Chapitre 3 : Provocation
HG
Je me décide à le suivre dans sa maison, me répétant dans ma tête les trois règles essentielles de l'interview.
- Évite de formuler un avis personnel sur ce qu'il va te dire ;
- Ne discute pas ses réponses ;
- Ne te passionne pas pour le sujet (ni pour ton interlocuteur).
Au début de l'interview, il est bon de commencer par du bavardage impromptu pour mettre l'interlocuteur à l'aise. Je passe la porte d'entrée et lance, sans réfléchir :
« J'aime votre maison. Elle est très… … » Oh mon Dieu ! Quel compliment pourrais-je trouver à faire sur cet infâme taudis !!?, me dis-je, en observant les alentours.
« Très… propre. »
Je n'en reviens pas d'avoir dit ça !!!
'Maître' Severus hausse un sourcil.
« Oui, contrairement aux rumeurs, je me lave et fais parfois le ménage. »
« Non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire ! …C'est si bien rangé, vous devriez voir mon appartement. »
« C'est une proposition, Granger ? »
« Non !! C'est juste qu'il n'est pas aussi propre que le vôtre, il y a des livres qui traînent et des poils de chat. Parfois je ne fais pas la vaisselle pendant plusieurs jours et la poussière, je ne vous parle pas de la poussière ! »
Tais-toi, mais tais-toi !!!
« Peut-être voudriez-vous, dans ce cas, que je vienne faire le ménage chez vous ? »
Je secoue la tête, désespérée.
« Non… Non pas du tout. »
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SS
Elle a l'air au bord de la syncope. Je décide que je l'ai suffisamment fait marcher.
« Peut-être voudriez-vous du thé ? »
« Du thé !! Oui ! bien sûr ! Excellente idée ! » s'exclame-t-elle, extatique à l'idée de changer de sujet.
Je lui tourne le dos et me dirige vers la cuisine en souriant largement.
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HG
Bravo Hermione ! Deux minutes que tu es là et tu as réussi à l'insulter, à lui proposer de venir chez toi pour je ne sais quelle raison, le tout, en te faisant passer pour la pire des souillons !
Le bavardage impromptu s'étant révélé un fiasco, je décide de passer à la suite des événements et sors dictaphone, bloc et crayon de mon sac, avant d'attendre le retour de 'Maître' Severus avec appréhension.
Il ne tarde pas à revenir avec le thé. Un liquide si foncé que je me demande si ce n'est pas du goudron.
Haut les cœurs ! Je prends une gorgée de l'ignoble liquide, grimace, manque de m'étouffer et marmonne entre mes dents : « Merci. C'est délicieux. »
'Maître' Severus hausse un sourcil.
« Peut-être, voudriez-vous du sucre et du lait pour agrémenter votre thé ? »
Seigneur oui ! Je hoche la tête et verse le contenu entier du sucrier dans ma tasse, avant d'ajouter par-dessus un demi-litre de lait. Voilà qui devrait rendre ce breuvage à peu près buvable. Quoi que…
« Ça ne vous dérange pas que je vous enregistre ? » je demande, en désignant le dictaphone.
« Si vous le devez. »
« Je pensais que nous pourrions commencer par une interview d'une heure et ensuite prévoir d'autres séances selon votre convenance. »
xxx
SS
Merlin ! Je vais devoir la supporter jusqu'à la fin des temps.
« Cela me convient. Posez-moi vos questions. »
Elle hoche la tête et enclenche son abominable appareil. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous, me dis-je.
« Qu'est-ce que vous faites en ce moment, pour gagner votre vie ? » demande-t-elle, en regardant les environs d'un air sceptique.
« Pourquoi voulez-vous écrire ce livre, Granger ? »
« Je vous l'ai dit. Pour informer les gens. Ils ont le droit de savoir et nous avons le devoir de les informer. »
« Comme c'est noble ! »
« Quoi, vous ne me croyez pas ? »
C'est si facile.
« Non, je pense que vous désirez écrire ce livre pour une raison égoïsme. Voulez-vous la connaître ? »
« Je brûle de la connaître. » murmure-t-elle en me fusillant du regard.
« La culpabilité… Vous n'avez pas réussi à sauver tout le monde durant cette guerre. Des personnes sont mortes. Pas par votre faute, bien sûr, mais dans votre stupide cerveau gryffondorien vous vous sentez responsable et pensez que vous auriez pu faire davantage. Alors ce bouquin, n'est-ce pas un moyen d'essayer d'apaiser votre culpabilité en tentant de sauver l'humanité entière ? »
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HG
Il a raison. Evidemment. Monsieur est perspicace !
« Vous vous trompez sur toute la ligne » je mens.
« Je ne crois pas, non. »
« Et même si c'était le cas ? Ne devriez-vous pas plutôt examiner VOS raisons de participer à ce livre plutôt que les miennes ? »
Tiens ! Prends ça dans les dents !
« Mes raisons, je viens de les énoncer bien sûr, ce sont les même que les vôtres. Sauf que moi, je ne me voile pas la face en croyant faire preuve d'altruisme. »
Un point pour le sadique.
« Vous avez raison » j'avoue.
« Vous avez tort… »
!!!!!!!!!!!!!!!!!!
« Vous… !!! »
« Laissez-moi finir, Granger. Vous avez tort de croire que vous auriez pu faire davantage. Tout le monde est convaincu que vous avez fait votre maximum. Personne ne vous reproche quoi que ce soit. »
Comment puis-je passer, en moins de dix seconde, de l'envie extrême de l'étrangler à celle, tout aussi extrême, de le serrer dans mes bras ?
« Je sais. »
« Dans ce cas, vous conviendrez que ce livre n'a aucune raison d'être » déclare-t-il, sourire en coin.
Je me disais que c'était trop beau pour être vrai.
Soupir.
« J'ai du mal à vous suivre, ne venez-vous pas de me dire que vous acceptiez de participer !? »
« C'est exact, mais cela ne m'empêchera pas d'essayer de vous dissuader de poursuivre ce ridicule projet. »
« Bonne chance. » je murmure entre mes dents.
« La chance n'a rien à voir là-dedans. J'ai bon espoir, qu'avec le temps, vous mûrissiez et abandonniez votre idéalisme imbécile et votre pathétique naïveté pour devenir si ce n'est saine d'esprit, au moins tout à fait raisonnable. »
VOUS POUVEZ TOUJOURS COURIR !!!!
Respire profondément… Surtout, ne t'énerve pas.
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SS
Elle a l'air prête à me sauter à la gorge, me dis-je avec satisfaction. Je reste silencieux et attends l'explosion.
Je ne sais pas pourquoi je ressens ce besoin maladif, de la provoquer. Est-ce la satisfaction de la voir perdre le contrôle de la situation ? Est-ce un moyen vicieux d'éviter de répondre à ses questions ? Ou est-ce pour la voir furieuse, ses cheveux flamboyants partant dans toutes les directions comme parcourus d'un courant électrique et ses vibrants yeux noisette, d'habitude si doux, prêts à me foudroyer sur place ?
Hum… La deuxième proposition, définitivement la deuxième.
« Professeur, voudriez-vous, si ça n'est pas trop vous demander, répondre enfin à ma question !!! »
Alors, comme ça nous sommes de retour à 'professeur'… Intéressant…
« Et quelle est-elle ? J'avoue avoir perdu le fil. »
Granger pousse un soupir d'agonie.
« Que faites-vous pour gagner votre vie ? »
« Ah oui ! … Je ne vois pas en quoi cette question est pertinente. »
Granger lève les yeux au ciel.
« Elle l'est. »
« Pourquoi ? »
« Parce que mon livre parle de l'impact que la guerre a eu sur les survivants. Il est donc pertinent de vous demander ce que vous êtes devenu APRES. »
« Vous croyez que la guerre a eu une influence sur le métier que j'ai choisi d'exercer aujourd'hui ? »
« C'est possible… »
C'est même le cas.
« Balivernes ! Si vous voulez mon avis… »
« JE ME FOUS DE VOTRE AVIS. CONTENTEZ-VOUS DE REPONDRE A MA QUESTION !!! »
« Calmez-vous Granger, inutile de vous énerver. »
« JE SUIS PARFAITEMENT CALME !!!! »
« Peut-être devrions-nous faire une pause ? »
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HG
Je hoche la tête, vaincue. Avant de contempler ma feuille obstinément blanche. Si ça continue, on ne va jamais y arriver.
Il est impossible, on dirait qu'il le fait exprès.
… !!!!!
Que je suis bête ! Évidemment, qu'il fait exprès. SS ne veut pas dire Severus Snape mais : Sadique Serpentard !
« Professeur, j'ai besoin de prendre un peu l'air. Pourrions-nous continuer dans quinze minutes ? »
« Bien sûr, Mlle Granger. »
Je m'empare de mon dictaphone, sors et me promène dans le quartier en réécoutant la conversation que je viens d'enregistrer pour l'analyser. Au bout de la deuxième écoute ma colère fait place à une sorte d'amusement.
Il m'a bien eue, le bougre. Mais il ne va pas pouvoir se défiler ainsi longtemps. Je prépare une parade. Ne dit-on pas que la meilleure défense est l'attaque ?
A nous deux, 'Maître' Severus !
