Chapitre 11 : Ordre de Merlin 1ère classe

SS

Je regarde avec suspicion, le paquet que je viens de recevoir. Il viendrait du ministère, c'est du moins ce que prétend l'adresse. Je décide de contrôler si ce colis n'est pas ensorcelé par tous les moyens possibles et imaginables. Après un examen qui m'a fait perdre environ trente minutes, je dois me rendre à l'évidence. Ce paquet provient bien du ministère.

Je l'ouvre et manque de faire une attaque. La médaille que je fixe d'un air médusé, est un 'Ordre de Merlin 1ère classe' !!

Pourquoi !? Après toutes ses années ? Ça n'a aucun sens ! A moins que…

Je déplie la lettre d'accompagnement et la lis rapidement.

{Cher Monsieur Snape,
Nous avons eu l'occasion, grâce au témoignage apporté par Monsieur Harry Potter, de réexaminer votre cas. Nous sommes arrivés à la conclusion que votre rôle majeur durant la guerre menée contre 'Vous-savez-qui' vous qualifiait pour recevoir un Ordre de Merlin, récompense suprême de notre gouvernement accordée aux sorciers jugés méritants …}

J'empoigne la médaille et la lettre et apparaît à Poudlard. J'ai un mot à dire à 'Monsieur Harry Potter'.

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Je localise l'intéressé dans la grande salle. Il est en train de prendre son petit déjeuner avec les autres professeurs. Lorsqu'il me voit, il écarquille les yeux et manque de s'étouffer avec son jus d'orange.

« Monsieur Potter. Vous et moi. Dehors. Maintenant. »

« Est-ce que c'est un Ordre de Merlin ? » demande Minerva, en fixant la médaille dans ma main.

« Je n'ai pas toute la journée, Monsieur Potter. »

Celui-ci soupire, se lève et lance à la cantonade : « Si je ne reviens pas, sachez que je vous aimais tous... Enfin, vous, je ne suis pas tout à fait sûr » ajoute-t-il, en me désignant du doigt.

« Cessez de faire le pitre » dit-je en lui attrapant l'oreille.

« Aïe aïe aïe aïe, non, arrêtez. Je vais vous suivre. »

« Sage décision » je murmure, en le relâchant.

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Je tends la lettre à Potter.

« Expliquez ça. »

Potter lit la lettre, lève les yeux au ciel puis déclare : « Je leur avais pourtant précisé de ne pas me mentionner. »

Severus, tu sais bien que le meurtre est un acte prohibé, respire profondément.

« L'explication, Potter. »

« Ah oui… Euh… C'est Hermione »

Sans blague, comme si je ne l'avais pas deviné !

« C'est tout ce que vous avez à dire pour votre défense ? »

« Je ne voulais pas le faire. Je lui ai dit que ça n'allait pas vous plaire… C'est mieux ? »

« A peine. »

Soupir.

« Ecoutez Snape, le ministère n'avait aucun droit de vous refuser cette récompense. Vous la méritez plus que n'importe qui. Si vous n'aviez pas été là, je serais, à l'heure qu'il est, mort et enterré. Je vous devais bien ça et j'aurais dû le faire plus tôt. Je ne vois pas pourquoi vous faites tout un plat de cette histoire. Soyez content qu'Hermione se soucie de vous et de votre réputation. »

« Est-ce que vous allez me tuer maintenant ? »

Je secoue la tête.

« Ah… Parfait ! » s'exclame-t-il.

« Néanmoins, ce serait un euphémisme de dire que je suis extrêmement mécontent. Vous avez agi dans mon dos, sans me demander mon consentement. »

Il lève les yeux au ciel.

« Qu'est-ce que vous vouliez que je fasse ? Que je vienne vers vous, vous tape sur l'épaule et vous demande : 'Alors, mon cher vieux copain Severus, est-ce que ça vous dirait que j'intercède en votre faveur pour cet ordre de Merlin ?'… »

Quelle andouille, me dis-je, en secouant la tête.

« Et je suppose que vous voudriez me faire croire que vous auriez répondu : 'Mais bien sûr, Harry mon garçon, quelle bonne idée, c'est vraiment généreux de votre part, laissez-moi baiser vos pieds de reconnaissance'. »

Je ne peux empêcher mes lèvres d'esquisser un sourire.

« Peut-être, que ça ne se serait pas passé tout à fait comme ça. ».

« Sans blague. Si j'avais osé vous faire la moindre allusion à ce sujet, vous m'auriez arraché le bras. »

« En tout cas, en ce moment, je regrette de ne pas vous avoir arraché la langue » je soupire.

« Eh bien non, vous voyez, elle est toujours là » dit-il, en me la montrant.

« Cessez d'être immature ! »

« Vous d'abord ! »

« Pardon ?! »

« Vous ne pourriez pas, une fois dans votre vie, accepter l'aide d'un autre être humain ? »

Je ne sais pas, pourrais-je ?

« Je ne vous demande pas d'être reconnaissant. » poursuit-il. « Simplement d'admettre la décision d'Hermione, celle de vous laisser le choix de retourner ou non dans le monde sorcier. »

« Où est-elle ? » je demande.

« Qui ? »

Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter de discuter avec un abruti pareil !?

« Succube. »

« Succube ? … Ah, Hermione ! Vous devriez le savoir mieux que moi, non ? »

Je soupire, secoue la tête et murmure : « Elle n'est pas chez moi. »

« Alors, essayez son appartement » dit-il, en levant les yeux au ciel.

« Je ne sais pas où elle habite » je murmure, entre mes dents.

Potter me regarde d'un air incrédule.

« Franchement, Snape ! »

« Elle ne m'a jamais invité… ARRÊTEZ DE RIRE !!! »

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HG

Voilà une heure que je suis occupée à fixer le vide. Mon livre terminé et posé sur le bureau.

Des sentiments contradictoires se bousculent dans ma tête. La fierté d'être venue à bout de ce projet se mélange avec une sorte de sentiment de vide insupportable.

Que vais-je faire maintenant ?

Trouver un éditeur qui publiera mon livre.

Oui, et après ?

Emménager avec Severus et tenter de retaper sa maison.

Oui, et après ?

Et après, on verra ! On n'en est pas encore là.

De toute façon, je me suis engagée à montrer le dernier chapitre de mon livre à Severus. Ça m'étonnerait qu'il me laisse le publier tel quel. En fait, je vais probablement devoir réécrire le chapitre en entier… ou exigera-t-il de le réécrire lui-même ?

Je n'ai pas le loisir de m'interroger davantage, qu'Harry et Severus apparaissent, main dans la main, au milieu de la pièce.

!!??

« Mission accomplie. J'espère que Monsieur Snape est satisfait du transport, un petit pourboire peut-être ? »

« Dégagez, Potter. »

« Pas de pourboire, très bien… Au fait, Hermione, tu ne crois pas que ça aurait été sympa de montrer à ton 'cher et tendre' où tu habites ? »

Oups...

« L'occasion ne s'est pas présentée… Désolée Severus. »

Harry secoue la tête.

« Vous êtes vraiment un couple bizarre… Bye » dit-il, en me faisant un signe d'adieu.

« Potter ? » l'apostrophe, Severus.

« Oui ? »

« Merci pour... Vous savez. »

« De rien. Ce fut un plaisir… Enfin presque. » répond-t-il, avec un grand sourire, avant de disparaître.

Qu'est-ce qui vient de se passer ?!!

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Voilà environ un siècle que Severus observe les environs et il ne s'est pas décidé à dire un mot. Peut-être que je devrais essayer d'engager la conversation, à tout hasard.

« Alors, c'est ici que tu vis » dit-il.

Cette phrase me sort de ma stupeur et je m'exclame : « Oui tu vois, là, nous sommes dans le salon… » comme s'il n'avait pas remarqué. « Et là, c'est mon bureau avec l'ordinateur où je travaille sur mon livre. Est-ce que tu sais ce qu'est un ordinateur ? Bien sûr, que tu sais ce qu'est un ordinateur, tu es de sang mêlé ! Peut-être même que tu as déjà surfé sur internet ? Quoique ce n'est peut-être pas de ta génération, hum, peu importe, je te montrerai si jamais. » Mon Dieu, tais-toi ! « Et là ce sont… Euh… Quelques habits que je dois repasser. » depuis deux mois. « Et là, des livres que je n'ai pas eu le temps de ranger » dis-je, en ramassant la tripotée de livres qui jonchent le sol. « Et là, c'est… Pattenrond ! » sauvée par le chat. « Pattenrond : Severus. Severus : Pattenrond » dis-je, en lui plantant le chat dans les bras.

Les deux se dévisagent d'un air dubitatif, avant d'arriver à la même conclusion : « Miaou » « Hello »

Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.

« Je suppose, que tu n'attendais pas ma visite… Et tu oses appeler ma maison un taudis ? » dit-il, en relâchant le chat et en enlevant la pile d'habits du canapé, avant de s'asseoir.

« Je sais, mon appart' est un bouge pour l'instant. J'étais absorbée par mon livre et j'ai oublié de ranger. »

« Je vois… Et pour ton information, succube, je connais internet, je suis peut-être vieux mais je me tiens au courant. »

« Désolée, j'ai manqué de tact… »

« Mmh… » grogne-t-il.

« En fait, que me vaut l'honneur de ta visite ? » dis-je, pour changer de sujet.

« Ceci » dit-il, en sortant une médaille de sa poche, qui ressemble furieusement à un Ordre de Merlin.

« Oh… »

« Dis-moi, devrais-je t'assassiner ou te remercier ? »

« C'est une question piège ? »

« Pas du tout, je te laisse trente secondes pour plaider ta cause, avant de t'égorger. Je t'écoute. » dit-il, en consultant sa montre.

Oh mon Dieu ! J'aurais dû me préparer à cette éventualité. Quelle idiote ! Je suis mauvaise lorsque je dois m'exprimer dans l'urgence. Est-ce que je devrais commencer par m'excuser ou est-ce que cela reviendrait à dire que je suis coupable. Non, mieux vaut oublier les excuses. Simplement lui expliquer, oui c'est ça, lui expliquer que je voulais lui laisser le choix parce que… parce que quoi en fait ? Parce qu'il le mérite. Oui bien sûr qu'il le mérite, mais est-ce un argument suffisant ?

« Plus que 5 secondes… »

Oh mon Dieu, dis quelque chose !! N'importe quoi !!

« Je t'aime ! » je m'exclame sans réfléchir.

N'importe quoi, sauf ça !!! Je jette un coup d'œil inquiet à Severus, qui semble s'être changé en statue de sel. Seigneur, faites que je ne l'ai pas irrémédiablement choqué.

S'il te plaît, dis quelque chose.

« Voyez-vous ça » dit-il, en fronçant les sourcils.

Il se lève du canapé et s'approche de moi avec une expression indéchiffrable sur le visage. Son regard est si froid et perçant que je ne peux m'empêcher de fermer les yeux. Je retiens ma respiration et attends le verdict.

Un souffle d'air me caresse le visage, puis, je me sens frissonner lorsque sa voix murmure à mon oreille : « Est-ce que tu penses ce que tu viens de dire succube, ou est-ce le moyen que tu as trouvé pour que je t'épargne ? »

« La première » je murmure, les yeux clos.

« En es-tu sûre ? »

« Oui. »

« Sûre et certaine ? »

?

« Oui, sûre et certaine. »

« Sans le moindre doute ? »

A quoi est-ce qu'il joue ?

« Oui ! »

« Serais-tu prête à le jurer sur ta vie ? »

« OUI !! Franchement Severus ! »

J'ouvre les yeux et me retrouve nez à nez avec un Severus Snape amusé, arborant un sourire jusqu'aux oreilles.

??? !!!!

« Tu n'es pas fâché. »

Il secoue la tête.

« Tu me fais marcher. »

Il hoche la tête.

« Est-ce que tu vas au moins me répondre que tu m'aimes aussi ? »

« A ton avis ? » demande-t-il, en caressant mes cheveux.

« Alors comme ça, nous sommes de retour aux devinettes ? »

« Il me semble que tu t'en étais donnée à cœur joie la dernière fois. Alors, dis-moi, succube, est-ce que je t'aime ? »

Il l'aura voulu…

Je souris et réponds : « Bien sûr que tu m'aimes ! En fait, tu m'aimes tellement que parfois il t'est même difficile de respirer quand je suis loin de toi. Et tu te demandes comment tu faisais avant de me rencontrer. Tu as un peu peur parce que tu te rends compte que, sans moi, ta vie te paraît vide. Et parfois, tu n'arrives pas à en croire ta chance, tu te demandes ce que tu as fait pour mériter une perle telle que moi. Mais, au fond de toi, tu es heureux car tu as la certitude que tu ne seras plus jamais seul. »

Peut-être que j'ai été un peu loin, me dis-je, en contemplant la figure défaite de l'homme que j'aime. Il semble si pâle que je me demande s'il ne va pas s'évanouir.

Je murmure, en caressant sa joue : « Je plaisantais, Severus. Je sais bien que tu ne m'aimes pas 'à ce point-là' »

« Si c'était le cas… Est-ce que ça te ferait peur ? »

« Severus... »

« Oublie ce que je viens de dire… C'était stupide… Je ne voulais pas… »

« Non ! » je l'interromps. « Non, ça n'avait rien de stupide, rien du tout ! Et maintenant, je vais t'embrasser parce que j'ai la certitude que tu es l'homme le plus adorable que j'ai jamais rencontré ! »

Je profite de sa stupeur pour m'exécuter. Au début, j'ai la sensation d'embrasser une statue de marbre, puis petit à petit, je le sens se détendre et finalement répondre à mon baiser avec adoration.

« Je ne t'ai pas encore fait visiter ma chambre. Il faut que tu la voies. Maintenant » dis-je en lui prenant la main et en l'entraînant à ma suite.