Chapitre 4 : Devinettes

HG

Un quart d'heure plus tard, je reparais dans le salon, calme et déterminé à le rester. Je m'assieds, enclenche mon dictaphone et contre-attaque.

« Votre thé est ignoble, Severus. Essayez-vous de m'empoisonner ? »

Il me regarde interloqué.

« Croyez-moi, si j'essayais, je ferais ça discrètement. Si subtilement, que cela ne vous traverserait pas l'esprit. »

« Oui, vous êtes TRES subtil. Comme votre petit jeu tout à l'heure. Celui de me faire enrager pour éviter de répondre à ma question. Une tactique digne d'un gamin de huit ans. »

« Je pense que vous confondez, avec votre susceptibilité, mes simples remarques, avec des insultes. »

Il recommence…

« Peut-être pourriez-vous m'apprendre, vous qui êtes si enclin à vous moquez de vous-même ? »

« Granger, ne poussez pas le bouchon trop loin. »

Ah !

« Quoi, professeur, vous ne venez tout de même pas de prendre ma simple remarque pour une insulte, j'espère ? »

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SS

Je me suis fait avoir comme un bleu. Rusée, la gamine.

« Touché, Granger. »

Elle m'adresse un sourire triomphant. Merlin, qu'elle est agaçante !

« Puisque vous êtes si maligne, peut-être pourriez-vous deviner la réponse à votre question ? »

Granger hausse les épaules.

« Nous sommes lundi matin à 9h30 et vous n'êtes pas au travail, je suppose que vous travaillez à temps partiel ou en tant qu'indépendant. »

« Probable… Poursuivez… »

« Peut-être, travaillez-vous depuis chez vous !? »

« Peut-être. »

« Avez-vous un de laboratoire dans votre maison !? Si c'est le cas, vous pourriez faire des potions et les envoyer à vos clients ou à des apothicaires ? Le tout sous un faux nom, restant ainsi incognito et en n'ayant pas de contact avec le monde extérieur ! Oui, ce serait tout à fait votre style ! »

!!!! ?? !!!!

Tout à fait mon style ?

« Et j'aurais choisi cela, parce que… ? »

« Parce que vous ne supportez pas la présence d'un autre être humain ! Je me demande si vous vous supportez vous-même ! Le fait d'être indépendant vous permettrait de ne plus avoir à obéir à personne et à être libre de vos mouvements. »

« Bravo, Granger, c'est logique. »

Celle-ci m'adresse un sourire ravi, tandis que je l'applaudis.

« Néanmoins, vous apprendrez avec le temps que la logique n'a, en général, rien à voir avec la réalité. Vous êtes à côté de la plaque. Essayez encore… »

« Peut-être pourriez-vous me donner un indice ? »

Mmh, pourquoi pas ? Elle n'est pas prête de deviner.

« Disons que j'ai, contrairement à votre supposition, réussi à supporter la présence d'autres êtres humains. »

« Pardon, professeur, je ne voulais pas vous insulter. »

« Ne soyez pas ridicule... » je réponds, en consultant ma montre. « Je vous laisse une demi-heure pour deviner. Après, j'ai d'autres choses à faire… »

Elle me regarde, d'un air inquisiteur, avant de repartir de plus belle.

« Peut-être, êtes-vous toujours espion ? Un chasseur de prime ? Ou alors un auror employé par le ministère pour traquer ce qui reste des Mangemorts ? Oui, cela expliquerait vos horaires variables… »

Cela risque d'être divertissant !

« Granger. Ne croyez-vous pas que j'ai assez risqué ma vie ? »

« Si, bien sûr… Peut-être, travaillez-vous pour l'hôpital de St Mungo !? Vous pourriez préparer des potions et avec votre connaissance de la magie noire, soigner des patients qui ont été ensorcelés ? »

« Vous êtes sérieuse ? » je demande, en laissant échapper un ricanement.

« Quoi ? »

« Vous me voyez, moi et ma patience légendaire, dans un hôpital, au chevet de patients. Soyez réaliste ! »

Elle s'entête.

« Vous feriez un excellent médicomage. Vous savez les patients n'ont pas toujours besoin qu'on les dorlote. Vous seriez parfait. Vous êtes sûr de vous. Vous supportez la pression et les situations de crise avec calme. Et vous êtes si antipathique que les patients préfèreraient guérir plutôt que de rester à l'hôpital en votre compagnie. »

« Quel est votre but, Granger, essayer de me convaincre de changer de voie ou découvrir ma véritable activité ? »

« Euh, la deuxième ? »

« Eh bien vous m'avez convaincu. Mais, pour le reste, vous êtes loin du compte. »

Soupir déchirant de Granger.

« Peut-être travaillez-vous au département de Justice du Ministère !? Vous pourriez être responsable d'interroger les témoins ? »

« Non. »

« Peut-être au département des Mystères, à faire… Euh… Dieu sait quoi ? »

Je décide de l'arrêter avant qu'elle ne me plante au département des Jeux et Sports.

« Je ne travaille pas au Ministère. »

Elle semble confuse.

« Le Chemin de Traverse !! Oui, vous êtes apothicaire et possédez une échoppe ! C'est évident ! Vous vendez des ingrédients et des … »

« Faux. »

« La Gazette ?! »

« Oui, je suis responsable de la rubrique des horoscopes. Soyez sérieuse, Granger. »

Celle-ci secoue la tête, puis me regarde, soupçonneuse.

« Peut-être travaillez-vous à votre compte en vendant de la drogue et des potions illégales sous le manteau ? »

« Je passe d'employé du Ministère à dealer de drogue. Il faudrait vous décider, suis-je un honnête citoyen ou pas ? »

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HG

Ce n'est pas possible, il me mène en bateau. Que reste-t-il : joueur professionnel de Quidditch ? Je n'ose pas articuler cette possibilité de peur qu'il ne me démembre.

Ah moins que… Mais bien sûr !!!

« Vous ne travaillez pas !! »

« Et comment ferais-je pour payer mes factures et entretenir cette 'magnifique' demeure ? »

Comment, en effet.

« Vous avez des économies ! Vous avez hérité d'un oncle millionnaire ! Vous avez gagné au loto ! Vous avez touché de l'argent pour votre rôle majeur pendant la guerre ! »

« Je n'ai aucune économie, ni parents aisés, ni l'envie de perdre le peu d'argent qu'il me reste dans des jeux de hasard. Quant à votre dernière proposition, je n'ai jamais rien entendu d'aussi ridicule. Sachez que je n'ai jamais reçu d'Ordre de Merlin et encore moins une compensation en liquide. »

« Pourquoi ?! »

« Parce que mon rôle pendant la guerre est resté flou. Les trois quarts de la population pensent que j'ai changé de camps à la dernière minute pour éviter de finir à Azkaban. »

« MAIS C'EST FAUX !!! »

« Sans blague… »

« Il faudrait faire un démenti dans les journaux. Je suis sûre que si je demandais à… »

« L'heure tourne, Granger. »

Pas envie d'en parler ? Très bien, mais ne pensez pas que je vais abandonner l'idée pour autant.

« Tic, tac, tic, tac, tic, tac… »

On dirait que 'Maître' Severus s'amuse comme un fou. A défaut de l'interviewer, je serais parvenue à le divertir… C'est mieux que rien…

Reprends-toi, bon sang !!!

« Vous ne pourriez pas m'aider un peu ? »

« Vous avez émis vos hypothèses sur une base erronée. Vous êtes persuadée que je travaille dans le monde sorcier... »

Non, impossible !!!! Il me fait marcher !!!!

« Pourquoi voudriez-vous travailler en tant que moldu !? »

« A vous de me le dire… »

« Ça n'a aucun sens ! » je m'exclame, en secouant la tête.

« Ah non ? Réfléchissez à ce que je viens de vous dire. »

Qu'est-ce qu'il vient de me dire ?

Nous parlions du ministère. Le ministère qui ne lui a pas accordé d'ordre de Merlin. La majorité de la population des sorciers qui le croit coupable. Il ne peut probablement pas faire un pas dans la rue sans se faire insulter, ou pire… Peut-être qu'il ne pouvait plus le supporter ? Peut-être qu'il voulait retrouver l'anonymat ? Peut-être qu'il a eu envie de prendre…

« Un nouveau départ. »

'Maître' Severus hoche la tête.

Tandis que je secoue la mienne. Je suis foutue. Il existe un milliards de métiers moldus ! Où est le 'dictionnaire des professions' quand on en a besoin ?

« On abandonne, Granger ? »

« Non, je réfléchis » dis-je en observant mon interlocuteur des pieds à la tête.

L'individu, habillé en noir, ne possède aucun habit de couleur. Il a un teint cadavérique, même au mois d'août et fuit le soleil comme la peste. Sinistre, il se froisse les zygomatiques une fois par an lorsqu'il décide de sourire. Il est aussi froid qu'un glaçon, impassible et insensible. L'archétype du…

« Croque-mort. »

Ledit croque-mort fronce les sourcils, me fusille du regard, croise les bras et murmure un 'non' entre ses dents.

Oh là là, il n'a pas l'air d'avoir apprécié ma proposition. Maître' Severus semble vexé ! Serait-il capable d'éprouver des sentiments humains ? Incroyable ! Comme c'est amusant… Je décide de le taquiner un peu, pour voir.

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SS

« Pourtant votre garde-robe serait adapté. A moins que… Ah ! Non ! Attendez, j'y suis. Vous êtes prêtre ! Vous vous habillez en soutane et avez fait vœux d'abstinence et de pauvreté. C'est pour ça que vous êtes si coincé et que vous êtes obligé de vivre dans ce trou. »

Non mais qu'est-ce qu'elle raconte !!?

« Vous faites erreur. Mon seul 'Dieu' est Merlin. »

« Oh… Alors pourquoi vivre ici ? »

« Je n'ai pas assez d'argent pour m'acheter mieux pour le moment !!! »

« Je note, vous êtes mal payé… Mmh, dans quoi pourriez-vous vous êtes reconverti après avoir enseigné les potions ? Oh, je sais ! La cuisine ! Vous êtes cuisinier, n'est-ce pas ? Vous savez hacher les aliments en petits morceaux et les mettre dans un chaudron. La cuisine et les potions c'est du pareil au même. »

« ÇA N'A RIEN A VOIR !!!!!! »

« Si vous le dites, mais ça me paraît tout de même très semblable » dit-elle en haussant les épaules.

Respire profondément… Surtout ne t'énerve pas…

« Vous ne pouvez pas comparer l'art exact et millénaire des potions avec le simple fait de préparer une soupe. »

« Ah non ? »

« Non. »

« Dans ce cas, vous êtes styliste. Oui, ça tombe sous le sens ! Vous essayez d'exterminer toutes les couleurs et de remettre le look gothique à la mode ! Ne me dites rien, ces bottes, c'est vous qui les avez créées, n'est ce pas !? » s'exclame-t-elle, en désignant mes chaussures.

Je ne peux que secouer la tête, atterré. Peut-être que mon thé est périmé ? Cela pourrait expliquer son delirium… Ou peut-être a-t-elle craqué et perdu l'esprit ?

« Non ? Alors vous ne pouvez être que coiffeur ! Ce serait logique avec vos cheveux. Vous devez avoir envie de vous venger depuis longtemps. Je parie que vous vous en donnez à cœur joie en défigurant vos clientes à coups de brushing ratés et de coupes mulets ?! »

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

« Parfaitement, vous avez deviné. Je suis disposé à vous faire une coupe gratuite. »

« Vraiment !? »

Soupir.

Non mais elle le fait exprès, ce n'est pas possible d'être aussi…

… !!!!

Évidemment qu'elle le fait exprès !! Elle me fait marcher et moi, je cours. Quel imbécile !

« Granger, vous vous amusez bien ? » je murmure, en secouant la tête.

Elle hoche la tête et éclate de rire.

« Follement, oui. Oh ! Je viens d'en trouver un autre ! Vous voulez l'entendre ? » demande-t-elle, entre deux gloussements.

Soupir.

« A l'époque, vous étiez directeur des Serpentards. J'en déduis que vous vous êtes fait enrôlé dans un cirque en tant que charmeur de serpents ! »

« Affreusement cliché, vous en conviendrez. De plus, je ne parle pas le Fourchelang. »

Elle sourit et me demande : « Allez-vous me dire ce que vous faites pour gagner votre vie ou préférez-vous écouter mes propositions durant encore… » regard à sa montre. « huit minutes ? »

Entre la peste et le choléra…

« J'ai encore plein d'idées » suggère-t-elle.

Allons-y pour le moindre mal…

« Ce ne sera pas nécessaire, j'en ai assez entendu. »

« Vraiment !? »

« Oui vraiment, je vais tout vous dire…Tenez-vous bien. Vous êtes prête ?

Elle hoche fébrilement la tête, suspendue à mes lèvres.

« J'occupe le poste de … professeur de chimie dans un collège privé. »

Granger me regarde les yeux ronds et la bouche ouverte, avant de secouer la tête à s'en déboîter la nuque.

Je me retiens de rire, puis, explose.

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HG

Je crois rêver. Une vision surréaliste : Severus Snape, professeur de chimie de son état, occupé à se tordre de rire.

Un évènement aussi rare que l'éclipse totale de lune ! Un moment historique et je n'ai pas pris mon appareil photo !

'Ah, mais que je suis bête !', me dis-je, en contemplant l'objet posé sur la table. Nul besoin d'appareil photo, je l'ai en cassette ! Et j'ai hâte de le réécouter.

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En attendant que mon interlocuteur reprenne ses esprits, je griffonne sur ma feuille mon unique découverte. 'Professeur de chimie', je n'arrive pas à y croire.

Je plante une lignée de point d'interrogation à côté de sa 'soi-disant' profession, puis, lève les yeux de ma feuille, pour découvrir que 'Maître Severus' me regarde d'un air que je ne peux qualifier que d'amusé…

« Peut-être auriez-vous, par hasard, des questions à me poser, au sujet de ce que je viens de vous dire ? »

« Pourquoi ?!!! »

« Pourquoi quoi ? »

« Vous détestez l'enseignement !! »

« En êtes-vous sûre ? »

« Évidemment, sinon pourquoi traitiez-vous vos élèves d'une façon si déplorable ? »

« Peut-être, parce que je suis quelqu'un de sévère, sans humour, avec une patience limitée. Peut-être que j'étais constamment sous pression, pour ne pas dire poussé à bout ? »

Je secoue la tête, confuse.

« Peut-être que j'ai choisi l'enseignement parce que j'ai fait cela toute ma vie et que je n'ai aucune envie, ni possibilité, de me reconvertir à mon âge ? »

« C'est ridicule ! Vous n'êtes pas vieux, quel âge pouvez-vous avoir ?! »

« 45 ? »

« Eh bien voilà, c'est ce que je disais ! C'est jeune pour un sorcier ! »

Il secoue la tête.

« Pour un sorcier peut-être, mais pour un moldu ? »

Oh…

« Vous avez raison. »

« C'est votre première parole sensée depuis le début de cette interview. Je propose que nous restions sur cet exploit. Je vous attends demain à la même heure pour continuer cette conversation fascinante » déclare-t-il, sourire en coin.

Un sourire en coin que je ne peux m'empêcher de trouver adorable…

Hum ! Mieux vaut ne pas examiner cette pensée fugace et dérangeante. Demain, quel jour sommes-nous ? Oui voilà une pensée raisonnable !

« N'êtes-vous pas en vacances jusqu'à la fin du mois ? »

« Si, mais votre première supposition était correcte. J'utilise les vacances scolaires pour faire des recherches et préparer quelques potions pour arrondir mes fins de mois. »

« En utilisant un pseudonyme ? »

« En utilisant un pseudonyme. »

Je le savais !!!

« Lequel ?! »

« Vous ne croyez pas, que je vais tout vous dire… »

Bien sûr que si !