Shogo préféra garder les paupières closes lorsqu'il se sentit émerger des brumes du sommeil. Il s'agissait là de ce qui était devenue l'une des petites traditions que Shinya et lui avaient forgées au fil des mois passés ensemble à ne pas s'entre-tuer, et qui apportait à chaque jour sa pincée de joie. Celle-ci demandait que le premier levé réveille l'autre en l'embrassant, du moins la plupart du temps, car les cajoleries n'était pas exclues. Et Shogo sentait justement une main chaude et caressante sur son membre érigé. Enfin la langue de son amant s'infiltra dans sa bouche pour en caresser les parois, ce à quoi Shogo répliqua en plaquant ce dernier contre lui.
-Bien dormi? demanda l'ex-policier.
-Tu sais bien que mes insomnies se sont arrêtées dès qu'on s'est mis à coucher ensemble.
-Dans ce cas, on va pas s'arrêter...
Tout en disant ces mots, le brun commença à faire rentrer l'érection de l'albinos en lui.
-A-ah! gémit ce dernier. Déjà... si tôt?
-Mmh... oui... tu ne veux pas?
-Bien sûr... que si!
Shinya fit délicatement pénétrer l'intimité de Shogo en lui, le faisant déjà gémir de plaisir. Depuis le temps, ils avaient eu le temps de s'exercer et de s'habituer à faire l'amour de cette façon, et à n'en tirer que du plaisir et plus de douleur.
-Aah... Sho...go!
Leurs corps traversés de vagues plaisir ondulèrent en harmonie, chauffant la chambre par l'ardeur de l'ébat. Le brun plaqua sa bouche sur celle de son amant, faisant danser leurs langues l'une avec l'autre. Quand leurs lèvres se séparèrent, l'albinos posa les siennes sur le cou de Shinya, goûtant la chair de l'homme qu'il adorait.
-C'est tout ce dont j'ai besoin...
Le lit était froid, et la chambre silencieuse. Deux sensations qui suffirent à Shogo pour comprendre, sans même ouvrir les yeux à son réveil, qu'il était seul. Après quoi un rapide coup d'œil à travers la pièce lui confirma cette crainte: son amant avait fui, emportant une partie de ses affaires et ne laissant derrière lui que le petit déjeuner qui patientait, déjà froid, sur la table. Enfin, posée en évidence sur la table de chevet, une lettre attendait d'être ouverte, arborant simplement les mots: Pardon, Shogo.
Ce dernier commença par avaler ce qu'avait préparé son amant comme "cadeau d'adieu". Il se sentait pour l'instant trop amer pour lire la lettre. Au fond, il présentait l'arrivée ce moment depuis longtemps dans l'attitude du brun.
Mais...
Mais à présent que c'était arrivé, il aurait donné ce qu'il avait de plus précieux pour revoir Shinya, ne serai-ce qu'une minute, sauf que ce qu'il avait de plus cher était justement la présence de la seule personne qui l'aimait. Il finit par ouvrir la lettre et la fixa longuement avant de vraiment la lire.
La lettre était la suivante:
«Shogo;
Merci et pardon. Ce sont des paroles que je t'ai souvent entendu prononcer, et qui, dans ta bouche, m'ont ravi. À présent c'est à moi de te les dire.
Merci, Shogo, pour chaque seconde passée paisiblement avec toi. Tu m'as fait connaître une vie que je n'osais même pas espérer autrefois. Tu ne m'as jamais fait regretter ma décision d'épargner ta vie et tu t'es montré plus reconnaissant que personne ne l'a jamais été avec moi. Merci infiniment pour tous cela.
Et pardon. Je t'en prie, pardonne-moi. Je t'ai déjà tout pardonné, alors laisse-moi au moins l'espoir que tu ne me hais pas pour cette faiblesse de ma part. Ces dernier temps, je n'arrive plus à goûter au bonheur de la vie avec toi, ce n'est pas de ta faute mais ta présence me rappelle trop mes mes actes quand j'étais sous les ordres de Sibyl, et m'en souvenir est comme fixer le soleil. Je ne peux que fuir. Où, je ne puis te le dire, je l'ignore moi-même pour le moment, mais je peux te dire pourquoi. Je vais trouver une cause qui me paraîtra juste, que tu verrais probablement comme naïve, et me battre pour, me sacrifier autant que possible.
Continue de vivre, Shogo. Tu es officiellement mort, ce qui devrait t'y aider, et pour préserver ma santé mentale j'en serais sans doute bientôt persuadé aussi. Ne reste pas seul, tu ne l'as déjà que trop été. Je me souviens t'avoir entendu dire que dans ce pays les gens sont plus pauvres mais plus vivants. Va vers eux. Sois heureux, puisque même ta présence ne peut m'aider à l'être. Ne m'oublie pas. Tu vas me manquer. Merci et pardon. Je t'ai tout pardonné.
Adieu.
PS: Je reviendrais.
Shogo riais doucement. Ou sanglotait, impossible de discerner. On pouvait toutefois l'entendre murmurer:
-C'est... si bon... de vivre...
