A/N : Il fait beau, les oiseaux chantent, je me sens reposée et je suis dans les temps pour publier ce chapitre. C'est louche et je ne vais pas faire confiance à cette journée.

Résumé du chapitre précédent :

Pendant le diner, Harry explique d'où vient son tatouage suite à une remarque de Draco. Sirius révèle que les Potter sont une lignée de fourchelangue, et Harry précise que Salazar était son ancêtre (et que le Choixpeau voulait l'envoyer à Serpentard à la base). Harry explique qu'Artémis ne peut pas venir au manoir Malfoy parce qu'elle est une Basilisk. Une fois dans sa chambre, Draco fait un rêve érotique sur Harry et a du mal à encaisser les implications qui en découlent.


Durant les jours qui suivirent, Draco s'efforça d'oublier le rêve qu'il avait fait et de limiter le temps qu'il passait avec son rival, sans pour autant lui donner l'impression qu'il l'évitait. Heureusement, le Serpentard pouvait utiliser l'excuse de ses leçons estivales – ses parents étaient toujours aussi exigeants – et Black et Lupin occupaient une grande partie des journées du Griffondor. Cette solution dura jusqu'à ce qu'Harry décide de profiter de son attitude studieuse pour lui proposer de faire leurs devoirs de vacances ensemble.

Coincé, Draco n'eut pas d'autre choix que d'accepter, mais spécifia à son ex-rival qu'il avait l'intention d'étudier et pas de perdre son temps à discuter. À sa grande surprise, le Griffondor se révéla un partenaire de révision relativement agréable, et ils prirent l'habitude de se retrouver le matin après le petit-déjeuner pour une heure ou deux dans la bibliothèque du manoir.

La première fois qu'il la montra au héros de Griffondor, celui-ci en était resté bouche bée. La bibliothèque était immense, à peine moins grande que celle de Poudlard, mais bien plus élégante. Tous les livres étaient impeccablement classés et rangés dans des étagères en noyer, et au centre de la pièce, quelques fauteuils et une cheminée formaient un demi-cercle permettant de créer une ambiance chaleureuse. Une ou deux tables d'études étaient réparties parmi les rayonnages, et c'était sur l'une d'entre elles que les deux adolescents s'étaient installés pour travailler.

Draco avait été étonné de constater que Harry se montrait patient et appliqué dans ses devoirs, avant de conclure qu'il s'agissait vraisemblablement de la conséquence de presque deux années à travailler avec Granger et Londubat. Les seuls moments où le Griffondor rompait le silence étaient ceux où il avait un doute et posait une question à Draco pour avoir son avis, ce qui leur convenait à tous les deux. Par ailleurs, le Serpentard obtenait ainsi la possibilité de comparer ses exercices de Runes à ceux du brun, ce qui leur permit à tous les deux d'améliorer leur devoir final.

-o-oOo-o-

Une semaine avant l'anniversaire d'Harry, celui-ci était occupé à profiter d'un après-midi au soleil avec son parrain. Remus finissait de récupérer de la pleine lune précédente, qui avait apparemment été plus éprouvante que d'habitude. Le loup-garou avait expliqué que malgré la potion Tue-Loup fournie par Rogue, le territoire inconnu du manoir Malfoy avait demandé beaucoup d'exploration et d'énergie de sa partie loup, et il était rentré épuisé.

Allongés sur l'herbe, les deux Griffondors discutaient en regardant les nuages. Cette fois-ci, le plus âgé évoquait de son adolescence en dehors de Poudlard.

- J'ai fini par fuir cette maison infernale à seize ans, raconta-t-il. Ton père a pratiquement exigé que je vienne chez lui et ses parents m'ont accueilli à bras ouvert. J'y ai passé un des meilleurs étés de ma vie, ajouta l'animagus dans un sourire.

- Comment ils étaient, mes grands-parents ? demanda Harry.

- Fleamont était le même genre de Griffondor que McGonagall, en moins strict et moins félin, plaisanta Sirius. C'est un des rares sorciers pour qui j'ai un profond respect, quelqu'un de droit, honnête et loyal, très dévoué à sa famille. Il s'était spécialisé dans les potions. Plus précisément, il était expert dans le domaine cosmétique, c'est lui qui a inventé la potion Lissenplis et quelques autres du même genre.

L'admiration et la gratitude qui résonnaient dans sa voix laissèrent place à une légère malice, et les yeux gris se mirent à briller avant de se tourner vers Harry pour lui faire un clin d'oeil.

- Mais surtout, il avait une peur bleue des canards.

Harry écarquilla les yeux, hésita quelques secondes pour voir si son parrain était vraiment sérieux, puis explosa de rire, bientôt rejoint par Sirius.

- Des... des canards ? balbutia Harry entre deux éclats de rire.

- Je te jure ! Il n'osait jamais s'approcher d'un lac de peur d'en croiser un, et James était persuadé qu'il disait aux serpents de les attaquer s'il les voyait trop près du manoir.

L'hilarité des deux bruns repartit de plus belle, au point qu'Harry en ait mal aux côtes. Il fallut plusieurs minutes avant que les deux Griffondors parviennent à retrouver un semblant de calme et que Sirius reprenne, des larmes aux coins des yeux après avoir autant ri.

- Ta grand-mère, Euphémia, c'était autre chose. Le genre guindé, aristocrate jusqu'au bout des ongles et franchement terrifiante en public, mais en privé...

Le Golden Boy tourna la tête, curieux de l'étincelle amusée qui brillait dans les yeux de son parrain.

- C'était la pire maman poule du monde. Elle nous a fait mettre des écharpes en plein mois d'août, et elle nous préparait toujours des goûters énormes quand on allait jouer au Quidditch. Et crois-moi, fit-il d'un air rêveur, personne ne lui arrivera jamais à la cheville lorsqu'il s'agit de brioches. Elle aurait facilement pu ouvrir une pâtisserie magique si elle l'avait voulu, elle excellait en Charmes.

Harry et Sirius se turent un instant, chacun arborant un large sourire sur le visage. L'un se remémorait de bons souvenirs, l'autre était heureux d'en apprendre un peu plus sur sa famille et son passé.

- Ils avaient l'air d'être des gens biens, murmura Harry.

- Ils l'étaient, approuva Sirius. Malheureusement, ils ont eu James très tard et la dragoncelle les a emporté l'un après l'autre avant que tu naisses, ajouta-t-il avec tristesse. Mais je suis persuadé qu'ils auraient adoré te connaître et qu'ils auraient pris soin de toi s'ils l'avaient pu. J'espère que tu pourras rencontrer leurs portraits.

- J'espère aussi. C'est vraiment dommage qu'on ne puisse pas retrouver le manoir, soupira Harry.

Sirius lui sourit d'un air compatissant, et lui ébouriffa les cheveux pour lui remonter le moral et lui changer les idées.

Harry avait été choqué d'apprendre qu'il existait un manoir Potter, qui contenait l'histoire de sa famille, des portraits de ses ancêtres, et – d'après Sirius – avait de quoi faire passer le manoir Malfoy pour une résidence estivale de seconde zone. Le jeune Griffondor doutait un peu de ce dernier point, mais avait été à deux doigts de fondre en larmes à l'idée de pouvoir trouver un lieu qui lui permettrait d'en apprendre autant sur sa famille paternelle.

Son enthousiasme avait été sévèrement douché lorsqu'il avait appris que ledit manoir était introuvable. D'après Sirius, un des ancêtres de la famille Potter avait été à la fois paranoïaque, particulièrement brillant en Enchantements et expert en Runes, ce qu'il avait employé pour élaborer une protection unique afin de protéger la demeure. L'animagus n'en connaissait pas les détails, et savait uniquement que la barrière entourant le manoir était basée sur le même principe que le sortilège de Fidelitas, en plus puissant.

Seule une personne liée à la famille Potter par le sang ou par mariage pouvait trouver le manoir ou lire sa localisation sur une carte. Même les personnes qui y avaient été invitées, comme Sirius, ne pouvaient pas faire exception à moins de se soumettre à un rituel complexe qui mettait la sincérité et la loyauté de ladite personne à l'épreuve.

Mais James et Lily étaient morts lorsqu'Harry était trop jeune pour avoir appris ce genre de choses, et avec l'école, puis la guerre, ni Sirius ni James n'avaient trouvé le temps pour que le premier se soumette au rituel. La mort d'Euphémia et Fleamont n'avait rien arrangé, et James n'avait pas été capable de retourner vivre là où ses parents avaient vécu.

Quand le Harry fit remarquer que l'endroit aurait pourtant été plus sûr pour eux, Sirius se contenta de soupirer. L'animagus soupçonnait son meilleur ami de n'avoir pas pris la prophétie assez au sérieux pour penser que Voldemort irait après eux de manière aussi directe. Toutefois, il était tout aussi persuadé que James aurait été prêt à tout pour protéger sa femme et son fils après avoir perdu ses parents. C'était une décision que Sirius ne s'expliquait toujours pas, même après plus d'une décennie.

Toujours était-il qu'en attendant, même si Harry était en théorie capable de lire l'emplacement du manoir Potter sur une carte, ils n'avaient aucun moyen de savoir si une telle carte existait. Par conséquent, la demeure ancestrale des Potter restait aussi introuvable qu'un fil de soie dans un nid d'acromentules.

-o-oOo-o-

L'anniversaire des quatorze ans d'Harry tomba un dimanche, et bien que celui-ci tenta par tous les moyens d'expliquer qu'il n'y avait absolument pas besoin d'organiser quoi que ce soit, aucun des adultes présents ne prit son avis en considération.

La veille, Harry avait envoyé un cadeau à Neville, une boîte d'échantillons de graines venues d'un peu partout dans le monde que Narcissa l'avait aidé à choisir. Lorsqu'il avait parlé de son idée lors d'un thé, la sorcière blonde lui avait aussitôt proposé son aide. Apparemment, elle conservait les diverses graines des plantes qui poussaient dans la serre, et à la grande surprise de Harry, elle n'avait vu aucun inconvénient à les partager pour constituer un cadeau destiné à un Griffondor.

Le fait qu'Harry ait mentionné à quelques reprises à quel point Neville avait été un ami précieux au cours des deux dernières années, cependant, avait sans doute joué dans sa décision.

Lady et Lord Malfoy avaient annulé toutes leurs occupations du dernier jour de juillet, et le professeur de Potions avait dû résister aux menaces de ceux-ci pour ne pas annuler une conférence entre Maîtres des Potions à laquelle il devait se rendre à la même date. Au final, il obtint gain de cause en rappelant que sa présence mettait encore le Griffondor mal à l'aise et qu'il passerait plus tard dans la semaine. Il avait fallu toute la persuasion de Remus pour expliquer aux Malfoy et à Sirius qu'Harry serait mal à l'aise avec une fête grandiose et une décoration extravagante. Au final, ce fut une remarque sarcastique de Severus rappelant qu'il s'agirait du premier anniversaire que le Griffondor allait vraiment célébrer qui parvint à convaincre les trois autres.

Quand Harry comprit qu'il n'aurait pas voix au chapitre concernant l'organisation de la journée, il renonça à tenter de convaincre qui que ce soit et se réfugia à la bibliothèque. Un état de fait qui agaça Draco, qui avait espéré que son rival-devenu-invité resterait en dehors de la pièce une fois ses devoirs de vacances terminés.

-o-oOo-o-

Comme à son habitude, Harry resta éveillé jusqu'à minuit pour le jour de son anniversaire. Une horloge placée dans sa chambre lui servit à faire le décompte, et lorsque les aiguilles atteignirent toutes les trois le signe douze, il sourit.

- Joyeux anniversaire, se murmura-t-il à lui-même.

Pour la première fois depuis ses un an, il allait passer son anniversaire dans un endroit où il se sentait bien, entouré de personnes qu'il aimait et pour qui il n'était pas un fardeau ou un monstre. Ce simple fait représentait le plus beau cadeau qu'il pouvait imaginer recevoir, plus qu'il n'avait pu espérer pendant des années. Même si depuis qu'il était entré à Poudlard, son anniversaire et Noël n'étaient plus aussi tristes qu'ils l'avaient été grâce à ses amis, pouvoir le passer dans un endroit où il se sentait sincèrement le bienvenu était différent.

Sans cesser de sourire, Harry se releva de sa position assise et s'étira. Le héros de Griffondor s'était installé sur le petit balcon de sa chambre, d'où il pouvait quand même voir l'intérieur de la pièce et distinguer l'horloge. Il se retourna pour faire face à la nuit, et inspira profondément en levant la tête vers les étoiles. Une demi-lune presque parfaite brillait dans le ciel dégagé, et Harry eut soudain l'envie irrépréssible d'aller voler. La nuit était claire et dégagée, un peu fraîche mais sans un souffle de vent, et la lumière des étoiles et de la lune éclairait bien assez pour voir tout le parc du manoir. Il hésita un instant, songeant au sermon qu'il recevrait sans nul doute s'il se faisait prendre.

Un éclair de malice brilla dans ses yeux. SI il se faisait prendre. Tout était dans le si. Si personne ne le voyait, Harry ne risquait pas de se faire repérer ou reprocher quoi que ce soit. Sa décision prise, il alla chercher sa cape d'Invisibilité et son Eclair de Feu.

L'Attrapeur n'avait jamais tenté de voler avec sa cape, mais il fallait une première fois à tout. Et en théorie, tant qu'il la serrait contre lui, tout devrait bien se passer.

Oubliant qu'il était en pyjama et pieds nus, Harry accrocha solidement la cape autour de son cou et enfourcha son balai avant de décoller depuis le balcon. Harry prit rapidement de l'altitude, autant pour l'aspect grisant de la vitesse que pour pouvoir admirer le paysage depuis les hauteurs.

- Waouh, souffla-t-il.

Si le manoir Malfoy était imposant depuis le sol, il dégageait une aura majestueuse lorsqu'il était vu depuis les airs. L'allée principale avait des allures princières, et le Griffondor aurait parfaitement pu imaginer le carosse d'une princesse de conte de fées s'arrêter devant les marches pour la conduire à un bal. Les jardins qui s'étendaient autour de la demeure étaient nets, presque géométriques, et donnaient une allure romantique à l'ensemble. Le parc et le reste du domaine s'étendaient à perte de vue, et en reconnaissant le terrain de Quidditch et l'orée de la forêt, Harry se demanda inconsciemment jusqu'où allaient les terres appartenant au manoir.

Draco lui avait dit que ses ancêtres avaient débarqué de France avec Guillaume le Conquérant, et qu'en échange de leurs services, ils s'étaient fait offrir une bonne partie des terres qui constituaient encore le domaine actuel et leur titre de noblesse. Le héros de Griffondor l'avait cru sur parole, et se demanda soudainement d'où pouvaient bien venir ses propres ancêtres.

Harry sortit de ses réflexions en sentant une bourrasque un peu plus violente que les autres. Une expression réjouie s'installa sur son visage, et il se mit à jouer avec les courants aériens pendant une bonne vingtaine de minutes. Une puissante sensation de liberté déferla en lui comme une vague inarrêtable.

Il était seul dans les airs, sous la lune et les étoiles. Seul maître du ciel.

Harry vola encore un peu plus haut, et ouvrit grand les bras pour prendre de grandes inspirations, faisant passer la majeure partie de sa cape derrière lui sans vraiment s'en préoccuper. Il était trop exalté pour ça.

Après quelques figures aériennes supplémentaires, la fatigue le rattrapa et Harry entreprit de redescendre jusqu'à son balcon, très content de la façon dont il avait commencé sa quatorzième année et la tête encore dans les nuages.

Lorsqu'il atterrit, le Griffondor fronça légèrement les sourcils, persuadé qu'il avait laissé les deux parties de la porte-fenêtre ouverte et pas une seule. Harry haussa toutefois les épaules et retira sa cape sans trop se poser de questions, avant d'entrer dans sa chambre.

L'obscurité de la nuit l'empêcha pendant un bon moment de remarquer la différence de couleurs, et ce fut l'agencement de la pièce qui finit par lui mettre la puce à l'oreille. Il avait à peine fait quelques pas qu'il se rendit compte qu'il s'était trompé de chambre. Trop perdu dans ses pensées et l'euphorie de son vol nocturne, il avait atterri sur le balcon de la chambre de Draco.

Harry s'immobilisa, et se mit à reculer le plus silencieusement et rapidement possible. Si le Serpentard le surprenait dans sa chambre au milieu de la nuit, il n'était pas certain que son sens de l'audition y survivrait. Merlin, il n'était pas sûr d'y survivre tout court.

Le Griffondor était presque arrivé au balcon lorsqu'il se cogna dans la moitié de la porte vitrée qui était encore fermée. Sans qu'il se fasse vraiment mal, l'impact fut suffisant pour que la silhouette étendue dans le lit se redresse d'un coup et fixe l'origine du bruit.

Harry resta figé un instant, immobile, fasciné par la vision que représentait Draco Malfoy réveillé en sursaut. Ses cheveux retombaient en mèches éparses sur son front, son haut de pyjama était légèrement décalé sur la droite, dévoilant une épaule de la même pâleur délicate que son visage. Le Prince de Glace avait les yeux ouverts, mais ceux-ci étaient encore plein de sommeil et papillonnèrent quelques fois, apparemment pas certains de ce qu'ils voyaient.

- Harry ? finit-il par demander d'une voix à la fois ensommeillée et incrédule.

La voix sortit le brun de son hébétude, et en un éclair, il se retourna et posa sa main sur la rambarde avant de sauter du balcon.

- Harry ! s'écria une voix paniquée.

En un mouvement souple, le Griffondor enfourcha son Eclair de Feu et enfila sa cape d'Invisibilité, redevenant indétectable aux yeux du monde. Aussi vite que possible, il retourna sur le balcon de sa propre chambre, posa son balai dans un coin, lança sa cape sur une chaise, et se jeta presque sur son lit en remontant les draps comme s'il était profondément endormi. Dans un éclair de génie, il pensa même à poser ses lunettes sur sa table de chevet et se positionna sur le côté.

Moins d'une minute plus tard, il entendit sa porte de chambre s'ouvrir et une voix bien connue marmonner une phrase.

- Ce fichu Griffondor a intérêt à être dans son lit.

Même dans un chuchotement, le Griffondor devinait à son ton que le blond était furieux et... inquiet ? Harry retint une grimace, après tout, il avait bel et bien sauté du balcon devant lui. Avec un peu de chance, Draco croierait qu'il était en train de dormir et concluerait à un rêve absurde.

L'adolescent brun se força à conserver un visage détendu, des paupières closes, et une respiration régulière. Il faillit se trahir lorsqu'il entendit des pas discrets mais rapides s'approcher de son lit, mais parvint à se contrôler de justesse.

Pendant quelques instants, il ne se passa rien. Puis le Serpentard émit un long soupir fatigué et un petit rire sans joie.

- Regarde dans quel état tu me mets, Potter, murmura-t-il.

Et sans un mot de plus, il fit demi-tour et ferma doucement la porte, laissant derrière lui un Harry à la fois perplexe et un peu coupable à l'idée d'avoir inquiété son rival... qui ne l'était plus vraiment depuis qu'ils avaient conclu une trêve, se rappela-t-il. Harry relégua toutefois la réflexion à l'arrière-plan de ses pensées, et se contenta d'être satisfait de s'être sorti sans encombres d'une situation délicate.

Après sa séance de vol et la retombée de la poussée d'adrénaline qu'il venait d'avoir, le célèbre adolescent sentit le sommeil réclamer son dû, et se tourna de nouveau dans les draps avant de s'endormir. Il en oublia complètement que lorsque Draco avait remarqué sa présence dans sa chambre, il l'avait appelé par son prénom.

-o-oOo-o-

Contrairement à ce qui s'était passé quelques heures plus tôt, Harry n'entendit pas sa porte s'ouvrir le matin, trop profondément endormi après son aventure nocturne.

Deux silhouettes entrèrent à pas de loup dans la chambre de l'adolescent, l'une avec un air nettement plus malicieux que l'autre. Dès que la première fut assez proche du lit, elle bondit pour atterrir pile sur le brun, qui se réveilla en sursaut avec un cri de surprise.

- Qu'est-ce qu... Beurk, Patmol, arrête ça ! C'est dégoûtant !

Remus ne chercha même pas à retenir son rire devant la scène. Sirius, sous sa forme animagus, avait entreprit de souhaiter un joyeux anniversaire à son filleul dans la plus pure tradition des Maraudeurs. C'était donc un énorme chien noir qui était assis sur le ventre du héros de Griffondor, très occupé à lui lécher le visage entre deux aboiements qui rappelaient vaguement le rythme de la chanson "Joyeux Anniversaire".

En voyant l'air dégoûté d'Harry, Remus nota mentalement de lui dire qu'il ne s'en tirait pas si mal que ça. Si James avait été là, il aurait en plus eu à subir un traitement similaire de la part d'un cerf, et pour l'avoir expérimenté, le loup-garou pouvait témoigner que c'était encore moins agréable qu'un chien. Même si James avait au moins eu la délicatesse de ne jamais s'asseoir sur ses victimes.

Lorsque Patmol décida finalement de relâcher son filleul – il était arrivé au bout de la chanson – il bondit de nouveau hors du lit et se rua hors de la chambre. Remus observa quelques instants le visage écoeuré du jeune Griffondor, et émit un petit rire avant de se rapprocher pour lui ébouriffer les cheveux.

- Joyeux anniversaire, louveteau.

- Merci Remus, ronchonna le brun.

- Tu devrais aller prendre une douche, j'ai l'impression que tu sens le chien mouillé, le taquina Remus.

Et le Maraudeur sortit de la chambre en riant, après avoir esquivé un coup d'oreiller furieux.

Harry se rassit sur son lit en soupirant, mais malgré son visage couvert de bave de chien – ce qu'il se promit de faire regretter à son parrain – il ne put s'empêcher de sourire. Quelqu'un lui avait réellement souhaité son anniversaire de vive voix. Ça ne lui était arrivé qu'une seule fois auparavant, lorsque Tom le lui avait souhaité l'an dernier.

C'est toujours en souriant qu'il prit sa douche, avant d'enfiler des affaires propres et de descendre pour le petit déjeuner.

Lorsqu'il arriva dans la salle, il fut accueilli par une série de sourires qui lui firent chaud au coeur. Même Draco eut l'air sincère en lui souhaitant un joyeux anniversaire, avant de l'informer qu'ils allaient passer la matinée dehors pour une nouvelle compétition autour du Vif d'Or. Le regard du brun s'illumina et il accepta aussitôt le défi.

Les deux garçons passèrent la matinée à poursuivre la balle dorée en échangeant leurs balais à chaque manche, et en ajoutant régulièrement des obstacles supplémentaires. Lorsqu'ils revinrent pour le déjeuner, les deux étaient hors d'haleine mais satisfaits de leurs performances. Le ciel était resté dégagé pendant toute la matinée, quelques nuages blancs et cotonneux commençaient tout juste à l'envahir lorsqu'ils décidèrent de rentrer.

Après une douche et un changement de tenue, les deux adolescents se rendirent de nouveau à la salle à manger, qui avait été redécorée pour l'occasion. Des banderoles émeraude pendaient aux murs, et des bulles scintillantes couleur rubis volaient un peu partout. La table était également dressée dans un subtil équilibre entre vaisselle argentée et dorée, et Harry fut incapable de comprendre comment un tel mélange de couleurs pouvait être élégant au lieu de jurer affreusement. Son air choqué dut se voir sur son visage, car Narcissa émit un petit rire discret avant de lui adresser un grand sourire.

- J'en conclus que la décoration te convient ?

- C'est... je...

Le jeune Griffondor bégaya encore quelques instants avant de parvenir à former une phrase complète, la voix mal assurée sous le coup de l'émotion.

- C'est magnifique. Merci beaucoup. Vous n'aviez pas à-

- Potter, j'éviterais de finir cette phrase si j'étais toi, intervint Draco. Tu ne veux pas insulter les efforts que ma mère a dû faire pour rendre les couleurs de Griffondor acceptables.

Le regard outré que son rival lui envoya arracha un rictus au Prince de Glace, et un rire aux deux autres Griffondors.

- J'avoue que Cissy a fait très fort, admit Sirius. Je pense qu'elle est la seule capable de mélanger les couleurs de Serpentard et Griffondor sans que le résultat soit aussi immonde que les tenues de Dumbledore.

La blonde fit un petit geste de tête pour montrer qu'elle appréciait le compliment, et ils passèrent tous à table. À la grande surprise d'Harry, tous les plats avaient apparemment été préparés en fonction de ses préférences, et il se demanda comment ses hôtes avaient bien pu apprendre ce genre de chose en à peine un mois. Avant de pouvoir davantage s'interroger cependant, le sujet de l'affrontement aérien de la matinée fut mis sur la table, et le jeune sorcier fut obligé de répondre aux piques et affirmations mensongères de son rival.

Ce fut au moment du dessert que le Golden Boy sentit réellement sa mâchoire se décrocher. Plutôt qu'un gâteau, ce qui apparut sur la table fut un immense plateau de fruits délicatement sculptés, tous reprenant la forme de créatures ou d'animaux en fonction des couleurs des fruits. Les animaux et créatures aquatiques semblaient plonger dans des bols de ce qui ressemblait à du coulis ou des mousses de fruits colorées. Ça et là, des petits biscuits qu'il devinait être ses préférés étaient également disposés dans des formes amusantes pour compléter le tableau.

- Harry, finit par dire Sirius, tu devrais refermer la bouche.

Le Golden Boy sortit de sa stupeur, mais les étoiles qui brillaient dans ses yeux ne diminuèrent pas d'un iota.

- C'est juste tellement... incroyable, finit-il par murmurer.

- Allons, fit Lucius d'un air satisfait, c'était le minimum. Un Malfoy sait recevoir et s'adapter à ses invités. Et je dois avouer que le résultat est plaisant, il faudra y songer pour nos prochaines réceptions.

- En effet, approuva Narcissa. Le changement par rapport aux gâteaux et aux pièces montées habituelles est des plus raffraîchissants.

Draco laissa un sourire effleurer le coin de ses lèvres. À tout les coups, ses parents étaient déjà en train de réfléchir à une nouvelle mode à lancer parmi l'aristocratie sorcière britannique. Il était presque certain que d'ici six mois, toutes les réceptions de la haute société du monde magique allaient comporter des sculptures de fruits plus élégantes ou imposantes les unes que les autres. Mais en attendant, Potter avait vraiment l'air ébloui.

- Tu as une idée de ce que tu veux essayer en premier, Harry ? demanda gentiment Remus.

- Tout ? répondit-il timidement. Mais je n'ai presque pas envie de la défaire...

- Harry, elle a été faite pour toi, intervint Sirius avec un clin d'oeil. Fais-toi plaisir.

Le jeune Griffondor fit un immense sourire à son parrain, et après un claquement de doigts de Lucius, une créature de chaque fruit vola jusqu'à son assiette, et le bol à côté de lui se remplit d'un arc-en-ciel de mousses et de coulis. Les autres convives furent servis peu après, chacun en fonction de ses préférences, et ils achevèrent le repas dans une excellente ambiance. Les framboises regroupées pour former de petits dragons furent particulièrement appréciées, tout comme les sirènes en myrtilles et les tigres en mangue.

Lorsque les assiettes furent vides, Sirius tapa dans ses mains avec un sourire machiavélique.

- Et maintenant, les cadeaux !

Harry manqua de s'étouffer dans son verre d'eau, et Remus dut lui administrer une bonne tape dans le dos avant qu'il puisse s'exprimer sans tousser.

- Comment ça les cadeaux ?

- Potter, je sais que ton sens de l'étiquette laisse à désirer, soupira Draco, mais je pensais que même toi tu savais qu'il est coutume d'offrir des cadeaux lors d'un anniversaire.

- Mais je-

- Pas de mais, coupa Narcissa. Il est plus que temps de rattraper les années perdues et il va de soi que des présents s'imposaient.

La sorcière avait toujours un sourire affectueux, mais il était évident qu'elle n'admettrait aucune objection et Harry renonça à en formuler pour préserver son intégrité physique. La table fut rapidement débarrassée et Dobby apparut dans la pièce, un grand sourire sur le visage.

- Dobby est si heureux de pouvoir aller chercher les cadeaux de Monsieur Harry Potter ! Par quel cadeau veut commencer Monsieur Harry Potter ? s'enquit-il.

- Par le mien, commença Sirius.

En un clin d'oeil et avant que le plus jeune puisse protester qu'il n'y avait pas besoin de lui offrir quoi que ce soit – il avait déjà reçu un Eclair de Feu à Noël, bon sang ! – l'elfe de maison disparut et revint en moins de dix secondes, en lui tendant une simple enveloppe.

- Remus et Cissy m'ont empê- convaincu de ne pas faire plus que ça, expliqua l'animagus.

Curieux, Harry ouvrit l'enveloppe et en sortit un simple parchemin, mais dont le contenu lui fit écarquiller les yeux et avoir un immense sourire. Une seconde plus tard, il se jetait dans les bras de son parrain.

- Merci ! Merci ! Merci Sirius !

- De rien gamin, répondit-il en riant. Vraiment, j'aurais voulu faire plus que ça.

- Plus que ça ? Je vais enfin pouvoir aller à Pré-Au-Lard avec tout le monde !

Le bonheur évident qui brillait dans les yeux de son filleul suffit à faire s'évaporer toute forme de culpabilité chez le Maraudeur. Il avait vraiment souhaité faire davantage pour le premier anniversaire d'Harry auquel il pouvait participer, mais Narcissa et Remus étaient allés jusqu'aux menaces pour l'empêcher de sortir du manoir tant que son procès n'aurait pas eu lieu.

Lorsqu'il avait contré avec les catalogues de commande, Cissy avait été prompte à répliquer qu'il était hors de question de commander quoi que ce soit qui permettrait de faire deviner qu'Harry Potter résidait au manoir Malfoy. Au final, Sirius s'était résolu à ne faire que signer la fameuse autorisation, sans se douter que son filleul en serait à ce point heureux.

Lorsque le Golden Boy eut fini de remercier son parrain, il se retrouva nez-à-nez avec une énorme boîte plate, rectangulaire et enrubannée.

- Celui-ci est de moi, indiqua Remus en souriant.

Intrigué, Harry défit délicatement le papier cadeau azur et eut la surprise de découvrir une boîte remplie de chocolats de différentes tailles, formes et couleurs, ainsi qu'un dépliant. Lorsqu'il tourna un regard interrogatif vers son ancien professeur, celui-ci lui adressa un sourire affectueux.

- Puisque le cacao ne te pose pas de problème, je me suis dit qu'il était temps que tu éduques ton palais. Tu pourras noter les saveurs qui te plaisent le plus et savoir quoi prendre la prochaine fois que tu as envie d'essayer un dessert au chocolat.

- Remus...

La gorge serrée, Harry alla également faire un câlin au loup-garou, trop ému pour prononcer un mot de plus. L'attention derrière le cadeau en apparence simple était incroyablement touchante et le jeune Griffondor ne s'y trompait pas. À travers une boîte de chocolats, Remus lui assurait son aide pour se remettre d'années de mauvais traitements et réapprendre à vivre entouré de gens pour qui il comptait vraiment.

- Je t'en prie, louveteau, murmura l'ancien professeur.

Lorsqu'il retourna à sa place, le Golden Boy avait les yeux légèrement rougis, mais personne ne lui en fit la remarque et il en fut reconnaissant.

- À mon tour j'imagine, soupira Draco.

Avant même qu'Harry puisse s'étouffer à l'idée que Draco Malfoy, le Prince de Glace de Serpentard, son rival, lui ait préparé un cadeau d'anniversaire, un paquet lui fut tendu par Dobby. Le Golden Boy haussa un sourcil en constatant que le papier cadeau était vert et assorti de petits dragons argentés qui se déplaçaient dessus. Il lança un regard amusé au blond, qui renifla dédaigneusement en détournant le regard. Pas dupe de cette apparente froideur, Harry étouffa un petit rire avant de délicatement retirer le papier pour révéler la forme d'un livre, et écarquilla les yeux en lisant le titre.

- Serpents du monde, par Katherine Warhodell, lut-il.

- Quitte à être un fourchelangue, autant que tu maîtrise un peu mieux le sujet, expliqua Draco d'un air désintéressé.

Dans la mesure où il évitait toujours de regarder son rival dans les yeux, il ne remarqua pas immédiatement le regard estomaqué que le brun lui adressa. Lorsqu'il se décida à poser les yeux sur son invité, l'intensité des émotions qui brillaient dans les iris du Griffondor le cloua sur place.

- Merci beaucoup, Draco, déclara doucement le Golden Boy.

Même des années de pratique de bonnes manières étaient insuffisantes pour préparer le Serpentard à la vision de son rival, sincèrement reconnaissant et heureux grâce à un cadeau qu'il venait de lui faire. Potter débordait de tellement de sincérité et de bonheur que Draco était surpris que personne n'ait encore vomi d'arc-en-ciel. En temps normal, le Prince de Glace aurait relevé l'utilisation de son prénom ou aurait répondu par une pique sarcastique. Mais il s'agissait du premier vrai anniversaire de Potter, et il avait l'air si heureux que le Serpentard sentit sa gorge se nouer et il répondit trois mots en feignant l'indifférence polie.

- De rien, Harry.

Les adultes autour de la table avaient retenu leur souffle et écarquillé les yeux devant l'échange, à peine capables de croire ce qu'ils venaient de voir. Harry lui-même avait l'air choqué d'entendre Draco l'appeler par son prénom, et le silence régna pendant quelques secondes avant que Lucius tousse discrètement.

- Notre cadeau, fit-il en regardant sa femme, est déjà dans ta chambre.

- Il s'agit d'une garde-robe digne de ce nom, compléta Narcissa.

Le Golden Boy en fut de nouveau bouche bée.

- Mais...

- Allons Harry, le coupa Lucius, il était plus que temps que tu t'habilles en adéquation avec ton standing.

- Mais l'école-

- D'ici septembre, toute la communauté sorcière aura eu vent de la réhabilitation de mon cousin, l'interrompit Narcissa. Tu n'auras qu'à dire que ton parrain a tenu à rattraper le temps perdu.

À court d'arguments, le brun regarda Sirius, qui lui fit un sourire et un clin d'oeil.

- Ne t'en fais pas, dès que je serai de nouveau libre, on ira faire du shopping ensemble.

- Mais j'ai déjà des vêtements !

L'ensemble des regards accusateurs et dubitatifs qui accueillirent sa réplique le firent rougir d'embarras, et il se contenta de maugréer une minute avant d'oser relever la tête.

- Merci beaucoup, finit-il par dire en rougissant.

Narcissa et Lucius lui adressèrent chacun un sourire qui était à la fois poli, affectueux et la garantie qu'il n'aurait aucun moyen de refuser sans les vexer.

- Je pense qu'une série d'essayages s'impose cet après-midi, ajouta la sorcière.

- Pardon ? fit Harry.

- Il faut bien vérifier que tout est à ta taille, approuva Sirius.

Au bout de quelques répliques supplémentaires, il devint évident que l'accord du jeune Griffondor n'était pas spécialement requis, et il fusilla son parrain du regard pour son manque de soutien. Celui-ci lui lança un clin d'oeil démontrant qu'il n'avait pas le moindre remord, et même Remus arborait un sourire amusé.


A/N : Je sais que Tom manque à tout le monde, et promis, il revient au chapitre prochain !