Chapitre 5 : Récompense
HG
De retour à mon appartement, je repense avec amusement aux trois règles principales de l'interview que j'ai ignorées, les unes après les autres.
- Évite de formuler un avis personnel sur ce qu'il va te dire.
Je n'ai fait que ça ! Obligée, lorsqu'on interviewe quelqu'un qui préfère jouer aux devinettes.
- Ne discute pas ses réponses.
Hum ! et re-hum !
- Ne te passionne pas pour le sujet (ni pour ton interlocuteur).
J'ai peur de trouver mon interlocuteur divertissant pour ne pas dire captivant. Me voilà dans de beaux draps.
Je secoue la tête et écoute l'interview une deuxième fois en prenant quelques notes. A la fin de la bande, je ne peux m'empêcher d'éclater de rire. Une interview, si on peut appeler ça comme ça. La conversation gravée sur cette cassette ressemble davantage à une chamaillerie entre deux gamins prêts à tout pour avoir le dernier mot.
Je me rends compte que je n'y suis pas aller de main morte avec mes taquineries et qu'il a pris mes suggestions les plus folles avec calme, si ce n'est avec humour. Peut-être a-t-il, caché au fond de lui, la capacité d'autodérision ? Quelle découverte !
Mais ce n'est rien en comparaison de son rire. Ce merveilleux son, si profond et si rare que je suis parcourue de frissons de plaisir chaque fois que je l'entends…
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SS
Après le départ de Granger, je me dirige vers mon 'laboratoire' pour préparer les ingrédients de la potion d'aiguise méninge.
Ce n'est que lorsque je suis en train de découper en dés les racines de gingembre que je me rappelle de son outrageuse comparaison. Comment a-t-elle dit déjà : 'Les potions et la cuisine, c'est du pareil au même' ? Je ne peux m'empêcher de sourire.
La diablesse !
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Styliste gothique ? Coiffeur !!
Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.
La succube !
Et, pour l'amour de Merlin, qu'est-ce qu'une coupe mulet ?
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Et que fait-elle, à part écrire ce stupide bouquin ? Et depuis quand est-ce que ça m'intéresse ?!
Je secoue la tête et me résous à oublier Hermione Granger, du moins, jusqu'à notre, inévitable, prochaine rencontre.
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Le lendemain, à 9h00 pile, je la retrouve devant ma porte. Je n'ai pas le temps de réaliser quoi que ce soit qu'elle me flanque une boîte en métal dans les mains.
?
« Bonjour Severus, j'ai acheté des biscuits et du thé plus… moins…enfin euh… buvable. D'ailleurs, peut-être que ce serait plus sûr que je le fasse moi-même. Où est la cuisine ? Ne vous dérangez pas, je trouverai. » dit-elle en entrant d'un pas décidé.
???
« Faites comme chez vous, surtout. » je murmure, planté sur le perron, à regarder la boîte de biscuits.
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Je consulte ma montre. Voilà dix minutes qu'elle assiège ma cuisine. Qu'est-ce qu'elle fait ? Peut-être s'est-elle prise de la lubie de réorganiser le contenu de mes buffets ? Je décide d'aller contrôler. Oui. Ce serait plus sûr.
Je me lève juste au moment où Granger arrive avec un plateau contenant une théière, des couverts, du sucre, du lait et des tasses.
Des tasses que je n'ai jamais vues de ma vie. Et d'ailleurs où a-t-elle trouvé ce plateau ?
« Peut-être, pourrions-nous profiter de nous installer à l'extérieur, ça nous ferait prendre l'air. » propose-t-elle
Prendre l'air… N'importe quoi…
« Si vous y tenez. » je soupire, en désignant la porte d'entrée.
Une fois dehors, elle regarde les deux chaises de mon perron d'un air circonspect.
« Pouvez-vous me tenir ça deux minutes, s'il vous plaît ? » demande-t-elle, en me refilant le plateau.
???
Elle regarde les alentours, puis, sort sa baguette et métamorphose les deux chaises en un canapé avec une tripotée de coussins et une table basse.
« J'ai vu ce modèle, l'autre jour, chez Ikea. » dit-elle, en s'installant sur le canapé. « Il est très confortable. »
« Qui est Ikea ? »
Celle-ci me regarde, puis, éclate de rire.
J'ai dit quelque chose de drôle ?
« La question n'est pas 'qui' mais 'quoi'. C'est une entreprise suédoise qui vend des meubles en kit à travers le monde. »
« Fascinant »
Je m'assoie à l'autre extrémité du canapé tandis que Granger sort son matériel, enclenche son horrible appareil et me propose : « Voulez-vous du thé ? »
Je regarde la théière d'un œil soupçonneux.
« Buvez d'abord. »
« Pardon ? »
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HG
Pourquoi regarde-t-il mon thé comme si celui-ci l'avait horriblement offensé ? Et que veut-il dire par 'buvez d'abord' ? Il ne croit tout de même pas que… ?
!!!
Oh mon Dieu, si, c'est ce qu'il croit !
« La confiance règne. » je murmure entre mes dents avant de boire mon thé. « Regardez, ça alors, je suis toujours en vie ! »
'Maître' Severus lève les yeux au ciel et me demande : « Est-ce que vous avez drogué ce thé avec du veritaserum ? »
« Non ! Ma parole, vous êtes paranoïaque ! »
« Possible. Mais, ma paranoïa, comme vous dites, m'a déjà sauvé la vie, à plusieurs reprises. »
Oui mais bon, de là à croire que MOI… Oh…
« Vous ne faites confiance à personne. »
Celui-ci, pour toute réponse, secoue la tête.
« Dans ce cas… » dis-je, en m'emparant de plusieurs biscuits au hasard avant de les fourrer dans ma bouche. « Vous serez ravi de savoir que je n'ai pas mis de veritaserum dans les biscuits non plus. »
'Maître' Severus esquisse un petit sourire avant de murmurer : « On ne parle pas la bouche pleine, Mlle Granger, vos manières sont déplorables. »
Je ne daigne pas formuler de réponse et me contente de lever les yeux au ciel.
Mon interlocuteur se décide à prendre sa première gorgée de thé.
« Alors, votre verdict ? »
« C'est horriblement doux… néanmoins… je déclare l'accusé non-coupable. »
Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire. Il faut avouer qu'il est amusant… quand il n'essaie pas d'être le plus désagréable possible.
« Oui, 'Maître' Severus a de l'humour. » me dis-je, en jetant un coup d'œil à l'intéressé.
Celui-ci lève les yeux vers moi et hausse un sourcil avant d'arborer une expression stupéfaite. Qu'est-ce qu'il a ? … !!!!!!
OH MON DIEU !!! Je n'ai tout de même pas dit ça à voix haute !?
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SS
Comment vient-elle de m'appeler ?!!!!!? Maître Severus ?!!?
Je me retiens d'éclater de rire. Cette gamine a vraiment le chic pour me stupéfier. A voir son expression défaite, je suppose que c'était involontaire.
« Merci pour le compliment et le titre honorifique, Mlle Granger. »
Celle-ci vire au rouge pivoine. Merlin, que c'est divertissant ! Peut-être pourrais-je en remettre une couche, pour voir si j'arrive à la faire tourner au bordeaux.
« Il est rare, de nos jours, de voir les jeunes respecter ainsi leurs aînés. »
« Etes-vous fâché ? » murmure-t-elle, en baissant la tête.
« Non, Hermione. »
Celle-ci relève la tête pour me regarder avec ahurissement. Chacun son tour, ma chère !
…
…
« Peut-être pourrions-nous démarrer cette interview avant que la nuit tombe ? » je propose.
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HG
Ah oui… L'interview… Je l'avais oubliée, celle-là.
Je regarde ma liste de questions d'un air dubitatif. 'Ah ! Comme s'il allait répondre à ça !' me dis-je, en contemplant la question n°1. Je passe à la question n°2 et secoue la tête. Ce n'est que lorsque j'arrive à la fin de ma liste que je me rends comptes que mes questions me semblent toutes plus indiscrètes les unes que les autres et que je n'ai pas envie de l'embarrasser en les lui posant.
Depuis quand est-ce que le fait de l'embarrasser me dérange ? Apparemment, depuis aujourd'hui.
Soupir.
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SS
Que lui arrive-t-il ? Pourquoi affiche-t-elle cet air dépité ?
« Peut-être avez-vous toute la journée ? Vous ne travaillez pas ? » je demande.
Est-ce que je rêve ou est-ce que je suis en train de faire la conversation ?
« Non, je travaille dans le cabinet dentaire de mes parents pour gagner un peu d'argent, le temps d'écrire mon livre. Mais le cabinet est fermé jusqu'à la fin août. »
« Et qu'est-ce que vous faites, au juste ? »
Ah oui, je suis effectivement en train de faire la conversation…
« Je m'occupe du secrétariat et assiste parfois mon père pendant les opérations. »
« Ça semble dégoûtant. »
Hermione éclate de rire.
« On s'habitue à force. De toute façon, je ne compte pas faire ça toute ma vie. »
« Non ? »
Mais arrête !!!
« Non, je ne sais pas encore ce que je veux faire, remarquez. Mais j'ai envie que ça fasse une différence, vous comprenez ? »
Je secoue la tête.
« Quelle pression sur vos frêles épaules ! Vous ne pouvez pas changer le monde, Hermione. »
« Je peux essayer… »
…
« Alors essayez… Posez-moi vos questions. »
Celle-ci regarde sa feuille, grimace et reste silencieuse.
…
…
Soupir.
« Donnez-moi ça » dis-je.
Je m'empare de sa feuille et me mets à l'ouvrage en soupirant
« Question un : La réponse est oui, la guerre a influencé mon choix, elle l'a même déterminé. Question deux : Est-ce que j'avais le choix, je suppose que j'aurais pu rester dans le monde sorcier mais à quel prix, celui de me faire traiter de traître quinze fois par jour, de me faire agresser si ce n'est assassiné. J'ai trouvé l'anonymat préférable, pour ne pas dire bienvenu. Question trois : Non, je ne pensais pas me retrouver professeur de Chimie moldue. Si quelqu'un me l'avait suggéré, je l'aurais fait enfermer. Question quatre : Mon ambition de l'époque ? Devenir le maître du monde, ça compte ? Sinon puissance et gloire. Question cinq : J'ai fait beaucoup de choses que je regrette, trop pour les citer toutes. Mais les principales sont d'avoir rejoint Voldemort, la prophétie, la mort de Dumbledore. Question six… »
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HG
« Question trente : … … Merlin ! Ce n'est pas recto verso, j'espère !? » demande-t-il, en retournant la feuille.
Je secoue la tête, hébétée. Heureusement que le dictaphone enregistre parce que je n'ai pas écouté les trois quarts de ses réponses. Je suis trop occupée à être émerveillée !
Je jette un coup d'œil à Severus qui soupire devant la question trente-deux, avant d'y répondre de bonne grâce. Le problème c'est que tout ce que j'ai envie de faire, depuis qu'il s'est emparé de cette feuille, c'est de lui crier qu'il est adorable et de me jeter dans ses bras.
Mais comment l'intéressé prendrait-il la chose ? Ne vaudrait-il pas se contenter d'un simple merci ? Cela me paraît dérisoire. Pourquoi pas un merci et une poignée de main ? Un merci et un bisou sur la joue ? sur le front ? sur la bouche ?
Oui et pourquoi pas le violer, là, tout de suite, pendant que tu y es. Calme-toi, Hermione !! D'accord, il a répondu à quelques questions. Mais ce n'est pas une raison pour lui déclarer ton amour éternel !
Très juste, mais nous parlons de Monsieur-je-ne-fais-pas-confiance-et-ne-me-confie-à-personne. Il a dû faire un effort surhumain. Peut-être qu'il faudrait quand même…
« La terre à Hermione ! »
Oups !
« Je vois que ce que je vous raconte, vous passionne. »
« Oui. Je réfléchissais à ce que vous venez de dire. »
Tu parles !! Pourvu qu'il ne me demande pas ce qu'il vient de dire ! Pourvu qu'il n'ait pas remarqué que je le fixe d'un air absent depuis dix minutes !
« Et alors ? » me demande-t-il en haussant un sourcil.
« C'est intéressant. Merci beaucoup, Severus. »
Puis je me penche vers lui pour l'embrasser sur la joue. Je n'avais pas prévu qu'il tourne la tête au dernier moment.
'Oups', me dis-je, lorsque mes lèvres entre en contact avec les siennes.
