Ne Me Regarde Pas

-J'ai tellement honte…

Envy avait craqué, avouant ce qui compressait son cœur meurtri, cet organe dont, non, les êtres comme lui n'étaient pas dépourvus. Et c'était assez de souffrance ; il voulait que cela cesse. Il refusait d'offrir à quiconque la satisfaction de lui ôter la vie, la dernière qui lui restait. Quitte à mourir, ce serait de ses propres petites faibles pattes. Il était vaincu. Mis à nu. Il alla chercher au fond de ses maigres entrailles autant qu'il recracha la pierre philosophale qui le raccrochait encore à son existence terrestre. Il voulait la briser. Il allait le faire. Mais une masse bondit presque sur lui. Une masse de sang et d'or comme il put le discerner à travers ses larmes.

-Non, lui ordonna-t-on simplement.

Il leva ses gros yeux globuleux vers celui de ses bourreaux qui avait osé l'empêcher d'accomplir cet ultime meurtre, celui de sa propre personne. C'était Edward, évidemment. Qui cela aurait-il pu être d'autre que ce crétin d'alchimiste ? Le blond prit l'Homonculus dans la paume de sa main et, d'un doigt de l'autre, celui qu'il avait de mordu, il repoussa doucement la pierre à l'intérieur du minuscule organisme.

-Non, bissa-t-il.

Et la dureté dans son regard n'avait d'égal que la délicatesse avec laquelle il tenait la créature. La bestiole avait ce qui lui servait de gorge trop nouée pour parvenir à prononcer le moindre mot. Elle ne faisait que pleurer et renifler, sans une once de dignité.

-Colonel, reprit le jeune humain à l'adresse de son supérieur. Je vous demande de l'épargner pour le moment.

-Comment ?…, l'invita à développer le brun, la colère grondant dans sa voix malgré son air déconcerté.

-J'ai un plan. Il pourra nous être utile dans le combat à venir. Faites-moi confiance.

C'était le plus grotesque bluff que la larve ait jamais vu, pourtant les trois adultes en sa compagnie, après une silencieuse réflexion, acceptèrent tous. Après tout, Edward n'était pas connu pour faire passer ses intérêts personnels avant ceux des autres, encore moins des personnes lui étant chères. Il n'y avait pas de raison de douter de sa bonne parole. Sauf celle que l'alchimiste et son désormais protégé partageaient si secrètement et égoïstement depuis plusieurs mois déjà. Envy atterrit dans la poche du long manteau du blond.

[… … …]

Sa chance était presque insolente. Enfin, si on pouvait appeler « chance » le réflexe qu'eut le jeune humain de jeter la créature loin de lui avant d'être « invoqué » par l'ennemi. La bestiole se retrouva donc à moitié assommée dans un coin sombre tandis que Mustang et compagnie étaient trop préoccupés par la disparition de leur camarade et ce scientifique fou à vaincre pour lui prêter la moindre attention. Puis la gamine de Xing arriva en renfort, ainsi que les chimères, avant que Wrath ne débarque à son tour. C'était un beau merdier. Mais dans le fouillis du combat, une recharge en pierre philosophale roula jusqu'à la larve. Elle n'eut plus qu'à attraper la fiole entre ses crocs et à se traîner plus loin encore de la violente lutte avant d'en boire le contenu. Et prendre ses jambes à son cou.

[… … …]

Cependant, elle revint. Ou, plus exactement, elle regagna la surface, assimila suffisamment de nouvelles âmes afin de se refaire une santé, et rejoignit Edward qui suffoquait de peine au-dessus de l'armure immobile de son frère. Greed darda sur lui un regard farouche, prêt à se battre de nouveau. Envy l'ignora superbement.

-Besoin d'un « droit de passage », le nabot ? S'enquit-il, bras croisés, alors que l'alchimiste venait d'envoyer son géniteur paître.

Le blond sursauta.

-E-Envy ? Comment peux-tu… ?

-J'ai trouvé une pierre philosophale qui traînait là, répondit l'Homonculus en haussant les épaules.

Il n'y avait nul besoin d'ajouter qu'il avait encore une fois tué des innocents pour assurer ses arrières alors que le Colonel s'était raidi au seul son de sa voix. De toute façon, ces disparitions passeraient sur le compte du grand méchant du jour, pas le sien. Et ce n'était pas le jeune humain qui le balancerait s'il lui confessait la chose par la suite. Il était « blanc comme neige ».

-Donc, besoin d'un « droit de passage » ? Réitéra-t-il sa proposition.

-Tu y survivrais ?…

-Fullmetal ! S'indigna bien sûr le Flame Alchemist qui se moquait éperdument de la mort de la créature.

-Non, Colonel ! Je ne sacrifierai personne pour réparer mes erreurs ! Pas même lui ! Répliqua en retour l'adolescent.

La bête dissimulée sous ses traits humanoïdes retint un ricanement. Le sacrifier lui, ça le dérangeait, mais pour les âmes le composant il se permettait de faire une entorse à ses beaux principes maintenant que la vie de son cadet était en jeu...

-C'est trop généreux de ta part, Fullmetal minus. Mais tu peux te faire plaisir ; mes ressources sont nombreuses.

[… … …]

Lorsqu'Alphonse ouvrit les yeux, il crut halluciner. Mustang tenait son aîné par le col et le secouait, lui hurlant dessus, ses pupilles aveugles comme regardant à travers son subordonné.

-Envy doit mourir, Fullmetal ! Tu le sais aussi bien que moi ! Que je ne sois pas celui qui vengera Hughes, je l'ai accepté, mais il est hors de question de laisser ce monstre en vie !

-Sans lui, je n'aurais pas pu ramener mon frère ! Argumenta l'autre parti avec autant de hargne.

-Une vie, aussi précieuse soit-elle pour toi, ne peut racheter des dizaines, des centaines, si ce n'est des milliers d'autres ! Pense à toutes les victimes qu'il a faites par le passé !

-Greed aussi a énormément tué sans plus de scrupules ! Pourtant il est là ; il s'est battu pour nous ! Les Homonculus peuvent connaître la rédemption !

-Comme tu le dis si bien ; Greed « s'est battu pour nous » ! Il a risqué sa vie en s'opposant franchement aux siens ! Ce n'est pas le cas d'Envy qui est juste venu jouer une fois les bons samaritains quand la bataille a été remportée ! Il n'a rien fait !

-Pride non plus ! Il a même lutté contre nous jusqu'à la toute fin, contrairement à Envy qui, même en ayant retrouvé sa force, ne s'est pas rallié à son Père ! Et malgré tout, vous et moi savons que personne n'achèvera Pride, qu'il sera rendu à la Première dame !

Et l'Homonculus mis en cause ne bougeait pas d'un pouce, assis en tailleur à côté du corps décharné du « miraculé », la tête dans ses mains en coupe, assistant, ennuyé, à la dispute. Il bailla.

-C'est grâce à toi si... ? L'interrogea le plus jeune des frères Elric, la respiration courte.

-Hm ? Fit la créature sans lui prêter ne serait-ce qu'une œillade. Possible.

-Mais… Pourquoi ?

-Parce que je ne voulais pas que ton stupide frangin, morale ou pas, convictions ou non, finisse tôt ou tard par faire une connerie qu'il aurait à nouveau amèrement regrettée. Ce que, pour des raisons qui me regardent, je ne me serais pas pardonné.

-Mais… Pourquoi ? Recommença Alphonse, l'esprit tourbillonnant.

-T'es bouché, ou quoi ? Je t'ai dit que ça ne concernait que moi.

-Mais… Mais… Tu aurais pu t'enfuir ! Tu aurais pu vivre !

-Eh, ne dis pas ça comme si mon sort était scellé. Tu connais ta fratrie, non ? Tu sais comme ce demeuré est borné…

Envy sourit d'une manière qui fit frissonner son interlocuteur. Parce que ce sourire, celui qu'arborait la personnification de l'Envie, de la Jalousie, était contenté.

-Il ne me laissera pas mourir.

Puis son expression s'imprégna d'une certaine énigme.

-Et c'est réciproque.

[… … …]

Note de l'auteur : Yep, j'ai laissé Greed en vie parce que, la fiole n'étant plus disponible, il fallait bien que Lin puisse quand même ramener « l'immortalité » chez lui. Sinon… Mon Dieu mais ce chapitre 95 ! Je n'étais pas bien, en le lisant ! Mes pauvres feels ! Il fallait que je change tout ça au gré d'une fanfiction ! C'était une question de préservation de ma santé mentale… Enfin, du coup, j'en ai profité pour refaire la fin du manga à ma sauce en même temps, parce que… Faut être honnête ; la fin est belle, mais elle m'a beaucoup frustrée. A part ça… La phrase en italique est, comme au chapitre précédent, directement tirée du passage choisi pour la réécriture. Et comme elle faisait sens avec mon texte, celui que vous venez de lire comme celui du premier chapitre… Que demande le peuple ? Pourvu que vous ayez apprécié !