Chapitre 5 : Bosses et bonbons
Le blond Mello la regarde pianoter sur les touches tout en croquant dans une tablette de chocolat brut.
"Merde ! j'ai pas pensé qu'elle squatterait jour et nuit notre chambre étant donné que la connexion s'y trouve..."
"Ehh ! tu voudrais pas décoller de temps en temps ?"
"Pourquoi ? J'empiète sur ton espace vital ?"
"Pas qu'un peu !"
Hope se lève. D'un pas mécanique, elle se dirige vers la porte de la chambre et quitte la pièce sans un mot.
C'est dans l'arrière cour de l'institution qu'elle trouve une nouvelle occupation : un cours très instructif sur les moteurs - le fondateur de l'établissement, M. Wammy Quillsh, possède en effet quelques belles automobiles de collection. Après avoir suivi avec attention plusieurs heures de cours dispensées par un mécano chevronné, Hope met pour la première fois les mains dans le cambouis... et ceci semble plutôt lui réussir ; noire jusqu'aux coudes, certes, mais large sourire sur les lèvres.
Elle regarde ses mains en se rendant jusqu'aux sanitaires et songe soudainement qu'il serait fort amusant de badigeonner de graisse noircie le visage blanc de Mello ! cette idée la fait encore plus furieusement sourire, surtout lorsqu'elle considère la colère et les conséquences qu'un tel geste entraîneraient !...
Son lavage de mains terminé, revenant sur ses pas, elle est attirée par un rassemblement accompagné d'un brouhaha qui enfle de minute en minute.
Elle saisit quelques bribes : "Liana... partie... prof d'anglais..."
Devant elle, deux camarades chuchotent : "Je me disais aussi qu'ils avaient une attitude étrange ces derniers temps... mais Liana était en droit de le faire... elle avait 15 ans révolus." et l'autre : "Oui mais le prof, lui, en avait 35. C'est du détournement de mineure !"
Matt remonte, les bras chargés de chocolats sous des formes très variées : "C'est la zone là en bas, Mel. Liana s'est barrée avec un prof, semble-t-il."
Le blond attrape une barre de chocolat et la déballe : "Et l'autre ?"
"Near ?"
"Pourquoi tu poses la question alors que tu sais pertinemment de qui je parle ?!"
Le geek recueille avec délice sa console entre les mains et désactive le mode pause : "s'est pris d'affection pour un rubbik's cube."
Dans la tête de Mello, les idées noires circulent à toute allure... "humilier Near... un truc bien puissant qui le laisse sur le carreau... qu'il souffre... qu'il supplie... qu'il me supplie !..."
Le craquage du chocolat devient de plus en plus hargneux.
"T'as déjà jeté un œil à l'ordi de Hope ?" demande soudainement le blond.
"Non. M'intéresse pas."
"Matt. Je veux que tu me dises ce qu'elle a foutu dans cette bécane."
"Attends un moment, Mello... là j'étais bien gentil de te chercher des chocolats restants en cuisine... alors tu me lâches. Je finis d'abord ma partie." aboie le no-life sans adresser un regard à son camarade dont les yeux viennent de rouler.
Le blond vêtu de noir se lève, coince le restant de sa barre de chocolat entre les dents, soulève des deux mains les lunettes de conduite maintenues par une bande élastique sur le haut du front du geek pour les lâcher d'un coup sec, brutalement. "Aïe !"
"Matt. Tu sais que je n'aime pas me répéter."
"Mellooooo ! Mellooooo ! elle est là ! elle arrive !"
Le blond se balance son propre oreiller sur la tête : "La ferme, Matt ! vas-y si ça te chante !... mais fous-moi la paix !"
"Et comment donc que j'y vais ! elle nous donne toujours des sucettes !"
La porte claque tandis que Mello se redresse : "Comme un âne appâté par une carotte..." soupire-t-il.
Mello regarde par la fenêtre ce spectacle qu'il juge pathétique : une vieille femme qui distribue des friandises aux gamins agglutinés contre le portail de l'institution : "Le pire, c'est qu'elle n'apporte jamais de chocolat, cette sorcière..."
Mello sort de la chambre. Il croise Hope : "T'es pas en bas comme les autres, toi ?"
"Parce que la vieille aux bonbons s'y trouve ?"
"Ouais. Matt devrait être un chien. En tout cas, il a leur flair : il la sent à des kilomètres à la ronde, cette vieille chouette."
Les deux rebelles de la Wammy's descendent les escaliers côte à côte.
"T'as demandé à Matt de yeuter mon ordi ?"
"Moi ? Quelle idée."
"Tu mens effrontément, Mello."
"Je te merde."
Arrivés en bas des marches, Mello lui fait un geste qui signifie qu'elle doit aller chercher de l'air dans un autre périmètre que le sien.
Le blond s'arrête dans l'encadrement de la salle commune. Ses yeux se posent sur Near qui joue calmement dans son coin.
Un des gamins est aussi présent : Oliver qui se fait appeler Bulldozer.
"Hé, Mello..."
Le blond l'ignore royalement, mains dans ses poches, épaule droite contre l'encadrure.
"... ton rêve c'est de saquer Near, pas vrai ?"
Le gamin, qui fait le double du poids de Mello, s'approche de Near et donne un grand coup de pied dans le robot que Near vient de monter pièce après pièce.
Patiemment, le petit Near les ramasse une à une. Le gamin lui écrase alors la main. Near émet un petit cri.
"Laisse-le, Bull."
Mais le gosse demeure stérile à l'ordre de Mello.
"T'es sourd ?!"
Le cri de Near devient de plus en plus aigu.
Mello retrousse ses manches et fonce sur ledit Oliver, le poussant violemment.
"Ehhh ! mais t'es pas bien ?!"
Mello respire bruyamment ; son sang ne fait qu'un tour.
Ses poings serrés montent au niveau de sa poitrine.
"Tu fais pas le poids, Mello !"
"Tu veux parier, Bull ?!"
Ni d'une ni de deux, Oliver bondit sur Mello et la bagarre s'engage.
Sous-estimer Mello et son caractère explosif peut être très pénalisant... voire fatal. Il est vif, souple et ses poings s'abattent toujours là où la douleur est la plus percutante.
Oliver finit par s'écrouler parterre, serrant son estomac douloureux : "Enfoiré !"
Mello se redresse. Regard à Near : "Te méprend pas sur moi. Je ne laisserai à personne d'autre le soin de te savourer comme je m'apprête à le faire prochainement, Near."
