Le soleil brûlait doucement la joue de Shinya. Il se cacha sous son bras, enfouissant sa tête dans l'oreiller. Quelque part dans son esprit, une petite pensée termina son rapport avant de sortir de chez elle. Le jeune homme sentit encore la lumière à travers ses paupières. Il se retourna sur le ventre, s'enfouissant de plus belle dans l'oreiller. La petite idée trottinait en sifflotant vers le bureau d'analyse de la situation de Kogami Shinya. Le brun remonta la couverture sur lui et serra l'oreiller dans ses bras. La petite pensée arriva à la porte du bureau, y toqua et l'ouvrit pour trouver le responsable assoupi. Elle déposa son rapport sur son bureau et lui tapota l'épaule avant de s'enfuir discrètement. Shinya, en position fœtale, souriait de béatitude en se sentant replonger dans la torpeur. Le responsable analyste de la situation de Kogami souleva un instant une paupière pour jeter un coup d'œil au document devant lui.

L'instant suivant, l'ex-policier se trouvait debout, sa couverture à deux mètres de lui et couvrant la pièce du regard. Ses yeux s'arrêtèrent sur la table basse ou trônaient, le narguant presque, les menottes ouvertes et la clé posée en évidence à côté. L'homme au teint de neige avait dût lui prendre alors qu'il dormait.

-Merde, merde, merde! fulmina le brun. Je suis un tel crétin! À présent, s'il fait quoi que ce soit, ça sera de ma faute! Comment est-ce que j'ai pu lui faire confiance au point de...

M'endormir à ses côtés, compléta-t-il silencieusement.

Oh, si, il savait comment. La nuit passée avait été si rassurante et agréable que l'un et l'autre avaient passé l'accord tacite de ne pas briser la douce harmonie qu'ils avaient enfin obtenue après tant de peine. L'odorat de Kogami perçut alors une odeur qui semblait provenir de... lui? Il porta son bras sous son nez afin de le sentir, et comprit. C'était celle de Shogo, qui l'avait imprégné durant la nuit passée dans les bras l'un de l'autre. Shinya sentit une boule se former dans sa gorge. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir trahis. Makishima lui avait promis... et pourtant, pourquoi être surpris? C'était justement Makishima, il aurait dût s'y attendre, de sa part, mais il...

Un bruit s'interrompit. Un son d'eau.

-Makishima? appela le brun.

Contre toutes attentes, la voix de l'albinos lui répondit.

-Oui, Shinya?

-Où... es-tu?

-Dans la salle de bain, je prends une douche.

-...Ah.

Le bruit d'eau reprit. Machinalement, Kogami se dirigea vers la pièce en question pour vérifier les dires de Shogo, sentant ses pensées vindicatives s'enfuir une par une. Les dernières durent se jeter par la fenêtre lorsqu'il pénétra à l'intérieur. Le criminel se tenait bel et bien dans la douche, de dos, nu comme un ver et beau comme un ange. La courbe de sa colonne vertébrale formait une superbe vallée terminée par...

Magnifique... traversa l'esprit du brun, qui se donna immédiatement un gifle intérieur, mais trop tard; il sentit quelque chose durcir dans son bas-ventre.

-Ah, Shinya? Désolé, j'ai profité de ton sommeil pour me détacher, le temps de me laver. Tu pourras me repasser les menottes après, si tu veux.

Kogami, plus confus que jamais, parvint à trouver ses mots avec difficulté tout en tentant désespérément de contrôler son corps.

-Mais tu... tu aurais pu t'enfuir.

-C'eut été briser ma promesse, protesta l'albinos. Et de toute façon; où m'enfuir? Retourner en ville m'est désormais impossible puisqu'une fois les caméras réparées toutes tentatives de ma part sera rendu bien plus ardues, et j'ai, pour dire vrai, déjà abattu toutes mes cartes. Je pourrais quitter le pays, certes, mais je...

Shogo marqua une pause, hésitant.

-Mais?

-Je préfère largement demeurer avec toi. Tu es tout ce qu'il me reste, acheva-t-il en se tournant vers le brun, dévoilant au passage un buste au épaules parfaites ornées de fils d'argent, un torse rutilant et humide, et des abdos sculptés si... De justesse Shinya se ressaisit, mais il avait encore durci.

Makishima nota le silence de l'ex-policier, mais n'en fit rien.

-Tu es la seule personne qui sache que je suis toujours vivant, n'est-ce pas? reprit-t-il, et recevant un hochement de tête de la part de Kogami, il soupira. C'est bien cela. Je n'ai plus que toi, tu n'as plus que moi, et nous avons chacun besoin l'un de l'autre, alors... au diable la liberté, si je peux enfin connaître le "bonheur".

-...Shogo Makishima, articula lentement Shinya, abasourdi par les paroles de son ancien ennemi. Qu'est-ce que tu as pris pour dire quelque chose comme ça?

-La Bible? proposa l'autre en coupant l'eau.

Le jeune homme aux cheveux noirs de jais ne put s'empêcher, lorsqu'il gloussa, d'embrasser du regard le reste du corps d'ivoire.

-Eh bien, cela m'a l'air d'une saine lecture, je devrais peut-être m'y mettre un de ces jours.

-Oh, tu en a très certainement bien moins besoin que moi, mais cela ne pourrais malgré tout que te faire du bien.

À ces mots, l'ange enjamba gracieusement la baignoire et l'ex-policier, poussé aussi bien par sa nature bienveillante que par le désir coupable de le voir de plus près, vint tendre la main à Shogo pour l'aider.

-Merci, fit ce dernier. Ah, et sinon, pourrais-tu m'apporter de nouveaux vêtements? Les miens sont en piteux état.

-...

-Je... suis touché par l'intérêt que tu portes au rétablissement de ma blessure, Kogami, mais mes yeux se trouvent un peu plus haut.

-P-pardon! balbutia le brun en rougissant violemment.

Il tourna le dos à l'objet de sa confusion, puis ajouta:

-Je t'apporte aussi d'autres bandages.

-Merci bien.

Quand la porte se referma sur l'ex-policier, l'assurance quitta le visage de Shogo et fut remplacé par une teinte rosée qui lui envahit les joues. Il se mordit la lèvre et soupira:

-Shinya Kogami...