Kogami referma doucement la porte de la chambre derrière lui. L'horloge du salon lui indiqua 2h46, le soleil ne se lèverait pas avant au moins quatre longue heures. Goûtant le silence, il déambula dans la pièce tentant d'en discerner les contours à travers les ténèbres nocturnes. Il se saisit de ses cigarettes et de son briquet après les avoir repérer sur une table. La nicotine s'infiltra dans ses poumons alors que la fumée se dispersait peu à peu puis, remarqua la tâche blanche non loin de lui, dont la pâleur semblait luire dans l'obscurité. L'homme lui tournait le dos, allongé sur le côté et ses mains attachées à un radiateur par les menottes. Il semblait dormir, toutefois sa respirations était trop irrégulière pour qu'il soit assoupi.
-Tu dors? Demanda Shinya.
-...Non... répondit Shogo après un court silence. Et toi non plus?
-J'arrive pas à fermer l'œil.
-Et... pour ça? fit-il en désignant ses liens. Je me suis réveillé avec, est-ce vraiment nécessaire?
-Oui. Tu les garderas tant que je serais endormi, je ne veux pas que tu te promènes durant mon sommeil.
-Tu m'as l'air très "endormi" en effet, mais tu ne m'avais pas dit que tu pouvais être somnambule à ce point, Kogami.
-Tss... idiot, répliqua ce dernier sans pouvoir s'empêcher de sourire. Tu t'es assoupi en mangeant, alors j'ais pas pu te prévenir mais je comptais moi aussi me coucher après.
Néanmoins, il retira les menottes du radiateur, et bien que le prisonnier eu toujours les poignets liés, il put au moins changer de position pour s'asseoir. Le brun l'imita et se laissa tomber à côté de lui.
-Dis-moi, Shinya, combien de temps comptes-tu me garder en vie?
-...Pourquoi souhaites-tu savoir cela?
-Vois-tu, j'apprécie ta compagnie mais... l'albinos déglutit, puis reprit. Il n'est pas agréable de savoir qu'à tout instant l'envie pourrait te prendre de venir interrompre ma respiration pendant mon sommeil. Fais au moins cesser mes craintes et dis-moi, quand te décideras-tu à appliquer ma sentence?
-Tes craintes? Tu as donc peur?
La réponse de Shogo ne vint pas immédiatement, alors que sa respiration s'accélérait.
-Eh bien, fit-il avec un rire douloureux. Vois-tu, si je n'arrivais pas à me rendormir à l'instant, c'est que je m'attendais bel et bien à ce que tu viennes m'étrangler. Quand je t'ai entendu te lever... oui, l'idée que j'entendais mes derniers battements de cœur m'a traversé.
Kogami fut profondément touché par la sincérité avec laquelle son ennemi lui avait confessé la faiblesse de son angoisse. Poussé par sa nature bienveillante, il leva sa mains afin de le réconforter, mais s'arrêta à mi-chemin. Comment était-il sensé s'y prendre, au juste? Devait-il lui passer la main dans les cheveux, le serrer contre lui, ou lui toucher l'épaule? Au finale, il se contenta de lui caresser le dos et lui sourit amicalement.
-Ne t'en fais pas, j'éviterais ta mort à tout prix, j'ai besoin de toi.
-Hein?
-J'ignore combien de temps je vais passer ici, mais je suis au moins sûr d'une chose: à rester trop longtemps seul, je finirais plus que certainement par perdre le peu de santé mentale qu'il me reste. Écoute, Shogo, je te propose un marché; garde-moi sain d'esprit pendant que je te garde sain et sauf, évitons Sibyl qui veut notre peaux à tous les deux et évitons de nous étrangler dans notre sommeil. D'accord?
Silence.
-Shogo?
Kogami tenta de distinguer le visage de l'homme qui restait silencieux. Soudain, un rayon lunaire vint faire scintiller quelque chose sur la joue de nacre. Une goutte d'eau salée.
-Tu... pleures? s'enquit le brun, ému.
L'albinos, confus, essuya ses larmes alors qu'une teinte rosée envahissait ses joues, ne le rendant que plus adorable.
-Qu'est-ce que...? balbutia-t-il pour lui-même, puis tournant le regard en direction de l'ex-policier. Merci, Shinya. Tu es le premier véritable être humain que je rencontre... et le premier également à me traiter en tant que tel. Tu as ma parole, je ne tenterais rien contre toi.
Au plus profond du cœur Shinya, l'homme sentit qu'en face de lui se tenait Shogo Makishima, le vrai, et non un masque d'orgueil et de froideur derrière lequel l'albinos cachait ses émotions faibles et sa sensibilité. Son cœur prétendument de pierre était à nu, et Shogo ne l'avait laissé se dévoiler que pour Kogami. Ce dernier en fut extrêmement touché et troublé dans le même temps. Il lui sourit, et un sourire lui fut rendu. Pendant un instant, le silence s'installa. Puis, il fut rompu par une simple question portant, sans surprise, sur la littérature. La réponse entraîna une remarque d'où découla une nouvelle question. Une explication se posa, une plaisanterie se glissa, et une conversation se construisit. La lune vint un moment épier les exilés par la fenêtre avant de se cacher pour laisser la Voie Lactée les observer à son tour. Les deux jeunes hommes, autrefois ennemi, étaient heureux. L'un, pour la première fois de sa vie, en venait à oublier sa solitude et l'autre découvrait la joie d'être en compagnie d'un pair aussi respectueux que respecté, chose qu'il n'avait jamais autant éprouvé, même avec Gino ou son professeur. Ils partageaient les mêmes références tout comme leurs points de vus se complétaient. Pour la première fois depuis des années, ils se sentaient paisibles et au fur et à mesure une chaleur douce et rassurante d'harmonie les enveloppait et plongeait inexorablement Shinya dans les bras de Morphée ainsi que dans ceux de Shogo. Ce dernier ne tarda pas à le rejoindre et quelques minutes plus tard, ils étaient enlacés, se dormant à poings fermé de leur enfer, pour la première fois depuis si longtemps inconscients et insouciants.
