Deuxième chapitre, enfin ! J'ai mis pas mal de temps à l'écrire, mais le voilà (et il est bien plus long que le premier) ! Le prochain est déjà écrit (ohlala j'ai pris trop d'avance !) donc il arrivera d'ici 1 ou 2 semaines, le temps que j'écrive le quatrième chapitre.

Ici on se penche sur le point de vue de Murphy, qui est incontestablement mon personnage préféré de The 100 (avec Raven, j'avoue).

Merci pour les reviews sur le premier chapitre :)

Bonne lecture !


II - Les murmures du ciel

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85 jours


84 jours. Ou était-ce 85 ? Ils n'étaient à bord de l'Arche que depuis un peu plus de deux mois, et déjà John perdait le compte des jours. Si deux mois commençaient à avoir raison de leur mental, alors comment allaient-ils survivre pendant cinq ans sans perdre la raison ? Sans jamais l'évoquer, ils savaient tous cela. Que ces cinq années pourraient très bien les tuer. Aussi chacun essayait de s'occuper à sa manière.

Raven et Monty passaient leurs journées à tenter de réparer la radio de l'Arche depuis qu'ils avaient fini de redémarrer les fermes hydrauliques qui leur permettaient de manger. Des algues comme unique alimentation pendant cinq ans, c'était tellement ridicule que John n'avait plus envie d'en rire. L'espace allait peut-être avoir raison de son cynisme habituel.

Depuis que Echo était enfin sortie de sa torpeur, elle s'entraînait sans relâche tous les jours. John était épuisé rien qu'en la regardant. Il ne comprenait pas où elle parvenait à trouver toute cette énergie alors que les autres habitants de l'Arche peinait à garder leurs forces pour tenir toute la journée. Harper s'entraînait parfois avec elle le matin, mais tout comme les autres elle s'épuisait vite. Echo était une force de la nature, inépuisable et stable comme un roc.

Emori faisait ce qu'elle faisait déjà sur Terre. Ce qu'elle avait fait toute sa vie en réalité. Elle fouillait. L'anneau de l'Arche n'était pas si grand que ça, mais il y avait encore tellement de recoins et de cachettes à explorer selon elle. Visiblement, les anciens habitants de l'Arche avaient un don pour cacher n'importe quoi derrière les lourds panneaux de métal qui composaient les parois de l'anneau. Jusqu'alors Emori avait trouvé des couvertures de survie en aluminium, quelques vêtements, de nombreux journaux intimes datant de plusieurs décennies et, trésor inestimable, une boîte de fer remplie de portions de nourriture déshydratée.

C'était devenu leur moment de bonheur de la journée, lorsqu'au repas du soir, Emori déposait sur la table ses découvertes de la journée. Même un bout de papier griffonné devenait source d'émerveillement. Chacun essayait de trouver de quand il pouvait dater, qui avait pu l'écrire, pourquoi avait-il été caché … C'était peut-être un jeu puéril et enfantin, mais n'importe quelle situation pouvant leur faire oublier la monotonie de la vie sur l'Arche était la bienvenue.

Bellamy tournait en rond depuis deux mois. John aurait probablement ri de lui, s'il n'avais pas autant pitié de Bellamy. Il était évident qu'il s'en voulait d'avoir laissé Clarke sur Terre, où elle avait probablement péri sous la vague nucléaire. Bellamy avait l'air désœuvré et complètement perdu au milieu des couloirs vides de l'anneau. Il avait tenté durant les premiers jours de garder son âme de meneur, mais il n'avait pas pu sauver les apparences bien longtemps : la vérité c'est que maintenant que chacun savait ce qu'il avait à faire, il n'y avait plus besoin d'un leader. La seule chose qu'il restait à faire pour Bellamy était d'attendre.

John était resté dans la même position que Bellamy pendants quelques semaines. Il avait lui aussi tourné en rond sans savoir quelle était sa place sur l'Arche. Après s'être souvenu que la bibliothèque de l'Arche se trouvait sur l'anneau, il s'était mis à lire. Beaucoup. Il restait très peu de livres imprimés, une cinquantaine seulement. Tous les autres étaient sous format numérique et par chance, John avait retrouvé dans une des chambres trois tablettes de lecture. Des vieux modèles, datant d'un autre siècle, mais qui fonctionnaient encore. Depuis, il était assez étonnant de le voir sans sa tablette à la main.

Peu après le soixantième jour, alors que Raven était entrée en trombe dans le réfectoire la main en sang, après s'être blessée en réparant la radio, un autre problème s'était posé. Il était indéniable qu'il leur fallait un médecin sur l'Arche. Sur Terre, il y avait Abby et son second Jackson. Et lorsqu'ils n'étaient pas là, Clarke était à même de les soigner. Elle aurait d'ailleurs probablement occupé ce rôle si elle était ici avec eux. Mais le destin en avait décidé autrement.

John était contre toute attente ce qui se rapprochait le plus d'un médecin actuellement, de par son histoire personnelle. Il n'aimait pas en parler, mais tous ceux qui avait grandi sur l'Arche en même temps que lui la connaissait, avec plus ou moins de détails.

Alexander Murphy avait été l'un des meilleurs docteurs de l'Arche. Abby avait été nommée à la tête de l'unité médicale il y a près de vingt ans pour d'évidentes raisons, mais Alex Murphy l'avait longtemps secondé dans son travail au bloc. Abby et Alex avait été d'excellents amis dés le début de leur collaboration. Leurs enfants étaient nés à quelques semaines d'intervalle. Alex était devenu le parrain de la petite Clarke, tandis qu'Abby avait eu pour filleul un jeune Jonathan encore calme et obéissant. Clarke et John avait grandi ensemble, durant les premières années de leurs vies sur l'Arche. Jusqu'à cette fameuse épidémie.

John avait perdu son père assez tôt, une histoire de grippe mal soignée et de médicaments volés, d'amitiés bien vites oubliées au profit d'un système judiciaire cruel et sans merci. Sa mère avait rapidement suivi son mari, noyée dans le chagrin et l'alcool, lui affublant la mort de son père sur la conscience. John était devenu un enfant turbulent et mauvais à l'école, mais il s'était fait la promesse de devenir médecin comme son père et de toujours soigner ses patients avec attention et précision, pour qu'une histoire comme la sienne ne se reproduise jamais.

L'enfance avait fait place à l'adolescence. John avait grandi, et d'un enfant difficile, il était devenu un jeune homme mauvais et imprévisible, volant, insultant, frappant, sans jamais sembler éprouver le moindre remords. La promesse avait été longtemps oubliée. De toute manière, qui voudrait d'un médecin comme John Murphy, ce gamin méprisant et sans avenir ? D'une façon ou d'une autre, il avait finit en détention, parce qu'il n'avait encore que quatorze ans à l'époque. Le Chancelier Jaha n'avait pas eu besoin de chercher de quoi l'inculper, aux yeux des habitants de l'Arche, John était coupable du fait même d'exister.

Il détestait ce genre d'histoires clichées, mais John devait bien admettre que la Terre lui avait donné une seconde chance. Ça avait évidemment mal commencé, parce qu'être sur Terre était synonyme pour lui de liberté totale, vision que ne partageaient pas Clarke et Bellamy, qui s'étaient auto-proclamés reine et roi des Cents. John quittait un régime totalitaire dans l'espace pour en retrouver un sur Terre, et il n'avait pas voulu s'y plier. De fil en aiguille, il avait été accusé injustement du meurtre de Wells Jaha. Personne n'avait cherché à l'écouter. Personne n'avait voulu croire qu'une petite fille était la vrai meurtrière. Tout le monde s'était accordé pour dire que John méritait quand même de mourir.

Les choses avaient empirées. Les Grounders l'avait trouvé et torturé. Il s'était vengé de ceux qui avaient voulu le tuer. Il avait tenté de pendre Bellamy. Il avait … il avait privé Raven de ses jambes.

L'Arche avait rejoint le sol. Les adultes étaient arrivés. Une bonne partie des Cents avait été enlevée par les gens de la Montagne. Et, malgré les apparences, les choses avaient commencé à aller mieux pour John. Il y avait bien sûr eu cette histoire avec Finn. Raven avait eu une raison de plus de le détester. Il n'avait pas pu empêcher Finn de tuer tous ces innocents à Tondc. Il les avait condamnés, d'une certaine façon. Puis Jaha lui avait promis la cité des Lumières au delà du désert et de l'océan. Et il avait été assez naïf et désespéré pour le suivre.

Emori était au milieu de ce désert. Elle l'avait tout de suite interpellé. Ses grands yeux sombres. Son tatouage sur le visage. Son sourire, discret mais chaleureux. Et puis, elle lui avait montré sa main. Il avait été surpris. Pas dégoûté, mais réellement surpris. John s'était souvenu des bandes dessinées que son père avait gardées précieusement toute sa vie, et qu'il avait lu dés son plus jeune âge. Il s'était souvenu de ces super-héros qui pouvaient changer leurs corps pour se battre. Sauf que les super-héros n'existaient pas dans la vraie vie. Mais Emori avait cette étincelle dans le regard, cet aura autour d'elle. Elle était une guerrière. Elle aurait pu le battre tellement facilement. John s'était sentit irrémédiablement attiré par la jeune femme.

Et puis tout s'était enchaîné … le phare, sa descente vers la folie, Jaha, ALIE, les puces, Polis, Ontari, la vague nucléaire, la fuite, l'espace …

Ils étaient de retour sur l'Arche. Perdus au milieu de l'espace pour cinq longues années. Et ils avaient choisit John pour devenir leur médecin. C'était presque aussi ridicule que de devoir s'imaginer manger des algues jusqu'à leur retour sur Terre. Mais c'était ce qu'ils avaient décidé, à l'unanimité. Et s'il y a bien une chose face à laquelle John ne reculait pas, c'était son devoir de responsabilité. Surtout lorsque celle-ci concernait sa propre survie. Ou celle d'Emori.

« Murphy ? Qu'est-ce que tu fais là ? » La voix tira John de sa lecture plus qu'ennuyante. Traiter les infections du sang, par un certain docteur J. Smith, qui était probablement meilleur médecin qu'écrivain. John releva la tête de sa tablette de lecture et croisa les yeux sombres de Raven. Elle tenait à bout de bras une lourde caisse remplie d'outils.

« Je lis. » lança John avant de bâiller à s'en décrocher la mâchoire.

« Encore ? Tu ne t'arrêtes plus. » Raven s'avança au milieu de la pièce, les outils brinquebalant dans la caisse. « Pourquoi ici ? »

Depuis quelques jours, John s'installait dans l'ancienne salle de contrôle de l'Arche. Lire ces livres de médecine, et surtout les comprendre, était extrêmement difficile. Il avait besoin d'être seul. « C'est calme. La plupart du temps. » ajouta-t-il avec un sourire. Sourire auquel Raven répondit par une moue malicieuse, avant de secouer la boîte pour faire plus de bruit. John leva les yeux aux ciel.

« Et si tu laissais tomber ton bouquin quelques minutes, j'ai besoin d'aide. »

John laissa échapper un rire surpris. « Je crois que tu me confonds avec Monty, Raven. Je suis incapable de t'aider à réparer la radio. » Si l'art de la médecine et des sciences commençait à se dévoiler à lui, ce n'était pas le cas de l'électronique et de la technologie.

« Si, je t'assure que tu le peux. Viens par là. » Raven fit un geste de la tête pour l'inciter à s'approcher. En soupirant, John mit en veille sa tablette et s'avança vers Raven. « Mets tes mains face à toi, paumes vers le haut … plus écartées. Voilà, parfait. » Avec un grand sourire, elle posa sur les main de John la lourde caisse de métal qu'elle portait depuis tout à l'heure.

« Et j'en fais quoi ? » demanda John.

La jeune femme indiqua un coin de la pièce, derrière l'un des panneaux de commande « Pose-la ici. »

« Sérieusement ? C'était à deux mètres de toi Raven. » John râlait, mais c'était juste pour la forme. Il était prêt à faire ça pour Raven. Il aurait ramené cette caisse depuis l'autre côté de l'Arche, si elle lui avait demandé. Elle aurait du lui demander. Marcher, même avec son attelle métallique, était un calvaire pour Raven. Et bien qu'elle ne l'avouait pas, tout le monde le savait et essayait de lui faciliter la vie de manière discrète.

Raven remercia John et dévissa rapidement les boulons qui retenaient la plaque de métal derrière le panneau de commande. Elle lança un juron d'une voix étouffée devant l'amas de fils électriques et de diodes lumineuses qui se trouvaient à présent face à elle. « Hé Murphy, assieds-toi avec moi un peu. Tu vas m'aider à me démener avec tous ces fils. »

John s'exécuta sans broncher, parce qu'il n'avait de tout façon pas envie de retourner tout de suite à sa lecture. Cela faisait deux semaines qu'il vivait le nez plongés dans les quelques livres de médecines qui se trouvaient encore sur l'Arche. Du lever au coucher, il lisait. Il lisait en mangeant, il lisait en marchant d'un bout à l'autre de l'anneau, il lisait dés qu'il le pouvait, quitte à passer pour plus asocial encore qu'il ne l'était. Il sentait que même Emori commençait à être agacée par son comportement, mais il ne pouvait rien y faire. Il n'y avait personne sur l'Arche pour lui apprendre à être un médecin, si ce n'étaient ces livres.

Assis à même le sol dans un silence confortable, John et Raven démêlaient un à un les nombreux câbles électriques du panneau de commande, pour que la jeune femme puisse y installer un boîtier électronique sur lequel elle travaillait depuis des jours. John n'avait rien compris de ses explications mais d'après Raven, c'était la dernière étape pour réparer la radio. Si ça ne fonctionnait pas, alors il n'y aurait plus rien à faire.

John appréciait ce moment de calme. Après tout ce qu'il s'était passé entre eux sur Terre, il était heureux de partager ce moment avec Raven. Il devait l'admettre, il appréciait la compagnie de la mécanicienne. D'une certaine façon, elle et Emori étaient tellement semblables. Elles étaient calmes et réfléchies au premier abord, mais elles ne manquaient ni l'une ni l'autre de courage et de détermination. Emori avait la survie dans le sang, bien plus que John d'ailleurs. Elle ferait n'importe quoi pour survivre, parce que c'est ce qu'elle avait fait toute sa vie. Raven avait la même hargne et la même volonté lorsqu'il s'agissait de comprendre les choses et d'essayer de les résoudre.

« Tu sais, je suis contente que tu sois là Murphy. » La voix de Raven était plus douce et calme qu'à l'accoutumé. Il ne s'y attendait pas. « Je savais que je retournerais dans l'espace. Je pensais juste faire une dernière virée en combinaison pour regarder la Terre s'embraser. Mais je suis heureuse que l'on soit ensemble sur l'Arche. C'est une bonne manière de conclure l'histoire, tu ne trouves pas ? »

Il la regarda droit dans les yeux et ce qu'il y vit l'effraya un peu. Il y avait de la fatalité dans le regard de Raven. John n'aimait pas cela. « C'est pas la fin. On retournera sur Terre. »

« Tu n'es pas supposé être le pessimiste de la bande ? » demanda Raven avec un sourire presque amusé.

Il baissa la tête vers l'amas de fils qu'il tenait dans les mains et reprit son travail minutieusement. Fil après fil. Oui, il avait toujours été le pessimiste. Mais paradoxalement, maintenant qu'il n'y avait presque plus d'espoir, il avait envie d'y croire. « Il n'y a pas de raison de l'être. » reprit-il après un instant. « Tu es là non ? Et Monty aussi. Vous trouverez forcément un moyen de nous faire revenir sur Terre. On a cinq ans pour y réfléchir. »

« Ça sonne comme le début de cinq années fantastiques. » dit Raven avec sarcasme. Elle se pencha vers la caisse de métal qu'elle avait amené en arrivant et en ressorti un petit boîtier qui semblait être composé de plusieurs composants électroniques différents. Elle s'empara de l'un des câbles que John venait de démêler et le brancha sur l'un des récepteurs du boîtier. Rien ne se passa, mais Raven n'eut pas l'air surprise ou mécontente.

« Je suis content moi aussi. » dit John, parce qu'il sentait que le ton de la discussion était à la confession. « Emori est ici. Elle s'est vite habituée à la vie sur l'Arche. Plus vite qu'Echo en tout cas. » Il fit une pause, incertain, le temps de quelques secondes. Et puis … et puis merde ! S'il ne le disait pas maintenant, il n'aurait peut-être plus l'occasion de le faire. « Et … enfin … je me sentais coupable de t'avoir laissé seule dans le bunker sur l'île. Tu avais dit que c'est ce que tu voulais, repartir une dernière fois dans l'espace. Mais quand on est arrivé à Polis, je n'arrivais pas à me sortir cette image de la tête. Toi, attendant la mort, seule sur l'île. »

« Murphy … »

Il n'osa pas la regarder dans les yeux cette fois-ci. « Je suis content que tu ais décidé de survivre, avec nous. »

Raven lui répondit sans prononcer le moindre mot, et il lui en fut reconnaissant. Elle posa le temps d'un battement de cil sa main sur l'avant bras de John, comme en remerciement. Puis elle recommença à brancher les fils électriques du panneau de commande sur son boîtier. En silence.

Il se passa quelques minutes pendant que John finissait de démêler les câbles et que Raven réglait son boîtier électronique. « Celui-là. » finit-elle par lui dire, en indiquant le fil rouge qu'il tenait à la main. « Une fois branché, on aura la réponse. » L'atmosphère de la pièce changea aussitôt, tout autour d'eux semblait s'être figé. Malgré lui, John sentit son cœur battre plus fort contre ses côtes et il se doutait qu'il devait en être de même pour Raven. Elle travaillait sur la réparation de la radio depuis des semaines. Elle attendait ce moment depuis bien plus longtemps que lui.

C'était l'instant de vérité. Elle s'empara du fil rouge que lui tendit John et le brancha tout en haut du boîtier. Un léger 'clic' se fit entendre. Puis un grésillement. Très faible mais bien présent. Raven et John échangèrent un regard anxieux.

« Ça fonctionne ! » Raven éclata de joie, si heureuse qu'elle avait l'air d'être sur le point de pleurer. « Ça fonctionne Murphy ! On a réussi à réparer la radio ! » Elle se releva d'un bond, comme si la douleur dans sa jambe n'existait plus. Si elle avait pu sauter de joie, elle l'aurait fait, John n'en doutait pas. Il ne pouvait pas non plus s'empêcher de sourire.

Il se leva à son tour et s'éloigna vers la porte. « Je vais chercher les autres. » Il couru à travers le long couloir de l'Arche, croisant d'abord Monty qui sortait du hangar des fermes hydrauliques. Harper et Echo s'entraînaient avec Emori, à la grande surprise de John. Emori s'était vite intégrée aux Skaikru, mais elle n'avait jamais manifesté l'envie de s'entraîner avec les deux jeunes femmes. Bellamy qui avait probablement entendu Murphy courir, sortit de sa chambre qui se situait en face de la salle d'entraînement.

« La radio est réparée. Raven nous attend dans la salle de contrôle. »

Raven était en train de faire des réglages sur le panneau de commande lorsqu'ils arrivèrent. Le grésillement se faisait toujours entendre, plus fort que tout à l'heure. Le grand écran de la salle était allumé et des combinaisons incompréhensibles de chiffres et de lettres défilaient. « J'essaye de me caler sur l'antenne de l'île. » leur dit Raven sans même relever les yeux des dizaines de boutons et molettes du panneau. Ses doigts pianotaient sur le clavier à toute vitesse. « Je ne sais pas si l'antenne a résisté à la vague nucléaire, mais notre récepteur radio est opérationnel. On peut recevoir des messages radio maintenant. » ajouta la jeune femme.

« Si il y a encore quelqu'un pour en envoyer ... » La voix de Bellamy n'était qu'un murmure amer, à peine audible par dessus le grésillement de la radio.

Ils attendaient tous depuis quelques minutes dans la salle uniquement éclairée par l'écran de contrôle, lorsque les grésillements se firent plus saccadés. Raven fronça les sourcils et manipula les molettes du panneau. Le bruit de la radio laissa place à des sons brefs et presque inaudibles. « Raven ? » demanda Bellamy en s'avançant vers elle. Elle toucha aux boutons directement sur son boîtier électronique. « On dirait un signal … je vais essayer de- »

« -Terre à- … -Arche- … -jour 85. Je suis- ... »

La voix était déformée par les sons brouillés de la radio, mais le timbre était parfaitement reconnaissable.

« Clarke ! » La voix de Bellamy fusa et résonna contre les murs froids de la salle de contrôle. « C'est Clarke ! Elle est vivante ! »

« Je- … -vous allez bien ? Je me demande- … encore en vie. Je veux juste savoir si je ne- … -pas au vide. » Les mots de Clarke étaient de plus en plus reconnaissables et audibles, tandis que Raven continuait de toucher aux molettes de contrôle du panneau.

Bellamy s'était effondré sur ses genoux, le visage contorsionné entre du soulagement et une profonde tristesse. Raven avait l'air d'être entièrement concentrée à ne pas perdre le faible signal de la radio. Harper et Monty s'étaient instinctivement rapprochés de l'écran où les données géographiques du signal étaient inscrites, comme si, d'une certaine façon, cela les rapprochait de Clarke.

« Ma peau s'est entièrement régénérée, je n'ai plus une trace de brûlure. Les propriétés du Nightblood sont fantastiques. Si seulement on avait pu- … -n'arrive toujours pas à joindre le bunker de Polis. Chaque jour est un peu plus long que le précédent. »

« Est-ce qu'on peut lui parler ? Raven, dis-moi qu'on peut lui parler ... » La voix de Bellamy était étranglée. John jeta un coup d'œil vers lui. Il était toujours par terre, les yeux fixés sur Raven, entre attente anxieuse et espoir.

Elle le regarda d'un air désolé en se mordant la lèvre. Bellamy se releva et John remarqua les traces humides sur ses joues. « Raven … ? » demanda Bellamy plus faiblement encore. Elle se retourna vers le panneau de commande et décrocha de son support l'un des communicateurs de la radio. Elle le tendit à Bellamy. « Tu peux essayer, mais- » Il lui prit brusquement des mains et appuya sur le bouton de communication. La diode verte s'alluma. « Clarke ? Clarke ?! Est-ce que tu nous reçois ? Clarke ? »

« -me suis donné deux ans avant de sortir du bunker. Après, j'espère que le Nighblood dans mes veines et la combinaison anti-radiation suffiront à me protéger. »

« Il y a forcément un temps entre l'envoi du message et la réception. N'est-ce pas ? Raven ? » demanda Bellamy frénétiquement, avant de parler à nouveau dans le micro du communicateur sans attendre la réponse de la jeune femme. « Clarke ? Tu me reçois ? »

« Deux ans seule dans un bunker. Je vais probablement mourir d'ennui d'ici là. »

« Clarke ?! »

« Je réessayerai demain … vous me manquez. Terriblement. »

« Clarke ! Réponds ! »

Il y eut un son étouffé puis plus rien. Et le grésillement reprit. « Non ! Clarke ! » rugit Bellamy dans le micro.

« Ça ne sert à rien Bellamy, elle a coupé la communication. » dit doucement Monty en s'approchant de lui.

« Pourquoi ça ne fonctionne pas ?! Pourquoi on ne peut pas lui parler ? » demanda-t-il en se tournant brusquement vers Raven qui avait l'air d'être sur le point de pleurer. « Raven? »

Raven renifla et détourna le regard. Elle prit sa tête entre ses mains en s'appuyant sur le panneau de commande. « L'émetteur de l'Arche a été détruit. » Sa voix était faible, brisée. « Je m'en suis rendue compte lorsque j'ai inspecté l'extérieur de l'anneau. »

« Répare-le alors ! »

Raven se redressa de toute sa hauteur et s'approcha de Bellamy, les yeux humides et les sourcils froncés. « Tu ne crois pas que j'ai essayé ?! Je travaille sur la radio depuis qu'on a fini de s'occuper des fermes ! Je savais qu'on pouvait réparer le récepteur de la radio, mais l'émetteur … c'est impossible. »

« S'il-te-plaît Raven … réessaye. » Le ton était suppliant, comme si la vie de Bellamy en dépendait. Il prit la jeune femme par les épaules. « S'il-te-plaît. »

« Je suis désolée. » Raven pleurait à présent, ses larmes formant de longs sillons brillants sous ses yeux. John sentit malgré lui son cœur se serrer dans sa poitrine. « On pourra recevoir les messages de Clarke, mais on ne pourra pas en envoyer. Il n'y a rien à faire. » Elle se dégagea de l'étreinte des mains de Bellamy et sortit en trombe de la salle de contrôle.

Echo et Emori quittèrent la pièce à leur tour, comme si elles se sentaient étrangères au désespoir des Skaikru. Harper s'approcha de Bellamy et le serra un instant dans ses bras avant de partir. Monty posa une main sur l'épaule de Bellamy. « Je suis désolé. » murmura-t-il tandis que Bellamy passait sa main sur ses yeux humides. Le jeune homme quitta la salle et John le suivit. Il se retourna un instant avant que la porte de métal ne se referme. Bellamy s'effondra sur l'une des chaises, le visage entre les mains, les épaules secouées de sanglots. La porte se ferma.