Chapitre 3 : Tournant décisif
Qui pouvait assister aux regards successifs adressés par Mello-le-blond à Near se demanderait dans combien de secondes le plus âgé des deux allait bondir et arracher les yeux au plus jeune !
La guerre était désormais ouverte et déclarée ; elle sera impitoyable et sanglante.
Au fur et à mesure des cours, la victoire de Near devint de plus en plus évidente et écrasante, plongeant Mello dans des états indescriptibles.
A la Wammy's, les pensionnaires faisaient gorge chaude de la concurrence opposant les deux génies.
Mello, d'un caractère plutôt combattif et obstiné, résolut de se battre bec et ongles contre la puissance montante que représentait Near.
Ce qui paraissait être d'une facilité déconcertante pour le petit génie tout habillé de blanc représentait des heures de travail pour son rival tout vêtu de noir.
Liana n'échappait pas non plus à la brûlante envie de garnir de commentaires - plus ou moins justifiés - la rubrique du journal amateur de l'établissement traitant de la concurrence féroce entre Near / Mello. Le directeur interdit la sortie de ce numéro. Quant aux exemplaires ayant échappé à son contrôle, Mello eut tôt fait de les récupérer tous pour s'en essuyer le derrière !
La question la plus pertinente de Liana concernait le fait de savoir si oui ou non Near tirait satisfaction de cette situation conflictuelle.
Bientôt, dans l'esprit du blond, "redevenir numéro 1" céda la place à "battre Near". A tout prix. Par tous les moyens. Y compris les plus bas.
Hope, que le conflit Near / Mello passionnait secrètement, s'aperçut rapidement que, parallèlement à sa course aux meilleurs résultats, Mello commençait à prendre de l'indépendance.
Observatrice, elle pensait que Mello préparait sa future sortie de la Wammy's.
Le jeune garçon revenait souvent, tard dans la soirée, les bras chargés de paquets.
Sa curiosité éveillée, elle se rendit directement devant la porte du blond, sous le seuil de laquelle filtrait une lumière rasante. Elle prit une profonde inspiration et tourna le bouton de la porte qui s'ouvrit.
Elle tomba sur le regard aussi glacé qu'acéré du blond qui se tenait là, debout devant un miroir fêlé en divers endroits, à essayer des vêtements.
Il laissa tomber au sol le haut moulant qu'il s'apprêtait à enfiler pour se ruer sur elle, l'attrapant par le poignet pour la tirer à l'intérieur de la chambre en étouffant une envolée de mots grossiers.
La porte claqua derrière elle et l'autre main du jeune garçon vint fermement maintenir les cheveux de Hope. La colère, intense, brûlant en lui tel un feu violent, l'empêchait de prononcer le moindre mot. Ses yeux, contrairement à sa bouche scellée par la rage, parlaient, eux. Ses poings aussi : compacts, prêts à s'abattre sur l'importune.
Ainsi... c'était cela un Mello en colère ? c'était cela côtoyer le garçon le plus secret de la Wammy's ?
"Qu'est-ce que tu fiches ici, toi ?!"
"Mon nom c'est Hope, abruti."
L'insulte n'était pas anodine. Juste pour apprécier le degré d'agressivité adverse...
C'est une gifle monumentale qui s'abat en lieu et place du coup de poing attendu.
Le temps de s'en remettre.
"C'est à moi de te demander ce que tu fiches, Mello ! tu t'apprêtes à quitter la Wammy's ? à t'effacer devant ton rival ?! c'est ça que tu te prépares à faire ?!"
"De quoi j'me mêle ?!"
"Parce que là, franchement, laisse-moi te dire que..."
Une claque vient frapper la joue du beau blondinet.
"... ce n'est vraiment pas digne de toi !"
La surprise souffle le gamin qui la jette brutalement au sol.
Un croche-patte rapide le fait douloureusement rejoindre le parquet abîmé.
Vif, il vient la chevaucher et cette fois c'est le poing qui s'abat : "Je vous merde, toi et ton avis !"
La rage raccourcit leur souffle. Mello a les dents si serrées qu'il pourrait toutes se les casser d'un coup s'il venait à exercer un peu plus de pression.
Il finit par se relever : "Hope. Tu parles d'un espoir !..." souffle-t-il, à la fois cynique et méprisant.
Au fond, elle est flattée qu'il ait retenu son nom. Les gens dont Mello s'en fout, deviennent à ses yeux aussi anonymes et transparents que des fantômes.
"Je ne me casse pas devant Near, pour ton information, Hope. Sérieusement, tu penses vraiment que je vais attendre d'avoir 15 ans pour me tirer de ce trou à rats ?!"
Soudain, une série de bip-bip les tirèrent de leur discussion animée. Le geek Matt, inséparable de Mello, se tenait en bas du lit, dos appuyé contre la traverse, yeux rivés sur l'écran lumineux. Le silence soudainement revenu lui parut suspect : "Continuez comme si je n'étais pas là." déclara-t-il d'une voix aussi basse que lasse. Sa présence si discrète avait échappé à Hope.
Mello soupira, tira la couette du lit pour la placer de travers et s'y installa d'une bien curieuse manière : tête reposant sur le bord du lit, mains aux paumes tournées vers le plafond, jambes pliées de chaque côté du corps : "J'boufferai bien du chocolat..." couina-t-il. "Y'en avait plus en cuisine." répliqua son ami Matt.
Humilié, bafoué, incapable de surpasser Near, Mello s'en prend rapidement aux autres. Au fur et à mesure de ses assauts répétés envers ses camarades, Mello prend conscience d'un point terrifiant : il a du pouvoir sur les autres ; ou en tout cas, il ne laisse pas indifférent. Il se découvre également un talent pour échafauder des plans visant à semer aussi bien le doute que la pagaille en partie adverse. Mello s'aperçoit que plus le plan est tordu, plus l'impact est grand. Il se met à privilégier ce qui fera sa force : l'effet de surprise (ce qui revient à frapper là où l'on s'y attend le moins) ainsi que le no-limit (qui consiste à poursuivre là où d'autres abandonneraient). A la Wammy's, Mello n'est certes plus le numéro 1 mais est devenu une véritable terreur qui aime sentir l'effroi dans les yeux de ses camarades. Trembler devant Mello équivaut à se récolter le double de la peine encourue. Simple mais efficace, le blond peaufine ses plans machiavéliques jusqu'au détail le plus infime pour voir la crainte se figer sur les traits d'un visage ou les yeux s'embuer de larmes pour les plus faibles. Non content de sévir sur ses camarades d'infortune, Mello teste également son pouvoir dévastateur sur les adultes. Du jour au lendemain, "Monsieur Roger" et le vouvoiement de rigueur firent place à "Roger" accompagné d'un tutoiement déplacé. Le directeur ne broncha pas - ou si peu... confortant Mello dans ses choix de rébellion et de règne par le chaos.
