Chapitre 2 : L'insoutenable lourdeur de l'être

"Mello ! ho Mello ! Ouvre, bordel !"
"Fous-moi la paix, Matt !"
"Te flanque pas dans des états pareils !"
"Dégage ! laisse-moi !" hurle une voix exaspérée derrière la porte close.
Elle apparaît à l'étage, son épaule traînant contre le mur.
Le rouquin l'observe à travers les verres de ses lunettes.
Elle s'arrête pile en face de la porte, appuyée contre le mur opposé.
"Circule." souffle le rouquin à la silhouette élancée.
Autant qu'elle le laisse en tête à tête avec la charmante porte.
Elle a déjà en tête son prochain méfait : se rendre dans la chambre noire où Roger développe les photos du groupe. Hors de question qu'elle apparaisse sur une quelconque photo !
Hop ! crocheter la serrure est un jeu d'enfant. Il aurait été bien utile que quelqu'un monde la garde ; pourquoi ne pas avoir demandé ce service au rouquin au lieu de le regarder s'esquinter sur la porte ?
Fort heureusement, à cette heure, les cours ont repris et elle ne s'y rend que lorsque bon lui semble ; une attitude que le directeur a de plus en plus de mal à admettre et tolérer.
Elle en profite pour longer l'étage intermédiaire. Là, près de la fenêtre inondée de lumière, se tient une fille : allongée sur le dos, jambes croisées, montées contre le mur.
"S'lut. T'es pas en cours ?"
"Je te retourne la question."
"Sieur Roger dit que ma position pour réfléchir n'a pas sa place en salle de cours."
"Ce que je confirme..."
Un rire franc.
"Comment tu t'appelles ?"
"Roger ne m'a pas encore trouvé de pseudo. Mais je m'attends au pire..."
"Moi c'est Liana."
Elle rompt son étrange position.
"Je serai éternellement reconnaissante à Roger pour mon pseudo."
"Pourquoi ?"
"Parce qu'il commence par un 'L', pardi !"
Mine déconfite de son interlocutrice.
"Attends ! tu ne connais pas L. ?"
"Jamais entendu parler."
"Remarque, moi non plus je ne l'ai jamais vu et il n'existe aucune représentation de lui ici mais... j'ai entendu sa voix... je lui ai parlé."
"Comment as-tu pu parler à quelqu'un que tu n'as jamais vu ?"
"Par l'intermédiaire de l'ordinateur qui se trouve en salle multimédia au rez-de-chaussée."
Elle se lève : "Ma parole ! Roger est vraiment un piètre directeur avec les nouveaux venus ! allez, viens. Je vais te faire visiter."
"J'aimerai d'abord ranger quelque chose dans ma chambre..."
"OK. Retrouve-moi en bas."

Au moment où elles se mirent à sillonner les couloirs, la porte du bureau du directeur s'ouvrit : "Ah, Liana... justement je voulais..."
"Je m'en occupe !" coupa-t-elle.
"Ca tombe bien... je suis appelé à l'étage. Mello est en pleine crise, m'a-t-on dit."
"Oh ho ! la petite bombe blonde a encore fait un clash ?" dit-elle avec un clin d'œil "... les caprices d'un jeune premier..." ajoute-t-elle, certaine de son fait.
"Détrompe-toi. Il n'est plus le premier et c'est bien ça qui pose problème." dit le directeur en verrouillant son bureau. Alors qu'il prenait son pas le plus pressé, il revint soudainement en arrière : "Ah ! Désormais, nous t'appellerons Hope." dit-il à l'attention de la nouvelle venue.
"Tu vois... ce n'est pas la mort !..." renchérit Liana.

"Mello ! Mello, sors immédiatement de cette chambre !"
Alors que le directeur tambourinait depuis plusieurs minutes maintenant à la porte, cette dernier s'ouvrit.
Le blond semblait avoir pris de l'âge en l'espace de quelques heures - toute manifestation enfantine et insouciante ayant quitté ses traits, la gravité marquant à présent son regard.
"Mello..."
"Ça va." dit le jeune garçon en passant le directeur figé dans le couloir.
"Tu vas bien ?" s'enquiert immédiatement le rouquin.
Aucune réponse de son camarade qu'il suit malgré tout.
Les deux garçons prirent la direction du rez-de-chaussée.
En chemin, le rouquin demanda à son camarade s'il comptait coller son poing dans la figure de ce Near.
Réponse laconique du blond : "Near ? C'est qui ça, Near ?"