14. Devoir et sentiments.
Plusieurs jours étaient passés depuis l'annonce officiel du Roi : son entrée en Guerre, son soutien au Commandant Heda et son alliance à la Coalition. La Cité s'était éveillée et tous les hommes en âge de combattre s'étaient enrôlés volontairement dans les rangs de l'armée de leur Roi Semos. Les soldats de métier semblaient prêts pour cela depuis toujours, dirigés par le Prince Hamer, ils étaient fin prêts pour la guerre en 24H et aidaient les autres volontaires à s'armer et s'entrainer.
Le Prince Hemlet avait été nommé Ambassadeur du Peuple de la Montagne du Nord, au même titre que Clarke était leader du Peuple du Ciel. Le Prince Hamer était à la tête des troupes. Tous les trois formaient la chaine de commandement de la nouvelle armée de la Coalition et les troupes entrainées étaient enfin sorties de l'ombre pour franchir les Portes de la Cité, l'arme au poing, l'armure sur les épaules et le courage accroché au cœur.
Abritée sous son épais capuchon du fourrure blanche, offert par la Reine, Lexa regardait l'immensité des terres glacées qui se rependaient devant elle à la sortie du Canyon Interdit, de la glace jusqu'à l'horizon, une couche de neige fine sur une épaisse glace solide que les faibles rayons du soleil ne dégèlent jamais. Ils traversaient les terres de Nia sans rencontrer âme qui vivent, un sol déserté de toute vie, des villages abandonnés, des étendus vide à perte de vue, comme si toute la population de la Nation des Glaces avait migré.
Elle fit accélérer le pas, les troupes en formation la suivaient, elle voulait au plus vite atteindre les frontières des forêts entre leurs royaumes. Nia et ses hommes étaient probablement en faction autour de Polis, prêts à combattre et faire tomber toutes ses résistances, Nia était sans doute convaincue d'avoir le dessus sur son ennemi, et elle aurait raison sans l'appui qui arrivait de l'extrême Nord. Lexa était silencieuse, concentrée, elle était convaincue que leur plan avait des chances de réussite, elle ne voulait penser qu'à la victoire, franche et rapide, elle était de nouveau un Commandant, un Leader, elle sentait la force de l'Armée derrière elle, elle sentait la force que lui donnait la présence de Clarke, elle se gonflait de conviction et d'espoir absolue, elle était en route pour la Grande Guerre, en route pour tuer Nia et défaire l'armée des Glaces.
Des hommes avaient été envoyés en éclaireurs dès l'annonce du Roi, Nia entourait les forêts nord et est autour de Polis, mais elle n'avait toujours pas lancé l'assaut. Elle patientait avant d'attaquer, elle complotait dans l'ombre pour que son avancée soit la plus meurtrière. Elle voulait prendre la Tour coûte que coûte pour y placer un de ses protégés au sang noir. Elle souriait aux messages de ses patrouilleurs qui surveillait la capitale. Aucun mouvement de troupes, aucun renfort arrivant par le Sud, des Généraux en voyagent pour rallier des clans, surement trop tard, pensait-elle, tout semblait parfait pour pouvoir attaquer en pleine nuit, ou bien à l'aube, en tout cas très bientôt. Elle jubilait de la domination qu'elle pourrait bientôt exercer sur tous les clans, elle rêvait de Polis, elle rêvait d'être à la tête des terres fertiles, des forêts immenses et proliférante de vie et des oasis des déserts arides, elle rêvait de quitter ses terres glacées et de vivre en haut de la Tour.
Elle ignorait que tout était déjà en place à Polis. Les miradors et les barricades étaient en position, quadrillant toute la superficie de la ville, des mines étaient déployées dans les rues en périphéries et dans les quartiers extérieurs, par là où le gros des troupes de la Reine Nia devra passer. Les femmes et les enfants resté en ville étaient à l'abri dans les bunkers, les autres avaient trouvé refuge dans les villages vers les marais du Sud ou dans les forêts Trikru. Tout s'était finalement mis en place au retour d'Indra, mais les discordes avaient affaibli les corps et remué les esprits, et Heda manquait terriblement sur le trône. Sans nouvelle de leur Commandant, les doutes s'étaient emparées des chefs de clans encore alliés, et des chefs des armées, surmenés et échaudés par son absence et la guerre qui grondait non loin. Indra organisait les défenses avec Bellamy, Octavia et Kane, et les clans du Sud étaient déjà en ville pour renforcer les bataillons d'Hommes de la Coalition. Les chefs de clans de l'Est étaient en faction dans les forêts près à défendre les flancs de la ville. Tous étaient prêts, mais surpris que les meutes et les troupes de Nia n'aient pas encore tenté de forcer les frontières de la Capitale.
Sans le savoir, la Reine Nia était acculée et allait se jeter tout droit dans la gueule du loup. Seule le nombre d'hommes jouait en sa faveur, et seule son ignorance sur la nouvelle alliance qui s'était signée dans les Montagnes du Nord, jouait en faveur de la Coalition. Toutes les pièces de ce jeu de guerre se mettaient en place, la partie allait commencer, la guerre allait éclater.
En marge des forêts de la frontière Nord, entre les forêts verdoyantes et les terres gelées, s'étendait une vaste prairie d'herbe folle qui se meurt au fur et à mesure qu'elles s'étendent vers le Pôle. Hamer et Lexa font dresser le campement à l'abri des éclaireurs, les hommes postés en faction sont armés et solidement entrainé. Les troupes de soldats se reposent en silence, reprenant quelques forces après cette longue course sur la glace.
A minuit se tenait une réunion au sommet sous la tente de commandement, avec des chefs de troupes, des Généraux, des Maitres archers, des Maitres de chiens de guerre et des Cavaliers émérites, bien sûr Le Commandant Heda, l'Ambassadeur Griffin et la nouvelle élite de la Coalition, Hamer et Hemlet. Malgré leur jeune âge, ils s'étaient avérés de solides alliés, ils étaient de grands guerriers, Hamer était un chef militaire respecté et autoritaire, il était stratège et ordonné mais contrairement aux apparences, Hemlet s'était révélé être un meilleur combattant au corps à corps, et bien sûr fin négociateur et historien de l'Art de la Guerre de l'Ancien Monde. Ils étaient tous les deux complémentaires, tous les deux formaient une arme tactique et physique incomparable.
Une fois tous les plans exposés et les troupes avertis de la marche à suivre et des manœuvres à venir, la tente se vida peu à peu, Lexa, assise dans un fauteuil de fortune, une épaisse fourrure blanche sur les épaules, présidait en bout de table, en regardant fixement Clarke, qui coordonnait certains détails avec Hamer. Lexa semblait soucieuse, elle semblait percevoir une idée dissimulée dans le regard de Clarke qui s'énervait sur certains aspects du plan, à savoir le timing.
Leur plan initial était de laisser les défenses de Polis s'occuper de la première vague de combattants qu'enverra Nia et d'éliminer par l'arrière, la deuxième vague qu'elle voudra envoyer. L'idée étant de détruire ses envahisseurs avant qu'ils ne prennent Polis. Les encercler et les anéantir à la frontière. Mais pour que celui-ci soit parfait, il faudrait se synchroniser avec les défenses de Polis. Quand Nia pensera attaquer la première, sa deuxième vague sera sur le point d'être réduite à néant.
Mais Clarke refusait de laisser Polis se défendre sans être conscient que les renforts étaient là.
_Il pourrait se passer tant de chose s'ils se sentent en position de faiblesse, même les défenses bien en place, l'armée de Nia aurait le dessus, iront-ils jusqu'à mourir pour défendre le trône ou se laisseront-ils prendre avec l'espoir d'être épargné ? Il faut les prévenir, il faut qu'ils sachent que nous sommes là !
_ Trop dangereux. Si les hommes des glaces nous repèrent, notre avantage tombe à l'eau. Jugea Hemlet sur cette proposition.
_ C'est un risque à prendre, nous serons plus fort si les défenses de Polis compte sur nous. Il faut être conscient de l'ensemble du jeu, de l'ensemble des placements de pièces pour être le plus apte à submerger l'adversaire. N'est-ce pas ce que tu tentes de m'apprendre depuis tant d'années, moi qui aime foncer tête baissée ? Argumenta Hamer.
_ Si, mon frère. Reconnait-il. Mais tout de même, ce n'est pas une partie d'échec avec des pions en bois…
_ Inutile d'en discuter, je refuse. Interrompt Lexa d'une voix posée.
_ Lexa, ils pensent être seuls, ils nous pensent peut-être même mortes, ils ne tiendront pas sans savoir que nous sommes là.
_ Hors de question, Clarke, c'est trop dangereux … et je sais à quoi tu penses.
_ Ha ? Et à quoi ?
_ Au talkie que tu as toujours dans ton sac.
Clarke baissa la tête, c'était effectivement son plan : se rendre dans la forêt, à portée de communication et joindre son clan pour leur assurer de leur soutien et les informer des renforts installés à l'arrière.
Après un long débat puis un long silence, la situation restait la même, deux voix contre deux. Lexa et Hemlet jugeait cela trop imprudent et pensait pouvoir submerger Nia sans coordination avec la Capitale. Clarke et Hamer, partisans pour mettre toutes leurs chances de leur côté et de ne pas prendre le risque que Polis pli le genou et s'avoue vaincue en pensant être seul à lutter.
Le ton montait et les pions sur la carte avaient volé en l'air lorsqu'un messager entra sans discrétion sous la tente de commandement. Des mouvements de troupes signalés vers l'est, des guerriers de la Nation des Glaces qui effectuaient des patrouilles à la lisière des forêts.
Nia n'était donc pas si confiante que cela pour envoyer des éclaireurs sur ses propres terres qu'elle venait de quitter. Lexa ordonna qu'un petit convoi de soldats partent pour les éliminer proprement, sans en laisser un seul en vie, sans laisser de trace, ni faire de bruit. Hamer sortit de la tente et fit envoyer deux de ses meilleurs assassins et des soldats tireurs d'élite en appuis pour exécuter cet ordre.
Hemlet le rejoint pour mettre au pas les troupes qui attaquerons en première ligne. Les déplacements avaient été limités, des feux avaient été éteints pour disparaitre dans la nuit, des bruits d'armes, de lames et d'acier résonnaient dans le silence et les corps se réveillaient avec dans les veines le gout de la guerre qui s'annonçait.
Lexa et Clarke, seules sous la tente, se regardaient sans que l'une ou l'autre ne veuille céder et baisser les yeux. Clarke tournait en rond comme un lion en cage et Lexa jouait posément avec son poignard, la lame, filant entre ses doigts, et le regard froid et intransigeant.
Et puis le souvenir de leur première rencontre stoppa la bataille qu'elles s'apprêtaient à se livrer l'une contre l'autre. Un sentiment commun et diffus les submergea de nostalgie, un déjà-vu, déjà vécu, un instant impossible à oublier. Cet instant où pour la première fois la Fille du Ciel faisait face au Commandant Heda, la première fois où elle lui avait tenu tête, la première fois où elle l'avait convaincu, la première fois où sa simple présence l'avait subjugué, la première fois où elle avait su que cette rencontre changerait sa vie. Clarke se figea face à Lexa et lui demanda sans détour :
_ Tu te souviens ?
_ Comment oublier ?
_ Je ne veux plus me battre contre toi, Lexa. Je ne pourrais pas revivre ça.
_ Je t'ais promis que jamais plus je ne te trahirais, jamais plus je ne t'abandonnerais.
_ Je sais.
_ Alors renonce. Je ne peux pas ordonner une telle mission.
_ Lexa, tu dois le faire. C'est notre seule chance de nous assurer la victoire. La seule.
Lexa luttait contre elle-même, elle ne pouvait rien lui refuser, mais elle ne pouvait pas la mettre en danger une fois de plus. Ses forces faiblissaient alors qu'elle percevait la véracité des propos de son Ambassadeur.
_ Admettons que j'accepte, comment penses-tu procéder ?
_ Une troupe d'élite, pas plus de trois ou quatre, on se fraient un chemin à travers la lisière ouest, on dépasse le village aux moulins, le talkie sera à portée de communication, on pourra joindre Bellamy ou Kane ou n'importe qui, et ils assureront la défense avec un gros avantage, avec notre soutien.
_ On ? Tu comptes y aller en personne Clarke ?!
_ Lexa, laisse-moi y aller, tu sais bien qu'il n'y a que…
_ Arrête, les soldats d'Hamer savent se servir d'un vieux talkie !
_ Ça je n'en doute pas… mais… fais-moi confiance, il n'y a que moi qui puisse les joindre. Il n'y a que ma voix qui puisse les convaincre que nous sommes en vie et que nous sommes là, avec toute une armée, prêts à attaquer.
Corps et âme, Clarke défendait ses idées et Lexa savait que son instinct était hors du commun. Son titre de Wanheda, elle n'en voulait pas mais il lui collait parfaitement à la peau, elle était une guerrière, une survivante, bien que ce titre lui confère le pouvoir de donner la mort, elle l'utiliserait pour préserver la vie. Elle était une étoile bénie, brillante de vie, vibrante de convictions, elle était un chevalier traversant les constellations, elle était une arme vivante, un pont entre les mondes, une allié de taille, une amante de prestige, elle était bien plus grande et importante qu'elle ne pouvait le voir, elle était la clé de l'avenir et la voie vers la Paix, et pourtant, elle n'hésiterait pas un instant à se mettre en danger pour assurer la victoire aux siens, alors que Lexa souhaitait la mettre à l'abri comme une pierre précieuse dans un coffre-fort.
Lexa ne pouvait empêcher son regard de refléter son sentiment. Elle aurait beau avancé tous les arguments du monde, tous plus ou moins valables les uns que les autres, Clarke ne démordrait pas de son idée. Elle voulait contacter la Capitale et coordonner leurs défenses et leur attaque mais Lexa refusait toujours de la laisser prendre un tel risque.
_ Que je ne te fasse pas confiance, n'est pas la question, Clarke, tu le sais… mais je ne peux pas donner cet ordre…
_ Lexa… Murmura Clarke en laissant s'effondrer ses défenses et ses distances et en se rapprochant dangereusement du trône d'occasion où était toujours installée Lexa.
_ Clarke, je ne peux pas t'envoyer là-bas, je ne peux prendre ce risque…
_ Je sais, mais tu dois penser en Commandant des Forces Armées de la Coalition en ce moment, tu ne dois pas penser à …
_ Quoi ? A toi ? A Nous ?
_ Oui.
_ Comment tu peux me demander ça ?
_ Je veux la victoire Lexa, je veux la paix des clans, je veux voire Nia chuter… et je peux y arriver, je peux atteindre la limite sans me faire prendre, Lexa, une dernière fois, fais-moi confiance, et ensuite…
_ Ensuite quoi ?
_ Ensuite, le peuple célébrera la victoire dans les rues de Polis, et nous…
_ Nous… ?
_ Nous pourrons penser à nous et reprendre là où on s'est arrêtées dans cette chambre du Palais de la Cité…
Lexa retenu son sourire mais en vain, il s'afficha sur son visage comme un rayon de soleil qui enchante le matin. Elle cessa de jouer nerveusement avec son poignard et succombait lentement à ses avances appuyées.
Les rumeurs de ses soupires, la douceur des draps et de sa peau, le souffle chaud des flammes dans l'âtre de la cheminée, ses souvenirs, si récents qu'ils lui semblent encore lui collés à la peau, lui tournaient autour sans plus pouvoir la lâcher.
*flashback* Allongée dans des draps de satin froissés, son corps dénudé s'étendait de tout son long entre deux bandes de tissus, les yeux clos, elle tenait le drap au creux de sa main, le serrant comme un bien précieux, l'agrippant du peu de forces qu'il lui restait.
Son souffle ralentissait lentement, péniblement, comme si l'oxygène lui avait manqué pendant un long moment. Lexa la regardait à la seule lueur des flammes dans l'âtre, leurs reflets dansaient sur les murs, sur les voilages et les rideaux, et sur son corps nu. Il lui était impossible de songer à poser ses yeux ailleurs, il lui était impossible de respirer sans y retrouver son odeur, il lui était impossible de penser la perdre un jour, elle était une femme extraordinaire, bien au-delà de toutes ses espérances, bien au-delà de toute imagination, elle se saurait pas comment se passer d'elle à présent, elle ne pouvait plus la quitter des yeux.
Clarke était magnifique, plongeant lentement dans un sommeil léger, bercer par les réminiscences des vagues de plaisir qui l'avaient submergées. Le visage d'un ange au paradis, reposé, paisible, épanouie, pleine de cette force qui l'anime et qui rythme sa vie. Elle retrouve la fille du Ciel, fiable et déterminée, elle retrouve le visage de la résistance, elle retrouve le soldat puissant et la femme fabuleuse qu'elle a toujours été. Elle resta là, immobile, tout aussi nue que sa compagne, le regard fixé sur elle et le sourire au coin des lèvres.
Clarke s'étira, elle remuait légérement, elle se releva et la regarda.
_ Que fais-tu ? Demanda-t-elle
_ Je te regarde.
_ Ne fais pas ça.
_ Pourquoi pas ?
_ Ne me regarde pas comme ça.
_ Comme quoi… ?
_ La guerre approche, alors ne me regarde pas comme si c'était la dernière fois.
_ Ce n'est pas ça.
_ Il y aura des morts Lexa, c'est inévitable, mais ni toi ni moi n'iront au front, nous avons une armée avec nous…
_ Je sais cela. Il ne nous arrivera rien, je te le promets, je ne laisserais absolument rien nous séparer mais il est inévitable de penser que… non, c'est impensable, je ne supporterais pas de te perdre…
_ Je sais cela, Commandant… venez donc vous recoucher auprès de moi, demain nous marcherons sur Polis et nous penserons à la guerre. Mais cette nuit est encore à nous et rien qu'à nous.
Clarke dégagea les pans de tissus qui la recouvraient partiellement et se blottit contre Lexa. Elle entoura son corps de ses jambes et de ses bras, elle déposa ses lèvres encore humides dans le creux de son cou et Lexa se laissa basculer et envelopper par les draps et ce corps chaud qu'elle aimait plus que tout.
Elle ferma les yeux et retrouva les lèvres de son Ambassadrice, elle lui confia sa foi en elle et en leur avenir, elle lui confia son amour en embrasant leurs corps tout le reste de la nuit et sous les draps de satin, elles avaient encore le temps de penser à elles avant de penser à la guerre. *
