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«Dites-le avec des fleurs !»

~ Chapitre 12 : Iris & Jonquille ~

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Dans quelques heures, l'extravagante et populaire frénésie, propre au Festival de Cannes, serait de l'histoire ancienne. Spontanément, le cinéma cesserait. Les portes se refermeraient, jusqu'à l'année prochaine. Oui, bientôt, la ville méditerranéenne, agréablement baignée de soleil, retrouverait enfin sa douce quiétude. Loin de la folie huppée. Le train-train quotidien reprendrait légitimement ses droits. Sans le défilé constant d'étoiles, locales ou internationales, pavoisant sur les plages voisines ou autres sites branchés. Ni sans l'hargneuse horde de paparazzi chassant, éhontément, jusqu'à capter, déterrer, le fameux scoop ! Source de richesse et gloire. Au prix de scandales à foison, la Côte d'Azur voyait des rêves virés parfois au cauchemar.

Au sein du décor de contes de fées, des carrières et vies s'épanouissaient grâce à de flatteuses louanges, quand d'autres, malencontreusement, se brisaient littéralement sous d'assassines critiques. Draco était donc impatient de quitter ce monde de requins. Pour regagner son stylisé appartement new-yorkais et les futurs plateaux de tournage. Plus accueillants, dans une certaine mesure. Même si les embrouilles du showbiz pullulaient partout ! Cependant, au fond de son cœur, subsistait un profond regret. Ne pas avoir, réellement, rencontré son admirateur secret. Le moment passé en sa compagnie fut merveilleusement intense, passionné. Sans nul doute, cette nuit magique resterait le meilleur souvenir du séjour, qu'il avait anticipé comme ennuyeux.

Pourtant, un goût amer l'empêchait d'être totalement serein. Au lieu de vivre et profiter pleinement du moment présent, savourant notamment l'ultime montée des vingt-quatre marches le menant vers une consécration mondiale méritée, Draco cherchait, inlassablement du regard, une ombre dans la foule amassée autours du Palais des Festivals et des Congrès. Célèbre lieu, devenu si familier désormais, où se tiendrait l'illustre remise des prix, qui le consacrerait. Ainsi que la cérémonie de clôture, point d'orgue à ce voyage au pays des merveilles. Sa ravissante partenaire, elle, nullement tourmentée, engrangeait au maximum les somptueuses réminiscences. S'offrant sans hésitation, à corps-perdu, aux appareils crépitant hystériquement. Draco n'y voyait là que d'insupportables flashs aveuglant, l'empêchant de trouver son bonheur.

- « Draco ! Par ici ! Souriez, s'il vous plait ! Merci ! » affluèrent les sempiternelles et exigeantes requêtes, dont il n'avait véritablement que faire, tandis qu'il montait diligemment, entouré de toute l'équipe du film présenté. Malgré son désintérêt, en acteur respectueux d'autres corps de métier et des fans l'adulant sans restriction, se plia-t-il complaisamment à l'insipide cérémonial.

Son sourire de façade, remarquablement professionnel, était indéniablement factice. Dénué de saveur et de la moindre émotion. Jusqu'à ce qu'il crut deviner une silhouette excentrée, sortant du lot. Un sombre inconnu, étrangement vêtu pour ne pas être identifié, l'interpela alors vivement. Il capta dès lors toute son attention. Puis, avec brio, lui lança-t-il un minuscule bouquet. Une jolie et symbolique composition d'iris mêlée de jonquilles. Le subtil mariage de violet irisé et de chaleureux jaune peignit instantanément un rayonnant sourire sur ses lèvres. Évidemment, sans l'aide appropriée, le sens lui échappa encore. Pourtant, la couleur foncée de l'iris s'associa naturellement à sa chère ombre, quand il s'identifia d'office au pâle coloris de la jonquille. Peut-être était-ce inexact, voir sûrement idiot !, or lui sembla-t-il cerner une sorte de pacte entre les fleurs au contraste évident. Pareille à une promesse d'alliance.

Serment solennel, éventuellement équivalent à celui arboré actuellement à sa boutonnière. Draco, ne sachant s'il reverrait son amant avant son prochain départ, eut l'amusante idée de lui transmettre un message privé caché. À sa façon. Histoire de jouer aussi, pour l'ultime fois. Excepté qu'il serait celui offrant un bouquet énigmatique. Sublime offrande que seul son compagnon d'une nuit aurait la curiosité d'interpréter. Ayant pris grand soin d'avertir, par pure sécurité, leur Cupidon personnelle. Dans l'éventualité où la mystérieuse déclaration serait passée inaperçue. Ainsi, avant de rejoindre l'équipe, avait-il fait un bref détour par la sympathique boutique « Dites-le avec des fleurs ! ».

Évidemment, la vedette du jour en profita pour remercier dument l'aimable fleuriste. Mais, principalement, se renseigna-t-il pour apprendre la meilleure manière d'exprimer sa folle envie. Complètement déraisonnable, à ce stade préliminaire de leur relation balbutiante. Qu'importe ! Draco était disposé à s'engager sans autre formalité. Pariant, insolemment, sur les vestiges d'une nuit aphrodisiaque. Dès lors, avait-il décoré consciencieusement sa veste de smoking d'un couple d'hellébore blanche et noire. Coloris en accord parfait avec l'ensemble de sa tenue. Tellement plus évocateur pourtant. Ces symboliques roses de Noël, associées à la Déesse grecque Héra, proposaient pas moins que le mariage, pour l'immaculée, et la supplication de mettre fin aux tourments, pour la ténébreuse. Prometteurs pas vers le renouveau. L'avenir. En cas d'acceptation.

- « Magnifique ! » s'extasia subitement l'assemblée envoûtée de plus belle, des professionnels autant que des badauds, devant la révélation de cette nouvelle et florissante expression de pur bonheur. Ces quelques brins, loin d'être aussi mirifiques que les somptueuses corbeilles fleuries livrées quotidiennement dans sa suite tout au long du séjour, eurent l'incroyable magie d'effacer l'aigreur lui gâchant précédemment le plaisir.

Une aigreur relativement adoucie, quand Draco songeait subrepticement aux sensationnels partages nocturnes de la veille. Bestiale et idyllique alchimie l'ayant poussé à s'aventurer hardiment vers la proposition d'un audacieux « nous » auprès de l'ombre. D'ailleurs, son corps, toujours merveilleusement tatoué des torrides témoignages d'amour, était la preuve incontestée : le courant circulait admirablement entre eux. Sans compter sa croupe lui rappelant insidieusement, à chacun de ses pas, qu'il fut outrageusement monté et démonté. Qu'il y prit sincèrement un plaisir immoral. La conséquence de cette houleuse passion perdurait encore maintenant. Puisqu'il s'obligea à murmurer, préservant ses cordes vocales sauvagement malmenées.

Que Merlin lui pardonne ! Draco n'était plus sain d'esprit, ni de corps. Ne pouvant s'empêcher de ressasser, encore et encore, ces délicieux moments d'extase. Magistrales et majestueuses jouissances. Honnêtement, comment oublier, condamner, les baisers dévoreurs d'âme pendant qu'il était énergiquement culbuté ? Malgré les heures écoulées, son dos ressentait toujours les chaleureux muscles se mouvoir contre lui. Idem pour les puissantes mains, le palpant frénétiquement ou avec déférence. Stimulant prodigieusement les régions les plus reculées, ou non, de son anatomie. Absolument tout son être succomba intégralement aux savoureux et sublimes contacts. Jamais étreintes ne furent plus magiques !

- « À bientôt ! » souhaita sincèrement Draco, secouant élégamment la main, en direction de chacun, mais essentiellement à l'attention du mystérieux homme. Ne désirant nullement que leur séparation signe un adieu définitif. Plutôt un serment d'au revoir. Promesse plus ou moins avouée avec le « Je ne vous oublie pas ! » du myosotis et le « Je veille sur vous ! » de l'Edelweiss suavement abandonnés sur son lit la veille. Aveux qui l'avaient assurément conforté à se déclarer également.

Si Draco ne savait définitivement pas où dénicher le voleur de cœur, il demeurait pourtant confiant. Son fan N°1 saurait le rejoindre, dans n'importe quelle partie du globe. De l'univers. Il en était absolument et intimement persuadé, sans même pouvoir s'expliquer pourquoi. Sans rien connaître de lui, il lui faisait intégralement confiance. À croire qu'il le connaissait depuis des siècles ! C'était terrifiant. Si envoûtant également. À juste titre, Pansy le traitait de dingue à s'impliquer de la sorte avec un parfait inconnu. Oui, parfait était le terme adéquat. Cependant, elle avait raison. Quelle folie de tomber, promptement et éperdument, pour un être dont vous ignoriez tout !

Enfin, « tout » était peut-être inexact. Un pernicieux doute s'infiltra dans son esprit, lorsqu'il crut assister à une ensorcelante manifestation. Sauf à être excessivement fatigué, suite à la précédente débauche, il jurerait que la disparition de son ombre chérie n'avait rien de commun. Nullement naturelle pour le monde moldu. Était-il victime d'hallucinations ou son homme venait-il véritablement de transplaner ? Impliquant qu'il serait amoureux d'un sorcier, comme lui. Soudain, son espiègle cerveau lui soumit sournoisement l'image d'un certain brun irritant. Devenait-il définitivement fou ? Cependant, un jour nouveau éclairait les sibyllines paroles. S'il était réellement question de Potter, les craintes étaient fondées. Justifiées. Or, désormais, il s'en fichait. Car, il savait avoir trouvé l'amour. Le vrai.

L'ascension achevée et la foule dignement saluée, chacun s'installa confortablement dans son fauteuil attitré. Tous étaient immergés dans l'ambiance cérémonieuse, nettement festive. Assurément, la majorité des personnalités du spectacle avait les yeux rivés vers la scène, dans l'attente de la promulgation des résultats, qui ne tarderaient plus maintenant. Pourtant, parmi ce beau parterre mondain, une personne, flottant agréablement sur un nuage, avait la tête strictement baissée. Hermétiquement isolée de l'environnement. Son doigt alerte scrollant impatiemment l'écran du téléphone portable en quête de réponse. Soudain, l'âme, nouvellement amoureuse, fut véritablement comblée.

Euphorique à la lecture du potentiel caractère prêté à l'iris et la jonquille, dans le langage floral, Draco songea avoir définitivement remporté la Palme d'Or de cet inoubliable festival. Néanmoins, avant son départ ce soir, il confirmerait ses découvertes auprès de sa chère spécialiste. Sauf erreur, l'ultime bouquet, gracieusement dédié par son anonyme prétendant, clamait avec ferveur : « Meilleurs vœux ! » et « À très bientôt ! ». Ou, éventuellement, pour les cœurs désespérément plus fleur bleue : « Aimons-nous, tout simplement. »

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********** Fin **********

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Blablamiaou : Ouf ! Mon défi de poster une ficounette journalièrement est terminé. Avez-vous apprécié l'histoire, même si pas super originale ? Quant au jeu, vous a-t-il plu ? Initialement, les devinettes devaient porter sur des titres/scènes de films. Mais, faute d'inspiration, changement de programme. Et puis, Rwell voulait des bouquets … D'ailleurs, merci à celles m'ayant gratifié d'un ou plusieurs autographes ! Je vous laisse tranquillement me griffer vos ultimes commentaires. Encore merci.

A toutou bientôt !