Chapitre 10 : Quelques réponses
SS
Lorsque nous nous dirigeons hors de l'enceinte du château, je remarque que ma succube est bizarrement silencieuse. Que lui arrive-t-il ?
Elle s'arrête brusquement, se place devant moi et me dévisage, le tout sans dire un mot.
??
…
« Au revoir, Severus. »
Elle se hisse sur la pointe des pieds et m'embrasse. J'ai à peine le temps de réaliser ce qui se passe que sa bouche s'éloigne de la mienne.
« Merci pour tout, c'était merveilleux… Alors… je suppose qu'on se revoit bientôt. »
Je hoche la tête, décontenancé de l'entendre si dubitative. Pourquoi ai-je l'impression que je ne la reverrai jamais. C'est insupportable.
Elle s'éloigne de moi. Mué par un besoin irrésistible, je la rattrape et lui saisis le poignet.
« Quand ? » je demande.
« Quand tu veux, demain ? » propose-t-elle les yeux ronds.
Je secoue la tête.
« Impossible. »
« Alors peut-être après-demain ? »
« Non succube, ce soir, viens ce soir » j'ordonne, en m'emparant de ses lèvres.
Une tentative pitoyable de laisser mon empreinte sur elle pour qu'elle ne m'oublie pas.
Libère-la imbécile, tu deviens ridicule.
Sitôt délivrée, ma succube murmure contre ma bouche : « Oh Severus, pourquoi attendre ce soir ? »
« J'aime ta logique » je murmure en l'enlaçant et en nous faisant apparaître dans ma chambre.
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HG
Je me réveille dans le lit de Severus. Un lit minuscule soit dit en passant, je suis installée sur mon voisin pour ne pas tomber dans le vide. Apparemment, il n'a jamais essayé de partager son lit, sinon il aurait remarqué que c'était impossible.
« Severus, tu as besoin d'un plus grand lit. »
« Estime-toi heureuse, succube, que je ne te fasse pas dormir par terre. »
« Mince, j'ai attendu trop longtemps, j'aurais dû te demander lorsque tu étais prêt à m'accorder la lune. »
Il ricane.
« Si le lit ne te plaît pas, tu n'as qu'à le métamorphoser. »
« Je n'ai pas envie de m'amuser à re-métamorphoser le lit chaque fois que je viens ici, nous avons besoin d'acheter un nouveau lit. »
Soupir déchirant de Severus.
« Fais comme bon te semble » grogne-t-il.
Je lui adresse un sourire et dépose un baiser sur sa joue.
« Merci, je te promets que tu ne le regretteras pas. »
« Mais oui, c'est ça, si tu le dis. »
Il semble de bonne humeur, me dis-je, en l'observant. Peut-être devrais-je en profiter pour lui poser les questions qui me travaillent depuis ce matin…
Mais suis-je prête à entendre ses réponses ? Voilà une autre question …
…
« Je connais ce regard succube, qu'est-ce que tu veux me demander ? » soupire-t-il.
!!!
Voilà qui facilite mon dilemme…
« Est-ce que tu aimes vivre ici ? »
Il hausse les épaules.
« Je ne sais pas, je ne me suis jamais posé la question. »
Seigneur !
« Attends, ça fait bientôt dix ans que tu vis ici, non ? »
Il hoche la tête.
« Et tu ne t'es jamais demandé si tu aimais cet endroit ? »
Il secoue la tête.
Soupir.
Il va falloir essayer une autre approche.
« Si on t'ordonnait sous la menace de choisir entre 'rester habiter ici' ou 'aller habiter autre part', qu'est-ce que tu choisirais ? »
« Je peux savoir l'identité de la personne qui me menace ? » demande-t-il.
???
« Qu'est-ce que ça change ? »
« Tout. J'aurais tendance à répondre en fonction de mon interlocuteur pour que celui-ci épargne ma vie. »
Quelle idée de sortir avec un ancien espion ! Aux grands maux les grands remèdes.
« Admettons que ce soit Hermione Granger qui te pose la question, sans te menacer le moins du monde, parce qu'elle a envie de savoir ce qui te rendrait le plus heureux. »
…
…
« Severus ? »
« Je réfléchis… »
…
…
…
« Je crois que je lui répondrais que personne ne m'a accordé le droit de faire un choix depuis des années et que je manque donc de pratique à ce sujet. Pour cette raison, je lui demanderais de m'accorder un délai de réflexion pour lui donner ma réponse. Et, pour finir, je la remercierais de m'avoir posé la question et d'être la seule personne à ma connaissance à se soucier de mon bien-être. »
Je n'ai connu personne qui arrive à me bouleverser autant en trois phrases.
« De rien, prends tout ton temps » dis-je, en me jetant à son cou.
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« Succube ? »
« Oui ? »
« Je crois que j'aime vivre ici… C'est calme. »
Je souris et hoche la tête. Oserais-je lui poser la question qui me brûle les lèvres ?
…
…
« Pose ta question » m'ordonne Severus.
« Comment est-ce que tu fais ? Est-ce que tu lis dans mes pensées ? »
« Nul besoin de légilimancie, chaque fois que tu veux me poser une question, tu te mordilles les lèvres… Alors ? »
« Est-ce que tu crois, qu'à long terme, tu accepterais que je vive ici avec toi ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire par 'à long terme' ? »
« Euh, je ne sais pas, dans une année ou deux… ou même plus tard... Beaucoup plus tard ? » Je m'empresse d'ajouter en voyant sa mine déconfite.
« Hermione, ça fait tente ans que je vis seul... »
Je ferme les yeux et murmure : « Oui, ça fait longtemps, je comprends. »
« Non, je ne crois pas que tu comprennes, succube. Ça fait depuis UNE ÉTERNITÉ que je suis seul. Je n'ai pas envie de patienter encore, Merlin sait combien d'années, que tu te décides à venir habiter avec moi ! Je te signale que j'ai quarante-cinq ans et que je ne suis pas en train de rajeunir… …Par Merlin ! Pourquoi est-ce que tu pleures ?!!? »
« Je suis soulagée… » j'articule entre deux sanglots.
Severus secoue la tête.
« Donc, quand tu es soulagée, tu pleures, c'est ça ? »
Je hoche la tête.
« Et je suppose que quand tu es triste, tu pleures aussi ? »
Je hoche la tête.
« Et peut-être aussi, parfois, quand tu es contente ? »
Je hoche la tête.
« Et je suppose que je suis censé deviner, Merlin sait comment, ce que tu es en train de ressentir grâce à ses signaux identiques ? »
Je hoche la tête.
« Merlin ! »
Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.
« Et voilà qu'elle rit maintenant ! »
« Oh, Severus, je suis désolée. »
« Tu as l'air. »
« Je sais que ce n'est pas facile. Alors voilà ce qu'on va faire. Quand tu auras un doute, tu n'auras qu'à me demander. »
« Est-ce que tu es contente ? »
« Oui. »
« Est-ce que tu veux vivre avec moi ? »
« Oui. »
« Quand ? »
« Mmh, il faudrait que je finisse mon livre avant… Dans trois semaines ça irait ? » je demande, en souriant.
Il m'adresse un regard stupéfait et hoche la tête. J'ai l'impression qu'il n'a rien compris.
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SS
« Severus, crois-tu que nous pourrions faire de petits arrangements pour rendre cette maison plus… Hum… Comment dire… »
« Habitable ? » je propose.
« J'allais dire agréable à vivre. »
« Il est un peu tard pour faire dans la nuance, succube, je te rappelle que tu as traité cette maison de 'trou', juste après avoir insinué que j'étais prêtre. »
« Hum, peut-être que 'trou' était un mot un peu fort. Ce que je voulais dire, c'est que ta maison semble dépouillée de confort et inhabitée depuis des lustres. »
!!!
« Je vois… Qu'est-ce que tu proposes ? »
« Nous pourrions commencer par trier tes meubles en les classant en trois catégories, ceux que tu veux garder à tout prix, ceux dont je veux absolument me débarrasser et ceux qui nous indiffèrent tous les deux. »
Ça semble exténuant mais faisable.
« Continue… »
« Ensuite il nous faudra acheter de nouveaux meubles pour remplacer ceux que nous aurons jetés. Et nous pourrions refaire un coup de peinture, quelque chose qui fasse un peu plus gai que ces murs de prison. »
« Je n'ose même pas imaginer ce que tu entends par 'un peu plus gai'… »
« Je ne sais pas, qu'est-ce que tu aimes comme couleur ? »
« A ton avis ? »
« Est-ce que tu essaies de me dire que tu n'aimes aucune couleur et que c'est pour ça que tu t'habilles en croque-mort ? »
« Je ne m'habille pas en croque-mort ! » je m'exclame.
« Bien sûr que si, on dirait que tu es constamment en deuil. »
« Je cherche juste à passer inaperçu. »
!!! ... Je n'en reviens pas de lui avoir avoué ça !
« C'est inefficace. Avec ta tenue, on te remarque à un kilomètre. Si tu veux passer inaperçu essaie de t'habiller en gris, blanc ou bleu mais pas en noir. Ou alors garde ton pantalon noir et mes une chemise de couleur » suggère-t-elle.
Je rêve ou je suis en train de parler chiffon ?!
« Je vois… Et alors, ces murs ? » je demande, pour changer de sujet.
Une heure plus tard, je me demande si je n'aurais pas mieux fait de me taire.
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« Severus ? »
« Qu'est-ce que tu vas encore trouver à me demander ? » je soupire.
« Est-ce que tu es allergique aux poils de chat ? »
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
