15. L'Aube et le Crépuscule.

Sous la tente de commandement, Lexa était à présent seule, elle allait et venait autour de la table où s'étalait une carte des reliefs et des forêts autour de Polis. Elle avait replacé minutieusement tous les pions et cavaliers que Clarke avait envoyé valser, en position d'attaque comme prévu, mais elle ne pouvait garder son calme.

Elle était tiraillée, elle s'entêtait à se repousser dans ses retranchements mais elle avait bien conscience d'avoir peur pour Clarke, il lui semblait revivre un vieux cauchemar, écartelée entre son devoir et ses sentiments. L'idée de Clarke leur assurait un avantage de plus face aux Hommes de Glace, la victoire était sa seule préoccupation, la victoire était la seule chose à laquelle elle devait penser, et Clarke était volontaire, sa requête était justifiée et sensée, s'entêter à refuser pour qu'elle parte les prévenir était, d'un point de vue militaire, totalement absurde. Elle tournait en rond en s'en rendre folle.

Elle soupira, elle savait d'avance, que même en refusant, Clarke trouverait le moyen d'y aller. Autant ne pas la défier, autant ne pas la contrarier, et se soutenir, pour la victoire, mais comment se débarrasser de cette angoisse grandissante à l'idée qu'elle s'éloigne d'elle ? Rien que cette idée lui tiraillait le cœur et l'estomac.

Elle se rassit sur son trône de fortune, et se mit à revoir le fil des heures passées avec Clarke dans le Palais de la Cité.

*flashback* Au petit matin, Lexa se réveilla auprès d'elle. Un réveil en sursaut, fiévreux et un genre de malaise dans la poitrine, comme une peine terrible qui aurait du mal à s'effacer même une fois réveillée. Une impression de cauchemar lui collait à la peau et à la mémoire, un vertige glacé, un sentiment de chute libre et de douleur, un rude retour à la réalité. Ce qui la hantait maintenant c'était des images de guerre et de mort, et parmi ces morts, une chevelure blond cendrée. Elle posa les yeux sur Clarke, couchée près d'elle, profondément endormie, sage et jolie comme un ange.

Un sentiment de bonheur profond l'avait envahi en posant les yeux sur elle et sa chevelure d'or éparpillée sur les oreillers, un sentiment d'amour immense et indestructible, un plaisir infini. Elle allait tendre la main pour caresser son épaule quand elle remarqua une petite silhouette postée au pied du lit.

Agath était assise sur le bord de la couche, à demi cachée par les voilages du baldaquin, elle les regardait dans la pénombre. Le jour s'était levé mais le ciel était presque toujours aussi sombre que durant la nuit, seuls quelques reflets de clarté et la lumière des spots de la ville traversaient les rideaux pour venir s'échouer sur le sol en moquette près de la large fenêtre.

Lexa s'extirpa du lit en prenant soin de ne pas réveiller Clarke, elle s'habilla en vitesse pendant que la jeune enfant détournait la tête, pudique mais un brin curieuse.

_ Elle a besoin de sommeil, ne fait pas de bruit. Murmurait Lexa à l'oreille de l'enfant.

Elle attrapa Agath dans ses bras et sorti de la suite en toute discrétion.

La petite hocha la tête alors qu'elles sortaient de la chambre.

_ Tu es attendu en Conseil de Guerre avec mes frères. L'informa Agath.

_ Te me montre le chemin ?

_ Avec plaisir Commandant. Répondit la fillette avec un grand sourire.

Un peu plus tard, le Conseil de Guerre débutait après qu'Agath et Satori soient évacués de la salle par l'arrivée de leur mère, la Reine Zione. Elle fit cesser leurs jérémiades en quelques secondes, les jugeant bien trop jeunes pour y assister, c'était un conseil exceptionnel, c'était une situation historique, un événement unique et sans précédent, et leur présence n'était pas souhaité.

Hamer et Hemlet étaient quant à eux, de brillants chefs de Guerre, malgré leur jeune âge, leur apparente rivalité et leurs différences de caractère. La réunion fut structurée et concise, comme si toute l'organisation était déjà au point pour faire partir les armées au combat, comme si tous les protocoles d'armement et de départ avaient été répété maintes et maintes fois en vue de bataille à venir. Lexa entama son discours avec l'attention de toute l'assemblée, elle dévoila ses plans et son approche des armées ennemies. Hemlet prenait acte des plans géographique des périphéries de la Capitale sur de vieilles cartes ressorties des archives des bibliothèques, Hamer organisait les différents bataillons, les généraux étaient sur le pied de guerre, l'ensemble de la garde était déjà réveillé et prêt à agir. Après les derniers ordres de missions données aux généraux, la Reine reprit la parole :

_ Mes Princes, mes fils, et vous enfants de la Montagne, depuis toujours je sais que c'est votre génération qui soulèvera l'Histoire de nos peuples. Depuis toujours, je sais qu'il vous faudra partir à la guerre pour ramener la Paix sur le Monde. Je suis convaincu mes enfants que nous suivons la bonne voie. Quant à toi, Lexa, Commandant de la Coalition, nous nous allions à toi, nous nous soumettons à tes ordres et nous combattrons à tes côtés… Le Roi annoncera cette alliance à toute la Cité dans quelques heures et les hommes se porterons volontaires. Lexa, une grande armée sera derrière toi.

Elle reprit plus bas, alors que quelques chefs de sections s'esquivaient pour vaquer à leurs urgentes tâches.

_ Lexa, enfant de la Cité, j'ai toujours été convainque que tu ferais de grandes choses, j'étais loin de me douter que tu arriverais si loin, que tu rallierais tous les clans et que tu nous ramènerais une Astronaute en vie. Cette fille te montre le chemin, Lexa, vous deux, vous êtes l'image d'un meilleur avenir, la force de la terre et l'esprit du ciel, ensemble, vous serez invincible.

_ Merci ma Reine. Répondit Lexa un peu gênée.

_ Désormais je suis, ainsi que la Famille Royale et tout le Peuple de la Cité des Sommets Enneigés, vos humbles serviteurs, Commandant. Déclama la Reine tout en s'inclinant en signe de respect.

Lexa en avait la gorge nouée et le cœur serré. Un tel acte de considération venant de la Reine Zionne était pour elle un aboutissement, un vœu jamais formulé enfin accompli, qui lui paraissait encore jusque-là complétement irréalisable. Elle tendait de restait digne et à la hauteur de son rang, comme elle avait toujours su parfaitement faire, mais face à la Reine, à cette Reine, Mère du Peuple de la Montagne, Mère de Costia, elle était comme une petite fille devant la figure maternelle et autoritaire de son enfance, elle était perturbée, mais fière, et elle ne montra aucun signe de désordre intérieur.

Peu de temps après Lexa marchait dans les couloirs du Palais, le pas pressé, le regard hagard, prenant conscience de toute l'importance de cette réunion, prenant conscience que la chance inespérée après laquelle elle avait couru, la chance de vaincre Nia était à enfin à portée de main.

De retour dans la suite du Palais qui leur était attribuée, en ouvrant les portes, elle trouva Clarke assise sur le bord du lit, un drap enroulé autour de son corps, les jambes et les épaules nues, en train de déguster un petit déjeuné sur un plateau roulant qu'un serviteur venait tout juste d'apporter.

Lexa s'approcha en retirant ses chaussures pour monter sur le lit pendant que Clarke, la bouche pleine, lui souriait largement.

_ Où étais-tu ? Dit-elle en mâchant maladroitement pour finir sa bouchée.

_ En conseil de guerre.

_ Quoi ? Sans moi ?! Demanda Clarke faussement vexée.

Lexa soupira, puis sourit et s'empara de ses lèvres.

_ Bonjour Clarke. Murmura-t-elle entre deux baisers au gout de miel.

_ Bonjour Lex…

La brune s'empara d'un morceau de pain recouvert de confiture et s'installa plus confortablement pendant que Clarke continuait d'engloutir et de goûter un peu de tout ce qu'il y avait sur ce large plateau.

Lexa contemplait ses cheveux blond doré comme le soleil qui s'échouaient en désordre sur ses épaules nues. Elle songeait à la douceur de sa peau et la passion de ses baisers. Elle pensait à son corps sur le sien en n'en oubliant un court instant le Conseil et la Guerre.

_ Et alors ? Demanda Clarke en sortant Lexa de ses songes.

_ Alors quoi ?

_ Le Conseil ? qu'est ce qui s'est dit ?

_ Oh…Heu… les troupes se préparent… Le Roi annoncera son Alliance ce midi… Mais… finit de manger, je te raconterais en chemin, je vais te faire découvrir la Cité. Répondit Lexa avec un large sourire sur le visage, si large que Clarke s'en était presque étouffée avec une gorgée de thé de voir un tel plaisir s'afficher sur ses lèvres.

Quelques temps plus tard, Le Commandant et son Ambassadeur, escortées de quelques gardes de l'élite royale, se rendait dans les rues de la ville qui s'étendait au pied du Palais. Les rues étaient faites de vieux pavés cassés dans les ruelles hautes, puis de bitume fissuré et envahit par les herbes folles et la mousse sur la grande rue. Chaque échoppe était surmontée d'une pancarte et d'une torche ou d'une lanterne à chandelle, quelques énormes spots montés sur des piliers mécanique éclairaient le tout mais ne remplaçait pas le soleil. La rue scintillait faiblement dans ce jour sombre. Clarke était émerveillée que tout ce peuple ait survécu dans les ruines d'une station de ski, dans ce vieux village perdu au milieu des montagnes et oublié de tous.

Clarke observait tout sous l'œil amusé de Lexa, elle jetait un œil à chaque vitrine, à chaque vendeur ambulant, à chaque échoppe et chaque attraction qu'elle croisait. Lexa s'arrêta à hauteur d'un chariot où le vendeur remuait fréquemment des marrons sur une grille surplombant un brasier. Elle s'enivra de ce doux parfum et le vieil homme lui tendit un panier rempli de marrons tout chaud. Elle accepta et fouilla ses poches à la recherche d'une quelconque rétribution mais en vain. Il lui fit signe, très humblement que c'était offert. Elle refusa puis finit par accepter mais en toute discrétion elle fit signe aux gardes qui l'escortait de le récompenser.

Clarke s'approcha, attirer par l'odeur et la curiosité. Lexa continua d'avancer sur la Grand Rue avec Clarke à ses côtés. Elle lui fit signe d'ouvrir la bouche et la fit croquer dans un marron grillé, Clarke écarquilla les yeux en mâchant, avant de s'emparer du reste de ce pauvre marron dont elle ne fit qu'une bouchée.

Et puis elles sortirent du village, la grande route les mena au cœur de la vallée. Clarke s'immobilisa. Dans la nuit noire, depuis la fenêtre du Palais, elle n'avait vu que des lucioles, des feux de camp parsemer la vallée mais à présent elle pouvait réellement admirer l'étendue et la splendeur de la Cité.

Elle ne savait pas où regarder, elle ne savait pas comment expliquer ce qu'elle voyait, son regard voguait de haut en bas et de gauche à droite, la bouche béante et les bras ballant. Il en fallait beaucoup pour impressionner la fille du Ciel et c'était chose faite.

Devant elle s'étendait une vallée verte immense, parsemé de bosquet et de bois aux arbres verts et en feuilles, débordant de bourgeons, de fruits ou de noix, par-ci par-là s'envolaient de petits oiseaux des bois, des chevaux tiraient des chariotes pleine de vivres ou de bûches de bois roulant sur des chemins en terre, des enfants couraient autour d'un vieil arbre centenaire et la vie semblait pareil au moyen-âge, rude mais pleine de petits plaisirs et de rires de gamins.

Mais toute l'étrangeté de ce lieu résidait dans ces voutes de verres et ce dôme de panneaux solaires qui surplombaient la vallée et les hauts plateaux, reliés par de larges lignes conductrices, perchées sur les anciens pilonnes des remonte-pentes et se raccordant aux bâtiments des machines.

Clarke commençait à comprendre, les serres et les champs de culture étaient alimentés par l'emmagasinement du peu de ressources solaires qui arrivent aux sommets des monts, et toute la vallée bénéficiait d'un micro climat juste propice à sauvegarder un peu de nature au milieu du massif de montagnes enneigés.

Jusque-là Clarke n'avait croisé que des arbres morts et le choc était enivrant, elle entendait les oiseaux chanter, et les insectes chuchoter elle entendait le bourdonnement des ruches perchées sur un haut plateau, abritées par une voute de verre, elle ressentait un plaisir inouï à découvrir cette Cité grandiose où la vie avait trouvé un équilibre parfait, entre ancienne tradition et révolution technique moderne.

Elles atteignaient le centre de la vallée et l'Arbre majestueux, couché au sol, près de la chaleur de la terre, tel un vieux sage autour duquel de jeunes élèves tireraient les meilleures leçons de vie. Comme un ancêtre que l'on vénèrerait et respecterait. Cet arbre était unique, à plus de 3000m d'altitude, peut-être même plus, il était intact, il avait traversé les âges, les tempêtes et la fin de l'Ancien Monde. Il était beau et torturé, fait de branches épaisses qui s'entremêlaient à l'infini les unes aux autres. Elles s'entrelaçaient de mille et une façon, elles se supportait les unes les autres, et son feuillage masquait pourtant de nombreux nœuds et virages d'écorce. Il était la mémoire de ce lieux, torturé, combattant pour survivre encore, il était l'espoir et la vie. Ses branches rasaient le sol et ses feuilles se secouaient portées par un léger vent froid.

Les enfants cessèrent de courir et oublièrent leur jeu et leur Arbre, pour s'amuser de la venue des étrangères alors Clarke s'agenouilla pour se présenter. La foule d'enfant se regroupait autour d'elles quand un enfant en particulier, un petit garçon aux cheveux et au regard noirs, d'environ dix, onze ans, se stoppa face à Lexa et la regarda avec insistance. Elle-même était intriguée par le regard que portait sur elle ce jeune garçon, ce regard insolent, cette frimousse d'ange égaré, tout lui semblait familier alors elle s'approcha de lui sans le brusquer.

Elle le salua par un signe de tête et lui tendit la main. Il attrapa son avant-bras pour le serrer aussi fort qu'il pouvait avec sa petite main.

_ Tu es Lexa n'est-ce pas ? Le Commandant Lexa ?

_ Hm oui… c'est bien moi. Et toi comment tu t'appel mon jeune garçon ?

_ Orga, fils de Bia et de Loran.

Lexa tique en entendant ces prénoms. L'enfant lui sourit avant de poursuivre.

_ Ma mère m'a beaucoup parlé de toi.

_ Ta Mère ?

_ Elle me raconte toujours comment tu as été chassé de la Cité et elle raconte que maintenant tu diriges tous les peuples au-delà de la Montagne.

_ Bia !? tu es le fils de Bia !? Ma cousine ? La fille de l'oncle Ignas et de la tante Viène.

Le gamin hocha la tête, Lexa tremblait à cette annonce, elle tomba à ses pieds et le prit dans ses bras. Clarke s'écarta des autres enfants, portée par la curiosité de voir Lexa à genou et dans une telle démonstration d'affection.

_ Lexa tout va bien ? S'inquiéta Clarke en s'approchant plus près.

_ Très bien oui… Bafouilla Lexa en se relevant. Je te présente… Orga, le fils de ma cousine Bia. Dit-elle avec émotion dans la voix en tenant le garçon par les épaules.

_ Enchanté jeune homme.

Il hocha la tête avec respect, un peu impressionné, un peu charmé.

_ Où est ta mère, Orga ?

_ A la fonderie.

_ Fait la venir au Palais dans l'après-midi s'il te plait.

_ Elle ne me croira jamais si je lui dis que tu es là !

A cet instant, dans le creux de la vallée, résonnèrent des cornes de brume. Leurs échos en vague traversèrent la Cité de part en part et tous les visages se tournèrent vers le Palais.

En quelques secondes, toutes les activités de tous les villageois cessèrent et tous se rendaient d'un même pas vers les grilles du Palais. Lexa regarda le jeune garçon.

_ Elle te croira, va vite la rejoindre.

_ Que se passe-t-il ? Demanda Clarke en regardant la foule se déplacer.

_ Je parierai sur l'annonce officielle du Roi. Retournons au Palais, nous poursuivrons la visite plus tard.

Elle attrapa la main de Clarke sans même y penser et l'emmena par des chemins plus discrets pour éviter la foule qui s'empressait de remonter vers le Palais. En quelques minutes elles étaient de retour au Palais et retrouvaient la Reine Zionne et ses fils.

Confortablement assis dans un large fauteuil roulant, poussé par un son garde du corps personnel, emmitouflé dans de grosses fourrures, le Roi Semos sortait sur la plus grande terrasse de la façade du Palais, sous les acclamations et murmures de la foule déjà largement amassée devant lui. A sa suite, la Reine Zionne, marchait fièrement, avec belle allure comme à son accoutumé, et ses plus grands fils Hamer et Hemlet, parés de leurs plus beaux manteaux d'apparat, fermaient la marche.

A l'intérieur, près de la cheminé, Agath et Satori assistaient à la scène par les baies vitrées, avec leurs précepteurs et quelques sujets de la famille royale. Clarke et Lexa étaient priées de rester en retrait quelques minutes pendant l'élocution du Roi qui commençait à peine.

_ Mes très chers amis, Peuple de la Montagne…

Sa voix faible et malade ne portait pas assez loin, c'est alors tout naturellement que Le Prince Hamer fit un pas en avant et répéta mot à mot les paroles de son Roi.

_ … Mes très chers amis, Peuple de la Montagne… Vous tous, réunis ici, témoins de notre survie à travers les âges … Il est temps pour nous de rallier le reste du Monde, il est temps pour nous de sortir de l'ombre … En vue d'éléments nouveaux portés à ma connaissance… qu'au-delà de la Montagne enneigée, dans les forêts verdoyantes, la dernière ville encore debout dans ces terres sauvages, est en passe de succomber aux ravages de la Nation des Glaces… depuis toujours si cruelle…

Il marqua un temps pour reprendre sa respiration et s'empêcher de tousser.

_ … J'ai pris la décision, en mon âme et conscience d'effacer les erreurs du passé et de pardonner… de me pardonner… Dit-il plus bas sans que Hamer ne le répète. Je vous annonce aujourd'hui le retour d'une enfant de la Cité devenue Commandant… je vous annonce aujourd'hui que le Peuple des Montagnes est désormais allié à jamais à la Coalition et au règne de Heda.

Dans la foule, des murmures et des bavardages s'amplifiaient, les habitants s'agitaient et quelques cris de joies jaillirent par-dessus les râles de mécontentement et de questionnement.

_ Ecoutez-moi, mes amis, la Cité restera tel qu'elle a toujours été. Notre royaume survivra toujours… mais j'envoie mes troupes guidées par mes fils, les Princes Hamer et Hemlet et tous les hommes volontaires seront les bienvenues pour marcher sur Polis et rendre sa liberté à la capitale. Je vous promets après cela de laisser les portes ouvertes, de reprendre les marchés et de nous rallier sous le joue de la Coalition.

Les gardes firent un petit signe à Lexa et Clarke pour qu'elles s'engagent vers la terrasse.

_ Vous vous demandez pourquoi, soudainement, après tant d'années à refuser et vous forcer, pour notre sécurité, à rester cloitré dans notre Montagne… je me prononce enfin en faveur de l'Alliance ? … La réponse est simple… Heda nous a apporter un nouvel espoir… Elle nous a apporté …Un astronaute.

La foule, d'un même et unique souffle, s'étonna de cette annonce absurde. Dans le cœur de chacun, les Astronautes étaient tous morts à la chute de l'Arche, elle s'était éteinte, et les quelques débris s'étaient embrassés dans l'entrée de l'atmosphère et il était impensable que des personnes aient survécu parmi les décombres tombés sur Terre, alors pendant un instant, tous pensèrent que le Roi était devenu fou pour de bon. Et puis les murmures et les scandales dans la foule cessèrent. Tous les souffles se retenaient et le silence envahissait la plaine en un instant.

Lexa et Clarke s'avançaient auprès du Roi et de la Reine. Se tenant collées l'une à l'autre, leurs mains se frôlant presque, se regardant une dernière fois avant de faire face à la foule.

_ Peuple de la Montagne Enneigée, Peuple de la Cité … Veuillez souhaiter un bon retour au Commandant Heda, Lexa, fille du forgeron Wallace…et … Veuillez souhaiter la bienvenue à Clarke Griffin, Ambassadeur du Peuple du Ciel, Wanheda, Commandant de la Mort et … survivante de l'Arche perdue.

La foule après un silence de cathédrale, acclama les deux femmes de toutes leurs forces. Des cris de joie recouvraient toutes les autres paroles, des fleurs étaient jetées en l'air, des enfants sur le dos de leurs papas brandissaient les bras et accueillaient le Commandant et son Ambassadeur avec une ferveur incomparable et presque palpable.

Le cœur de Lexa se gonflait de joie, elle qui, lors de sa dernière visite, était partie en vitesse, presqu'en fuite sous les refus du Roi. Il ne lui avait même pas laissé le temps de se rendre sur la Falaise des Disparus, là où chacun venait se souvenir des morts, pour y pardonner son père, mort d'une épidémie quelques années après son envoie à l'entrainement des Nightbloods. Elle se sentait mieux que bien, elle retrouvait ses racines et l'approbation de son peuple natal, elle se sentait entière et presque invincible.

Clarke était plus réservée, stupéfaite par les acclamations d'une telle foule, le leader qu'elle était se sentait toute petite face à un tel attroupement. Elle semblait juste fière de voir la détermination dans les yeux verts de Lexa. Elle jeta un coup d'œil aux princes, eux aussi, avaient le regard plein d'espoir, les mâchoires serrées courageusement et le poing levé pour encourager leur peuple.

Discrètement les gardes rentrait le Roi Semos à l'abri du froid et la Reine pris sa place au côté de ses fils. Clarke comprenait qu'aujourd'hui était un grand jour pour ce peuple, qu'aujourd'hui s'écrivait toute une page de l'Histoire de ce Royaume perdu dans les Montagnes. Elle comprenait que les enjeux allaient bien au-delà de la sauvegarde de Polis, cette guerre était réellement l'occasion d'installer une paix durable sur ces terres. Lexa avait rallié la majorité des 12 clans ainsi que le peuple du Ciel et à présent, tous marchaient, ensemble, contre la Nation des Glaces et les quelques clans de traites qui s'étaient alliés à la Reine Nia. Clarke sentit cette vague d'émotion la surprendre à son tour et elle s'empara de la main de Lexa pour la serrer très fort.

L'émotion du peuple soulevait réellement le cœur, leur force se sentait dans l'air, dans la foule, déjà, les femmes et les enfants disaient au revoir à leur mari, elles les embrassaient et pleuraient mais les sourires et les cris de bataille montaient au ciel, des cris d'encouragements, des houra de bravoure rugissaient dans la vallée et, peu à peu, ils s'éparpillèrent pour mieux aller se préparer à devenir un soldat et partir à la guerre. Les hommes d'ici étaient forts et courageux, des menuisiers, des bucherons, des trappeurs, des forgerons et des fermiers, tous ceux qui voulaient rallier les rangs le pourraient, aucune incorporation obligatoire et pourtant l'élan animait tous les hommes en âge de se battre. Déjà les soldats de métier posté autour du Palais recueillaient des vœux d'incorporation et donnaient des renseignements sur la marche à suivre et sur le déroulement des opérations des prochaines 24heures.

Lexa et Clarke étaient portées par cet élan incroyable, émouvant et plein d'espoir. Elles saluèrent une nouvelle fois la famille Royale avant que tout le monde entre dans le Palais. A cet instant, Lexa et Clarke se regardaient dans les yeux, milles étincelles brillaient, elles se nourrissaient de cette espérance collective pour décupler leurs forces et ne plus jamais faiblir. Lexa emporta Clarke par un petit escalier et elles quittèrent le Palais.

Plus loin, sur le chemin qu'elles empruntaient, sans plus aucun garde pour les accompagner, Clarke découvrit le flot d'une rivière qui jaillissait de la roche en une cascade de plusieurs mètres de haut, le remous tumultueux du poids de l'eau éclaboussait les rives alentours pour finir en un laque d'eau verte calme et sombre. Sous la cascade on distinguait des rouages et plus loin, des moulins et tout une installation hydro mécanique. Clarke était épatée que cette vallée n'est pas soufferte des cataclysmes des bombes, elle était émerveillée qu'un tel endroit ait pu survivre. La vallée lui semblait être un havre de paix, épargné de toutes destructions, ayant gardé la mémoire de l'Ancien temps, ayant gardé le meilleur pour survivre encore plus longtemps. Elle imaginait qu'elle devait être la grandeur de cette Cité alors que les portes étaient ouvertes et tous les clans s'y croisaient puis elle imaginait l'époque trop lointaine où l'on prenait des vacances dans cette station de ski.

Lexa la conduisit un peu plus haut sur les plateaux qui surplombaient la vallée, elles prirent un chemin en pente douce vers les serres de cultures et les hangars agricoles. Clarke admirait la demi sphère gigantesque qui se dressait au-dessus de leurs têtes, un assemblage de panneaux de verres et de panneaux solaires, les jeux de miroirs montés sur pilotis des serres immenses abritant des plants de cultures à peine visibles à travers ses parois opaques et embuées, puis au sol, des trainées de câblages, des petits locaux technique haute tension. Il y avait des champs sous serres, des étables barricadées, des hangars à foin et des manèges à bêtes sur des kilomètres de plateau.

Elles ne firent que longer les champs, sans s'aventurer vers les fermes où les travailleurs regagnaient leurs postes après l'annonce du Roi en parlant les uns par-dessus les autres, en tentant de s'organiser en groupe pour la reprise du travail prenant en compte et comptabilisant les volontaires à la guerre. Elles traversaient des chemins étroits le long des flancs de la montagne pour rejoindre l'un des plus hauts plateaux de toute la cité.

De là-haut, postées sur une corniche perchée dans le vide, sécurisée par une simple rembarde en bois, Lexa et Clarke admirait la vue sur la vallée en contre-bas, le Palais, ce vieil hôtel, vestige du temps passé, de loin s'emblait bien moins impressionnant que de près les toits des commerces, les ruelles et les lanternes. Plus loin, les écuries et les box des chiens de traineaux, semblables à de gros loup musclés et dressés, Clarke en avait croisé certains sur leur chemin, tenus en laisse par les gardes royales et muselés, marchant au pas, imposants et obéissants mais elle en avait presque pris peur, celui qu'elle avait aperçu au pied du Prince Satori la veille, était nettement moins imposant, sans doute un jeune loup.

Lexa se détourna la première de la vallée et posa ses coudes sur le bois de la rambarde pour lever la tête vers les Hauts-villages. Clarke perdait son regard dans la beauté et l'activité incessante de la Cité, elle perdait son esprit à supposer un millier de chose sur le potentiel que dégageait ce peuple, elle contemplait de haut la vie dans ce monde presque mort, elle contemplait le dur labeur et admirait la rage de survie de ces humains survivants.

Elle soupira lourdement, Lexa détourna le regard vers elle, elle admira son profil parfait et ses quelques mèches de cheveux blonds qui s'envolait dans le vent. Clarke sentit ce regard sur elle, elle effaça son sourire mais ses joues avaient rosi malgré le froid. Lexa esquissa un sourire à son tour et reporta son regard vers son enfance, vers les Hauts-villages.

Clarke porta enfin son attention dans la même direction que sa compagne. Elle avait aperçu de loin des agencements à flanc de montagne mais à présent, elle pouvait voir l'impressionnante structure qui s'élevait le long de la roche. Les baraquements étaient reliés les uns aux autres par des échafaudages et des passerelles de bois, les habitations se superposaient et se soutenaient ensembles, des échelles, des poulies, des ponts en corde et des triolines reliaient les paliers et les différents niveaux entre eux.

C'était donc ceci les Hauts-villages.

Clarke découvrait les lieux où Lexa avait grandi, elle découvrait l'étrangeté et la dangerosité de ces villages perchés tout en haut des parois du massif, soumis aux affres du vent et de la neige, à découvert des intempéries, près du ciel, dans le froid et les ténèbres. Nullement abrité par les voutes de verres comme le Palais, le quartier marchant et les plateaux de cultures, les Hauts-villages étaient presque livrés à eux-mêmes, reclus en hauteur, loin de la chaleur de la plaine, loin de l'agitation des marchés, loin du Palais et des usines pourtant vivait ici, tout le petit peuple qui faisait tourner les rouages de cette grande cité, les mécaniciens, les ouvriers, les serviteurs du palais, les artisans, les fermiers.

_ Alors tout n'est pas parfaitement égal ici non plus ? Souffla tristement Clarke.

_ Je le sais bien… jamais rien n'est parfaitement égal… mais ici, c'était chez moi… et puis on ne manquait de rien… le Roi a toujours veillé à ce que la nourriture et les ressources de chaleur ne manque à personne pendant les hivers les plus rudes… il y a eu une époque où l'espoir vivait dans le cœur de chacun ici, une époque où notre sort ne nous semblait pas si terrible… ou bien j'étais trop jeune pour me faire une réelle idée de ce qu'y se jouait dans ce Monde.

_ L'espoir revient Lexa… tu l'a ramené avec toi…

Lexa sourit à demi, pour ne pas sourire franchement. Dans son esprit elle se répète ces mots et elle sait que Clarke n'en a pas vraiment conscience mais l'espoir dont elle parle, c'est elle, l'Astronaute.

_ Hm oui... C'est bien ça… Marmonna-t-elle.

Clarke détourna le regard, elle songea à tout ce que Lexa avait pu accomplir dans ce monde de brutes, elle croyait réellement en elle, comme elle n'avait jamais cru en personne, comme tant d'autre ont cru un jour en Dieu, elle, elle croyait en Heda, maintenant plus que jamais.

L'étrangère venu du Ciel remarqua le vas et viens fluide des habitants, elle remarqua des enfants descendre en rappel avec une telle facilité que s'en était déconcertant, elle entrevit des montes charges remontés lentement avec des paniers de vivres et des énormes jerricanes d'eau, elle vit des femmes rentrer chez elles avec leurs nourrissons portés contre le cœur, elle vit les lueurs et les fumées des cheminées passer les petites lucarnes des toits et elle vit tout l'espoir qui régnait ici.

Elle remarqua les agencements, les structures, elle reconnue l'innovation faite avec des vielles poutres de bois et des plaques de tôle froissées. Ces Hauts-villages lui paraissaient maintenant moins hostiles, ils regorgeaient en fait de chaleur humaine, de rires, et de joie de vivre. Elle imagina la force des hommes qui ont bâti tout ceci pour survivre. Elle n'imaginait pas, avant de poser le pied sur Terre, que de tels choses auraient pu se faire encore, que tant de gens auraient pu survivre. Elle avait tant voulu ne pas être seule, perdue, flottant dans les étoiles à jamais. Finalement, elle remerciait en silence toutes les épreuves qui l'avait mené ici pour pouvoir, après Polis, voir cette Cité de ses yeux.

Lexa s'apprêtait à partir et l'emporter vers le premier échelon qui mène au village mais Clarke la retint par le bras. Toujours adossée à la rembarde, Clarke entreprit de la forcer à s'approcher au plus près d'elle. Elle jeta un coup d'œil furtif aux alentours puis plongea son regard dans le sien.

_ C'est important pour toi, n'est-ce pas ?

_ Quoi donc ?

_ D'être ici. De revenir ici.

Lexa soupira légèrement, comme un dernier souvenir malheureux à expirer puis elle lui fit un sourire, léger, discret mais si jolie que Clarke s'empara de ses lèvres sans perdre de temps. Délicate et amoureuse, Clarke lui apportait son soutien pour la prochaine étape. Remettre les pieds sur les planches qui l'ont vu grandir était un point final à son aventure. Un point final à son enfance oubliée pour ne plus jamais être hantée par de vieux fantômes. Après Loïs, après Costia.

Après ce baiser, et tant qu'elle était avec elle, Lexa se sentait capable de tout et Clarke la suivrait n'importe où, alors elle lui prit la main et la guida dans le dédale de passerelles, de ponts, d'escalier suspendus et de rampes pour atteindre le plus haut pallier. Une nouvelle impression de vertige s'emparait de Clarke mais elle ne lâchait pas sa main et la suivait toujours plus haut.

Tout là-haut, la vue était encore plus extraordinaire. Depuis la corniche du premier palier, Clarke avait pu observer la vallée verte et son arbre centenaire, le Palais et sa ronde de garde, le village à ses pieds, le cours du fleuve et les hélices des moulins, les plateaux de cultures et les parois de roches qui encerclaient et protégeaient la Cité mais de tout là-haut, elle pouvait admirer la Cité et les petites lueurs des torches qui étincelaient comme de minuscules lucioles, mais aussi tout le massif de montagne qui s'étendait autour d'eux, les sommets aux neiges éternelles, les pics vertigineux pointant le ciel comme les lances des antiques Titans, les monts et crevasses qui formaient des labyrinthes de pièges mortelles et rendaient la cité inatteignable.

Clarke se perdait cette fois-ci dans l'immensité de la montagne. Il lui semblait découvrir de nouvelles merveilles à chaque nouveau pas auprès du Commandant. Il lui semblait vivre une autre vie à ses côtés. La vue était si grandiose qu'elle en perdait le souffle, elle était au sommet du Monde, contemplant la vallée perdue au milieu des sommets enneigés. Le vent était violent mais étrangement muet et le froid implacable, elle porta ses mains sur la balustre et par reflexe, elle testa sa solidité, avant de s'y appuyer. Elle sentit Lexa la tenir par les hanches et muée par un autre genre de reflexe, elle se colla à elle le plus possible.

_ La vue est impressionnante. Murmura Clarke comme si elle avait eu du mal à trouver les mots ou bien l'oxygène pour les prononcer.

_ Tu as vécu dans les étoiles et tu trouves la vue impressionnante ?

_ C'est différent, le vertige est différent, le froid est différent, la gravité, l'atmosphère… avoir les pieds sur Terre c'est si différent… tout est si … gigantesque et magnifique, ici, c'est sans limite… là-haut, c'était ... une cage avec une belle vue, un beau paysage, une prison dans un joli ciel étoilé mais …

Clarke ne termina pas sa phrase, elle n'en avait pas la force, le seul regret qu'elle avait, était d'avoir laissé son père à la dérive, dans l'immensité du néant, condamné pour avoir voulu dire la vérité, condamné pour avoir voulu sauver des vies, condamné à laisser flotter sa peine et se laisser voguer parmi les étoiles. Lexa n'insista pas et la sera un peu plus fort dans ses bras.

Elles étaient seules, sur ce dernier pallier, il n'y avait que des baraquements de stockage, du matériel sous des grosses bâches et des abris de fortune déserts. Aussi haut, il n'y avait personne qui y montait sauf si c'était réellement nécessaire, le lieu était calme, le silence régnait sous un ciel fabuleux où les étoiles doucement se réveillaient pour annoncer la nuit à venir.

Lexa prit la main de Clarke et l'emporta plus haut. Clarke n'aurait pas cru cela possible mais la roche était taillée pour escalader encore un peu plus haut vers une plateforme naturelle cachée aux yeux de tous. Elles contournaient de hautes roches qui les coupaient des Hauts-villages pour rejoindre les rebords d'une falaise. Elles ne voyaient plus la vallée, ni la cité, ni les chalets en bois suspendus des Hauts-villages.

L'ambiance était étrange ici. Elles étaient coupées du Monde. Le ciel était immense au-dessus d'elles et au loin, la montagne s'étendait à l'infini. Elles contemplaient la nature hostile qui reprenait ses droits à l'horizon. Elles se perdaient dans les vagues de lumières pastelles qui zébraient le ciel par-dessus les pics et les sommets enneigés. Devant elle, il n'y avait réellement plus rien que la Montagne.

Clarke en avait le souffle coupé. Elles étaient si haut que l'oxygène lui manquait, le panorama l'enveloppait comme pour faire d'elle une poupée de chiffon qui pourrait s'envoler dans le vent. Elle se sentit si petite, perchée au sommet de la Terre, qu'un vertige s'empara d'elle un instant, un instant de lucidité profonde, un instant de communion avec les forces de la nature, comme si en elle, des enjeux plus grands se dévoilaient. Elle se sentit étourdie mais n'en montra pas un signe, puis elle se sentit sereine, apaisée et forte. Elle avait une étrange impression, comme si de nouvelles forces, de nouvelles intuitions naissaient en elle. Elle prenait conscience du sens de la vie, Wanheda, le Commandant de la Mort prenait conscience de n'être qu'un pion dans le vaste chaos qui régnait sur Terre, mais elle comprit que chaque mouvement, même celui d'un pion, pouvait tout changer. Elle comprit qu'elle n'était pas seul sur l'échiquier. Elle regarda tendrement Lexa, perdue dans ses pensées.

Lexa semblait plus inquiète, presque triste, le regard perdu vers l'horizon. Elle s'avança le plus près du bord, le plus près du vide. Ni parapet, ni rambarde, ni garde-corps, Clarke tendit la main pour l'assurer et Lexa ne s'aventura pas plus près du précipite.

_ La falaise des Disparus. Murmura-t-elle.

Elle pensait à tous ceux qu'elle avait perdu. Elle pensait à tous ceux qu'elle avait laissé dernière elle, à tous ceux qu'elle avait vu mourir, à tous ceux qui étaient partis trop tôt. Elle pensait à son frère, à sa mère, à Costia, à Anya… à son père.

_ Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. Chuchota-t-elle.

Clarke se rapprocha, elle avait entendu ses paroles, elle avait reconnu les mots mais elle en était étonnée.

_ Lexa, depuis quand tu cites du Blaise Pascale ?

_ Qui ça ?

_ Blaise Pascal. Philosophe, mathématicien, théoricien et j'en passe… né en France au dix-septième siècle ?

_ Peut-être bien… tout ce que je sais c'est que mon père disait ces mots quand il venait ici.

Clarke pressa sa main dans la sienne et l'obligea à reculer de quelques pas pour revenir auprès d'elle.

Lexa expulsa un long soupire. Elle disait un revoir à sa mère, qu'elle n'avait jamais revu après son départ pour le camp d'entrainement des Nightbloods. Elle demandait pardon à son frère, une dernière fois encore. Elle tentait de pardonner à son père, elle tentait d'effacer à nouveau ses souvenirs de son visage trahit de colère et bouffit de rage qui voulait la voire morte. Elle tentait de pardonner mais elle serait les mâchoires, rien de tout cela n'aurait vu le jour sans la haine de son père envers elle, rien, les clans, l'alliance, la Coalition, rien n'aurait pu les amener si près de la Paix. Même le peuple du Ciel n'aurait pas suffi, il aurait été décimé par les hordes de sauvages des forêts ou bien des glaces. Elle mesurait toutes les imbrications de sa vie démente, elle mesurait toute l'ampleur du destin, teinté de sordides hasards et de miraculeux imprévus, qui les avaient menées jusque-là.

Elle laissa une larme s'échapper qui se figea sur sa joue par le froid. Il était temps de laisser les morts en paix, il était temps de se résoudre à avancer sans plus de chaînes au pied. Il était temps de combattre et de vivre à ses côtés, il était temps pour un nouveau chapitre. *

Lexa s'était rassise sur son trône, elle respirait lentement, en fermant les yeux pour retenir une larme.