute. Felicity... Est-ce que tu l'aimes toujours ?

Et voilà la question que je redoute tant, mais je dois être honnête, je ne vais pas pouvoir lui mentir cette fois.

- Honnêtement ? Je peux te faire confiance John ?

- Bien sur que tu le peux... Je ne te trahirai pas.

Je ferme les yeux, je dois lui dire la vérité, une vérité que je tente de cacher depuis cinq longues années...

- Oui je l'aime... Tu as vu juste. C'est à croire que tu me connais bien mieux que je ne me connaisse... Je l'aime à en pleurer le soir depuis cinq ans, mais je n'arrive pas à lui pardonner de m'avoir abandonné, de m'avoir traité de la sorte... Je ne sais pas quoi faire, mais je suis sure d'une chose pour le moment... Il est hors de question que je le laisse voir Jamie. J'ai trop peur qu'il me le prenne...

Voilà ma plus grande peur... Qu'il me prenne mon fils, je ne le supporterais pas... John ne dit rien, moi non plus... On reste ainsi, silencieux, à savourer notre glace à la vanille comme au bon vieux temps après une discutions à cœur ouvert.