Chapitre 8 : Keehl me... before I kill you
Un gant. Puis l'autre. Ajustés juste comme il faut ; un peu plus court que le poignet.
L'indispensable tablette de chocolat dans une poche de la veste...
Et la touche finale : le rosaire.
Croyant ? Possible. Si l'on pense que la religion est affaire de style.
Aujourd'hui, c'est le grand jour. Le jour pour lequel il a œuvré durant des années...
Il ne laisserait rien au monde s'interposer dans ses projets.
Il prend une profonde inspiration.
"OK. Aujourd'hui tu leur en mets plein la vue."
L'assemblée est houleuse, on hurle, on insulte, on menace même d'une ou plusieurs armes.
Tel le Joker de Batman, Mello fait son entrée. Le silence, percutant, poursuivi d'un tumulte duquel l'on peut distinguer un vague : "Hé ! c'est pas Halloween aujourd'hui, mon gars !"
"Messieurs. J'ai la profonde conviction que Kira vous ennuie. Qui ne serait pas ennuyé par ce guignol qui ne songe qu'à imposer sa propre vision de la justice ?"
Il s'installe à son aise sur un fauteuil libre et impose immédiatement ce qui sera sa "marque de fabrique" : croquer dans une tablette de chocolat brute.
"Ne nous égarons pas, Messieurs. Ne prenons pas Kira pour ce qu'il n'est pas, à savoir un dieu. Et quand bien même il s'agirait d'un être doté d'un don particulier, gardons présent à l'esprit que toute forme de vie possède une faille."
"Et c'est un petit bouffeur de chocolat qui va lui flanquer une raclée, à Kira ?!" grogne le boss d'un gang.
"Le petit bouffeur de chocolat a déjà un plan. Et il peut vous assurer que la fin de Kira et du règne qu'il a cherché à imposer est proche." affirme le blond, plein d'assurance.
"Des paroles ! qui tu es, d'abord ?!"
"Qu'importe. Il est de notoriété que la mafia ne parvient pas à arrêter Kira." laisse-t-il volontairement échapper.
Cette remarque lui vaut d'être mis en joue par l'un des boss.
Devant cette montée d'agressivité, Mello hausse les épaules, croque dans sa tablette puis : "Vous pourrez me tuer si j'échoue dans ma tâche. Qu'avez-vous à perdre ?"
"Hmm... il a raison."
"Enfin un homme sensé. Sauf votre respect, Messieurs." renchérit Mello.
"Je pense que nous pouvons lever la séance. Rod, tu te débrouilles avec le gus. Prochaine réunion le 28 septembre dans la salle attenante à la cuisine de l'hôtel Sunset."
Les hommes quittent un à un la pièce, parfois un regard hargneux vient chatouiller les sens de Mello. Ce dernier finit sa tablette en se léchant les doigts gantés.
Celui que l'on surnomme Rod Ross s'assoit en face de Mello : "Parle-moi un peu de ton plan."
Pour Mello, le milieu est un nouveau terrain de jeu, avec ses règles inviolables - quoique... - et son ambiance particulière de suspicion générale, de plans machiavéliques, d'hypocrisie constante, de trafics en tout genre.
On ne peut pas dire que Mello s'y sente d'emblée à l'aise ; il s'y est accommodé avec cette capacité d'adaptation tenant du caméléon.
"J'ai toujours dit que nous avions besoin de sang neuf !" lui a confirmé Rod Ross. Mais Rod n'agit pas par désintérêt... en effet, jugeant le plan de Mello pour faire chuter Kira - ou plutôt s'approprier son pouvoir destructeur - aussi ingénieux qu'acceptable, le chef de gang vise également à faire tomber le parrain. Aucun problème pour Mello. Voilà qui plaît à Rod. Et quand bien même Mello échouerait ou chercherait à trahir le plan de base, Rod aurait tôt fait de refroidir le corps du jeune blond...
Mello joue donc à un jeu extrêmement dangereux. Mais la montée d'adrénaline ne contribue qu'à motiver davantage celui que l'on qualifie comme "la dernière carte de la mafia".
En même temps que son plan, Mello peaufine son style : il opte à présent pour des vêtements faits de cuir ou de vinyle exclusivement, qui moulent son corps sec.
De ses cheveux blonds, l'orphelin rebelle de la Wammy's a toujours pris un soin jaloux.
Mello emprunte également une attitude ambiguë, déroutante, imprévisible composée de gestes plus ou moins obscènes voire gênants.
Rapidement, celui dont on se moquait ouvertement voilà quelques semaines devient objet de curiosité déplacée, teintée de crainte.
Le blond demeure attentif aux faits qui ne trompent pas : il suffit que des hommes du clan perçoivent son pas dans le couloir, que le silence s'installe et qu'il se raidissent dans leurs costumes.
Du haut de son mètre 71, Mello domine psychologiquement des gaillards de près de 2 mètres. Voilà qui est amusant à voir !...
Finalement, Rod a ajourné le plan initial de Mello, son ambition étant de faire d'abord tomber le parrain. Car Rod a des choses à se reprocher... des actes dont il devra subir les conséquences tôt ou tard. Partant du principe que la meilleure des défenses demeure l'attaque... Mello se met à élaborer un plan qui lui vaudra le soutien total de Rod dans son projet secret de capturer Kira.
Le bruit court... enfle. Un des boss aurait été contacté par Kira pour effacer le parrain. Commence alors une vaste boucherie. Los Angeles est plongé dans un bain de sang.
"Regarde-les, ces abrutis..." s'amuse Rod.
Mello lève les yeux, tablette de chocolat croquant sous les dents : "Ce qu'une simple rumeur est capable de déclencher..."
"Que fait-on maintenant, Mello ?"
"Compose le numéro du grand chef. Je m'occupe du reste."
"Le deal est simple : nous savons précisément lequel d'entre nous a vendu son âme au diable. Naturellement, je ne peux délivrer cette information d'une importance capitale par téléphone. Je propose donc que nous nous rencontrions." Le blond attrape une feuille pour noter l'adresse.
Mello déballe une tablette de chocolat après avoir coupé la communication. Il sent perceptiblement que tous les regards convergent vers lui.
Il conserve volontairement le silence, histoire de prolonger ce moment des plus jouissifs.
Il est là, entouré d'une bonne dizaine de gardes du corps...
L'intouchable patron de la pègre, celui dont même Kira n'a pas réussi obtenir la tête.
Mello s'installe sur un fauteuil, de manière fort irrespectueuse, affalé de travers, jambe battant dans le vide.
"Autant dire que si l'information est fausse... tu ne sortiras pas d'ici vivant."
"Étrangement, je me dis qu'il me reste de nombreuses années à vivre." rétorque immédiatement le blond insolent.
"Donne-moi le nom."
"Tss tss tss... ce n'est pas comme ça que ça fonctionne."
Le poing de l'homme se serre.
Habité par un calme déconcertant, Mello sort un petit objet de la poche.
A dire vrai, la pièce est minée d'explosifs - la nouvelle lubie de Mello - excepté de son côté. Il a longuement étudié de quelle manière s'échapper de la pièce sans subir le moindre dommage.
Ce plan est impeccable : pas de traces, aucune preuve, aucun corps dont il faut se débarrasser.
Mello regarde les flammes danser, rongeant tout le bâtiment.
"Certains jeux sont vraiment dangereux... j'espère ne jamais finir ainsi." songe-t-il, pris soudain d'un certain effroi.
Comme escompté, Mello se retrouve avec Rod à sa botte.
"... naturellement si l'idée te venait de me doubler..." siffle une voix menaçante que Mello dissipe immédiatement : "... Je préfère penser que diriger. Il va sans dire que je t'abandonne le rôle de chef sans le moindre regret."
Une poignée de mains : "Affaire conclue. Bienvenue dans l'enfer du vice." approuva Rod, sourire diabolique aux lèvres.
FIN.
