Troisième chapitre (qui était au final le premier chapitre que j'ai écrit pour cette fiction ... cherchez pas, je suis pas logique) centrée autour d'Emori que j'aime beaucoup, beaucoup ! Et puis il y a pas mal de Murphy/Raven dans ce chapitre parce que je les aime tellement aussi !
Et mon dieu, la saison 5 est dans moins de 20 jours maintenant ! Considérez cette fiction comme un UA, parce que les incohérences entre mon histoire et la saison 5 vont commencer à pleuvoir ...
Bonne lecture !
III - Tribulations
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1 an et 54 jours
Les lumières artificielles de l'Arche éclairaient faiblement le couloir menant au réfectoire. Encore endormi, John manqua de se prendre le pied dans le coin de la porte. Il se gratta la barbe et bailla aux corneilles, sous le regard inquiet d'Emori. John avait changé durant cette première année dans l'espace. A dire vrai, ils avaient tous changé. John particulièrement. Ou alors, c'était simplement Emori qui ne pouvait voir que le teint blafard, les cernes bleutés et les côtes saillantes de l'homme qu'elle aimait. Elle devait l'admettre, Monty avait lui aussi beaucoup maigri et Bellamy n'avait jamais été aussi pâle. Mais voir John dépérir ainsi lui nouait le ventre.
Lorsqu'ils entrèrent dans le réfectoire, ils n'étaient pas seuls. Raven était de dos, en train de préparer leur petit déjeuner, comme bien souvent. Elle était toujours la première levée parmi les habitants de l'Arche. Emori ne connaissait pas son secret, mais Raven n'avait elle, que peu changé depuis leur installation sur l'Arche. Bien sûr, elle était plus pâle que lorsqu'elle était sur Terre, dû au manque de Soleil. Mais elle était toujours elle. Elle souriait tout le temps, même dans les moments les plus difficiles. Emori l'enviait pour cela. Elle était loin d'être une optimiste contrairement à Raven, qui ne se considérait pourtant pas comme tel.
Celle-ci les entendit arriver dans la grande salle vide et mal éclairée. Elle se retourna et s'approcha du comptoir qui séparait la salle de la cuisine, son habituel sourire sur les lèvres. Elle n'avait même pas l'air fatiguée. Remarquant l'expression endormie de John, elle s'esclaffa.
« Bonjour mon rayon de soleil ! »
« Va te faire voir Raven. » répondit John de son ton le plus sombre.
« Tellement charmant … Bon dites-moi, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ce matin ? Nous avons de la salade d'algues avec son assortiment d'algues et bien sûr la fameuse soupe d'algues pour ceux qui préféreraient les algues. »
Emori remarqua le changement d'expression de John. Devant le sourire de Raven, il perdit son air fatigué et ennuyé, et lui adressa lui aussi un léger sourire. Il se redressa un peu et enfonça les mains dans les poches de son pantalon gris. « Non, je crois que je vais plutôt prendre des algues ce matin. » dit-il sur le ton de la conversation.
« Excellent choix, c'est tellement meilleur que les algues. »
Tous les deux partirent en grands éclats de rire. Emori se sentait comme étrangère à la scène, mais ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Cela faisait quelques temps que cela durait. John redevenait John, le John qu'elle avait connu sur Terre, seulement lorsqu'il était avec Raven. Il y avait quelque chose dans son regard, une étincelle qu'il avait perdu depuis plusieurs mois, qui n'apparaissait qu'en présence de Raven.
Emori aurait pu se sentir jalouse. Elle aurait dû. Mais elle n'y arrivait pas. Parce qu'elle aimait John comme elle n'avait jamais aimé personne, et que le voir heureux et vivant était actuellement ce qui la rendait elle vivante. Alors elle supportait ces moments où elle aurait pu tout aussi bien disparaître. Elle supportait ces moments où John offrait à la mécanicienne ses rares sourires et éclats de rire. Elle supportait de voir John regarder Raven comme si elle était la personne la plus merveilleuse sur Terre. Et dans l'espace.
« Tu viens Emori ? »
La voix de Raven tira la Native de sa rêverie. Raven et John s'étaient installés à l'une des tables de réfectoire et la regardait alors qu'elle se tenait toujours face au comptoir, les yeux fixés dan le vide.
« Tu vas bien ? » demanda John en fronçant les sourcils, une expression inquiète sur le visage.
« Oui, » dit-elle en leur offrant un léger sourire.
Elle les rejoignit à table et Raven lui servit une assiette d'algues tout en lui jetant un regard en coin. Emori croisa les yeux bleus de John qui avait toujours l'air concerné. Il n'était pas dupe et il savait lire en elle comme dans un livre ouvert. Tout comme elle savait lire en lui juste avec ses expressions du visage.
« On devrait chercher d'autres manières de cuisiner les algues, ça passerait peut-être mieux, » dit finalement Emori pour ne plus être au centre de leur attention.
« Je crois qu'on a déjà tout essayé. » lança John avec résignation. « En soupe, à la poêle, marinées … Ça reste toujours aussi fade et immangeable. »
Ils mangèrent en silence durant quelques minutes. C'était souvent comme cela. Juste eux trois le matin. Les autres arrivaient ensuite. Il n'y avait que le repas de mi-journée qu'ils prenaient tous ensemble. Emori piqua le dernier morceau d'algue dans son assiette quand Raven laissa tomber sa fourchette sur la table. Le bruit sourd brisa le silence de la grande salle du réfectoire. Emori et John levèrent leurs regards vers elle. « J'ai complètement oublié … je reviens, » dit-elle avant de partir en courant en direction du couloir.
« Qu'est-ce que tu as ? » lui demanda John une fois que Raven eut disparu. John tendit la main et attrapa la sienne. Sa main gauche. Sa mauvaise main. Emori n'osait pas encore la dévoiler aux autres, alors aujourd'hui encore elle était enroulée dans un long morceau de tissu sombre. Elle sentit tout de même la caresse de pouce de John sur ses phalanges. Il la regarda droit dans les yeux.
« Em ? » demanda-t-il une nouvelle fois.
« C'est rien John. » murmura-t-elle, sachant pertinemment que cette réponse ne le satisferait pas.
Quelques secondes plus tard, Raven était de retour dans le réfectoire, boitant sur sa mauvaise jambe. John lâcha la main d'Emori et se retourna vers l'entrée de la salle où la mécanicienne s'était arrêtée pour reprendre son souffle. Elle frottait de sa main gauche sa jambe, comme pour calmer une douleur.
« Je ne sais pas pourquoi je m'entête à courir à chaque fois. » Emori vit John baisser la tête. Il ne se le pardonnerait jamais. Elle le savait. Quoi que puisse dire Raven. Peut importe si elle le pardonnait, John n'oublierait jamais qu'il a été celui qui l'a rendu ainsi.
Raven s'approcha de la table et se laissa tomber sur la chaise, une boîte de fer rouillée dans la main. Elle les regarda à tour de rôle, un grand sourire sur les lèvres. « J'ai un cadeau de Noël en avance ! J'espère que vous avez été sages. »
Emori ne savait pas ce qu'était « Noël » mais vu l'expression de Raven, cela ne pouvait être que quelque chose de bon. John avait l'air impatient de savoir lui aussi. Il poussa son assiette vide plus loin et se pencha un peu sur la table sans quitter Raven des yeux. Celle-ci ouvrit la boîte et la posa au milieu de la table. « Allez-y, piochez dedans ! » s'exclama-t-elle.
Emori fronça les sourcils mais avança sa main droite dans la petite boîte cylindrique. Elle était remplie de petits objets, qui semblaient être en papier. Elle sortit l'un des objets et l'inspecta. C'était un petit emballage carré, couvert d'inscriptions qu'Emori ne savait pas lire, mais le dessin légèrement effacé sur le papier était plus que clair. Des carottes.
« Est-ce que ce sont … » commença-t-elle en regardant Raven.
« Des graines ! Des vrais graines ! J'ai trouvé la boîte hier soir dans le hangar, au milieu des pièces de rechanges. Un petite trésor à côté duquel tu étais passé pendant tes fouilles Emori. »
« Sérieusement ? » demanda John en plongeant à son tour la main dans la boîte.
Il en ressortit trois petits emballages qu'il étala sur la table. Il y a avait un autre dessin de carottes, et deux dessins identiques qu'Emori n'arrivaient pas à identifier. « Raven, c'est … c'est génial ! On va pouvoir manger autre chose que ces foutues algues ! Mais il nous faut de la terre … » ajouta-t-il avec une moue déçue.
« Il y en a quelques sacs dans le couloir qui reliait l'Arche à la Station de la Ferme. Ça ne nous tiendra pas quatre ans, mais on pourra varier un peu nos repas. »
Raven leur expliqua ensuite qu'elle avait réfléchi à installer leurs futurs plantations dans le hangar qui était l'espace le mieux éclairé de ce qu'il restait de l'Arche. Les plants mettront beaucoup de temps à pousser sous la lumière artificielle, mais cela devrait fonctionner d'après Raven. Il leur faudrait par contre économiser l'eau, déjà rare, afin de pouvoir arroser les plantations. Mais ce n'étaient que des détails comparé à l'idée de pourvoir manger autre chose que des algues.
« Du riz ! J'en reviens pas, on va pouvoir manger du riz ! » lança John en désignant les deux emballages aux dessins qu'Emori ne comprenait pas.
« Qu'est-ce que c'est que du … riz ? » demanda-t-elle.
« Tu n'en a jamais mangé ? » questionna John.
« Le climat vers Polis n'est pas vraiment adapté à la culture du riz Murphy. » dit Raven comme si c'était une évidence.
« Excusez-moi Miss Reyes, nous n'étions pas tous premiers de la classe, dans toutes les classes d'ailleurs. » marmonna John en levant les yeux au ciel.
« Pardonne-moi d'être si parfaite ! » rétorqua la jeune femme avec un sourire espiègle. A cet instant John eut vraiment l'air de le penser. La gorge d'Emori se noua.
Est-ce que Raven arrivait à le voir dans ses yeux, ou Emori était la seule à percevoir les infimes changements d'expressions sur le visage de John ? Est-ce que Raven parvenait à voir ce qui était une évidence aux yeux d'Emori ? Est-ce que Raven avait la moindre idée que John Murphy était complètement et éperdument amoureux d'elle ?
Emori était installée sur le large lit de la cabine qu'elle occupait avec John. Le regard tourné vers la vitre, elle observait la Terre, pensive. Ce qu'il restait de l'Arche n'était que l'anneau de pilotage et de maintient en orbite, aussi il n'y avait que peu de cabines. Toutefois, ils avaient réussi à en trouver quelques unes, dont trois avec des lits doubles. Elles étaient revenues à elle et John, à Harper et Monty et, malgré ses protestations, à Raven. Bellamy avait insisté en prétextant qu'avec sa jambe elle avait besoin de place. Echo n'avait pas contesté. Elle avait de nombreuses fois dormi à même le sol sur Terre, un lit unique ne la dérangeait pas.
La Terre, un peu plus d'un an après Praimfaya, était tristement sombre et rouge. Elle semblait sans vie. Elle était sans vie, se rappela Emori. Rien n'avait survécu. Végétal comme animal, rien ne vivrait à la surface de la Terre avant quatre longues années.
Hormis Clarke. Elle continuait d'envoyer des messages par la radio tous les jours à la même heure. Mais peu importe tous les efforts de Raven et de Monty pour réparer l'antenne de l'Arche, il leur était toujours impossible de répondre à Clarke. Il n'était pas surprenant de parfois retrouver Bellamy endormi à côté du poste de radio. Il état le seul à avoir été présent à chacun des messages de Clarke, la même expression dévastée et impuissante sur le visage.
Avant même de le voir arriver, Emori reconnu les pas de John entrant dans la cabine. Vivre en n'entendant les sons que de six autres personnes avait cet effet-là. Elle était parfaitement capable de discerner les pas de chacun des habitants de l'Arche. Elle était presque sûre de savoir aussi reconnaître leurs respirations. Du moins celle de John.
« Bon, dis-moi quel est le problème Em. » dit doucement ce dernier dans son dos.
Quittant enfin la Terre des yeux, Emori se retourna vers son petit-ami. Il revenait de la salle de douche visiblement. Ses cheveux étaient trempés et gouttaient sur ses épaules nues. Il avait un peu taillé sa barbe. Il tenait dans sa main gauche une de ces serviettes de bain rêches et grisâtres qu'ils avaient trouvés dans l'une des chambres.
« Il n'y a pas de problème John. Je vais bien … je vais bien. » répéta-t-elle plus doucement, comme pour elle-même.
John ne dit rien. Il se contenta de poser la serviette sur le dos d'une des chaises qui traînait dans un coin de la cabine. Il s'approcha ensuite du lit et s'assit au bout, sans chercher à la toucher, comme il l'aurait habituellement fait. Emori croisa son regard bleu ciel et s'y perdit. Quel était l'intérêt de lui mentir ? Dés que John plongeait ses yeux clairs dans les siens, elle se retrouvait incapable de lui cacher quoique ce soit. Il n'avait même pas besoin de prononcer un mot.
Moi qui me pensais forte et indépendante, pensa-t-elle presque amèrement, moi qui pensais passer le reste de ma vie seule, à voler et tuer pour survivre. Tu as détruit toutes mes convictions John Murphy.
Lentement, Emori déroula le bandage de tissu qui entourait sa main gauche. Il n'y avait que dans l'intimité de leur chambre qu'elle osait dévoiler sa mauvaise main. Elle avait mit du temps à s'y habituer, à se montrer, mais John n'était pas dégoûté par sa main. Encore mieux, il n'était pas effrayé. N'importe quel Natif l'aurait été. Elle était une Frikdreina après tout. Mais John dés leur premier échange, lui avait fait comprendre qu'il se fichait de savoir à quoi ressemblait sa main.
« Tu es amoureux d'elle, n'est-ce pas ? » se lança-t-elle enfin, dans un murmure.
Et voilà. Elle avait osé le dire. Un silence de plomb tomba sur la pièce. Elle avait la gorge nouée à présent. John ne réagit pas tout de suite. Il fronça les sourcils, comme perdu. « Quoi ? »
« Tu aimes Raven, John. » dit Emori en relevant les yeux vers lui.
Ce n'était pas une question. Elle le savait. Elle voulait juste l'entendre de sa propre bouche. Elle n'était ni jalouse, ni en colère. Elle voulait que John se l'admette enfin. Il entrouvrit légèrement la bouche, comme s'il allait dire quelque chose. Il se ravisa et se leva du lit. Il commença à faire les cents pas dans la cabine, se passant machinalement la main dans la barbe. « Ce n'est pas … Ce n'est pas pareil Emori. » dit-il finalement, sans la regarder.
John s'arrêta devant la large vitre, face à la silhouette rouge et menaçante de la Terre. Emori le rejoignit en deux enjambées. Il ne baissa pas les yeux vers elle et continua de fixer la Terre, les bras croisés sur son torse.
« Je ne t'en veux pas John. Et je comprend, Raven est … elle est fantastique. Elle est tellement intelligente, je ne sais pas ce que l'on ferait sans elle. Elle est belle et souriante. Elle est la seule qui semble vouloir survivre à ces foutues cinq années dans l'espace. Elle est forte, on dirait que rien ne peut l'arrêter. Et - »
« Je sais tout ça. » l'interrompit John avant d'enfin la regarder droit dans les yeux. « Mais c'est toi que j'aime Emori, tu devrais le savoir maintenant. »
Son cœur se réchauffa légèrement. Elle ne doutait pas que John l'ait un jour aimé. Sur Terre, il y a ce qu'il semblait être aujourd'hui des décennies, il l'avait aimé. Mais à présent, sur l'Arche, alors que l'envie de survivre commençait à tous les quitter petit à petit, Emori n'était plus sûre de rien. Si ce n'est que John trouvait en Raven une raison de sourire chaque jour.
« Je ne t'en veux pas. » répéta-t-elle en lui prenant la main. « Je veux juste que tu sois heureux John. Même si ça veut dire que tu dois être avec Raven. Je l'accepterai … »
« Et bien moi je ne l'accepterai pas. Je t'aime bon sang ! »
John s'avança et la prit dans ses bras dans une étreinte à lui couper le souffle. Emori n'était pas le genre de personne qui pleurait facilement, il en fallait beaucoup pour l'ébranler. Pourtant, elle sentit des larmes couler sur ses joues sans qu'elle puisse les retenir. Après quelques minutes, elle s'écarta de John et essuya ses yeux humides d'un revers de main. « Parle-lui John. » demanda-t-elle. « S'il-te-plaît. Je suis sûre que ça t'aidera à voir les choses différemment. »
« Tu ne comprends pas … Après tout ce que j'ai fait subir à Raven, je n'ai pas le droit de … je n'ai pas le droit de lui demander de m'aimer, ou même de m'accepter. C'est un miracle que l'on soit amis elle et moi. Si j'étais dans sa situation, si quelqu'un m'avait privé de l'une de mes jambes, je … » Il s'arrêta et regarda à nouveau à travers la vitre, comme pour éviter son regard. Ses yeux étaient brillants. Si Emori n'était du genre à pleurer, John l'était encore moins. « Jamais je ne pardonnerai la personne qui me priverai de mes jambes. » reprit-il, la voix étranglée.
« Et pourtant Raven l'a fait. » dit doucement Emori.
« Elle n'aurait pas dû. Je ne le mérite pas. »
John soupira longuement et alla s'asseoir sur le bord du lit. Les coudes sur ses genoux, il prit sa tête entre ses mains et soupira une nouvelle fois. Emori le rejoignit. Elle posa la tête sur son épaule mais ne dit rien. Elle ne savait plus quoi lui dire. A présent, elle ne pouvait plus qu'attendre.
Plusieurs minutes passèrent dans le plus grand des silences. John se redressa et Emori releva la tête vers lui. Il attrapa sa main droite et mêla ses doigts aux siens. Il ne la regarda pas, mais Emori savait déjà ce qu'il allait dire. Et malgré la situation, malgré ses sentiments, elle ne pu s'empêcher de sourire. Le poids sur son cœur se fit moins lourd. John était prêt. « Tu as raison. Je l'aime. » murmura-t-il finalement.
