6. La chaleur d'une caverne.

Au creux de la roche, au cœur de la montagne, son sang chaud bouillonnait, la rivière grondait et les vapeurs d'eau encerclaient les deux survivantes. L'air était si dense que Clarke, quand elle rouvrit les yeux après un moment de repos, ne voyait plus que l'ombre du Commandant disparaitre au milieu des vapeurs fumantes.

Clarke défit ses gants et plaça ses mains juste au-dessus de l'eau, la vapeur les réchauffait doucement. C'était douloureux puis ça devenait agréable, elle retrouvait ses sensations, elle souriait plus largement, elle respirait de nouveau sans avoir le cœur serré. Elle plongea doucement ses mains dans l'eau tiède, elle se passa de l'eau sur le visage, effaçant les traces de sang séché sur son front. La plaie ne saignait plus, la blessure était superficielle. Elle souffla de soulagement, elle bénissait cette grotte et sa chaleur bienfaitrice.

Elle reporta son regard vers la silhouette de Lexa qui se dessinait et s'affinait au fur et à mesure qu'elle ôtait ses couches de fourrures devenues maintenant inutiles. Elle resta immobile dans la fumée, elle ne bougeait plus de peur d'interrompre la scène, de peur que cette silhouette parfaite ne s'évapore avec le reste des brumes chaudes. Elle étouffait sous ses propres couches de vêtements et pourtant elle restait sur place, le regard perdu dans les vapeurs d'eau.

_ Clarke ressaisit toi.

La voix du Commandant étouffée par le bruit du torrent fit écho jusqu'à elle en la rappelant à la réalité.

Lexa posa ses fourrures, ses sacs et ses armes sur un monticule de pierre au sec. Elle alluma deux autres torches et les cala dans des fissures de la masse rocheuse, la grotte s'illumina dans l'air humide. Une sorte de halot de brume l'entourait et la rendait incroyablement belle. Elle s'approchait de Clarke qui se relevait difficilement tant son corps était encore douloureux.

Clarke aurait voulu reprendre constance à cet instant où elle s'empêtrait à retirer ses fourrures mais Lexa la rejoignit en pantalon et débardeur noir, sans son armure et ses fourrures, sans ses bottes et sa cape. Elle voudrait ne pas la détailler, comme ce moment au crépuscule au bord de la rivière où son regard n'avait pas pu se détourner d'elle, mais tout échappa à son contrôle. Elle détailla ses bras tatoués, elle détailla les contours de ses muscles, la finesse de ses courbes, et puis elle aperçut le tissu déchiré et taché de sang sur ses flancs.

Elle bondit auprès d'elle et l'emporta vers la lueur des torches. Elle ne lui laissait pas le choix et Lexa obéit. Avant d'être Commandant de la Mort, Clarke était fille de Médecin et son savoir en médecine moderne dans ce monde sauvage n'était plus à prouver. Sur le visage de Clarke l'inquiétude se lut dans la minute, ses yeux bleus avaient cesser de briller pendant un instant et son rythme cardiaque s'était affolé. Elle souleva délicatement le tissu pour examiner la plaie.

_ T'as eu de la chance. Le poumon n'est pas touché. Dit-elle avec un brin de colère dans la voix. Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais blessée ? J'aurais pu soigner ça il y des heures déjà.

_ Hm… je n'ai pas dû le sentir … tu sais dans le feu l'action…Je n'ai pensé qu'à nous sortir de là…

_ Ah oui ? Tu n'as pas senti ça… Dit-elle en pressant sa main deux centimètre sous la blessure.

Lexa grimaça de douleur et s'esquiva, prouvant que Clarke avait raison. Lexa souffrait en silence et perdait du sang depuis le sommet du pic où elle avait combattu le barbare, où elles avaient perdu Wagar et le reste de la troupe.

Clarke se précipita sur ses affaires. Elle enleva, une à une, ses peaux de bêtes qui l'avaient protégé de ce climat glacial puis quelques vêtements l'encombrant dans cette chaleur infernale. Elle déposa son sac et posa son arme à part et sortit une trousse de premiers soins. Elle attrapa une fiole d'alcool et s'en renversa sur les mains. Elle prit sa gourde et vida le fond d'une traite, l'eau douce était glaciale mais lui fit un bien fou. Le choc de température aurait presque pu l'emporter dans un malaise mais elle se reconcentra sur la blessure de Lexa.

Elle étala leurs manteaux de fourrures comme des couvertures à l'endroit le plus sec possible et la fit assoir. Lexa retira son vêtement déchiré et fit face à Clarke. Sa poitrine n'était plus que couverte par une bande de tissu fin et Clarke déglutit difficilement en portant le regard sur son corps. Lexa esquissa un sourire gêné et détourna la tête.

Clarke pris le temps de désinfecter la plaie et ses contours. Les compresses et les linges se coloraient de rouge rosit. Les muscles de son corps se tendaient quand Clarke comprimait la blessure et Lexa tentait de lutter contre et d'effacer ses grimaces aussitôt qu'elles apparaissaient.

_ Tu as mal ? Demanda Clarke d'une petite voix inquiète.

_ C'est supportable. Répondit Lexa, toujours solide comme le roc.

_ J'ai peur que le saignement ne s'arrête pas avec une simple compression. Il faudrait des points de suture.

_ C'est vraiment nécessaire ?

_ Ça serait préférable.

_ Tu as ce qu'il faut ?

_ Oui.

_ Alors vas-y.

Clarke inspira profondément. Des points c'étaient la base, elle en avait fait des milliers, mais aujourd'hui c'était différent : milieu hostile, non stérile, localisation de la blessure sur la peau sensible des côtes et surtout le patient c'était elle. Elle était nerveuse, elle sentait ses mains devenir moites et son regard ne pouvait se détourner de celui de Lexa, comme pour trouver une autre solution.

_ Clarke, tu as fait ça des centaines de fois. Alors fait le, ne réfléchit pas. Entonna Lexa d'un ton si convainquant que Clarke plongea sa main dans la trousse pour y sortir l'injection d'anesthésie local et le kit de suture.

Peu de temps après, Lexa était parfaitement suturée et bandée. Clarke lui avait administré une solution antibiotique, et elle avait appliqué un pansement étanche sous les bandages de tissus serrés. Lexa l'avait remercié d'un sourire angélique. Clarke avait déposé sans réfléchir un baiser sur son épaule dénudée. Un regard gêné s'en était suivit, un courant électrique s'éclipsa mais son empreinte entre elles resta suspendue dans les airs.

Elles avaient ensuite mangé quelques rations de vivres et Lexa ne put s'empêcher de se lever, malgré les recommandations du Médecin. Elle déambulait entre les bassins de bulles, le regard perdu à leurs surfaces comme si elle regardait un miroir qui lui reflétait de vieux souvenirs.

Pas à pas, elle se débarrassait des derniers vêtements qu'elle portait encore et, petit à petit, elle s'éloignait dans la brume. Clarke la vit disparaitre, puis le clapotis de l'eau lui fit imaginer qu'elle s'était glissée dans un bassin d'eau chaude.

Clarke resta paralysée par cette pensée. L'image qu'elle avait à présent en tête dépassait son entendement. Elle y était. Elle était là, avec elle, perdue au bout du Monde, seules, sans plus personne qui pourrait l'arrêter. Elle avait attendu cela depuis si longtemps que sa seule réaction fut de rester assise, indécise, perturbée, le corps chamboulé et le cœur renversé.

Elle finit par avancer lentement dans les larges fumées des vapeurs d'eau, elle évita du regard le bain dans lequel Lexa s'était déjà lentement glissée. Elle fit quelques pas de plus pour admirer la rivière qui fendait la grotte en deux. Elle leva la tête et admira ce haut plafond miné de stalactites puis la cascade gigantesque qui surgissait du creux de la roche. Elle prit conscience qu'elle avait pénétré l'antre du Monstre, elle n'était pas claustrophobe -sinon elle n'aurait pas survécu sur l'arche- mais le monde sous terrain d'une montagne, c'était autre chose : l'atmosphère brulante, humide et étouffante, la profondeur sous la roche qui résonnait comme l'écho d'une tombe, la dureté de la pierre comme un cercueil immortel, comme si cette montagne l'avait dévoré vivante, en même temps qu'elle prolongeait sa vie. Le paradoxe lui tournait la tête. Elle remercia alors Mère Nature et son laborieux travail et pour lui avoir donner une nuit de plus à vivre.

Le bruit du torrent couvrait alors ses pensées les plus intimes. La Montagne n'avait plus rien de terrifiante, elle était vivante et miraculeuse comme une oasis dans le désert. Clarke divaguait, elle suivait le courant du torrent quand elle entendit Lexa se délecter timidement des bienfaits des sources thermales dans lesquelles elle s'était glissée.

Enfin, elle approcha du bain bouillonnant qui semblait l'appeler comme l'ultime salue de son âme et de son corps.

Elle se décida à ôter ses derniers vêtements, et s'approcha doucement en sous-vêtement. Elle s'assit sur les rebords naturels du bassin et ferma les yeux en plongeant ses pieds dedans. Elle sentit le regard de Lexa sur elle, elle entra très lentement dans l'eau tant son corps souffrait encore des gelées nocturnes de leur périple.

A l'heure qu'il est l'aube devait se lever à l'extérieur de la grotte. Elles avaient escaladé, gravit et combattu toute la nuit, elles étaient épuisées et Clarke ne put réprimer un long soupire de plaisir en s'enfonçant dans l'eau chaude.

Lexa la regardait du coin de l'œil, de l'autre côté du bain naturel, entre deux vapeurs d'eaux qui s'emportaient dans les courants d'airs. Elle retint un sourire malicieux. Elle chassa de sa tête cette idée qu'elle était seule avec elle, et qu'elles n'avaient plus rien à perdre. Plus personne à offenser. Plus aucune excuse. Plus rien de vraiment valable pour ne pas lui avouer ce désir qui la dévorait. Lexa se combattait encore elle-même, elle se retenait de faire tout ce que son être entier lui réclamait de faire.

Peu à peu les vapeurs s'apaisaient tout comme la douleur et l'angoisse dans leurs corps. Les vertus d'une eau chaude et thermale dans laquelle se plonger après une telle traversée des plaines et des Montagnes du Nord, étaient si intenses que Clarke s'abandonnait totalement à ce plaisir.

Elle ferma les yeux, elle plongea tout son corps dans les bulles qui éclataient autour d'elle. Elle respirait profondément, elle se libérait presque de tous ses démons, de tous ses cauchemars. Jamais elle n'avait connu plaisir si bon. Elle gémit faiblement sans s'en apercevoir.

Lexa connaissait cette joie mais jamais de sa vie, elle n'avait pensé y goûter de nouveau. Face à face, séparé d'un bon mètre et d'une masse d'eau bouillonnante, leurs tensions s'apaisaient. Face à face, enfin leurs regards s'accrochèrent sans plus trop de timidité, avec même une nouvelle sérénité induit par les vertus de l'eau, comme un flou total et bienfaisant qui les faisaient se sentir légère et sereine.

En croisant son regard, Clarke voudrait paniquer mais l'eau et les vapeurs l'entourent et l'emprisonnent dans la béatitude. La seule chose dont elle était encore capable c'était de s'enfoncer encore plus profondément dans le bain bouillonnant. Ses cheveux blonds flottaient en surface, elle respirait par le nez au ras de l'eau, elle ferma les yeux et inspira encore avant de couler entièrement.

Lexa la vit disparaitre doucement sous la surface sombre et ondulante. Elle-même se reposait dans ce bain, mais elle faisait attention à ne pas trop immerger sa blessure, et elle avait remarqué les coups d'œil de Clarke pour s'en assurer, avant qu'elle ne plonge sous l'eau.

Seule ses torches éternelles éclairaient les recoins de la caverne embuée et ses flammes tapissaient de lumière vacillante les murs humides.

Dans ce bain, Clarke s'échappait de sa peine et de sa douleur, son corps flottait et son esprit revoyait le spectacle de la nuit d'étoiles au sommet de ce pic rocheux. Elle avait l'impression de flotter au milieu de l'univers. Ses yeux clos ne voyant que la voûte étoilée. Elle prit plaisir dans cet instant. Elle s'imagina savourer enfin la vie sans qu'aucun conflit ne viennent la troubler. Rien qu'un instant comme elle se l'était promis, elle savourait juste l'instant sans penser aux conséquences.

Et puis un seul contact et Clarke refit rapidement surface. Toute gênée et presque apeurée. Dans son élan de bien être, plongé dans l'eau, elle l'avait frôlé. Elle avait senti cette peau si douce contre la sienne rien qu'une fraction de seconde, car elle avait empiété sur son côté sans s'en apercevoir.

Cette limite invisible que toutes les deux s'étaient fixées sans même se concerter semblait bien fragile et avait été dépassée. Un seul regard, au même instant, finit par les achever et faire tomber ces barrières éphémères. Dans leurs regards se lisait autant de peur que de désir, à cet instant le doute persistait encore quant aux intentions de chacune, mais un regard de plus et le doute s'envola.

Lexa cessa de respirer un instant, comprenant au regard de Clarke que son sentiment était partagé. Elle cessa de bouger, elle ne fit plus le moindre mouvement alors que trente secondes avant, elle jouait tranquillement avec les remous des bulles à la surface et le clapotis de l'eau. Elle comprit alors que l'impasse qu'elle avait tant espérée atteindre avec Clarke était là. Le point de non-retour, le point qu'elle a peur d'aborder, le point faible qui la trahit, ses sentiments pour la fille du Ciel. Elle comprenait maintenant, qu'elle ne pouvait plus se dérober, elle ne pouvait plus faire comme si sa présence l'indifférait elle ne pouvait plus se mentir à elle-même et prétendre que son attirance était superficielle ou éphémère.

Toutes deux étaient soudain intimidées presque gênées, elles esquivaient leur regard et esquissaient un léger sourire. Clarke repensa à cet instant au sommet, sous la voute étoilée où elle avait proféré silencieusement un vœu. Il était temps de croire qu'elle aussi pouvait avoir droit à sa part de bonheur, sans penser aux autres avants soi, au moins pour une fois.

_ Lexa. Débuta timidement Clarke en brisant le silence.

Lexa releva la tête et soutien son regard bleu étincelant de reflets des flammes des torches éternelles.

_ Lexa tu ne devrais pas rester trop longtemps dans l'eau avec ta plaie… Marmonna Clarke en esquivant ses premières intentions de parole.

_ Clarke ce n'est pas ça que tu allais dire ? Reprit Lexa en sortant une épaule de l'eau pour remettre à l'air libre son bandage.

Clarke respira et prit son courage à deux mains.

_ Lexa, je… je n'ai jamais eu l'occasion de te dire à quel point…

Clarke hésita encore. Lexa semblait troubler, elle sentait un aveu venir, elle sentait une confession lourde de sens qui peinait à sortir de sa bouche.

_ A quel point j'étais finalement heureuse d'être tombée sur Terre. Dans un monde de brute et de sauvage, mais…j'y ai entrevu une lueur d'espoir pour l'humanité.

Lexa ne comprit pas alors Clarke insista du regard. Lexa comprit que c'était elle la lueur d'espoir et rougit légérement.

_ Je crois que c'est un compliment que je pourrais aisément te retourner Clarke. Murmura Lexa.

Clarke se sentit prise à son propre jeu, elle savait à quel point il devenait difficile de lui cacher son affection. Elle ne voulait plus jouer, elle ne voulait plus se torturer et la punir pour les actes passés, elle voulait seulement vivre ce qu'elle rêvait de vivre depuis leur rencontre.

Le bain et ses remouds n'étant pas une barrière infranchissable, Clarke sentit son sang ne faire qu'un tour alors que Lexa se redressa et se décolla de la pierre chaude pour s'avancer entre les vaguelettes des bulles qui éclataient par dizaine à la surface. Sans pouvoir raisonner, son corps l'imita et au milieu du bassin, les deux corps se rejoignirent et se frôlèrent, laissant encore assez d'espace entre elles pour respirer. Elles ne pouvaient plus se quitter du regard, l'instant était brulant, plus un souffle d'air ni un seul bruit n'était émis, c'était l'instant fragile avant un baiser, avant de se laisser aller. L'instant où l'on perçoit l'envie dans le regard de l'autre, l'envie qui se fait plus pressante, c'était cet instant qu'elles faisaient encore durer en jouant ensemble, si proche l'une de l'autre et pourtant encore si éloignées.

Puis l'instant passa car elles étaient incapables de résister plus longtemps, incapables de désobéir à tous leurs sens qui leur ordonnaient d'agir maintenant. Lexa et Clarke, presque muées d'un même mouvement, se rapprochèrent dangereusement.

Une main glissa dans sa nuque, emportant ses cheveux blonds et mouillées au passage. Leurs corps se cherchaient jusqu'à se coller complètement et les lèvres, muées d'un appétit dévorant, enfin se frôlaient lentement. Puis leurs bouches, plus passionnément, se scellaient l'une à l'autre et leurs cœurs reprenaient enfin leurs courses effrénées qu'ils avaient stoppées momentanément.

Comme un moment de délivrance suprême, comme un instant hors du temps tant il était délicieux, comme la rencontre de deux êtres promis à se reconnaitre, comme un moment unique et rare. Ce baiser, comme un soupire longtemps retenu, semblait les alléger d'un poids énorme, comme si enfin, elles comprenaient combien elles avaient réfréné leurs pulsions l'une pour l'autre. Clarke l'avait pourtant bien détesté mais jamais elle n'avait cessé de la désirer, c'était même cela qu'elle avait tenté de fuir en même temps que les morts du Mont Weather et les survivants de l'Arche.

Leurs lèvres ne voulaient plus se séparer, elles se retrouvaient pour la première fois depuis des mois et des mois, depuis ce seul et unique baiser, la veille d'une bataille, à l'aube d'une trahison. Oui, Clarke l'avait détesté parce qu'elle avait osé l'abandonné, mais elle lui avait pardonné, comprenant qu'elle aurait peut-être fait la même chose pour sauver son peuple, comprenant que le devoir d'un leader doit parfois sinistrement passer avant les désirs personnels. Oui, Clarke l'avait haï pour s'être joué d'elle et avoir osé, sous prétexte de lui sauver la vie, la faire enlever et mener de force à Polis, alors qu'elle tentait d'échapper à ce Monde et tous ces démons. Mais encore une fois, elle lui avait pardonné, comprenant, en tenant la lame sous sa gorge, qu'elle ne pourrait lui faire le moindre mal, qu'elle ne pouvait lui ôter la vie, même avec toutes les bonnes raisons du Monde. Elle avait tout fait pour lui échapper, elle avait tout fait pour entretenir ses rancunes mais quand elle dut, par devoir envers son peuple, plier le genou devant Heda, elle avait su que ce vœu en dessinait un autre, elle avait su que quoiqu'elle fasse, elle était liée à elle, pour le pire et pour le meilleur, dans l'amour ou dans la haine, dans la vie et dans la mort.

Finalement surprise et rattrapées par la réalité, elles se quittèrent entre deux baisers passionnés et se regardèrent les yeux remplis de questions sans réponse, mais avec l'envie fulgurante d'en apprendre plus. Presque imperceptiblement, les mains glissaient encore sur les corps humides en même temps que les parcelles de peau nue se cherchaient sous la surface de l'eau.

Elles luttaient encore, elles se regardaient comme pour chercher l'envie et le consentement dans les yeux de l'autre. Le regard si profond de Lexa arriva à perturber Clarke qui s'esquiva. Elle sentit son pouls s'accélérer, elle avait tant rêvé de ce moment, que maintenant qu'il était là, elle prenait légérement peur. Sa force de caractère, sa volonté de survivre, tout son potentiel de leader s'effaçaient en un instant, elle n'était plus qu'une femme prête à se livrer et se donner entièrement.

Lexa remarque son regard fuyant et son sourire timide. Elle sourit à son tour, elle pouvait enfin relâcher la pression dans son corps et son esprit. Elle était Commandant, elle était Heda, et pourtant, perdu au milieu des montagnes, elle n'était qu'un être humain sensiblement bouleversé par la femme qu'elle tenait dans ses bras. Elle doutait encore. Wanheda était forte, bien plus forte qu'elle ne le pensait, alors comment plaire à une telle femme, comment plaire à la fille du Ciel ? Comment être sûr qu'elle lui avait bien pardonné ses trahisons ? Comment être sûr que ça ne la blessera pas d'avantage ?

Elle passa sa main sur sa joue pour accrocher son regard.

_ Clarke …

Clarke releva la tête, ses yeux bleus s'inondaient de lumières et de milles étincelles au reflets bleutés. Lexa en perdit ses mots et il lui fallut quelques instants pour les retrouver.

_ Clarke, je… on n'a jamais vraiment reparlé de la cérémonie d'entrée de ton Peuple dans la Coalition…

Clarke hocha seulement la tête et redevint sérieuse comme si l'on entrait soudain en Conseil de Guerre. Pourtant son corps se rapprochait imperceptiblement de celui de Lexa ne voulant pas perdre le contact.

_ … ce soir-là, tu as fait un choix judicieux pour sauver ton Peuple, encore. Moi, mon choix était plus risqué, des chefs de Clan m'ont tourné le dos et Nia et son armée marchent sur Polis à cause de…

Clarke craignait d'entendre des reproches et s'apprêtait à se défendre quand Lexa reporta sa main jusqu'à sa joue.

_ … mais les vœux que j'ai prononcé en retour, n'étaient pas une manœuvre politique, j'espère que tu en aies convaincue, j'espère que tu sais à quel point le choix entre le devoir et le désir m'est insupportable, j'espère que tu sais à quel point j'étais sincère quand je t'ais juré fidélité ce soir-là. Ce n'était pas de simples mots, Clarke. Je t'ai juré fidélité à toi et à ton peuple et je tiendrais mes promesses… cette fois-ci.

Clarke reste muette quelques instants. Bien sûr qu'elle avait vu la sincérité débordante du Commandant dans ces vœux prononcés en secret. Bien sûr qu'elle avait entrevue le double sens de son serment. C'était une déclaration d'amour caché derrière ce vœu de protection envers son peuple. Le désir de lui prouver qu'elle ferait tout pour sauver le peuple du Ciel au même prix que le sien, c'était l'unique offrande qu'elle pouvait faire après tant de malheur. Bien sûr la dimension sentimentale avait pris le pas sur l'acte politique dans le cœur de Clarke et ce pourquoi, elle l'avait suivi dans ce voyage périlleux, ce pourquoi, elle l'aurait suivi n'importe où.

_ Je le sais, Lexa. J'ai vu en toi, dès le premier instant, j'ai vu que tu n'étais pas un chef sauvage et cruel, je sais à quel point ton cœur est grand et combien les souvenirs des sacrifices que tu as dû faire, te tue lentement. Je sais ce que veut dire lutter pour survivre. Je sais ce que veut dire faire des choix, et je sais que ce que les sacrifices impliquent. Et …je sais combien tu étais sincère ce soir-là.

_ Clarke… notre voyage est peut-être sans retour. Je ne sais pas si tu as bien saisi. Egoïstement, je n'ai rien fait pour t'en dissuader, mais…

_ Lexa, il n'y a pas d'autre endroit où je voudrais être en ce moment même…

Alors Lexa cessa de douter. Elle emprisonna ses lèvres et tout ce qu'elle s'apprêtait à lui dire, sur la dangerosité de leur mission, fut remis à plus tard.

Et sans aucun effort, les corps s'enlacèrent, comme s'ils étaient faits pour cela. Leurs corps, sans attendre, se mettaient en quête de premiers plaisirs. Sans que la raison n'y puisse plus rien, tant elles en avaient rêvé en secret, Clarke et Lexa se laissaient submerger par cette folle envie de découvrir l'autre. Cette folle envie, que Lexa avait induite une veille de bataille chez Clarke et dont elles n'avaient pu se défaire, malgré toute leur bonne volonté.

Une fois l'élan de ces premiers baisers passé, les tensions auraient pu s'apaiser. Les yeux dans les yeux, les corps à demi noyés dans le bain, enfin plus que réchauffés de leur calvaire glacé, Lexa emporta Clarke au bord du bassin. Elle emprisonna ses lèvres avec les siennes, elle emprisonna son corps avec ses bras et la souleva hors de l'eau puis la blottit contre elle. Elle était emportée par la seule pulsion de son corps et Clarke prit plaisir à la laisser faire, elle s'abandonna dans l'instant, elle s'abandonna dans ces bras et ses baisers enivrants.

Assise sur le rebord du bassin creusé dans la roche lisse, la blonde sortit les jambes de l'eau et entoura la taille de Lexa en la forçant à se coucher sur elle. Leurs vêtements trempés collaient aux corps humides, elles se pressaient l'une contre l'autre entre les gouttes qui ruisselaient lentement sur leurs courbes. Leurs lèvres ne pouvaient plus se quitter un seul instant, leurs souffles s'accordaient parfaitement ainsi que le ballet de leurs mains avides et pressantes.

Et puis soudain, après l'empressement des premiers instants, le moment se fait plus lent et plus charmant. Lexa prenait son temps, ses baisers étaient tendres et du bout des lèvres, elle les déplaçait sur la peau fine et douce de sa mâchoire puis de son cou, puis elle les déposa sur l'os de la clavicule entre les gouttes d'eau, puis remonta lentement jusqu'à son oreille, accentuant l'étreinte au niveau de ses veines, là où elle pouvait sentit son cœur s'emballer et réaliser que le sien s'emportait tout autant.

L'effet fut immédiat, Clarke s'empara de nouveau de ses lèvres et chercha à accentuer leur baiser. Leurs langues timidement, comme pour faire durer l'instant, se frôlaient et se retenaient pour finalement s'étreindre aussi intimement que leurs corps.

Les mains s'évadaient et partaient en reconnaissance, elles glissaient entre les gouttes d'eau sur la peau nue. Les lèvres pulpeuses de la guerrière au sang chaud s'évadaient par le même chemin que ses mains. Lexa descendait le long de son corps en profitant de chaque courbe qui se dessinaient sous elle. Clarke se cambra et l'attira encore plus près, plongeant ses mains dans ses cheveux bruns tressés.

N'y tenant plus, et poussée par un désir bien trop longtemps retenu, Lexa, avec autant de force que de délicatesse, enleva la brassière trempée que portait Clarke et qui lui collait à la peau. Clarke étouffa un grognement de plaisir allié de surprise et s'empressa d'ôter la tunique noire, trempée et transparente, qui couvrait encore Lexa.

Comme si les bains bouillonnaient grâce à leur chaleur, les vapeurs s'intensifiaient comme si le noyau de la Terre lui-même se réchauffait. Les vapeurs commençaient à totalement les camoufler, comme une bulle de coton qui les protégeait. Elles se regardaient intensément. S'il fallait reculer et renoncer, c'était maintenant, mais aucune des deux ne semblait vouloir s'arrêter là.

Clarke se redressa sur ses coudes, Lexa, à genoux au-dessus d'elle, se pencha un peu plus. Les boucles de cheveux bruns et blonds se mêlaient, la peau de leurs seins nus se frôlaient et se caressaient jusqu'à trouver ce qu'ils cherchaient, tout comme les lèvres qui instinctivement se retrouvaient fréquemment. L'élan entre elles était doux et patient aussi bien que passionné et violent. Clarke se pressa contre elle, son empressement la déstabilisa, et son coude dérapa sur l'humidité de la pierre et elle chuta en arrière, quittant le contact de ses lèvres par surprise et à regret.

Lexa s'empressa de lui tendre la main pour la redresser.

_ Tu n'as rien ?

Clarke ne regarda même pas l'éraflure et les quelques gouttes de sang qui tombaient puis se mêlaient aux flaques d'eau. Elle ne put détourner son regard de Lexa, pratiquement nue dans les vapeurs qui la couvraient à peine.

_Clarke ? Ça va ?

Clarke trouva enfin le regard de sa compagne et osa l'affronter.

_ Oui, ce n'est rien. Ne t'inquiète pas. Une éraflure.

Lexa se redressa et lui laissa la place de se relever. Elle semblait un peu confuse, elle bafouillait quelques mots mais ses yeux ne pouvaient la lâcher une seule seconde.

_ Clarke. Il faudrait que l'on se repose. Il faut reprendre... des … forces…

Lexa tenta de se faire violence et d'enchainer les mots, mais sa bouche n'avait aucune envie de les prononcer. Elle n'aspirait qu'à retrouver le gout de ses lèvres, et à en croire le regard de Clarke, elle désirait la même chose. La lueur de la torche vacilla et l'éclat de ses yeux vert était implorant de désir.

Clarke passa une main sur sa joue, puis dans ses cheveux pour empoigner sa nuque et l'attirer à elle. Lexa ne força pas, elle se laissa faire et saisit ses lèvres au passage sans plus se poser de question. Elles sortirent des bains et ensemble, elles trouvèrent leurs fourrures étalées sur le sol sec.

Comme un ultime désir à réaliser avant de peut-être mourir, comme une ultime nuit à passer sur cette terre, elles n'auraient souhaité rien d'autre que cela. Pouvoir enfin se dire combien elles se bouleversent l'une et l'autre depuis leur rencontre, pouvoir gouter au délice de sa peau sans avoir peur d'en faire trop, pouvoir se regarder en face sans cacher tout ce qu'elles admirent en l'autre et tous les sentiments qui les animent.

Lexa saisit ses hanches et la porta pour la sentir contre elle. Ses mains glissaient jusque dans son dos, elle tenait à parcourir chaque centimètre de peau. Elle fit glisser ses lèvres dans son cou, la blonde pencha la tête et bomba la poitrine, Lexa la sentit contre elle et finit sa course sur la rondeur parfaite de ses seins. Clarke soupira puis finalement ne put retenir un gémissement tant Lexa mettait de la poésie dans ses caresses.

Elle sentit son cœur s'affoler comme s'il allait bondir puis s'enfuir de sa poitrine tant son émotion était forte. Elle agrippa ses mains sur ses épaules et se souleva, elle passa ses jambes autour de sa taille et reprit ses lèvres entres les siennes. Puis à la force de ses muscles, Lexa la souleva et la coucha sur les peaux de bêtes. Clarke se laissa entrainer, elle sentit soudain dans son dos la douceur des fourrures mais surtout elle sentit le poids de Lexa sur elle et ça l'affola plus que tout.

_ Clarke, soupira Lexa entre deux baisers, je t'ai tellement désirée…

Clarke quitta ses lèvres, elle lui tenait doucement les cheveux en arrière et la força à la regarder.

_ Et moi, je t'ai tellement détestée… Souffla-t-elle mêlant l'envie à la colère.

_ Je sais…

Clarke l'embrassa à pleine bouche si bien qu'elle ne la laissa pas répondre. Il n'y avait plus rien à répondre. La vie sur Terre était bien trop rude pour continuer de s'en vouloir et ne pas s'aimer. La passion réfrénée s'exprimait enfin librement et plus rien ne pourrait leur faire regretter ce voyage.

Clarke sentit les baisers de Lexa s'esquiver de nouveau de ses lèvres, elle sentit ses mains sur ses cuisses et ses hanches comme des vagues qui l'emportait ailleurs. Elle ne saurait plus dire quel jour c'était. Elle ne saurait plus dire où elle était. Entre le Ciel et les Enfers probablement. Les flammes sur les parois humides de la grotte, l'air étouffant et le bruit de l'eau tourmentée au creux d'une montagnes gigantesque, feraient pencher pour les Enfers, mais la douce fièvre qui l'emporte contre le corps du Commandant des Armées de Natifs, la font définitivement basculer pour le Paradis.

Plus rien n'avait d'importance, elles étaient au bout du monde, leurs hommes étaient morts, leurs poursuivants aussi et le jour, dans ces cavernes ne se lèvera pas, cette nuit ne pourrait jamais s'achever et ça leur était égal. Lexa couvrait son corps de baisers appuyés. Clarke laissa ses mains faire leurs chemins sur son corps sans plus penser à autre chose qu'à l'instant présent. La brune finit par atteindre le rebord en coton du boxer délavé de la blonde qui se releva et la regarda. Presque comme un défi, un regard suffit. Lexa mordit l'épais élastique et poursuivit sa course en l'emportant avec elle. Clarke sourit, elle étouffa un rire et se cambra pour lui faciliter la tâche.

Lexa prit tout son temps pour lui ôter son sous-vêtement, puis elle caressa ses jambes, elle parsema ses cuisses de baisers légers pendant que Clarke ne la lâchait pas du regard, attendant qu'elle remonte, avide de retrouver ses lèvres.

Elle lui attrapa le bras et la força à remonter, Lexa s'exécuta et en profita pour glisser l'une de ses jambes entre les siennes. Clarke n'en resta pas là non plus, dans un baiser fougueux, elle glissa ses mains sous le fin linge de soie qui recouvrait l'intimité de Lexa. Elle le fit glisser sur sa peau mais Lexa bougea les hanches et l'empêcha d'aller plus loin. Cela ne l'arrêta pas, la blonde saisit les liens sur ses hanches et d'un geste sec et net, les arracha. Lexa se redressa et la regarda avec autant de surprise que de malice dans les yeux. Clarke fit glisser ce qu'il restait du tissu coincé entre leurs deux corps et les peaux totalement à nues se rencontrèrent pour la première fois.

Lexa se mordit la lèvre, Clarke ferma les yeux malgré elle, puis elle sentit les lèvres de Lexa sur les siennes. Un baiser passionné s'en suit en donnant le rythme au reste des corps qui s'enlaçaient et se mêlaient dans un parfait accord. La chaleur dans ses muscles surpassait la moiteur torride de leur refuge. La tension dans ses veines égalait la pression du torrent qui traversait cette montagne et leurs deux corps dans l'instant se laissaient submerger par un plaisir décuplé par tant d'attente.

La blonde bascula ses hanches et releva une jambe pour lui intimer de se rapprocher encore plus près. Elle quitta sa bouche et parcours son cou délicat puis sa poitrine. Tel un trésor qu'elle viendrait de dénicher, elle prit le temps de poser sa joue contre la rondeur parfaite de ses seins, elle prit le temps d'embrasser chaque parcelle de peau pour enfin s'emparer de son sommet. L'élan induit lui procure la force nécessaire pour se joindre à elle plus intensément. L'élan se répercutant entre les corps, la réponse de Clarke fut immédiate. Elle se cambra, elle lui offrait son corps, elles prolongeaient leurs mouvements jusqu'à ce que leurs corps n'en puissent plus, mais avec surprise, Clarke constata que son corps en voulait plus encore.

Elle sentait son intimité sur la sienne. Elle sentit la pression monter en elle à chaque nouvelle caresse. Elle sentit leurs pulsions battre jusqu'aux creux de ses reins, elle sentit le sang dans ses veines redoublé d'effort pour suivre les battements effrénés de leurs cœurs, elle sentit son souffle qui se perdait et qu'elle retenait du mieux qu'elle pouvait comme pour retenir l'instant. Elle sentit tout son être happé comme dans une sorte de conscience absolue de soi-même, et elle sentit la femme entre ses bras être dans le même état. Elle sentit l'hystérie folle et douce qui s'insinuait en elle pour la perdre dans un non-sens commun de béatitude. Elle sentait cette énergie grandissant en elle plus intensément seconde après seconde, elle sentait son plaisir l'envahir totalement, elle ne pouvait penser à autre chose qu'à la passion dévorante que Lexa s'appliquait à entretenir entre elles.

L'air brulant des cascades, les torrents traversant la roche au cœur de la montagne, cette force de la nature surpuissante semblait s'emparer de Lexa qui, dans une infini douceur, devenait plus ardente que jamais. Elle lui murmurait à l'oreille qu'elle n'avait rêvé que de ça depuis leur première rencontre. Elle voulait lui faire découvrir l'infinité de possibilité qu'offre l'amour qu'elle lui portait. Elle voulait lui faire aimer la vie comme jamais elle ne l'avait aimé elle qui la défendait corps et âme depuis toujours, elle voulait l'emmener à la source même du bonheur sur terre, comme si c'était la seule chose qui en vaille encore la peine, qui vaille vraiment d'être vécu.

Clarke ne pouvait plus résister, elle sentit ses forces et sa volonté à résister, fuir sous chaque caresse de Lexa, elle aussi n'avait rêver que de ça depuis des mois. Elle se rendait compte de l'intensité de ses émotions, pendant un bref instant elle repensa à Finn et à Niyha, pendant un instant seulement, elle comprit qu'aimer pouvait avoir un tout autre sens, pendant un instant elle ne douta plus de ce qu'elle éprouvait. Et c'était bien plus fort que tout ce qu'elle avait pu vivre ou imaginer.

Au cœur de la montagne, un moment délicieux se passait, mêlant la force et l'amour. Lexa était aussi douce que passionnée, aussi déterminé que changeante, aussi charmante que dominante, mais son seul but était de l'aimer comme rarement elle avait aimé dans sa vie. Elle savait ce qu'elle faisait mais elle s'appliqua sur le corps de Clarke, si précieux à ses yeux, comme jamais elle ne s'était appliquée. La différence c'était son implication émotionnelle, la différence c'était que c'était la Fille du Ciel qu'elle tenait dans ses bras, tel une étoile précieuse et fragile qu'elle aurait trouvé échouée sur Terre et dont il fallait prendre grand soin.

La force vive du Commandant emporta Clarke dans un élan inconnu, un tourbillon au plus profond des abysses, empli de sensations toutes plus fortes les unes que les autres, empli d'élans que son corps ne comprenait pas, empli de vibrations qu'elle ne pouvait réfréner. Elle semblait emportée par une force aussi vive que le torrent qui creusait la roche, elle était submergée, elle revoyait le ciel étoilé en haut des pics de la montagne, et les astres semblaient tourbillonner avec elle dans les eaux sombres qui l'emportaient.

Clarke reprit son souffle difficilement mais ne cessa de balader ses mains sur ce corps parfait qu'elle apprenait à connaître. Elle poursuivait ses caresses en profitant de ses moments d'extases qui persistaient à la faire trembler des pieds à la tête. Elle rassembla sa force et se redressa, elle s'empara des lèvres de Lexa et la retourna sur le dos. Elle s'accroupit au-dessus d'elle et la domina d'un sourire nouveau et charmeur. Un sourire joueur et conquérant. Lexa en avait le souffle coupé. Elle se redressa pour atteindre ses lèvres, elle pressait ses mains dans son dos, agrippant son corps comme pour que plus jamais il ne lui échappe. Elle sentit les mains de Clarke échapper à tout contrôle, elle sentit son désir s'emballer, et la chaleur de leurs corps encore augmenter. Clarke prenait plaisir à la voire s'épanouir, elles se regardaient droit dans les yeux et plus aucun doute n'était permis, plus aucune incertitude ne planait au-dessus d'elles, et plus rien ne gâcherait ce moment.

Clarke se surprit à se surpasser, elle se surprit à l'imiter, elle se surprit à aimer la vie plus que tout alors qu'il y a peu de temps, dans le froid glacial du grand Nord, la mort l'appelait et l'encourageait à la rejoindre. Elle oublia ses envies d'en finir avec la vie, elle oublia d'oublier de se battre, elle oublia la mort qui la guettait toujours de loin, elle luttait plus que tout pour replonger vers la vie, vers la liberté de respirer et d'aimer au-delà de toute raison, au-delà de toute logique. Elle se surprit à aimer cela plus que tout au monde, dans ses bras, sous ses caresses et ses baisers, la vie prenait un tout autre sens.